Jour 392

AutreVache

J’ai plusieurs amies au bout du rang, finalement. Amies ou amis ?

Une autre chose m’a plu récemment, c’est lorsque le cardiologue a dit au téléphone, en messagerie vocale, qu’il attendait que je le rappelle pour déterminer le « plan de match » de ma prochaine chirurgie. Je me rends sur la table d’opération comme un joueur de hockey se rend rencontrer une équipe adverse sur la patinoire !
Je suis au nombre des cas qui connaissent des complications à la suite d’un changement de valve cardiaque. Des cellules indésirées, des matières organiques, du calcium, se sont agglutinés sous ma valve actuelle, empêchant le clapet d’effectuer son mouvement de va-et-vient. Il effectue ce mouvement, mais pas complètement. Du coup, et si j’ai bien compris, l’aorte ne reçoit pas assez de sang, et ne recevant pas assez de sang, elle aurait tendance à s’épaissir de l’intérieur, à moins que ce ne soient encore une fois les cellules indésirées qui aient décidé de s’installer à l’intérieur…
– On va faire un beau set up, a dit le cardiologue en conclusion des informations qu’il venait de me transmettre, croquis à l’appui, lors de notre première rencontre en mai dernier.
– En cours de route, si on découvre une autre anomalie, ne vous inquiétez pas, on va aussi s’en occuper.
– Le problème ne risque pas de se reproduire ?, ai-je demandé. Ces cellules indésirées ne vont-elles pas se recréer ?
– Ça, je ne peux rien avancer. Je peux seulement vous dire que toutes les personnes que j’ai opérées ayant votre problème n’ont pas eu à se faire réopérer une troisième fois.
Je n’ai pas osé répondre au cardiologue qu’il était trop jeune pour que sa réponse soit significative, en ce sens que ça ne fait pas vingt ans qu’il opère, et que par conséquent ses cas opérés sont forcément récents…
Depuis que je sais que je dois me faire opérer, quoi qu’il en soit, il m’arrive une drôle de chose : je crains de ne pas l’être, ou d’attendre trop longtemps avant de l’être. À tel point que j’en veux au CHUM d’être une gigantesque machine qui bouge lentement et dont le personnel ne me téléphone pas vite pour fixer les dates de mes examens préopératoires. C’est faux. Le personnel a téléphoné, vendredi dernier alors que nous étions dans le bois au lac Miroir. Une jeune fille qui avait de la difficulté à prononcer les noms des examens que je dois subir a laissé un message pour dire qu’un des tests aurait lieu après ma prochaine rencontre avec le spécialiste début juillet, et que l’autre examen aurait lieu après. Je ne suis guère plus avancée.
En attendant, nous avons passé, comme je viens de l’écrire, notre premier weekend estival au chalet. Les gens qui en ont l’habitude appellent cette première visite de la saison dans le bois « ouvrir le camp ». Comme je n’en ai pas l’habitude, l’acquisition du chalet étant somme toute récente, je projetais plutôt de marcher, de tricoter et de lire pendant nos deux jours au lac. Or, sous l’effet de la pression sociale, si je peux écrire ça, toutes les femmes frottant et récurant de celles que je savais être sur place, j’ai frotté aussi, la cuisinière, les armoires, les fonds de tiroirs, etc. J’ai réservé l’aspirateur pour la fin. Constatant à quel point celui que nous avons au chalet est raboudiné, déwrenché, ne devant sa vie qu’à une grande quantité de « tape » qui en relie les morceaux disparates, j’ai décidé de manière unilatérale que je visiterais cette semaine un magasin Canadian Tire
En fait, je suis allée marcher, avec une voisine, mais pas longtemps. À peine avions-nous emprunté le sentier qui nous aurait menées à une sablière, au bout de deux kilomètres de marche, que j’apercevais des empreintes d’ours dans la terre humide.
– Regarde !, me suis-je exclamée, tout excitée, c’est la première fois que je tombe sur des empreintes d’ours ! C’est mignon ! On dirait les galettes que chouchou mangeait quand elle était jeune !
– On retourne !, a alors fermement décrété ma compagne de route.

