Jour 506

liveSimplyJe suis allée magasiner avec Emmanuelle. Je me suis acheté un chandail à manches trois-quarts en tissu synthétique léger de couleur orange brûlé. À l’Aubainerie.
– Tu achètes ça maman ?, s’est étonnée Emmanuelle en me voyant tenir le vêtement à la main.
– Je l’adore ! Regarde, c’est écrit Live Simply, Be Grateful. C’est en plein moi ! En plus il est en solde. En plus il me change de mon style trop sérieux.
– C’est quétaine, acheter des vêtements sur lesquels sont imprimés des messages.
– Bof, quétaine, je ne peux pas dire que ça me dérange tellement.
Je porte ce chandail en ce moment. Ce n’est pas pratique les manches trois-quarts en hiver, quand on enfile une veste ou un veston sous le manteau pour avoir plus chaud : les manches trois-quarts plissent au-dessus du coude et restent bloquées là. J’arrive tout juste à les atteindre du bout des doigts pour les faire descendre, en passant difficilement la main dans les manches de mon veston.
Cela me fait penser à un de mes premiers dessins faits au fusain. Il représentait une nature morte, c’était un fanal déposé sur une table et une plante à côté. Trouvant que la plante ressemblait davantage à un chapeau de paille qu’à une plante, j’avais écrit sur le dessin, en belles lettres attachées : Comme un joli chapeau.
La prof avait eu de la difficulté à réprimer une moue.
– On n’écrit rien sur une toile ou un dessin, à moins d’avoir atteint un certain niveau de reconnaissance qui permet d’enfreindre les règles, avait-elle commenté.
Tant que je dessinais ma plante, le nez penché sur le papier, je ne me rendais pas compte qu’elle ressemblait à un chapeau. Je m’en étais rendu compte en m’en éloignant. J’avais voulu partager ma découverte en écrivant ces quelques mots, mais faisant cela, je soulignais une interprétation possible au détriment des autres.
C’est probablement quétaine, en fait, d’écrire des interprétations possibles sur les toiles. C’est ce que je trouve de plus mystérieux dans la vie, les règles qui régissent les œuvres picturales, parce que je n’en saisis pas la nécessité. Je respecte les règles du code de la route pour ne pas me blesser, ou blesser quelqu’un d’autre, ou devoir faire réparer ma voiture –et me battre avec la compagnie d’assurances. Mais le respect des règles quand on peint une toile, c’est une autre paire de manches (trois-quarts).

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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