Jour 546

Richard_Brautigan_photo

Richard Brautigan (1935-1984)

Oscarine m’a expliqué qu’Éric Plamondon écrit des textes courts, des chapitres de rien du tout, une page, une demi-page. Ces chapitres s’accumulent comme autant de textes indépendants, de sorte que l’approche de l’auteur peut être considérée un peu semblable à la mienne sur mon blogue.
J’écris généralement des textes de 500 mots qui sont indépendants. Parfois, un même sujet peut traverser plusieurs textes, mais chaque texte est néanmoins autonome. On n’a pas besoin de se référer tant que ça à mes textes précédents pour comprendre ou est-ce que je veux en venir dans le texte qu’on est en train de lire.
Donc, Oscarine m’a dit cela, que les chapitres étaient indépendants, alors qu’elle venait de lire Mayonnaise.
Moi, le premier livre que j’ai lu d’Éric Plamondon, c’est Taqawan.
Or, dans Taqawan, les personnages et les situations évoluent au fil des pages indépendamment les uns des autres, jusqu’à ce que le lecteur découvre qu’ils sont tous liés par une thématique commune. Cela donne lieu à une conclusion rocambolesque dans laquelle tout le monde essaie de résoudre la même difficulté.
Alors, oubliant les commentaires d’Oscarine et ne m’appuyant que sur ma propre expérience de lecture, j’ai entamé Mayonnaise en m’attendant à découvrir, au fil des pages, que les personnages sont mus par un lien qui les fait entrer en contact. Je tournais les pages en me demandant quand est-ce que j’allais déceler les premiers points communs. En fin de compte, j’ai lu les chapitres les uns à la suite des autres non pour leur contenu, mais pour y détecter les premiers signes de parenté.
Rendue à la moitié du roman, je ne me trouvais pas vite de n’avoir encore rien détecté, mais je me disais que l’auteur avait affiné sa technique de resserrement et que tout allait se laisser dévoiler dans la deuxième moitié. Rendue aux trois-quarts du bouquin, j’ai commencé à penser que l’auteur exagérait. Comment allait-il pouvoir tout condenser dans le dernier quart ? Autant dire qu’une grande partie du contenu du livre m’a échappé parce que je concentrais mon attention essentiellement sur sa forme.
On pourrait dire que Taqawan est un récit d’action, tandis que Mayonnaise est une série de descriptions. Taqawan est en mouvement, Mayonnaise est en position stationnaire. Taqawan, encore, est traversé par une ligne directrice pleine, là ou Mayonnaise se construit sur une série de points qui produisent des ligne pointillées.
Mais j’exagère, je déforme même la nature du texte, puisque Mayonnaise nous fait visiter les États-Unis et rencontrer les grandes figures des sixties. On s’y déplace en masse.
Il est un autre aspect du livre, en outre, qui m’a causé des difficultés : Mayonnaise retrace la vie d’un auteur que je ne connaissais pas, Richard Brautigan. Comme je suis cocotte, je n’ai pas pris la peine de vérifier, au cours de ma lecture, s’il s’agit d’un auteur réel ou inventé. J’ai préféré continuer à me casser la tête. Coudon, est-ce que cet auteur a bel et bien existé ?, ai-je passé mon temps à me demander.
Pour conclure cette chronique littéraire dont on ne saisit pas si le livre m’a plu ou pas, j’affirme qu’il m’a plu. Je n’exclus pas la possibilité d’une troisième lecture, tellement son contenu est agréablement instructif.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Marqué , , , , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Jour 547