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Jour 393

Vache

Mon amie du bout du rang. Elle porte le numéro 208, à l’oreille gauche.

Plusieurs petites et moins petites choses aujourd’hui. Je suis seule à la maison, bien que le son du lave-vaisselle me tienne compagnie, et aussi celui de la pluie. Ma tasse de café repose sur sa plaque chauffante, à proximité de mon ordinateur, sur mon bureau. J’ai mangé des céréales, des œufs (sans le jaune) et un avocat (pas tout à fait assez mûr). Je suis on ne peut mieux installée devant mon écran. Tout va bien.
Dans mon rêve de la nuit dernière, et comme cela arrive très régulièrement, j’étais en compagnie du premier amoureux de ma vie. Il ne m’apparaissait pas conformément à l’image corporelle qui était la sienne il y a trente ans, mais dans le corps d’un homme de mon âge. Autrement dit, n’ayant pas revu cet homme ces trente dernières années, je le retrouve en rêve dans l’aspect physique qui était le sien lorsque nous avions trente ans. C’est la première fois, il me semble, qu’il m’apparaissait plus vieux. Il se déplaçait à cet égard avec un peu de difficulté, comme s’il avait mal aux hanches, et il avait la voix encore plus basse qu’autrefois. Il était entouré de ses amis masculins dans un café, ou un bar. Auprès d’eux je me sentais à l’aise, plutôt choyée, même, d’être si bien entourée. Comme il habite en Suisse, je me sentais également choyée de séjourner en Europe, moi qui me déplace si peu –et qui trouve que je me déplace déjà trop. Nous aboutissions chez lui en fin de soirée et il me demandait, alors qu’on s’assoyait sur son canapé, de l’embrasser. Je me sentais déchirée entre le désir réel de l’embrasser et la crainte de le faire souffrir s’il s’avérait que je ne sois pas, dès ce baiser terminé, entièrement engagée auprès de lui.
– Je n’ai jamais réussi à m’engager du temps que nous étions jeunes, me disais-je en approchant pourtant mes lèvres des siennes, comment pourrais-je espérer y arriver maintenant ?
Me traversaient alors en pensée toutes les raisons susceptibles de justifier ce non-engagement, la première en tête de liste étant bien entendu ma piètre estime de moi à cette époque de ma vie.
Au beau milieu de notre long baiser, une main se grattait la poitrine dans un son qui m’est devenu familier, celui du poil qu’on frotte énergiquement sur la peau.
– Mon mari !, me disais-je dans mon rêve, –mon mari qui se grattait bel et bien– et quittant du coup cette énième visite de mon passé.
Il y a une différence en effet, sur le plan sonore, entre gratter une peau qui n’est pas poilue, et en gratter une qui l’est. Que mon mari me ramène à lui par ce simple geste m’a beaucoup plu.

