Jour 563

PoudrePâteMagic

Trois générations de cuisinières.

– Que fais-tu ?, m’a demandé mon mari au moment où je soulevais la mijoteuse.
– Je m’apprête à verser les haricots dans notre Creuset de fonte, ai-je répondu, un peu surprise par sa question.
– Ce n’est pas nécessaire, chérie, tu n’auras qu’à déposer la cocotte directement sur la plaque (vitrocéramique).
– Tu penses ?, ai-je répondu. D’accord, ai-je enchaîné, contente de ne pas avoir à soulever le mélange quand même assez lourd.
Quand les amis sont arrivés, nous nous sommes installés au salon sur les canapés, nous avons bu un apéro de vin rosé que j’ai servi avec des arachides salées et des graines de citrouille crues. À un moment donné, nous avons entendu un bruit sec, une sorte de Clac, que nous n’avons pas su identifier et auquel nous n’avons pas porté attention.
– C’est peut-être un chasseur, a simplement suggéré mon mari, j’ai vu plein d’outardes dans le champ en arrivant tout à l’heure.
– Un rigolo pourrait venir chasser à cent mètres de chez nous ?, ai-je demandé.
– Bien sûr !, ont répondu les trois hommes d’une seule voix.
Le Clac, pour ceux qui auront lu mon texte précédent, provenait de la cocotte qui venait de fendre. J’ai servi les amis sans me rendre compte de rien, mais quand j’ai voulu soulever la cocotte pour l’apporter à la table donner aux convives qui plus de liquide, qui  plus de perdrix, le pourtour de la cocotte a suivi mon geste, mais pas le reste !
– Donc, a conclu mon mari très laconiquement, cette cocotte ne va pas sur le feu.
Heureusement, pour calmer les estomacs qui n’auraient pas été assez remplis, j’avais préparé, on le sait, du pouding au tapioca, de même qu’un gâteau Moka tiré du livre de recettes des bonnes sœurs.
Le gâteau a bien gonflé et ne m’a causé aucun souci. Une fois refroidi, je l’ai déposé sous une cloche de verre, où il a attendu le moment du dessert. J’ai remarqué qu’il n’était pas facile à trancher –ce n’est pas moi qui tranchais– et pour cause, il était sec comme une biscotte ! Et il ne goûtait pas le café ! Bof. C’était encore plus tentant de verser dessus une bonne rasade de pouding. Or, quand j’ai sorti ce dernier du frigo, surprise, il avait figé, ayant tout absorbé le lait. J’en ai ajouté et j’ai remué la mixture, n’arrivant pas tout à fait à éliminer les grumeaux formés par mon brassage. Donc, nous avons mangé du gâteau sec et du pouding aux grumeaux, et pour obtenir une saveur de café nous en avons bu.
J’ai oublié de mentionner que les haricots à la viande sauvage étaient servis avec du chou fleur Romanesco, un mauve et un très vert, recouverts d’un peu de beurre et d’un peu de sel. Je me suis demandé s’ils perdaient leur couleur à la cuisson, et la réponse est qu’ils la perdent très légèrement.
J’ai oublié, lors du souper, de servir la quiche, de telle sorte que j’en mange en ce moment, écrivant ces lignes. Je vais terminer ce repas frugal par le dernier morceau de gâteau, que je ne pourrai pas couvrir de pouding car, quoique rempli de grumeaux, nous l’avons tout mangé.

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Jour 564

EnseigMénager

Écrit par les Soeurs de la Congrégation Notre-Dame.