9782253128045-001-T

Enter a caption

Pendant mon jeûne d’écriture, je suis arrivée un après-midi chez tantine et j’ai découvert sur la table de son salon l’autobiographie de Benoîte Groult, qu’elle a écrite à quatre-vingts ans, Mon évasion. Le livre m’a fait un clin d’œil.
– Je peux te l’emprunter ?, ai-je demandé à tantine avant même de lui dire bonjour.
Je l’ai lu presque d’une traite. Deux traites. L’une au chalet, l’autre à la maison.
J’ai probablement lu Ainsi soit-elle, du temps de mes études à l’Université Laval. C’était à la mode de lire les textes féministes à cette époque, au milieu des années 80. Compte tenu de la popularité de Benoîte cependant (Ainsi soit-elle s’est vendu à un million d’exemplaires en 1975), de sa capacité d’être près des gens, en d’autres mots d’être « facile à comprendre », elle n’était peut-être pas considérée comme une maître à penser par nos professeurs universitaires qui étaient plus friands, je pense, d’auteurs intellectuels tels Nathalie Sarraute ou Samuel Beckett, au nombre de ses contemporains. Je ne sais pas pourquoi j’écris ça, d’autant que je n’ai pas lu Tropismes ni le théâtre de l’absurde –sauf La cantatrice chauve d’Eugène Ionesco ! Peut-être que j’écris ça parce que j’ai lu dans l’autobiographie de Benoîte qu’elle a envoyé un exemplaire de son essai Ainsi soit-elle à Simone, espérant des commentaires en retour, or Simone n’a pas daigné lui répondre. Cela m’a déçue.
Je me suis rendu compte tout récemment que je confondais Benoîte Groult et Françoise Giroud. Groult, Giroud, ça se ressemble un peu. C’est-à-dire que je confondais la mort de Benoîte avec celle de Françoise. Benoîte est morte dans son sommeil, paisiblement, à 96 ans. Françoise est morte le lendemain d’une chute qu’elle a faite, la tête la première, dans les escaliers de l’Opéra-Comique alors qu’elle avait 87 ans.
Benoîte a été quelque cinquante ans la compagne de Paul Guimard, jusqu’à la mort de ce dernier. Paul Guimard est l’auteur des Choses de la vie, un roman que j’ai lu il y a longtemps mais dont je ne me rappelle presque rien, sinon que le personnage principal meurt au volant de sa voiture. Françoise a été moins chanceuse en amour, au point d’avoir fait une tentative de suicide.
À propos des choses, comme dans le titre Les choses de la vie : j’ai profité de mon jeûne pour relire La force des choses, de Simone de Beauvoir (celle qui n’a pas daigné répondre à Benoîte). Comment ça se fait que je ne me rappelle de rien dans ce livre ? J’y ai fait référence en septembre 2016 sur mon blogue, Jour 1­014. Ça ne fait quand même pas dix ans ! Est-ce que j’y ai fait référence sans l’avoir lu ?
Ça devient inquiétant. Oscarine m’a prêté le roman Mayonnaise, d’Éric Plamondon. La dernière fois que je suis allée à Montréal rencontrer mon amie, je ne lui ai pas remis le livre, pensant que je ne l’avais pas lu, or je venais de terminer de le lire ! J’en ai été quitte pour le lire deux fois.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Marqué , , , , , , , , , , , , , | Un commentaire

Jour 548

dynamic_resize

Épaule de porc mais pas celui façon asiatique.

