Jour 539

Dr54a2EXgAUOXRNBien au chaud dans la maison à proximité du feu qui crépitait dans le foyer, nous avons regardé à la télévision quelques extraits de la cérémonie d’adieu faite à Bernard Landry, à la Basilique Notre-Dame.
– Nous ne sommes pas grand-chose à côté de ces penseurs instruits, de ces hommes qui se sont démarqués par leurs capacités au-dessus de la moyenne, a dit mon mari.
– Mon père dirait qu’on ne leur arrive pas à la cheville, ai-je répondu.
Je me rappelle, il y a longtemps, je commençais à travailler à l’université, j’étais donc dans la jeune trentaine. Une collègue m’avait demandé quel était mon type d’homme. Je me rendais récupérer un document que j’avais fait imprimer. L’imprimante était située loin de mon bureau. C’était bon pour ma santé, je me levais régulièrement et je parcourais une bonne distance dans le corridor. D’ailleurs, je ne me rendais pas à l’imprimante en marchant, mais en courant, tellement j’étais à la fois stressée en général et empressée de découvrir à quoi ressemblaient mes inventions sur papier. J’occupais un poste de rédactrice en informatique. J’écrivais des textes qui expliquaient les manières de communiquer avec les gros serveurs informatiques à partir de nos petits ordinateurs, en fonction des applications logicielles qui étaient utilisées. J’adorais ça. C’était facile parce que je savais au départ ce que j’avais à couvrir comme sujet.
L’imprimante était située au fond d’une grande pièce qui servait de service à la clientèle. Le responsable de ce service aimant les plantes, il fallait contourner des espèces de roseaux hauts sur tige qu’il avait déposés çà et là sur des classeurs et des bureaux. C’était un service à la clientèle exotique.
J’étais à mille lieues de penser aux hommes, je pensais aux feuilles encore toutes chaudes qui m’attendaient dans la machine. La collègue qui m’avait posé la question était un vrai garçon manqué. Elle m’avait quasiment apostrophée :
– Toi, ton type d’homme, c’est quoi ?
– Tu veux dire c’est qui ?, avais-je répliqué, rapide pour une fois.
Je pensais qu’elle m’adressait cette remarque sans attendre de réponse, tellement l’environnement ne se prêtait pas à une conversation sur ce sujet. Alors j’avais poursuivi mon chemin vers l’imprimante, mais elle m’avait retenue par le bras, la coquine, et avait insisté :
– Je suis sérieuse, je me demande quel est ton type d’homme.
Je m’étais arrangée pour tendre le bras et récupérer mes feuilles, pour ensuite me diriger en-dehors de la grande salle et m’arrêter un peu à l’écart dans le corridor afin de lui répondre.
J’étais donc debout, devant elle, et je n’avais aucune idée de ce que j’allais dire. En même temps, je n’avais pas envie d’y passer la journée. Alors j’avais laissé venir à moi la réponse à sa question, prononçant, la première surprise que ces mots sortent de ma bouche :
– Bernard Landry. Je dirais que Bernard Landry est l’homme qui m’inspire le plus.
Ma collègue m’avait dévisagée, complètement découragée.
– Il est laid comme un pou !, avait-elle exprimé en faisant la moue.
– Je n’ai jamais remarqué qu’il était laid. Je pense, même, que je le trouve beau ?!

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
Cette entrée, publiée dans 2 200 textes en 10 ans, est marquée , , , , , , , , , , . Mettre ce permalien en signet.

Une réponse à Jour 539

  1. Jacques dit :

    Bien répondu

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s