L’histoire commence lors d’une visite chez ma belle-maman, au cours de laquelle je lui ai emprunté des livres de recettes, d’anciens livres de recettes, et pas seulement de recettes mais plus largement, et comme on le disait autrefois, d’art ménager.
Pas tellement longtemps après cette visite, nous avons proposé à nos amis voisins de venir souper, c’était hier soir mardi, nous étions six, ou trois couples.
Entre l’emprunt des livres et la tenue du souper, nous sommes allés au chalet. Un matin, vers six heures, mon mari est parti avec sa carabine, pendant que je dormais. Il est revenu quelque deux heures plus tard avec deux perdrix.
Mon mari est un chasseur, de perdrix, d’orignal.
En feuilletant les livres de ma belle-maman, j’ai découvert une recette de fèves au lard auxquelles on ajoute une ou deux perdrix. Je m’en suis inspirée pour notre plat principal qui fut composé de la façon suivante : haricots secs, mélasse verte pas sucrée, moutarde sèche, gras de canard, feuilles de laurier cueillies à même le laurier de notre ami qui était d’ailleurs parmi nos convives, quelques tomates cerises, un peu de cassonade, deux perdrix, du steak d’orignal qui provenait de mon beau-frère car ça fait plus de dix ans que mon mari revient bredouille de la chasse à l’orignal, lorsqu’il s’y rend en Abitibi, des oignons et de l’ail, j’ai oublié de le mentionner au début de mon énumération, beaucoup de poivre, pas de sel, du sriracha, de l’eau. Pourquoi pas de sel ? Parce que j’ai acheté à St-Michel-des-Saints, sans savoir ce que c’était, du roulé de porc à la saumure légère, c’est comme ça que ça s’appelle ou du moins que c’est écrit sur l’emballage. Je me suis dit que ce serait suffisamment salé. Qu’est-ce qu’un tel roulé de porc ? Du jambon, tout simplement.
J’ai fait gonfler les haricots secs dans l’eau, dans la nuit de dimanche à lundi, laissé cuire l’ensemble des ingrédients à la mijoteuse pendant huit heures le lundi. Denauzier, le soir venu, a goûté et confirmé que c’était délicieux.
J’avais aussi, dans la journée de lundi, passé au mélangeur électrique un restant de légumes frais que j’avais fait cuire au chalet dans un bouillon de poulet. Donc, au moment de me coucher, le lundi soir, le potage et le plat principal étaient déjà préparés. Ça ne pouvait pas aller mieux.
J’oubliais. J’avais aussi fait moi-même, en remuant constamment pendant huit minutes, un pouding au tapioca. Re-donc : potage, haricots à la viande sauvage et pouding étaient faits lundi soir.
– Je pourrais préparer une quiche aux épinards, me suis-je dit le mardi matin, qu’on mangerait avec nos doigts en même temps que le potage.
– Et un gâteau parmi ceux proposés dans le cahier de la poudre à pâte Magic.
– Et j’irai en après-midi pour les baguettes, en achat de dernière minute.
Au moment où je faisais référence, dans ma tête, aux baguettes, les fromages étaient déjà dans une assiette à la température de la pièce.

Dégât

Mince !, me suis-je exclamée, en m’éclatant de rire aussitôt.

– J’achèterai aussi de la verdure, ai-je décidé en montant dans ma voiture pour l’achat des baguettes, ça veut dire que je devrai préparer une vinaigrette de retour à la maison.
Toujours est-il que tout cela fut fait, et s’avéra réussi.
Un léger incident, cependant, comme en témoigne la photo ci-contre, fit en sorte qu’il ne fut pas possible de se servir une deuxième portion de haricots.

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Jour 565

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Barbe ? Barbiche ? Barbichette ? Bouc ? Moustache ?