J’ai beaucoup cuisiné, presque trop, j’ai apporté de la nourriture à Emma et à moins d’inviter une tablée de dix il risque d’y avoir des pertes. Je pense à deux recettes qui ont donné des quantités gargantuesques, un filet de porc farci à l’agneau, et du poulet au citron, carvi et yaourt.
J’ai beaucoup cuisiné, et cuisiné en double. Voici dans quelles circonstances.
De retour d’un week-end dans le bois, un dimanche soir, Denauzier et moi avons mis dans la mijoteuse les ingrédients qui étaient requis pour une recette d’épaule de porc façon asiatique. Le lendemain lundi, nous recevions les amis voisins, nous serions six pour souper. La recette allait cuire toute la nuit, prendre de la saveur dans la mijoteuse dans la journée de lundi, et se laisser manger le soir. Cependant, j’étais fatiguée, je n’avais pas la tête à la cuisine, je voulais aller m’écraser sur le canapé, et de même mon mari. J’ai saupoudré la viande pas mal généreusement, et distraitement, d’épices diverses, me basant sur notre appréciation habituelle à l’effet que ça ne goûte jamais rien.
Au terme de sa nuit, Denauzier s’est levé à son heure habituelle, 5 heures du matin, il a goûté la patente et presque recraché du feu.
– Chérie, il faut soit recommencer, m’a-t-il annoncé quand je me suis levée, soit tenter d’améliorer mais ce ne sera pas facile, soit cuisiner autre chose.
– Nous allons refaire la même recette, ai-je décidé, en respectant cette fois les proportions.
C’est ce que nous avons fait. Je suis allée acheter les ingrédients, nous avons redémarré la mijoteuse, et la mixture est restée à cuire jusqu’à la fin de l’après-midi, une petite heure avant l’arrivée des invités.
Ça ne goûtait rien.
Alors, j’y suis allée à la sauve-qui-peut. J’ai ajouté un élément sucré, ce fut de la gelée de pommes, trois grosses cuillerées. Et un élément acide, vinaigré, pour contrebalancer le gras, ce fut du vin blanc.
– Mets de l’eau, m’a dit Denauzier alors qu’il passait dans la cuisine.
– Ça manque de sel, m’a dit ma belle-sœur qui était venue nous visiter un petit quinze minutes. Et j’ajouterais de l’eau, a-t-elle suggéré, même si je venais d’en mettre.
– On va mettre du vin, à la place de l’eau, a décrété mon mari.
– Et encore un peu de gelée, ai-je pensé, pour atténuer l’effet vinaigré.
Quand les amis sont arrivés, je les ai encouragés à manger beaucoup de potage aux carottes et à la courge, je savais qu’il était bon.
Mais d’abord j’ai ouvert un sac de chips, de format familial, de chips aromatisés de la marque Miss Vickies. Nous étions tellement affamés que nous sommes restés debout, en cercle, à piger dans le bol que nous faisions circuler entre nous, et au bout de cinq minutes il n’en est plus resté.
– Ça regarde mal, me suis-je dit en moi-même.
C’est bien pour dire. Quand ce fut au tour de l’épaule de porc de se trouver dans les assiettes, les amis ont attaqué leur part avec entrain, s’exclamant que c’était un délice. Je n’en suis pas revenue.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Laisser un commentaire

Jour 549

45254708_554579091655575_2594316763982200832_n

Je me suis fait des bouclettes.

