Jour 395

413zC6LTYYLMon ami André a très bien décrit mon projet d’écriture :
– Lynda écrit des chroniques sur la vie ordinaire, a-t-il annoncé devant le modeste public qui était le nôtre dans la galerie d’art, samedi dernier.
– C’est en plein ça !, me suis-je dit intérieurement.
J’ai l’habitude de dire aux gens que j’écris des chroniques sur ma vie, mais le mot « ordinaire » décrit encore mieux la portée de mes contenus.
Il n’y a rien de plus ordinaire, en ce sens, que d’informer mes lecteurs que j’ai enfin retrouvé mon tube de crème solaire, payé assez cher, de la marque La Roche-Posay. Après l’avoir vainement cherché dans toutes les poches de mes manteaux, dans les deux salles de bains ici à la maison, dans ma trousse de toilette bien sûr, et dans l’appartement de chouchou, j’avais perdu l’espoir de le retrouver. Or, ce matin, encore endormie car à peine levée du lit, mais devant néanmoins me préparer pour partir en randonnée pédestre avec une amie, j’ai sorti du placard un sac-à-dos que j’utilise rarement, et en voulant le remplir des aliments qui allaient constituer mon lunch, j’ai mis la main sur le tube. De plaisir, j’ai donné un baiser au tube.
Le sac m’a été donné par tantine, à ma demande. Plus précisément, découvrant que tantine avait deux sac-à-dos dans son garde-robe et qu’elle risquait de se servir ni de l’un ni de l’autre, je lui avais proposé de m’en offrir un.
– Pour quoi faire ?, m’avait-elle demandé.
– Pour transporter mes petites affaires quand je vais en randonnée, ou quand je pars à pied de la maison pour aller faire des courses au village.
– Il n’est pas assez grand pour que tu y mettes ce que tu achèterais au village, avait-elle répondu.
– C’est vrai, mais il serait idéal pour contenir mon portefeuille, mon mouchoir, mon téléphone, mes gants, ce qu’on transporte avec soi quand on prévoit marcher un certain temps.
Ma tante m’avait regardée et avait accepté.
Le sac appartenait à son mari, décédé depuis bientôt trois ans. Il arbore fièrement, sur la pochette avant, l’emblème de la Suisse, à savoir la croix blanche sur fond rouge. Il est en outre écrit sur une autre pochette, moins à la vue, qu’il est le produit du « Fabricant du véritable couteau de l’armée suisse ». Quand on fouille davantage, à l’intérieur du sac, bien caché, on tombe sur une autre étiquette qui indique « Fabriqué en Chine », c’est moins prestigieux, mais ce n’est pas surprenant. Je dois avouer qu’il est très confortable à porter car coussiné là où il s’appuie sur le dos, et doté d’une courroie ergonomique qui s’attache en diagonale sur la poitrine. Ma copine n’ayant pas à sa disposition de sac-à-dos d’inspiration suisse fabriqué en Chine, elle a dû se contenter d’une espèce de boîte à lunch souple qui appartient à mon mari. Il faut se battre 
un peu avec la fermeture éclair pour avoir accès à l’intérieur afin d’y ranger ses aliments. La voyant se battre, j’ai voulu l’informer qu’il arrive que les affaires de mon mari ne soient pas tout à fait « à l’ordre », mais au moment où j’allais ouvrir la bouche pour prononcer mes mots malveillants, elle s’est exclamée que le sac lui convenait parfaitement, la fermeture éclair ayant accepté de se laisser amadouer. Ainsi bien équipées, nous avons marché plus de dix kilomètres, et mon cœur n’était pas plus affolé que le sien au sommet des grosses côtes.

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Jour 396

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Bel aménagement à la base du tronc. Photo en provenance d’Internet.

Maintenant que je suis de retour dans ma vie à la campagne, auprès de mon mari à nul autre pareil, voici quelques-unes des activités qui sont au programme cette semaine. Je vais bien entendu inspecter mes plantes et les bichonner un peu. Elles semblent débarrassées des cochenilles. Il faut dire que pendant la saison froide nous habitons en compagnie de nombreuses coccinelles qui, ai-je lu quelque part, en sont friandes. Il ne faut pas rêver en couleurs, cela dit. J’ai lu qu’il est quasi impossible de se débarrasser des cochenilles. Il faut apprendre à vivre avec, et à en limiter les dégâts le plus possible. J’ai hâte qu’il se mette à faire plus chaud pour que mes plantes puissent profiter de l’été dehors sur la galerie, protégées des rayons du soleil par l’écran que constitue notre vigne à l’avant de la maison.
Je vais aussi cette semaine prendre soin des arbustes que j’ai plantés ici et là sur le grand terrain pour tenter de le rendre plus habité. Alors qu’ils étaient frêles dans leurs premières années, je les ai encerclés de roches de taille moyenne pour les protéger de l’ardeur de mon mari quand il roule en petit tracteur pour tondre la pelouse. Maintenant qu’ils sont plus visibles et plus forts, je me contente de nettoyer la terre autour de la tige et de la couvrir de paillis, récupérant mes roches pour créer d’autres types d’aménagements. J’ai choisi du paillis de couleur terre de sienne, encore une fois pour aider mon mari à ne pas confondre l’arbuste avec des mauvaises herbes.
Comme d’habitude, j’aurai mercredi ma visite au CHSLD auprès de papa et mon après-midi jeudi auprès de tantine. À cela se greffent mon rendez-vous annuel chez le médecin et un rendez-vous à l’hôpital pour une épreuve d’effort sur tapis roulant. Se greffent en outre un souper entre amis, un souper aussi en famille, une possible randonnée avec une amie qui me permettra d’évaluer si mon cœur s’affole davantage que le sien dans des conditions d’effort identiques et d’âge à peu près pareil.
Je vais aller tout à l’heure porter mon ordinateur chez le technicien du village pour l’histoire de la licence Word. Il est ainsi possible que je sois privée de mon Fujitsu un jour ou deux.

logCabin

Carré obtenu au point mousse par la technique du Log Cabin. Photo, encore une fois, en provenance d’Internet.