Encore une congestion d’événements qui fait en sorte que je n’ai pas écrit ces derniers jours. Des événements de rien du tout, bien entendu. Je m’y remets aujourd’hui. Je ne me lance pas dans la récapitulation de ce qui s’est produit depuis mon dernier texte écrit la semaine dernière. J’y vais avec le récit des événements d’aujourd’hui.
En matinée j’étais aux fourneaux, parce que nous recevons nos amis demain soir pour souper. J’ai cuisiné comme une bonne, mais ce n’est pas tellement de cela dont je veux parler, alors je passe tout de suite à l’après-midi. Je suis partie en bicyclette au village pour aller voter par anticipation. Pédalant, je me suis demandé pour qui j’allais voter.
– C’est bien beau aller voter, me suis-je dit, mais voter pour qui ?
Alors j’ai passé en revue dans ma tête les candidats un à un. J’ai commencé par Manon Massé. Plus exactement, Manon s’est imposée à mon esprit. À Tout le monde en parle, hier soir dimanche, elle n’avait pas les cheveux attachés. Cela m’a déçue. Elle portait néanmoins, je pense, du mascara et du fond de teint, que lui aura appliqués la maquilleuse avant l’émission.
– Devrais-je voter pour elle ?, me suis-je demandé au début de mon parcours, je venais de quitter la maison.
Ce serait une révolution que Québec solidaire soit au pouvoir, et parfois les révolutions ont du bon. Ainsi, dans mon excessive naïveté, je pensais que Trump allait peut-être amener de nouvelles manières de définir l’économie, de créer des ententes, d’instaurer un début d’égalité sur terre. Je trouvais qu’il n’avait pas tellement l’étoffe d’un tel  individu idéaliste, mais il ne faut pas se fier aux étoffes, m’a-t-on appris dans mon enfance, ni aux apparences.
– Je pourrais voter pour elle, me suis-je dit en pédalant, avant de passer au candidat suivant.
Lisée.
– Je ne voterai pas pour lui, me suis-je entendu me dire. Il ne sera pas au pouvoir, le Jour 1, qu’ils vont déjà se chicaner pour déterminer lequel est le plus fin dans le parti. Je n’imagine pas, cela étant, Véronique se prêter à la chicane.
On a dit dans les médias que Lisée avait mal mené sa barque lors du deuxième combat. Je ne m’en suis pas rendu compte, parce que je ne me rends jamais compte de rien, ou alors parce que je concentre mon attention sur des détails insignifiants. À cet égard, il me semble qu’ils sont au moins trois chefs sur quatre à avoir les yeux bleus : Lisée, Massé et Couillard.
Couillard, justement. Qu’est-ce qui fait que je ne veux absolument pas voter libéral ? Le calme de l’homme ? Sa constance, son flegme, sa langue de bois, peut-être, mais la langue de bois n’est-elle pas monnaie courante dans l’univers politique ? Son impassibilité, son imperméabilité à toute épreuve. Sa barbichette. Son assurance monolithique.
– Le jour où je voterai libéral…, me suis-je dit en montant une petite côte, en première vitesse.
Legault, enfin. De quelle couleur a-t-il les yeux ? Verts ? Pas bruns. Peut-être aussi bleus ? Et sa voix qui se perche, qui monte, qui descend. Et sa candidate dans mon comté qui ne m’inspire pas. On dit de la CAQ qu’elle est le parti le moins vert, le moins éco intéressé, le plus climato sceptique.
– Bof, les calamités ont d’elles-mêmes décidé de s’immiscer dans la campagne, comme on l’a vu avec la tornade à Gatineau. Ils n’auront pas le choix de tenir compte du climat, veux veux pas, me suis-je dit en descendant de ma bicyclette.

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Jour 566

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Chute de neige –la raison pour laquelle il est interdit de stationner– ou chute de chat ?

Plusieurs choses d’un intérêt, on le sait, quasiment nul. Ce matin je suis allée au village en bicyclette, faire tester à la pharmacie la vitesse de coagulation du sang qui circule dans mon organisme ultra performant. À l’angle de deux rues, je lève la tête et qu’est-ce que je vois ? Un chat sur le toit. Je me suis arrêtée pour le prendre en photo, ça faisait mon affaire de m’arrêter parce que je venais de terminer de monter une côte et j’étais essoufflée.
Résultat de mon test : parfait. Quand j’ai vu le chiffre 3 apparaître sur l’écran du bidule testeur, j’ai bien entendu levé les bras au ciel en m’exclamant YES ! L’infirmière a été surprise par l’intensité de ma réaction, de ma réaction pourtant habituelle quand le résultat est bon. Mais souvent ce sont les pharmaciennes et non l’infirmière qui me font passer le test. Les pharmaciennes sont plus habituées à mes sparages que ne l’est l’infirmière.
Cela me fait penser à cette fois où Emma et moi étions dans un restaurant, à St-Alphonse, attendant que nous soit servie la pizza que nous avions commandée. Nous l’avions attendue une heure, or je mourais de faim. Quand elle était enfin arrivée, j’avais une fois de plus levé les bras dans les airs et je m’étais écriée Alleluia !
Après le test à la pharmacie, je me suis rendue chez le pépiniériste vérifier s’il vendait encore du paillis, dans la mesure où la saison est pas mal avancée. Il lui en reste, nous allons nous organiser, Denauzier et moi, pour aller en chercher en assez grande quantité. J’en ai profité pour vérifier s’il lui restait des Rudbeckies, j’étais certaine, je ne sais pas pourquoi, qu’il ne lui en restait pas.
– J’en ai encore une bonne centaine !, s’est-il exclamé, –sans toutefois lever les bras au ciel.