Je n’ai pas fait que lire, bien sûr. J’ai été sportive, j’ai marché à Montréal, du quartier des spectacles à la maison Wilson, en empruntant la rue Sherbrooke, ou alors en montant vers la rue Monkland en diagonale par le Chemin de la Côte-St-Antoine. Par Sherbrooke me semble plus facile, j’ai l’impression de marcher sur le plat tout du long. Par la Côte, comme son nom l’indique, c’est plus forçant, passé la première partie du trajet qui me fait franchir une véritable butte, je poursuis sur ce qui me semble être un faux-plat. J’ai marché à la campagne, de même que dans le bois. J’ai marché beau temps mauvais temps, incluant, une journée, un temps de crachin qui a défrisé mes bouclettes, fraîchement façonnées le matin même. Mince !
J’ai rencontré des amis, à Montréal, à la campagne, et à Joliette. Une journée, avec les amis, j’ai tellement parlé que je suis arrivée chez Emma, le soir, les jambes tremblantes d’épuisement. Les jambes ne me tremblent jamais quand je passe des heures à marcher !
Conformément à ma routine, j’ai pris soin de papa et de tantine.
J’ai pris soin de moi aussi, sans me précipiter pour que ça prenne le moins de temps possible, comme je le fais depuis la nuit des temps. Ainsi je me suis fait des bouclettes avec mon fer plat, en respirant entre chaque mèche à friser. Ma frange était rendue trop longue et la formule bouclettes me permettait de ne pas l’avoir qui me frôlait les cils et gênait mon champ de vision. Quand elle s’est trouvée décidément trop longue, j’ai fait la folie de me rendre à Rawdon, une heure de route aller/retour, pour une coupe de cinq minutes effectuée par la coiffeuse, Amélie. Et encore, elle a pris son temps.
Il faut dire qu’en voiture je m’adonne à une forme de relaxation. Je pense à une partie de mon corps, souvent une partie supérieure où se concentre le stress, et je m’efforce de la maintenir détendue, molle, le plus longtemps possible. Par exemple, je décolle ma langue du palais, et je me dis que je vais conduire jusqu’à la prochaine maison, la blanche, là-bas, en essayant de la garder molle, pendant que les mâchoires sont molles aussi. J’arrive à la maison blanche pour constater que la langue s’est déjà recollée au palais, je passe devant la maison blanche et je ne m’en rends pas compte, mon esprit est happé par autre chose, parfois j’arrive à mon but et j’ai réussi mon défi.
Je me suis maquillée, juste pour le plaisir.
– Que fais-tu ?, m’a demandé Denauzier me voyant m’appliquer du maquillage, événement rarissime.
– Je me maquille.
– Tu t’en vas quelque part ?
– Non, je fais des tests.
Je vérifiais si la ligne de crayon de couleur lilas, sur mes paupières, s’agençait bien avec la couleur presque brune de mon rouge à lèvres. C’était pas si mal.
Je faisais des tests vestimentaires aussi. Je les entame toujours dans une certaine fébrilité :
– YES !, je vais essayer mon pantalon noir déniché à la St-Vincent-de-Paul pour 3$, avec mon chemisier fluide de la marque Philosophy –acheté à la fermeture du magasin Sears.
J’épargne ici au lecteur la description du tissu, de l’imprimé et des couleurs !
Mais le plus souvent mes tests vestimentaires se terminent en queue de poisson, sur une déception, l’agencement ne me séduit pas.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Laisser un commentaire

Jour 550

Beauvoir

La belle Simone.

Je me suis donc trouvée à ne pas écrire pendant vingt jours. J’aurais pu utiliser un petit ordinateur qui traîne à la maison, qui appartient à Denauzier. Denauzier s’est d’ailleurs étonné que je ne l’utilise pas. Je l’ai déjà utilisé pour me dépanner, une fois que mon feu Vaio était en réparation chez le même technicien du village. Mais il fonctionne sous Windows XP et je me suis mis en tête que je ne m’y retrouverais pas, maintenant que je suis habituée à Windows 10. Une défaite niaiseuse on ne peut plus niaiseuse. Je pense, dans le fin fond de ma personne, que j’ai voulu tester à quoi ressemblera ma vie lorsqu’elle sera affranchie de l’obligation que je me suis imposée d’écrire un texte par jour, du lundi au vendredi. Je pense que c’est ça que je me suis permis. Je me suis permis cette courte vacance comme on se paie une escapade sans trop d’inquiétude quand on sait que le gros du travail est fait, soit sept ans et demi d’écriture. Il ne me reste que deux ans et demi à tenir le rythme. Je peux m’interrompre un peu et continuer néanmoins de respirer.
Il a résulté de cette vacance, de cette permission comme on dit d’un militaire qu’il est en permission, une Lynda paresseuse, assise sur le canapé de cuir dans la pièce principale où nous vivons, les jambes étendues sur un gros pouf de cuir lui aussi, sur lesquelles était déposée une couverture de polar trop courte qui ne couvre pas suffisamment les pieds nus. Une Lynda lectrice accompagnée à sa droite d’une petite pile de livres déposés sur le coussin central du canapé, et à sa gauche d’une autre petite pile de livres déposés sur un banc qui tient lieu de table d’appoint. Au son, à l’odeur et à la chaleur du feu de bois dans le foyer. Indispensable au sein de cette ambiance, un dictionnaire illustré. À défaut d’un Robert, je me suis servi d’un Larousse, heureusement pas trop ancien.
Dans cette situation casanière délicieuse –d’autant qu’il a plu souvent–, j’étais, encore une fois et toujours, en train d’essayer de rattraper et de réparer mon passé d’étudiante en littérature à l’université, parce que je n’ai pas pris mes études suffisamment au sérieux. J’étais aussi en train de tenter de me faire pardonner un tant soit peu mon passé non littéraire de femme sur le marché du travail, et mon passé de femme queue de veau au sein d’une famille recomposée, période bicéphale pendant laquelle je n’ai absolument pas lu. Quel gâchis.
Ce sont les mots qui reviennent tout le temps à ma bouche, le gâchis généralisé de ce qu’a été ma personne dans ma vie d’autrefois. Le gâchis de n’avoir pas su profiter suffisamment de la vie. D’avoir fait de nombreux mauvais choix. D’avoir agi mille fois de manière chaotique dont j’ai honte aujourd’hui.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Marqué , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Jour 551

