Jour 535

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Les spaghettis bleus, noirs et bruns.

Fiou ! Je suis fatiguée. J’ai cuisiné toute la matinée. Un rôti de bœuf en croûte. Un filet de truite à la thaïlandaise façon Lynda. Un pudding au chocolat sans sucre ni édulcorant. Un potage aux épinards, asperges et brocolis. Un beurre de noix. À travers ça, j’ai démarré deux machines pour laver du blanc, puis du foncé. Et tout étendu à l’étage, à proximité du feu de foyer sur un support à cet effet.
Pour la croûte du rôti, j’ai utilisé du fromage parmesan râpé qui commençait à avoir son voyage, c’est le cas de le dire, pour avoir été transporté une dizaine de fois dans une glacière entre la maison et le chalet. J’y ai mélangé de la poudre de graines de lin. Ça, c’est pour la partie sèche. Pour la partie humide, j’ai utilisé deux restants de moutarde, une en grains et une de Dijon. Comme ce n’était pas assez mou au final, j’ai ajouté de l’huile d’olive. J’avais piqué d’ail le rôti, je l’ai couvert de mon mélange, j’ai fait cuire, et malheureusement j’ai trop laissé cuire. C’était quand même bon.
Pour la sauce façon Lynda qui a couvert le filet de truite, j’ai mélangé du sriracha à du cari jaune en pâte et à mon beurre de noix.
Pour le beurre de noix, on mélange normalement de la noix de coco, des amandes émondées et des noix de macadam. On met au four sur une plaque ces trois ingrédients pour les faire dorer juste un peu. On les passe ensuite au Magic Bullet pour obtenir une pâte qui se conserve une semaine au réfrigérateur. C’est tellement bon que j’en mange à la cuiller. Comme j’avais les ingrédients requis à la maison, mais pas en assez grande quantité pour les amandes et les noix de macadam, j’ai complété avec des noix de Grenoble pour obtenir la quantité requise d’amandes, et avec des graines de sésame et des grains de quinoa pas cuits pour la quantité requise de noix de macadam.
Tout, le rôti, la truite, le potage, le beurre, était excellent.
– Je suis pas mal bonne et pas mal gentille de cuisiner si bien pour mon mari, ai-je dit à mon mari.
Plus tard en après-midi, j’avais rendez-vous avec ma sœur Bibi. Je marchais vite sur le trottoir pour ne pas être en retard. Nous avions convenu de prendre un café (finalement nous avons pris un verre de vin) à la Brûlerie du Roy, à Joliette. J’ai pensé, tout en marchant, qu’elle était peut-être partie à la dernière minute elle aussi pour se rendre à notre rendez-vous et qu’elle était peut-être en train de marcher, juste derrière moi. Je me tourne, et qui est-ce que je vois, à moins de cinquante pieds ? Bibi ! Elle ne m’avait pas reconnue parce que je portais un manteau qu’elle n’avait encore jamais vu qui m’a été donné par ma belle-fille lors de notre récent séjour en Abitibi.
– Je suis bonne en titi !, me suis-je exclamée, d’avoir pensé que tu pouvais être juste derrière moi !
Encore plus tard en début de soirée, je me suis rendue à la pharmacie pour faire tester la vitesse de coagulation de mon sang. J’ai obtenu un résultat parfait.
– Je suis vraiment bonne !, me suis-je exclamée à la pharmacienne.
Je ne me suis jamais exclamée que j’étais bonne, en peinture et en écriture.