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Jour 394

J’ai mille choses à faire. À l’exception du test d’effort sur tapis roulant que je dois passer cet après-midi à l’hôpital, à l’exception des comptes à payer et du ménage que je diffère tout le temps, dans la maison, tout me tente de ce que j’ai à faire.
Je voudrais poursuivre la biographie de Ferré. Je n’ai que les cent premières pages de lues. Je commence à m’habituer au style de Robert Belleret, le biographe. Il accompagne chaque événement de la vie de Ferré de paroles de chansons, lorsque des chansons ont été écrites qui réfèrent à ces événements. Au début ça m’énervait parce que je ne suis pas sensible à la poésie, et parce que j’aurais voulu m’enivrer du récit de la vie de mon héros sans m’accrocher constamment dans des figures de style ou des effets sonores de syllabes qui s’entrechoquent. Maintenant j’en prends mon parti, et je dirais même que je commence à y prendre goût. En fait, Robert Belleret m’initie à la poésie puisque sa manière de procéder me permet d’avoir prise sur les mots du poète. Monsieur Tout-Blanc, par exemple, qui vit dans son château de cartes, c’est un pape, et non un fantôme, ou un cocaïnomane, ou un homme de peau blanche vêtu de lin blanc dans un pays d’Afrique noire, comme j’aurais été capable de l’imaginer !
Je voudrais planter les vivaces qui nous ont été données hier par des amis, en quantité importante, et ainsi enjoliver le grand terrain devant la maison. Les bibittes sont arrivées et c’est quand même forçant, creuser la terre, la nettoyer de ses racines et de ses roches, mais c’est une activité que j’aime. Je couvre le sol de paillis de cèdre rouge partout où je plante des vivaces, pour maintenir un peu d’humidité, et pour empêcher que les mauvaises herbes repoussent à vitesse grand V. On m’a suggéré de mettre du papier journal sous le paillis, mais je ne le fais pas. Je ne devrais pas étendre du paillis, il nécessite de l’entretien, il change de couleur au soleil –même si on choisit du paillis garanti contre le changement de couleur–, il finit par avoir un aspect terne, mais j’en mets pareil. Je préfère les terrains sur lesquels les bosquets de vivaces poussent à même le gazon, de façon désorganisée et sauvage, et pourtant je procède autrement, de manière très ordonnée, très structurée, à l’envers de mes préférences. Comme si ce n’était pas assez, j’entoure aussi les îlots de vivaces d’une bordure de roches — chacune à peu près grosse comme un ballon de football–, en me disant que c’est plus beau, bien que ce ne soit pas idéal parce que les vivaces s’y répandent et y poussent  tant bien que mal. Et bien que ce ne soit probablement pas plus beau. Mais certainement plus fatigant ! Pour ajouter enfin la goutte d’eau fatale qui entraîne le débordement du vase, je creuse le long de la bordure de roches, à l’extérieur de la rocaille, donc côté gazon, pour enlever les grosses pousses de pissenlit. Je comble ensuite cette mini tranchée creusée, et c’est le comble c’est le cas de le dire, d’encore un peu de paillis.
Je voudrais tricoter au moins un carré pour mon projet de housses de coussins. J’avais réussi à en terminer un, mais comme il était truffé d’erreurs, je l’ai défait et je dois repartir à zéro.
Et je n’ai rien dit encore de ma sculpture de rubans… et de la correction des textes de ma deuxième année de blogue…

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Jour 395

413zC6LTYYLMon ami André a très bien décrit mon projet d’écriture :
– Lynda écrit des chroniques sur la vie ordinaire, a-t-il annoncé devant le modeste public qui était le nôtre dans la galerie d’art, samedi dernier.
– C’est en plein ça !, me suis-je dit intérieurement.
J’ai l’habitude de dire aux gens que j’écris des chroniques sur ma vie, mais le mot « ordinaire » décrit encore mieux la portée de mes contenus.
Il n’y a rien de plus ordinaire, en ce sens, que d’informer mes lecteurs que j’ai enfin retrouvé mon tube de crème solaire, payé assez cher, de la marque La Roche-Posay. Après l’avoir vainement cherché dans toutes les poches de mes manteaux, dans les deux salles de bains ici à la maison, dans ma trousse de toilette bien sûr, et dans l’appartement de chouchou, j’avais perdu l’espoir de le retrouver. Or, ce matin, encore endormie car à peine levée du lit, mais devant néanmoins me préparer pour partir en randonnée pédestre avec une amie, j’ai sorti du placard un sac-à-dos que j’utilise rarement, et en voulant le remplir des aliments qui allaient constituer mon lunch, j’ai mis la main sur le tube. De plaisir, j’ai donné un baiser au tube.
Le sac m’a été donné par tantine, à ma demande. Plus précisément, découvrant que tantine avait deux sac-à-dos dans son garde-robe et qu’elle risquait de se servir ni de l’un ni de l’autre, je lui avais proposé de m’en offrir un.
– Pour quoi faire ?, m’avait-elle demandé.
– Pour transporter mes petites affaires quand je vais en randonnée, ou quand je pars à pied de la maison pour aller faire des courses au village.
– Il n’est pas assez grand pour que tu y mettes ce que tu achèterais au village, avait-elle répondu.
– C’est vrai, mais il serait idéal pour contenir mon portefeuille, mon mouchoir, mon téléphone, mes gants, ce qu’on transporte avec soi quand on prévoit marcher un certain temps.
Ma tante m’avait regardée et avait accepté.
Le sac appartenait à son mari, décédé depuis bientôt trois ans. Il arbore fièrement, sur la pochette avant, l’emblème de la Suisse, à savoir la croix blanche sur fond rouge. Il est en outre écrit sur une autre pochette, moins à la vue, qu’il est le produit du « Fabricant du véritable couteau de l’armée suisse ». Quand on fouille davantage, à l’intérieur du sac, bien caché, on tombe sur une autre étiquette qui indique « Fabriqué en Chine », c’est moins prestigieux, mais ce n’est pas surprenant. Je dois avouer qu’il est très confortable à porter car coussiné là où il s’appuie sur le dos, et doté d’une courroie ergonomique qui s’attache en diagonale sur la poitrine. Ma copine n’ayant pas à sa disposition de sac-à-dos d’inspiration suisse fabriqué en Chine, elle a dû se contenter d’une espèce de boîte à lunch souple qui appartient à mon mari. Il faut se battre 
un peu avec la fermeture éclair pour avoir accès à l’intérieur afin d’y ranger ses aliments. La voyant se battre, j’ai voulu l’informer qu’il arrive que les affaires de mon mari ne soient pas tout à fait « à l’ordre », mais au moment où j’allais ouvrir la bouche pour prononcer mes mots malveillants, elle s’est exclamée que le sac lui convenait parfaitement, la fermeture éclair ayant accepté de se laisser amadouer. Ainsi bien équipées, nous avons marché plus de dix kilomètres, et mon cœur n’était pas plus affolé que le sien au sommet des grosses côtes.