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Le perchoir, à l’arrière sur la photo, est assez peu visible. Perchoir, ou mangeoire, ou abreuvoir, c’est difficile à dire.

Je suis passée en après-midi, en voiture, en acheter vingt plants. Comme je suis étonnamment efficace, en témoigne à cet égard la journée d’hier qui m’a vue planter vingt-quatre hostas très lourds, j’ai planté sans m’interrompre les vingt plants de Rudbeckies, là où étaient les hostas. J’ai terminé de jouer dans la terre à 18 heures.
Avant d’entrer dans la maison, j’ai apporté une amélioration visuelle au nouveau secteur hostassien de notre terrain, en l’enjolivant d’un gros pot de bégonias rouges, et d’un perchoir pour les oiseaux. La pièce maîtresse que je veux déposer parmi les hostas fait l’objet d’une petite recherche sur Kijiji en ce moment. Avec le paillis de cèdre rouge, ce sera pas mal intéressant, et peut-être aussi avec une clôture de perche d’un pied de haut. À suivre.

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Jour 567

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Hostas nouvelle manière ce 18 septembre 2018.

J’ai donné une chance aux hostas et j’ai donné raison à ma cousine. Elle est venue me visiter et m’a encouragée à les déplacer puisque ce sont des plantes d’ombre, que j’ai plantées en plein soleil il y a deux ans. Elle a suivi des cours d’horticulture et s’y connaît mieux que moi. Je ne veux pas dire qu’il faut avoir suivi des cours d’horticulture pour savoir que les hostas sont des plantes d’ombre. La plupart des gens le savent, même moi maintenant je le sais, mais il y a deux ans je ne me posais pas la question. Je me contentais de penser que les hostas sont des plantes qu’on voit partout sur les terrains des gens, et si on les voit partout c’est qu’ils sont faciles d’entretien et résistants. Ma réflexion s’arrêtait pas mal là.
– Les hostas sont tous flagada à ce temps-ci de l’année, ai-je répliqué à ma cousine. Ils ont été brûlés par l’été que nous avons connu.
– Les miens sont encore beaux, a-t-elle simplement répondu.
Comme je suis allée visiter son jardin la semaine dernière, je sais que ses hostas sont à l’ombre, et pas brûlés. Alors ce matin, n’écoutant que mon courage, voulant profiter de la dernière journée chaude avant l’arrivée du froid, selon les prévisions de la météo, je me suis lancée dans le déplacement de mes hostas. Mon mari m’a aidée en travaillant la terre au préalable avec son motoculteur pour la rendre meuble. L’utilisation du motoculteur a nécessité certains ajustements car ça faisait longtemps que l’appareil attendait dans le garage qu’on se serve de lui. Il a été capricieux les premières minutes, mais une fois le réservoir à essence nettoyé, les choses se sont arrangées.
Il y avait dix énormes hostas devant notre propriété orientée plein sud, et deux petits qui ont souffert plus que les dix autres de la chaleur intense. J’ai divisé les dix énormes en deux, cela fait vingt hostas, mais il y en a un que j’ai divisé en trois, cela fait donc vingt-et-un hostas résultants. Plus les deux petits. Plus un autre que j’ai déterré de l’endroit où il était, ailleurs sur le terrain, car il y manquait d’espace. Je pense que cela donne un résultat de vingt-quatre hostas.
– Tu sais chérie, m’a dit mon mari alors que j’achevais mon travail, que les hostas vont recevoir le soleil du matin, et peut-être même le soleil jusqu’à deux heures en après-midi. Il aurait peut-être été préférable que tu les plantes dans la première pente du terrain, pas tellement loin de l’endroit où on fait les feux ?
– On verra l’an prochain, ai-je simplement répondu. Je pensais que tu venais nous proposer une collation avec des fudges glacés ?, ai-je ajouté.
Nous avons mangé les fudges assis devant l’endroit où on fait les feux, puis je suis retournée à mon dur labeur.
Demain s’il ne pleut pas je voudrais étendre du paillis, mais je dois d’abord aller l’acheter. J’ai aussi l’idée d’une sorte de structure qui pourrait égayer ce nouveau coin domestiqué de notre propriété. Bien entendu, il faut maintenant trouver une vivace qui adore le soleil, qui fleurit quatre mois, de juin à septembre, en acheter plusieurs plants, et les mettre en terre avant l’hiver, là où résidaient les hostas.