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Jour 536

Denauzier est parti au chalet du lac Miroir et je suis restée à la maison parce que je n’avais pas envie, après l’expédition d’une semaine en Abitibi, puis celle de trois jours à Montréal pour la réfection du toit, de faire encore de la route dans des conditions en outre plus difficiles en hiver. Je suis restée ici, caressant le projet d’écrire au moins trois textes dans la journée, et de travailler sur une toile que j’ai entreprise il y a déjà quelques semaines. Elle est couverte de lignes spaghettis qui se rencontrent, se courbent, se nouent. Je suis rendue à l’étape d’appliquer une deuxième couche d’acrylique sur les spaghettis bleus.
J’ai commencé par m’atteler à la rédaction du premier texte, histoire d’avoir l’esprit tranquille. Il était déjà midi.
Ding dong. Ça sonne à la porte. C’était notre ami voisin qui venait emprunter un outil.
– J’arrive d’une longue marche de deux heures et demie, quel temps magnifique !, s’est-il exclamé.
– Il faut aussi, me suis-je dit, que j’ajoute à ma liste d’aller marcher pour prendre de l’air avant que le soleil se couche. 
L’ami repart, sans l’outil car nous ne l’avons pas trouvé. Je reviens à ma chaise, à mon bureau, à mon ordinateur.
Ding dong. Ça sonne à l’autre porte. Je me relève et je vais ouvrir.
– Bonjour madame, me dit un jeune homme de peut-être onze ans, accompagné de sa sœur, maximum six ans.
Ils viennent demander des denrées pour les paniers de Noël, ai-je pensé, me demandant déjà si j’avais des conserves à leur donner.
– Votre mari nous a donné l’autorisation de glisser juste à côté, a commencé le jeune homme, en pointant du bras le terrain en pente assez raide situé à droite de la maison.
– C’est bien, ai-je répondu. J’espère que vous en profitez ? Bonjour mademoiselle, ai-je ajouté du même souffle, en souriant à la fillette.
– On se demande si on peut faire des bosses avec de la neige pour pouvoir jumper ?
– Pourquoi vous ne pourriez pas ?
– Parce que votre mari fait de la motoneige et ça pourrait abîmer ses pistes.
– Oh ! Il n’y a aucun problème, ai-je répondu avec ravissement, tellement la question était suave. Vous pouvez faire autant de bosses que vous voulez, on adore ça quand vous venez glisser.
Je retourne à mon texte non entamé, je finis par l’écrire, en ayant de plus en plus hâte de le finir pour aller dehors. J’entendais les enfants qui glissaient, ils étaient une petite bande, et le soleil m’attirait. Quand j’ai eu enfin fini, je suis allée marcher assez longuement. Ce fut très essoufflant parce que j’ai escaladé la montagne à même la paroi abrupte –pour ne pas déranger les enfants qui s’amusaient là où se trouve le sentier que nous empruntons habituellement ! Je suis revenue, trempée, je me suis changée.
Les lignes bleues ne me disaient rien. Ni rien d’autre. Rien ne me disait quelque chose, en fait. Je me sentais seule dans notre immense maison. Il était seize heures trente. 
– C’est bien que je me sente seule, me suis-je dit, ça veut dire que je suis habituée à vivre presque en permanence avec mon mari –car il travaille de la maison.
– Est-ce que je ne devrais pas en profiter pour aller tenir compagnie à tantine ?, me suis-je alors demandé. Quelle heure est-il ? Est-ce qu’elle aura soupé ? Ça veut dire que je n’écrirai pas deux autres textes et que je laisse faire les lignes bleues… Bof, les lignes et les textes, pour ce qu’ils valent, etc.
J’ai été accueillie comme on accueille, je dirais, l’être le plus extraordinaire de la terre. Certaines choses ici doivent être exprimées : tantine a adoré ma soupe thaï; nous avons passé une soirée encore plus exquise que ma soupe; il n’y a rien de plus facile que de faire plaisir à tantine; finalement, et bien que cela ne me plaise pas nécessairement, c’est ce que je sais faire de mieux, du bien. Je ne fais rien de vraiment bien, à part le bien que je fais très bien. 