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Jour 396

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Bel aménagement à la base du tronc. Photo en provenance d’Internet.

Maintenant que je suis de retour dans ma vie à la campagne, auprès de mon mari à nul autre pareil, voici quelques-unes des activités qui sont au programme cette semaine. Je vais bien entendu inspecter mes plantes et les bichonner un peu. Elles semblent débarrassées des cochenilles. Il faut dire que pendant la saison froide nous habitons en compagnie de nombreuses coccinelles qui, ai-je lu quelque part, en sont friandes. Il ne faut pas rêver en couleurs, cela dit. J’ai lu qu’il est quasi impossible de se débarrasser des cochenilles. Il faut apprendre à vivre avec, et à en limiter les dégâts le plus possible. J’ai hâte qu’il se mette à faire plus chaud pour que mes plantes puissent profiter de l’été dehors sur la galerie, protégées des rayons du soleil par l’écran que constitue notre vigne à l’avant de la maison.
Je vais aussi cette semaine prendre soin des arbustes que j’ai plantés ici et là sur le grand terrain pour tenter de le rendre plus habité. Alors qu’ils étaient frêles dans leurs premières années, je les ai encerclés de roches de taille moyenne pour les protéger de l’ardeur de mon mari quand il roule en petit tracteur pour tondre la pelouse. Maintenant qu’ils sont plus visibles et plus forts, je me contente de nettoyer la terre autour de la tige et de la couvrir de paillis, récupérant mes roches pour créer d’autres types d’aménagements. J’ai choisi du paillis de couleur terre de sienne, encore une fois pour aider mon mari à ne pas confondre l’arbuste avec des mauvaises herbes.
Comme d’habitude, j’aurai mercredi ma visite au CHSLD auprès de papa et mon après-midi jeudi auprès de tantine. À cela se greffent mon rendez-vous annuel chez le médecin et un rendez-vous à l’hôpital pour une épreuve d’effort sur tapis roulant. Se greffent en outre un souper entre amis, un souper aussi en famille, une possible randonnée avec une amie qui me permettra d’évaluer si mon cœur s’affole davantage que le sien dans des conditions d’effort identiques et d’âge à peu près pareil.
Je vais aller tout à l’heure porter mon ordinateur chez le technicien du village pour l’histoire de la licence Word. Il est ainsi possible que je sois privée de mon Fujitsu un jour ou deux.

logCabin

Carré obtenu au point mousse par la technique du Log Cabin. Photo, encore une fois, en provenance d’Internet.

