Jour 552

La dame au chapeau

La dame au chapeau

Je peux manquer de retenue par moments, comme lorsque j’ai rencontré mon amie France en septembre dernier. J’ai deux amies France. Je parle de celle qui habite l’Allemagne, la musicienne contrebassiste. J’ai écrit un texte sur elle il y a quelques années, un texte dans lequel je plongeais –c’est ma spécialité– dans le passé  de nos années à l’école secondaire, au Séminaire de Joliette. D’une chose à l’autre, nous sommes entrées en contact à travers ce texte et nous nous sommes vues chez sa sœur à l’occasion d’une courte visite qu’elle est venue faire au Québec. Nous avons passé plus de quarante ans sans nous voir. Nos corps portaient donc quarante ans de plus lors de notre rencontre. Le sien m’est apparu intact, aussi jeune qu’autrefois, le corps et le visage.
Elle est venue m’accueillir à la porte à mon arrivée. Il faisait encore beau et chaud en cette fin de septembre, de sorte que seule la porte moustiquaire séparait le dedans du dehors. J’étais dehors sur la galerie, elle était dedans et tendait déjà le bras pour me faire entrer lorsque j’ai aperçu son beau visage souriant. Autrement dit, la moustiquaire jouait ici le rôle métaphorique des années qui nous avaient séparées !
Ce fut une soirée exquise. Le lendemain en fin de journée, au lieu de la remercier pour son invitation de la veille et pour sa bonne compagnie, je lui ai écrit la phrase biblique suivante : « Je me sens tellement nourrie par la beauté de notre rencontre d’hier que je n’ai pas mangé aujourd’hui. » C’est quand même assez intense. Le pire, c’est que c’était vrai. Mais, quand même, on pourrait nuancer. Nous avions beaucoup mangé autour de la table de sa sœur et je n’ai pas eu faim le lendemain jusqu’à tard dans la journée ! J’avais apporté du doré pêché cet été avec Denauzier au lac du Fils, au Témiscamingue. C’est moi qui l’ai préparé sur place. Les amies me parlaient et me posaient des questions pendant que j’essayais de faire griller le poisson juste à point, autant dire que j’avais de la difficulté à répondre intelligemment.
J’ai offert à France, pour me permettre de vivre un peu avec elle en Allemagne, et pour lui faire plaisir bien entendu, au-delà de mes paroles bibliques, la petite toile qui apparaît ci-dessus, que j’appelle La dame au chapeau. Je l’ai peinte il y a deux ans je pense. J’avais appliqué des morceaux de serviette de table sur un fond déjà très chargé de restants d’acrylique. La portion supérieure tout en haut de la toile m’est d’abord apparue, sans surprise, comme une grosse saucisse, mais elle est vite devenue une coiffe comme en portaient autrefois les infirmières. Les cheveux bruns n’ont requis aucun trait de pinceau, je n’ai eu qu’à couvrir la portion de serviettes de table d’une belle couleur brune. Le reste, le corps, le collier, la chaise, se sont faits sans que je m’en rende compte, ils ont attendu patiemment que je me rende jusqu’à eux. J’ai pensé que j’allais un jour ajouter des yeux, un nez, une bouche, puis j’ai changé d’idée parce que des taches plus foncées, placées juste à la bonne place dans le pseudo visage, tenaient déjà lieu de yeux, de nez, de bouche.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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