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Jour 537

46428276_327957637999198_7162929577600221184_nMon abonnement d’un an au magazine Paris Match est terminé. Je n’en ai pas vraiment profité, d’autant que l’abonnement n’était pas donné, presque 275$. J’ai feuilleté plusieurs numéros sans prendre la peine d’en lire les articles. Il y en a pourtant d’intéressants, notamment sur l’état de la planète, accompagnés de bonnes photos. J’ai retrouvé ici et là dans la maison, et d’ailleurs ce matin, des numéros encore couverts de leur pellicule plastique dans laquelle ils me sont expédiés. Plus souvent qu’autrement, j’ai feuilleté la revue en m’en voulant de n’avoir pas exploité davantage ce luxe que je m’étais payé. J’en ai apporté plusieurs numéros à la salle d’attente du CLSC de mon village, ainsi qu’au salon de ma coiffeuse à Rawdon, probablement parce que l’idée de « passer au suivant » me faisait mieux digérer le coût de mon investissement et amenuisait ma culpabilité.
Quelques numéros ont pris le bord du bac de recyclage, j’avoue, je pense en particulier à ceux qui montraient Johnny Halliday en page couverture, lors de son décès et lors de la chicane qui s’en est bien entendu suivi à propos de son héritage. J’avais déposé les numéros sur un banc, non loin de la cuvette dans la salle de bains. Je ne connais pas les chansons de Johnny, ni son parcours, et je ne désire pas le critiquer, mais je le trouve laid, sur les photos de ses dernières années. Il me donne l’impression d’avoir été un homme malheureux. Dans un petit moment d’exaspération, et probablement de nettoyage de la salle de bains, je m’en suis débarrassé.
La dernière fois que je suis allée au salon de coiffure, je n’y ai pas trouvé un seul de mes Paris Match. Est-ce que ça veut dire que les coiffeuses les ont jetés parce qu’ils ne correspondent pas aux goûts de leurs clients ? Ou est-ce que ça veut dire que les clients sont partis avec tellement un article ou un autre les intéressaient ? J’ai tendance à penser que la première option est la bonne.
Il y a plein de choses comme ça que j’aimerais faire mais que je ne fais pas. Le yoga, par exemple. Je me suis acheté un tapis récemment, d’une jolie couleur lilas. Je n’en fais pas pour autant. L’idée d’en faire éventuellement m’accompagne certains jours, mais ce n’est tellement pas une priorité que je peux compter sur les doigts d’une seule main le nombre de fois que j’en ai fait en 2018. Idem avec notre tapis exerciseur. Il me prend d’y monter, à l’occasion, quand ça fait vraiment trop de jours que je n’ai pour ainsi dire pas bougé. Il prend beaucoup de place et encombre notre entrée, mais ni Denauzier ni moi ne commentons cette présence un peu dérangeante.
Il y a au moins une chose que j’aime et que je fais. Je continue d’écrire sur mon blogue, beau temps mauvais temps, malgré le fait que ce ne soit pas facile. Que vais-je écrire aujourd’hui qui va m’intéresser tout en ne déprimant pas ma grappillette de lecteurs ? Cette question m’accompagne presque systématiquement le matin quand je descends l’escalier qui me mène au rez-de-chaussée. Ce plaisir d’écrire, pourtant, vient lui aussi avec une forme de frein, une zone d’ombre, une perspective de difficulté : il faudrait que je relise mon Grévisse pour me rappeler comment accorder les participes passés. Soupçonnant que je n’y comprendrai rien, je remets ce projet à plus tard…

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Jour 538

Quand je suis arrivée au CHSLD, papa avait la bouche tremblante de qui essaie de retenir ses larmes. 
– Qu’est-ce qu’il y a papa ?, lui ai-je demandé avec un peu d’inquiétude.
Ça fait partie de sa maladie de se plonger dans le passé et d’être nostalgique de ses beautés perdues, alors je me suis refrénée dans mon élan d’inquiétude, tout en ayant envie, bien sûr, de m’y délecter.
Papa a prononcé quelques mots, difficilement, que je n’ai pas entendus parce qu’il parle d’une voix très faible et qu’il y avait du bruit autour de nous. Comme j’étais en avance sur mon horaire habituel, je suis allée nous promener au premier étage en attendant l’heure du repas. C’est notre destination en hiver à défaut de pouvoir aller dehors. Je me rends à l’ancienne cafétéria. J’aime cette pièce éclairée aux murs très hauts, couverts dans leur partie inférieure d’une couleur orange, et d’un blanc cassé dans la partie supérieure. Des couleurs démodées, des couleurs d’autrefois. J’ai immobilisé le fauteuil roulant à la première table, je me suis assise juste à côté, j’ai pris la main de papa et je l’ai regardé.
– C’est moi, ai-je dit, Lynda.
Je ne savais pas quoi dire, alors je me suis contentée de dire que c’était moi qui lui tenais compagnie, même si je pense qu’à chaque fois qu’il est en présence d’un de ses enfants il s’en rend compte.
Papa a recommencé à avoir les lèvres tremblantes et les yeux pleins d’eau. Je n’ai rien ajouté. J’ai préféré attendre que les prochains mots soient les siens.
– Belle comme sa mère, a-t-il alors prononcé.
Pour ne pas penser qu’il parlait de moi, parce que ça fait narcissique de penser que je suis belle –ou que j’ai pu l’avoir été un jour–, je me suis lancée dans une enfilade de questions. Je ne ressemble pas à mère, mais à mon père, de toute façon. Papa parlait-il en ce sens de Bibi, qui ressemble à maman ? Maman était-elle belle étant jeune ? Papa était-il amoureux d’elle dans les premières années de leur vie commune ? Était-elle aimable ? La déception de vivre auprès d’une personne absente, qui n’est pas vivante, a-t-elle pris toute la place au bout d’un moment ? Papa s’inventait-il une autre épouse ? Confondait-il la première et la deuxième, qui est arrivée dans ma vie quand j’avais dix ans ? Papa voulait-il, sans bien entendu s’en rendre compte, me faire réaliser que je ne suis pas aussi moche que je le pense ? A-t-il été, le temps de cette brève énonciation de quatre mots, l’homme aimant, fondamental dans ma vie, qui m’encourage à essayer de m’aimer un peu plus, voire à me pardonner ?
– On y va !, a-t-il alors décrété d’une voix affirmée.
Fidèle à moi-même, c’est-à-dire docile, hyper naïve et enthousiaste, je me suis levée comme un petit soldat et j’ai adhéré à sa suggestion en répétant ses mots :
– On y  va !