Je vais étudier la situation quant à mes housses de coussin tricotées. J’ai terminé un carré, mais il s’avère trop petit, alors je vais lui greffer des bordures par la technique du log cabin pour atteindre la surface désirée, 16"X16".
– Mince !, ai-je constaté hier soir auprès de Denauzier. Mon carré est trop petit !
Je venais de mettre la touche finale au projet, m’étant rappelé comment on crée le dernier ourlet qui déleste le tricot de l’aiguille de retenue.
– N’oublie pas que tu en as quinze autres à faire, a simplement répondu mon mari, en voulant signifier qu’il ne m’encourageait pas tant que ça à le défaire pour le refaire, y ayant travaillé plusieurs heures. 

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Jour 397

InstalPrécision

Finis les glouglous dans la tuyauterie, chez chouchou.

– C’est drôle, ai-je dit au plombier, vous avez le même vocabulaire que mon cardiologue.
J’ai le don de dire des choses qui rendent les gens mal à l’aise et, étant mal à l’aise, ils ne savent que répondre, alors ils ne répondent rien. Comme je suis le contraire d’une personne diplomate, j’y vais alors de détails supplémentaires, espérant une réaction.
– Le cardiologue parle de tuyaux, comme vous, de drains, de valves, de clapets… Autrement dit, ai-je enchaîné, le principe de la plomberie, dans son acception large, est calqué sur celui du corps humain. Vous ne trouvez pas ?
L’homme était en train d’écrire la facture et ne voulait pas se laisser déconcentrer. Mais je dirais quand même qu’il était mal à l’aise et déconcentré, parce qu’au lieu d’écrire sur la facture que nous étions le 24 mai 2019, il a écrit 2018. Heureusement, je m’en suis rendu compte et il a corrigé.
Ils étaient deux hommes, pendant l’opération, un dans la salle de bains et un sur le toit. Ils se parlaient au moyen de leur téléphone cellulaire.
– Essaie avec un jet d’eau, a dit à un moment donné le patron, qui était dans la salle de bains.
L’homme, sur le toit, a alors dirigé son jet d’eau dans le tuyau d’évent. Le jet est assez puissant puisqu’il est destiné à débarrasser les conduits des saletés agglutinées. Immédiatement, l’eau a coulé à travers la grille de ventilation, qui est située au plafond, juste au-dessus de la cuvette.
– Arrête ça ! Arrête ça !, s’est exclamé le patron.
Comme c’est un homme doué pour le multitasking, il était aussi au téléphone sur une deuxième ligne avec un client lorsque le dégât s’est manifesté.
– Je dois vous quitter, a-t-il dit dans un débit à haute vitesse, ça coule, ça coule !
Je me suis éclatée de rire, tout en courant à la recherche de serviettes pour éponger l’eau qui se répandait maintenant dans le corridor. Je sais, quand je fais ça, rire comme une folle, je ne suis pas crédible, je ne passe pas pour une cliente sérieuse.
L’eau a fini par arrêter de couler, mais l’expérience venait de nous révéler que le tuyau d’évent est fissuré ou brisé ou qu’il s’est déplacé, et ce n’est pas une bonne nouvelle. Cela constitue une troisième contrariété non négligeable. Pour atteindre le tuyau d’évent là où il nécessite une réparation, et si les informations que m’a données le plombier sont exactes, il faudra percer le plafond, dans la cuisine, juste au-dessus du frigo, or le plafond n’est pas fait de gypse, facile à percer, mais de plâtre. Dégâts en perspective.
Cela étant, la lecture publique dans la petite galerie d’art du boulevard St-Laurent est maintenant chose du passé. J’ai très bien réussi mon défi. Mon défi ne consistait pas à lire mon texte sans me tromper. Mon défi consistait, d’abord et avant tout, à lire sans être stressée, à lire à l’aise, en me laissant porter et en installant les conditions gagnantes pour que les spectateurs se laissent porter aussi. En fait, j’ai mieux réussi ma lecture devant les gens, que seule avec moi-même. Encore une fois, et comme je le répète souvent, travail d’équipe.

