Jour 393

Vache

Mon amie du bout du rang. Elle porte le numéro 208, à l’oreille gauche.

Plusieurs petites et moins petites choses aujourd’hui. Je suis seule à la maison, bien que le son du lave-vaisselle me tienne compagnie, et aussi celui de la pluie. Ma tasse de café repose sur sa plaque chauffante, à proximité de mon ordinateur, sur mon bureau. J’ai mangé des céréales, des œufs (sans le jaune) et un avocat (pas tout à fait assez mûr). Je suis on ne peut mieux installée devant mon écran. Tout va bien.
Dans mon rêve de la nuit dernière, et comme cela arrive très régulièrement, j’étais en compagnie du premier amoureux de ma vie. Il ne m’apparaissait pas conformément à l’image corporelle qui était la sienne il y a trente ans, mais dans le corps d’un homme de mon âge. Autrement dit, n’ayant pas revu cet homme ces trente dernières années, je le retrouve en rêve dans l’aspect physique qui était le sien lorsque nous avions trente ans. C’est la première fois, il me semble, qu’il m’apparaissait plus vieux. Il se déplaçait à cet égard avec un peu de difficulté, comme s’il avait mal aux hanches, et il avait la voix encore plus basse qu’autrefois. Il était entouré de ses amis masculins dans un café, ou un bar. Auprès d’eux je me sentais à l’aise, plutôt choyée, même, d’être si bien entourée. Comme il habite en Suisse, je me sentais également choyée de séjourner en Europe, moi qui me déplace si peu –et qui trouve que je me déplace déjà trop. Nous aboutissions chez lui en fin de soirée et il me demandait, alors qu’on s’assoyait sur son canapé, de l’embrasser. Je me sentais déchirée entre le désir réel de l’embrasser et la crainte de le faire souffrir s’il s’avérait que je ne sois pas, dès ce baiser terminé, entièrement engagée auprès de lui.
– Je n’ai jamais réussi à m’engager du temps que nous étions jeunes, me disais-je en approchant pourtant mes lèvres des siennes, comment pourrais-je espérer y arriver maintenant ?
Me traversaient alors en pensée toutes les raisons susceptibles de justifier ce non-engagement, la première en tête de liste étant bien entendu ma piètre estime de moi à cette époque de ma vie.
Au beau milieu de notre long baiser, une main se grattait la poitrine dans un son qui m’est devenu familier, celui du poil qu’on frotte énergiquement sur la peau.
– Mon mari !, me disais-je dans mon rêve, –mon mari qui se grattait bel et bien– et quittant du coup cette énième visite de mon passé.
Il y a une différence en effet, sur le plan sonore, entre gratter une peau qui n’est pas poilue, et en gratter une qui l’est. Que mon mari me ramène à lui par ce simple geste m’a beaucoup plu.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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