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Jour 539

Dr54a2EXgAUOXRNBien au chaud dans la maison à proximité du feu qui crépitait dans le foyer, nous avons regardé à la télévision quelques extraits de la cérémonie d’adieu faite à Bernard Landry, à la Basilique Notre-Dame.
– Nous ne sommes pas grand-chose à côté de ces penseurs instruits, de ces hommes qui se sont démarqués par leurs capacités au-dessus de la moyenne, a dit mon mari.
– Mon père dirait qu’on ne leur arrive pas à la cheville, ai-je répondu.
Je me rappelle, il y a longtemps, je commençais à travailler à l’université, j’étais donc dans la jeune trentaine. Une collègue m’avait demandé quel était mon type d’homme. Je me rendais récupérer un document que j’avais fait imprimer. L’imprimante était située loin de mon bureau. C’était bon pour ma santé, je me levais régulièrement et je parcourais une bonne distance dans le corridor. D’ailleurs, je ne me rendais pas à l’imprimante en marchant, mais en courant, tellement j’étais à la fois stressée en général et empressée de découvrir à quoi ressemblaient mes inventions sur papier. J’occupais un poste de rédactrice en informatique. J’écrivais des textes qui expliquaient les manières de communiquer avec les gros serveurs informatiques à partir de nos petits ordinateurs, en fonction des applications logicielles qui étaient utilisées. J’adorais ça. C’était facile parce que je savais au départ ce que j’avais à couvrir comme sujet.
L’imprimante était située au fond d’une grande pièce qui servait de service à la clientèle. Le responsable de ce service aimant les plantes, il fallait contourner des espèces de roseaux hauts sur tige qu’il avait déposés çà et là sur des classeurs et des bureaux. C’était un service à la clientèle exotique.
J’étais à mille lieues de penser aux hommes, je pensais aux feuilles encore toutes chaudes qui m’attendaient dans la machine. La collègue qui m’avait posé la question était un vrai garçon manqué. Elle m’avait quasiment apostrophée :
– Toi, ton type d’homme, c’est quoi ?
– Tu veux dire c’est qui ?, avais-je répliqué, rapide pour une fois.
Je pensais qu’elle m’adressait cette remarque sans attendre de réponse, tellement l’environnement ne se prêtait pas à une conversation sur ce sujet. Alors j’avais poursuivi mon chemin vers l’imprimante, mais elle m’avait retenue par le bras, la coquine, et avait insisté :
– Je suis sérieuse, je me demande quel est ton type d’homme.
Je m’étais arrangée pour tendre le bras et récupérer mes feuilles, pour ensuite me diriger en-dehors de la grande salle et m’arrêter un peu à l’écart dans le corridor afin de lui répondre.
J’étais donc debout, devant elle, et je n’avais aucune idée de ce que j’allais dire. En même temps, je n’avais pas envie d’y passer la journée. Alors j’avais laissé venir à moi la réponse à sa question, prononçant, la première surprise que ces mots sortent de ma bouche :
– Bernard Landry. Je dirais que Bernard Landry est l’homme qui m’inspire le plus.
Ma collègue m’avait dévisagée, complètement découragée.
– Il est laid comme un pou !, avait-elle exprimé en faisant la moue.
– Je n’ai jamais remarqué qu’il était laid. Je pense, même, que je le trouve beau ?!

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Jour 540

Le-créole-héritage-Africain-Ces-mots-qui-viennent-de-toute-l_Afrique

Créoles surdimensionnées à l’avant-plan.

