Jour 531

Initialement intitulée Fenestrée

Sur un bariolage de jaune en couche initiale, j’ai tracé des fenêtres et un mur de briques bleutées retenues par un mortier de terre cuite. Mur et fenêtres et lumière jaune de l’intérieur sont dorénavant couverts de ce que j’ai nommé des spaghettis. En fait, tagliatelles serait plus juste que spaghettis.

Lorsque je revois ma vie en gros, lorsque je m’entends en raconter des épisodes –quand je vivais à Aix, par exemple, ou à Paris; quand je travaillais les premières années à l’université et que c’était passionnant; quand j’ai rencontré le père de ma fille, quand je suis tombée enceinte, et tous ces autres épisodes encore– je ne décortique pas dans le détail les choses que je regrette d’avoir faites. Je ne m’accroche pas dans les fleurs du tapis. Je ne gratte pas les poux. Je raconte en gros, je dresse un portrait sommaire, je reste dans les généralités. Aussi, quand Estelle, pour se situer, m’a demandé : « L’avenue de Turin, c’est près de la Place de l’Europe ? », je me suis contentée de lui répondre par l’affirmative, sans lui mentionner que l’humidité dans ma chambre de bonne, en hiver, y était excessive, ou que l’ascension des marches des six étages se faisait dans la pénible odeur des pipis de chats !
Avec mes toiles, c’est un peu pareil. Quand je les regarde sans porter mes lunettes, quand je les regarde dans un endroit qui est mal éclairé, je les trouve plus belles que lorsque j’ai mes lunettes et que la toile est au grand jour. Sans lunettes, et/ou sans beaucoup de lumière, la toile ne me confronte pas à mes coups de pinceau maladroits, à ma technique défaillante. Quand l’imagination se met de la partie, en outre, parce que telle partie plus sombre de la toile n’est pas discernable dans la pénombre et que, malgré moi, j’essaie de supposer à l’ensemble du sujet une représentation qui existe dans la réalité, c’est encore mieux. Je donne un exemple pour clarifier mon jargon approximatif. Récemment, j’ai peint une vache couverte de belles taches turquoises. J’ai suspendu la toile dans un corridor qui est rarement éclairé. Quand je passe devant la toile, peut-être sous l’effet de mon propre mouvement, ajouté au mauvais éclairage, je ne vois pas une vache, mais la coupole ouvragée d’une église russe. Si, si.
Tout cela pour annoncer aujourd’hui que je commence à aimer les spaghettis qui sont suspendus dans la salle de bains qui manque de lumière. Comme il y a quatre toiles bariolées sur ma table de travail, en ce moment, qui attendent que je les couvre d’un sujet quelconque, figuratif ou abstrait, je me demande si je n’ai pas envie de faire une série inspirée des pâtes alimentaires. Je pense aux macaronis, qui sont assez larges lorsque cuits et en forme de coude arrondi.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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