Jour 550

Beauvoir

La belle Simone.

Je me suis donc trouvée à ne pas écrire pendant vingt jours. J’aurais pu utiliser un petit ordinateur qui traîne à la maison, qui appartient à Denauzier. Denauzier s’est d’ailleurs étonné que je ne l’utilise pas. Je l’ai déjà utilisé pour me dépanner, une fois que mon feu Vaio était en réparation chez le même technicien du village. Mais il fonctionne sous Windows XP et je me suis mis en tête que je ne m’y retrouverais pas, maintenant que je suis habituée à Windows 10. Une défaite niaiseuse on ne peut plus niaiseuse. Je pense, dans le fin fond de ma personne, que j’ai voulu tester à quoi ressemblera ma vie lorsqu’elle sera affranchie de l’obligation que je me suis imposée d’écrire un texte par jour, du lundi au vendredi. Je pense que c’est ça que je me suis permis. Je me suis permis cette courte vacance comme on se paie une escapade sans trop d’inquiétude quand on sait que le gros du travail est fait, soit sept ans et demi d’écriture. Il ne me reste que deux ans et demi à tenir le rythme. Je peux m’interrompre un peu et continuer néanmoins de respirer.
Il a résulté de cette vacance, de cette permission comme on dit d’un militaire qu’il est en permission, une Lynda paresseuse, assise sur le canapé de cuir dans la pièce principale où nous vivons, les jambes étendues sur un gros pouf de cuir lui aussi, sur lesquelles était déposée une couverture de polar trop courte qui ne couvre pas suffisamment les pieds nus. Une Lynda lectrice accompagnée à sa droite d’une petite pile de livres déposés sur le coussin central du canapé, et à sa gauche d’une autre petite pile de livres déposés sur un banc qui tient lieu de table d’appoint. Au son, à l’odeur et à la chaleur du feu de bois dans le foyer. Indispensable au sein de cette ambiance, un dictionnaire illustré. À défaut d’un Robert, je me suis servi d’un Larousse, heureusement pas trop ancien.
Dans cette situation casanière délicieuse –d’autant qu’il a plu souvent–, j’étais, encore une fois et toujours, en train d’essayer de rattraper et de réparer mon passé d’étudiante en littérature à l’université, parce que je n’ai pas pris mes études suffisamment au sérieux. J’étais aussi en train de tenter de me faire pardonner un tant soit peu mon passé non littéraire de femme sur le marché du travail, et mon passé de femme queue de veau au sein d’une famille recomposée, période bicéphale pendant laquelle je n’ai absolument pas lu. Quel gâchis.
Ce sont les mots qui reviennent tout le temps à ma bouche, le gâchis généralisé de ce qu’a été ma personne dans ma vie d’autrefois. Le gâchis de n’avoir pas su profiter suffisamment de la vie. D’avoir fait de nombreux mauvais choix. D’avoir agi mille fois de manière chaotique dont j’ai honte aujourd’hui.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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