En ce qui concerne les créoles, je m’étais donné comme repère mnémotechnique le nom d’un peuple, d’une langue métissée, de gens de peau noire… Un jour, cherchant une fois de plus le nom de ces boucles d’oreilles, j’avais d’abord prononcé le mot « haïtiennes », avant de rebondir sur les créoles.
La même chose avec Tracy Chapman. J’ai passé des jours à chercher son prénom, jusqu’à ce que je me donne comme truc la ville de Sorel. Grâce au traversier St-Ignace-de-Loyola/Sorel-Tracy, je ne cherche plus le prénom de Mme Chapman.
Je déplace le problème, en fait. Au lieu de me casser la tête à chercher un mot, je me la casse pour trouver le truc mnémotechnique que je lui ai associé.
Forte de ma découverte du nom d’Ève Ruggieri hier après-midi, et du log cabin hier soir, il a fallu que je trouve un moyen de ne pas oublier à nouveau ces deux trouvailles qui m’avaient coûté ma journée. Avant de m’endormir, j’ai essayé de créer un acronyme avec la première lettre de chaque mot : ERLC. Ça fait CLER, sans le c final, ai-je rapidement trouvé.
– Ça adonne bien, me suis-je dit, j’ai fait mes études secondaires auprès des Clercs de St-Viateur.
Comme il ne fallait pas que j’oublie non plus de téléphoner aujourd’hui à un certain Bill, j’ai concaténé le B à ma trouvaille CLER, et je me suis ainsi assoupie sur l’acronyme CLERB.
J’ai très bien dormi.

 

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Jour 541

EVE RUGGIERI, PORTRAITS

Ève porte des créoles, ça aussi c’est un mot que j’ai beaucoup cherché à un moment donné.

La première réponse m’est arrivée sur le chemin du retour hier lundi, pendant notre trajet de plus de six heures nous menant à la maison depuis Val d’Or. J’avais le temps en masse, me direz-vous, de trouver la réponse. J’observais tranquillement le paysage sans penser à rien de précis lorsque le nom de l’animatrice m’est revenu.
Au cours de ma rêverie entre deux pages des Mémoires de Simone, au lit dans la chambre d’invités de la maison du fils de Denauzier, bien calée entre de confortables oreillers, je me suis revue marchant avec une dame assez âgée. Nous nous dirigions vers le marché public du samedi, à Enghien-les-Bains, pour acheter des œufs frais. C’est dans cette banlieue nord qu’habitait la dame qui me logeait –la mère d’une amie du Québec–, quand j’allais à l’occasion à Paris, du temps de ma vie aixoise. Nous marchions en parlant de tout et de rien ce matin-là, et la dame, que je n’entendais jamais critiquer, s’était mise à dire, avec un soupçon d’aigreur dans la voix, que cette animatrice ne se faisait jamais imposer le moindre déplacement de son émission dans la grille-horaire de France-Inter. Je ne sais pas pourquoi, cette remarque anodine m’est restée. Malveillante, j’avais automatiquement pensé que le mari de la dame qui m’hébergeait avait eu une liaison avec cette animatrice. Heureusement, je n’avais pas commenté. Il m’arrivait souvent, quand j’étais en France, de ne pas trop parler pour ne pas dévoiler mon ignorance. Cela m’a probablement rendu service.
Donc, hier, en voiture, le nom d’Ève Ruggieri, 79 ans, mais elle en paraît 49, m’est revenu. Elle n’est pas morte, elle demeure très présente dans la vie mondaine parisienne. Elle a publié en octobre 2017 le Dictionnaire amoureux de Mozart dans un grand déploiement médiatique, si je me fie aux photos que j’ai trouvées sur le web. Elle ressemble à une ancienne collègue de l’université –dont le nom pour une fois, Denise D., ne m’échappe pas ! Elles ont toutes deux, je trouve, le même sourire.

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Bel exemple de couverture tricotée selon le technique de la base navale américaine.

L’autre affaire, maintenant, la technique du tricot qui emprunte au domaine de la marine marchande, c’est le log cabin. Tel un bâton de feu d’artifice qui explose tout d’un coup, les mots me sont venus alors que je mettais la tête sur l’oreiller. Ça fait très marine militaire, en effet, dans une traduction littérale, à savoir la cabane en rondins de bois. Dans le domaine de l’artisanat, cette technique d’assemblage est propre à la courtepointe. Je résume ici très  grossièrement. Une chose, au moins, n’est pas trop approximative dans mon récit, et dans la description que j’ai faite à la femme de l’ami de Denauzier qui vient de se mettre au tricot : le petit carré tricoté en début de projet se situe bel et bien au centre de la grande surface obtenue, comme on peut le voir en rouge framboise, sur la photo ci-dessus.

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