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Jour 568

LacMiroir

L’image se lit à la verticale.

Une patronne, du temps que je travaillais à l’UQÀM, était sortie de son bureau pour nous annoncer qu’elle venait d’acheter une voiture par téléphone, sans l’avoir vue et bien entendu essayée. C’était bien avant les achats par Internet, j’étais dans la vingtaine à l’époque.
J’ai fait un peu pareil aujourd’hui mais à moindres frais. J’ai téléphoné à mon contact ami au magasin Cadrimage. Je lui ai demandé de faire imprimer un fichier que je lui ai envoyé par courriel il y a quelque temps, il s’agit de la photo du lac Miroir.
– J’aimerais faire imprimer la photo que nous avons travaillée ensemble, ai-je commencé après les préliminaires d’usage quant à la météo qui nous gâte mais qui devrait changer à partir de mercredi.
– Laquelle ?, a-t-il répondu. Nous en avons travaillé plusieurs quand tu es venue la dernière fois.
– Celle du lac et de son reflet dans l’eau.
– D’accord, attends un peu je vais ouvrir le fichier. Bouge pas, ça s’en vient, mon ordi est un peu lent ces derniers temps.
– Je ne bouge pas, je suis bien assise, dehors, sur la terrasse.
– OK, le fichier est ouvert.
– Alors, j’aimerais te demander de le modifier pour obtenir un ratio de 1/3.
– Actuellement, tu as un ratio de 1/2, a-t-il voulu s’assurer.
– Justement, je voudrais te demander d’étirer la photo pour qu’elle se donne à voir plus longue qu’en réalité, sans en modifier la largeur.
– Donc, de 12"X24", tu voudrais passer à 12"X36" ?, a-t-il exprimé d’une voix qui trahissait sa surprise.
– Exactement, et si tu pouvais choisir le cadre, un cadre pas trop cher, soldé si possible.
– Euh…, quelle couleur le cadre ? Noir ? Choisir le cadre, tu ne voudrais pas
– Excuse-moi, j’oubliais le principal, l’ai-je interrompu. La photo doit se lire au format portrait, et non paysage. Et pour créer un équilibre, peux-tu faire en sorte que les deux masses bleues, celle du ciel et celle de l’eau, soient de même largeur ?
– Wow !, s’est-il exclamé après quelques secondes de silence au téléphone, pendant lesquelles je l’entendais cliquer sur sa souris.
– Qu’est-ce qu’il y a ?
– C’est super l’idée d’étirer le sujet, ça crée tout un contraste, tu vas aimer ça !
– Tu t’occupes du cadre ?, ai-je demandé. Noir ou d’une autre couleur, mais pas doré.
– Doré, c’est sûr que je ne choisirais pas ça. J’en ai un qui ressemble à la couleur du laiton, c’est beau, et il n’est pas trop cher.
– OK ! Je te laisse aussi choisir le type de papier.
– Du papier régulier fera l’affaire.
– Entendu ! Merci ! Je te rappelle dans quelques jours pour savoir si c’est arrivé de l’imprimerie.
Je n’ai pas demandé le prix. Et je n’ai pas demandé quel type de vitre il comptait installer sur le cadre. Il va peut-être aller vers une vitre anti-reflet qui coûte plus cher qu’une vitre régulière.
Je voulais au départ faire imprimer la photo sur un papier poreux, sans l’encadrer, pour pouvoir la modifier au crayon. Il y a, à la ligne de rencontre de l’image et de son reflet, des mini cercles noirs qui m’attirent comme autant d’orifices. Un orifice en particulier, situé à mi-hauteur, serait avantageusement transformé moyennant les quelques lignes nécessaires qui évoqueraient une forme oblongue, que je garnirais de lignes noires frisottées mais pas trop… jusqu’à obtenir une réinterprétation de L’origine du monde, de Courbet, rien de moins.
Mais comme mon imagination dépasse de beaucoup mes capacités de dessinatrice, je me suis ravisée et j’ai opté pour un encadrement en bonne et due forme.