45188704_739809239707092_5360151212979126272_n

Sans titre.

Quelques dates : jeudi le 11 octobre 2018, j’ai publié le texte du Jour 553. J’ai l’impression que c’était il y a trois ans ! Normalement, j’aurais publié le texte du Jour 552 le lendemain, 12 octobre. En fait, j’ai commencé le texte du Jour 552 le soir du 11 octobre, après avoir publié le texte du Jour 553. Ça m’arrive parfois de prendre de l’avance. J’ai écrit ce soir-là que je pouvais être intense par moments, en donnant l’exemple de ma phrase biblique envoyée par courriel à mon amie France, à la suite de la soirée mémorable que nous avons passée chez sa sœur, à St-Paul de Joliette, fin septembre. J’ai écrit ça, je me suis demandé comment j’allais poursuivre mon histoire, et je me suis arrêtée, Emmanuelle arrivant de sa soirée, car je me trouvais ce soir-là chez ma fille. C’est d’ailleurs au même endroit, chez ma fille, que je me trouve en ce moment. Sachant, compte tenu de l’heure tardive, et de l’arrivée d’Emma, que je n’écrirais pas davantage, j’ai mis mon portable en veille par la fonction à cet effet sous Windows, j’ai incliné l’écran de manière à ce qu’il couvre le clavier pour protéger ce dernier de la poussière et surtout des poils de chat qui flottent partout dans l’appartement. Et nous sommes allées, Emma et moi, nous installer sur le lit pour parler, dans ma chambre qui est la chambre dite « des invités ». Ensuite nous nous sommes séparées pour la nuit, Emma se rendant dans sa chambre qui était la mienne autrefois, alors que la sienne autrefois était celle des invités aujourd’hui.
Le lendemain matin, j’ai voulu poursuivre mon texte et j’en ai été incapable, mon ordinateur n’a rien voulu savoir.
– À mon avis, m’a dit Emma après que nous ayons essayé en vain cinquante-six patentes pour le démarrer, tu vas devoir le faire réparer.
J’en ai acheté un autre, finalement, auprès du technicien informatique qui tient boutique dans notre village. Il reçoit de la part d’un fournisseur des ordinateurs ayant déjà servi. Il les reconditionne, c’est le mot qu’il utilise, et les vend à bas prix. Je me retrouve donc depuis hier propriétaire d’un engin Fujitsu fabriqué au Japon, il paraît que ça vaut mieux que fabriqué en Chine. Il est doté d’un disque dur électronique, et non mécanique. Une chose est sûre, il est cent fois plus rapide que mon ancien Vaio. Son écran pivotant me permet de l’utiliser comme s’il s’agissait d’une tablette, une tablette d’un bon pouce d’épais, mais quand même, et en outre il m’offre des fonctionnalités tactiles, en fonction des applications utilisées.
Quand elle l’a vu, Emma m’a dit que c’était une vieille affaire, mais c’est une vieille affaire qui fait mon affaire. Il va falloir que je me décide à tester un jour l’utilisation tactile et l’adaptation tablette, et aussi le maniement du stylet, trois choses qu’Emma a testées en deux secondes et quart, et en deux temps trois mouvements, alors qu’il s’agit pour moi d’une tâche à inscrire sur la liste des choses à faire, et que j’aborderai peut-être quand je n’aurai véritablement rien d’autre à faire.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Laisser un commentaire

