Jour 534

avecBlanc

Version 2 : avec taches blanches.

Lorsque j’ai découvert hier que Bibi me suivait sur le trottoir, je sortais du magasin Cadrimage où j’ai mes habitudes. Ces derniers temps, j’y vais presque à chaque semaine. Je m’y suis acheté deux crayons gel dans le but de couvrir de blanc, ici et là, les espaces fermés qui se sont formés au hasard des croisements de mes lignes spaghettis.
J’y ai travaillé cet après-midi, tout en étant au téléphone avec mon frère Les pattes. Pour une fois, je l’ai laissé me parler de tout son soûl, sans l’interrompre au bout de cinq minutes comme je le fais tout le temps pour mettre fin à notre conversation. Je couvrais les petites masses de la main droite, pendant qu’il me parlait. Et je tenais mon cellulaire de la main gauche. Constatant, au bout d’une heure, que mon frère ne semblait pas même s’approcher d’un sensation de satiété, je lui ai suggéré qu’on se rappelle plus tard, un autre jour. Je commençais à avoir la main gauche engourdie à force de tenir mon avant-bras à la verticale.
M’être écoutée, je me serais inventé un système : toutes les masses contenues dans les boucles auraient été disons rouges; les masses à la forme carrée ou rectangulaire auraient été jaunes; les masses de moins d’un centimètre carré auraient été orangées; et j’aurais été capable, avec mon crayon blanc, d’aller jusqu’à tracer une ligne au centre de chacune de ces petites surfaces pour leur donner un air de parenté. M’être écoutée, en outre, j’aurais appliqué le blanc consciencieusement, alors que pour me secouer, je me suis obligée à l’appliquer de manière négligée, hachurée, vite fait.
En ce sens, mon frère m’a rendu service car le fait d’entretenir une conversation n’était pas propice à la concentration, au classement et à la sélection des formes.
J’ai l’impression que cette toile est masculine, peut-être est-ce à cause des couleurs foncées et des traits relativement larges de mes spaghettis ?
Je ne sais pas ce qu’elle gagne en contenant dorénavant du blanc.
Pour l’instant, elle est suspendue au mur dans la salle de bains du rez-de-chaussée, un endroit mal éclairé. Elle nous observe lorsque nous soulageons notre corps des besoins ultimes qu’il nous impose.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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3 réponses à Jour 534

  1. Renée Tremblay dit :

    Superbe !

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  2. Jacques dit :

    C’est un portrait de tes intestins, pour la circonstance?

    J’aime

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