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Jour 569

Le_combat_des_chefsJe reviens sur les élections du 1er octobre et sur le combat des chefs qui se disputent la pole position. Ma manière d’exprimer ma pensée par rapport à la politique se veut avant tout subversive. En commentant des insignifiances, le pendentif de Manon, par exemple, j’exprime que je ne prends pas leur exercice au sérieux et encore moins le mien, quand viendra le temps de voter. Je les observe qui se chicanent, à la télévision, et j’en ai assez après trois minutes. Je retourne à mes petites affaires. Je les laisse dépenser leur énergie et leur salive. C’est là que je fais erreur, quand je retourne à mes petites affaires, au lieu d’aller au-delà de ma déception, les voyant qui s’agitent à la poursuite de futilités. Aller au-delà de ma déception serait me demander qu’est-ce qui devrait être exprimé qui ne l’est pas. Quelle promesse devrait être centrale qui ne l’est pas. D’ailleurs, pourquoi parler de promesse là où il faudrait parler de projet de société ? Aller au-delà de ma déception serait agir en fonction de mes valeurs dans une perspective individuelle, mais comme il y a urgence, cela pourrait vouloir dire militer dans une perspective élargie ? Le mot me fait peur, militer. J’aime mieux l’idée de participer, de mettre la main à la pâte, d’être un chaînon de la chaîne, une chaînon anonyme mais néanmoins essentiel…
J’imagine l’utopie suivante : au combat des chefs, un des quatre arrive qui ne mise que sur une priorité.
– Nous avons réfléchi en comité pré-combat, annonce cet aspirant chef. Nous avons revu nos priorités hier soir et nous en sommes arrivés à la conclusion qu’une seule mérite d’être défendue à tout prix : la sauvegarde de la planète. Aussi, au parti machin que j’ai l’honneur de représenter ce soir, nous lançons un appel à tous. Mobilisons-nous et commençons, dès le 2 octobre, à vivre dans une perspective nouvelle afin de sauver notre espèce humaine.
En fait, le représentant de ce parti pourrait parler non pas de perspective nouvelle mais plus justement de perspective révolutionnaire, mais « révolutionnaire » est un mot qui fait peur, surtout quand on a vécu dans la ouate depuis toujours, alors il se contenterait du qualificatif « nouvelle ».
Ce représentant serait bien préparé, il fournirait des chiffres et des statistiques crédibles. Il énumérait une série d’observations et de catastrophes qui, toutes, appartiennent au domaine du concret. Il nommerait avec pondération quelques actions très simples par lesquelles commencerait la transformation de notre rapport aux ressources de la terre. Des actions simples mais incontournables pour tous.
Passées les premières secondes de surprise, les autres candidats à la chefferie auraient le réflexe de continuer à argumenter et à faire valoir que leur approche est meilleure. Mais notre homme ou notre femme n’entrerait pas là-dedans et attendrait son tour de parler à la question suivante. Il répondrait tout au plus :
– Je respecte votre point de vue mais ce n’est pas le nôtre, d’autant que le temps presse.
À la fin du combat, le représentant de ce parti qui n’existe pas annoncerait que tout bien considéré, compte tenu de l’urgence d’agir, il mettait fin à sa participation à la campagne électorale, pour mieux réfléchir aux manières nouvelles selon lesquelles il faut vivre dorénavant et pour établir les bases de leur mise en place.
– C’est un rendez-vous le 2 !, aurait-il l’audace d’exprimer, le regard brillant, le sourire aux lèvres, en guise de mot de la fin.

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