Jour 552

La dame au chapeau

La dame au chapeau

Je peux manquer de retenue par moments, comme lorsque j’ai rencontré mon amie France en septembre dernier. J’ai deux amies France. Je parle de celle qui habite l’Allemagne, la musicienne contrebassiste. J’ai écrit un texte sur elle il y a quelques années, un texte dans lequel je plongeais –c’est ma spécialité– dans le passé  de nos années à l’école secondaire, au Séminaire de Joliette. D’une chose à l’autre, nous sommes entrées en contact à travers ce texte et nous nous sommes vues chez sa sœur à l’occasion d’une courte visite qu’elle est venue faire au Québec. Nous avons passé plus de quarante ans sans nous voir. Nos corps portaient donc quarante ans de plus lors de notre rencontre. Le sien m’est apparu intact, aussi jeune qu’autrefois, le corps et le visage.
Elle est venue m’accueillir à la porte à mon arrivée. Il faisait encore beau et chaud en cette fin de septembre, de sorte que seule la porte moustiquaire séparait le dedans du dehors. J’étais dehors sur la galerie, elle était dedans et tendait déjà le bras pour me faire entrer lorsque j’ai aperçu son beau visage souriant. Autrement dit, la moustiquaire jouait ici le rôle métaphorique des années qui nous avaient séparées !
Ce fut une soirée exquise. Le lendemain en fin de journée, au lieu de la remercier pour son invitation de la veille et pour sa bonne compagnie, je lui ai écrit la phrase biblique suivante : « Je me sens tellement nourrie par la beauté de notre rencontre d’hier que je n’ai pas mangé aujourd’hui. » C’est quand même assez intense. Le pire, c’est que c’était vrai. Mais, quand même, on pourrait nuancer. Nous avions beaucoup mangé autour de la table de sa sœur et je n’ai pas eu faim le lendemain jusqu’à tard dans la journée ! J’avais apporté du doré pêché cet été avec Denauzier au lac du Fils, au Témiscamingue. C’est moi qui l’ai préparé sur place. Les amies me parlaient et me posaient des questions pendant que j’essayais de faire griller le poisson juste à point, autant dire que j’avais de la difficulté à répondre intelligemment.
J’ai offert à France, pour me permettre de vivre un peu avec elle en Allemagne, et pour lui faire plaisir bien entendu, au-delà de mes paroles bibliques, la petite toile qui apparaît ci-dessus, que j’appelle La dame au chapeau. Je l’ai peinte il y a deux ans je pense. J’avais appliqué des morceaux de serviette de table sur un fond déjà très chargé de restants d’acrylique. La portion supérieure tout en haut de la toile m’est d’abord apparue, sans surprise, comme une grosse saucisse, mais elle est vite devenue une coiffe comme en portaient autrefois les infirmières. Les cheveux bruns n’ont requis aucun trait de pinceau, je n’ai eu qu’à couvrir la portion de serviettes de table d’une belle couleur brune. Le reste, le corps, le collier, la chaise, se sont faits sans que je m’en rende compte, ils ont attendu patiemment que je me rende jusqu’à eux. J’ai pensé que j’allais un jour ajouter des yeux, un nez, une bouche, puis j’ai changé d’idée parce que des taches plus foncées, placées juste à la bonne place dans le pseudo visage, tenaient déjà lieu de yeux, de nez, de bouche.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Laisser un commentaire