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Jour 398

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Il porte des bracelets de billes de bois.

Donc, jusqu’ici, deux contrariétés ont été nommées : ne pas avoir fait installer la suite Office sur mon Fujitsu, et avoir été convoquée à une rencontre médicale informelle.
En cours de route le jeudi matin, en compagnie de mon mari, je me suis rendu compte que dans le fond ça me tentait de visiter le nouveau CHUM et c’est avec plaisir qu’une fois notre véhicule stationné sans difficulté nous nous sommes engouffrés dans l’édifice, sans trop nous perdre.
Des bornes sont installées à différents endroits, repérables à leur gros ballon bleu, auxquelles on fait savoir qu’on a un rendez-vous. C’est-à-dire qu’on dépose notre carte d’assurance-santé à un endroit précis de la borne, la borne nous demande alors si on a bien rendez-vous avec tel docteur à telle heure, on répond oui, on confirme que notre date de naissance, telle qu’affichée à l’écran tactile, est la bonne, on répond à deux ou trois autres questions et le tour est joué. La borne imprime un billet sur lequel est inscrit un numéro, quand le numéro s’affiche sur des écrans situés un peu partout dans le hall d’attente, on fait ce qui est écrit à l’écran, dans mon cas c’était de me rendre à la salle d’examen numéro 6. Denauzier était avec moi. On a attendu un moment, puis mon mari a reçu un appel d’un client, alors il est sorti de la salle six, pendant ce temps-là le cardiologue est arrivé, il a fermé la porte à moitié seulement, sachant que mon mari arriverait sous peu.
Nous voilà tous les trois et le médecin lit devant nous, dans sa tête à sa seule attention, le rapport de l’imagerie transœsophagienne, en nous demandant d’attendre quelques secondes qu’il soit rendu en bas de la page.
– Ça valait bien la peine de nous déplacer pour rencontrer un spécialiste qui n’est pas foutu d’avoir lu mon histoire médicale au préalable, ai-je morigéné intérieurement.
Or, une fois qu’il a commencé à parler, le cardiologue nous a beaucoup plu. Il a fait des croquis de ma valve mitrale, sur une feuille de papier avec un stylo Bic, puis de l’aortique, puis de l’engin mécanique qui a été installé, etc.
– Quand j’étais aux États-Unis, a-t-il glissé entre deux croquis, je n’avais jamais de papier à ma disposition parce que là-bas tout est informatisé.
– Vous deviez remplir tout autant de paperasse, ai-je demandé, mais à l’écran plutôt que sur papier ?
– Au dictaphone, c’était très rapide, a-t-il répondu.
– Vous êtes bien généreux d’être revenu au Québec, ai-je alors mentionné.
– On m’a fait une très bonne offre, a-t-il répliqué.
– Wow !, ai-je pensé, ce sont certainement les manières américaines dont m’a parlé la secrétaire qui le font se montrer si attentif, si soucieux de m’expliquer ce qui m’arrive.
Mon mari était tout aussi impressionné que moi.
L’homme est grand et mince, il porte un complet cravate et cependant des baskets Converse, ce doit être nécessaire quand on se déplace le moindrement car le CHUM est très grand. Il porte aussi des bijoux, dont des bracelets de billes de bois et une bague en argent qui pourrait faire penser aux gros bijoux des Hells Angels si elle n’était pas si finement ciselée, et aussi une montre énorme en or.
– J’ai voulu faire une blague, m’a dit mon mari en sortant de notre rencontre.
– Mais heureusement tu ne l’as pas faite, ai-je dit en complétant la phrase à sa place.
– J’ai voulu dire que s’il échappait sa grosse montre dans la cage thoracique de ma femme, elle serait facile à repérer à la radiographie.
– C’est l’fun que tu n’aies rien dit chéri, ai-je répondu.
Nous étions en route vers le deuxième étage, à ce moment-là, direction la cafétéria, n’écoutant que nos estomacs nous dicter la prochaine étape de cette journée, nos estomacs qui criaient famine à la suite de cette rencontre de plus d’une heure.

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