
Trois générations de cuisinières.
– Que fais-tu ?, m’a demandé mon mari au moment où je soulevais la mijoteuse.
– Je m’apprête à verser les haricots dans notre Creuset de fonte, ai-je répondu, un peu surprise par sa question.
– Ce n’est pas nécessaire, chérie, tu n’auras qu’à déposer la cocotte directement sur la plaque (vitrocéramique).
– Tu penses ?, ai-je répondu. D’accord, ai-je enchaîné, contente de ne pas avoir à soulever le mélange quand même assez lourd.
Quand les amis sont arrivés, nous nous sommes installés au salon sur les canapés, nous avons bu un apéro de vin rosé que j’ai servi avec des arachides salées et des graines de citrouille crues. À un moment donné, nous avons entendu un bruit sec, une sorte de Clac, que nous n’avons pas su identifier et auquel nous n’avons pas porté attention.
– C’est peut-être un chasseur, a simplement suggéré mon mari, j’ai vu plein d’outardes dans le champ en arrivant tout à l’heure.
– Un rigolo pourrait venir chasser à cent mètres de chez nous ?, ai-je demandé.
– Bien sûr !, ont répondu les trois hommes d’une seule voix.
Le Clac, pour ceux qui auront lu mon texte précédent, provenait de la cocotte qui venait de fendre. J’ai servi les amis sans me rendre compte de rien, mais quand j’ai voulu soulever la cocotte pour l’apporter à la table donner aux convives qui plus de liquide, qui plus de perdrix, le pourtour de la cocotte a suivi mon geste, mais pas le reste !
– Donc, a conclu mon mari très laconiquement, cette cocotte ne va pas sur le feu.
Heureusement, pour calmer les estomacs qui n’auraient pas été assez remplis, j’avais préparé, on le sait, du pouding au tapioca, de même qu’un gâteau Moka tiré du livre de recettes des bonnes sœurs.
Le gâteau a bien gonflé et ne m’a causé aucun souci. Une fois refroidi, je l’ai déposé sous une cloche de verre, où il a attendu le moment du dessert. J’ai remarqué qu’il n’était pas facile à trancher –ce n’est pas moi qui tranchais– et pour cause, il était sec comme une biscotte ! Et il ne goûtait pas le café ! Bof. C’était encore plus tentant de verser dessus une bonne rasade de pouding. Or, quand j’ai sorti ce dernier du frigo, surprise, il avait figé, ayant tout absorbé le lait. J’en ai ajouté et j’ai remué la mixture, n’arrivant pas tout à fait à éliminer les grumeaux formés par mon brassage. Donc, nous avons mangé du gâteau sec et du pouding aux grumeaux, et pour obtenir une saveur de café nous en avons bu.
J’ai oublié de mentionner que les haricots à la viande sauvage étaient servis avec du chou fleur Romanesco, un mauve et un très vert, recouverts d’un peu de beurre et d’un peu de sel. Je me suis demandé s’ils perdaient leur couleur à la cuisson, et la réponse est qu’ils la perdent très légèrement.
J’ai oublié, lors du souper, de servir la quiche, de telle sorte que j’en mange en ce moment, écrivant ces lignes. Je vais terminer ce repas frugal par le dernier morceau de gâteau, que je ne pourrai pas couvrir de pouding car, quoique rempli de grumeaux, nous l’avons tout mangé.







Je reviens sur les élections du 1er octobre et sur le combat des chefs qui se disputent la pole position. Ma manière d’exprimer ma pensée par rapport à la politique se veut avant tout subversive. En commentant des insignifiances, le pendentif de Manon, par exemple, j’exprime que je ne prends pas leur exercice au sérieux et encore moins le mien, quand viendra le temps de voter. Je les observe qui se chicanent, à la télévision, et j’en ai assez après trois minutes. Je retourne à mes petites affaires. Je les laisse dépenser leur énergie et leur salive. C’est là que je fais erreur, quand je retourne à mes petites affaires, au lieu d’aller au-delà de ma déception, les voyant qui s’agitent à la poursuite de futilités. Aller au-delà de ma déception serait me demander qu’est-ce qui devrait être exprimé qui ne l’est pas. Quelle promesse devrait être centrale qui ne l’est pas. D’ailleurs, pourquoi parler de promesse là où il faudrait parler de projet de société ? Aller au-delà de ma déception serait agir en fonction de mes valeurs dans une perspective individuelle, mais comme il y a urgence, cela pourrait vouloir dire militer dans une perspective élargie ? Le mot me fait peur, militer. J’aime mieux l’idée de participer, de mettre la main à la pâte, d’être un chaînon de la chaîne, une chaînon anonyme mais néanmoins essentiel…