Je vais étudier la situation quant à mes housses de coussin tricotées. J’ai terminé un carré, mais il s’avère trop petit, alors je vais lui greffer des bordures par la technique du log cabin pour atteindre la surface désirée, 16"X16".
– Mince !, ai-je constaté hier soir auprès de Denauzier. Mon carré est trop petit !
Je venais de mettre la touche finale au projet, m’étant rappelé comment on crée le dernier ourlet qui déleste le tricot de l’aiguille de retenue.
– N’oublie pas que tu en as quinze autres à faire, a simplement répondu mon mari, en voulant signifier qu’il ne m’encourageait pas tant que ça à le défaire pour le refaire, y ayant travaillé plusieurs heures. 

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Jour 397

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Finis les glouglous dans la tuyauterie, chez chouchou.

– C’est drôle, ai-je dit au plombier, vous avez le même vocabulaire que mon cardiologue.
J’ai le don de dire des choses qui rendent les gens mal à l’aise et, étant mal à l’aise, ils ne savent que répondre, alors ils ne répondent rien. Comme je suis le contraire d’une personne diplomate, j’y vais alors de détails supplémentaires, espérant une réaction.
– Le cardiologue parle de tuyaux, comme vous, de drains, de valves, de clapets… Autrement dit, ai-je enchaîné, le principe de la plomberie, dans son acception large, est calqué sur celui du corps humain. Vous ne trouvez pas ?
L’homme était en train d’écrire la facture et ne voulait pas se laisser déconcentrer. Mais je dirais quand même qu’il était mal à l’aise et déconcentré, parce qu’au lieu d’écrire sur la facture que nous étions le 24 mai 2019, il a écrit 2018. Heureusement, je m’en suis rendu compte et il a corrigé.
Ils étaient deux hommes, pendant l’opération, un dans la salle de bains et un sur le toit. Ils se parlaient au moyen de leur téléphone cellulaire.
– Essaie avec un jet d’eau, a dit à un moment donné le patron, qui était dans la salle de bains.
L’homme, sur le toit, a alors dirigé son jet d’eau dans le tuyau d’évent. Le jet est assez puissant puisqu’il est destiné à débarrasser les conduits des saletés agglutinées. Immédiatement, l’eau a coulé à travers la grille de ventilation, qui est située au plafond, juste au-dessus de la cuvette.
– Arrête ça ! Arrête ça !, s’est exclamé le patron.
Comme c’est un homme doué pour le multitasking, il était aussi au téléphone sur une deuxième ligne avec un client lorsque le dégât s’est manifesté.
– Je dois vous quitter, a-t-il dit dans un débit à haute vitesse, ça coule, ça coule !
Je me suis éclatée de rire, tout en courant à la recherche de serviettes pour éponger l’eau qui se répandait maintenant dans le corridor. Je sais, quand je fais ça, rire comme une folle, je ne suis pas crédible, je ne passe pas pour une cliente sérieuse.
L’eau a fini par arrêter de couler, mais l’expérience venait de nous révéler que le tuyau d’évent est fissuré ou brisé ou qu’il s’est déplacé, et ce n’est pas une bonne nouvelle. Cela constitue une troisième contrariété non négligeable. Pour atteindre le tuyau d’évent là où il nécessite une réparation, et si les informations que m’a données le plombier sont exactes, il faudra percer le plafond, dans la cuisine, juste au-dessus du frigo, or le plafond n’est pas fait de gypse, facile à percer, mais de plâtre. Dégâts en perspective.
Cela étant, la lecture publique dans la petite galerie d’art du boulevard St-Laurent est maintenant chose du passé. J’ai très bien réussi mon défi. Mon défi ne consistait pas à lire mon texte sans me tromper. Mon défi consistait, d’abord et avant tout, à lire sans être stressée, à lire à l’aise, en me laissant porter et en installant les conditions gagnantes pour que les spectateurs se laissent porter aussi. En fait, j’ai mieux réussi ma lecture devant les gens, que seule avec moi-même. Encore une fois, et comme je le répète souvent, travail d’équipe.

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Jour 398

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Il porte des bracelets de billes de bois.

Donc, jusqu’ici, deux contrariétés ont été nommées : ne pas avoir fait installer la suite Office sur mon Fujitsu, et avoir été convoquée à une rencontre médicale informelle.
En cours de route le jeudi matin, en compagnie de mon mari, je me suis rendu compte que dans le fond ça me tentait de visiter le nouveau CHUM et c’est avec plaisir qu’une fois notre véhicule stationné sans difficulté nous nous sommes engouffrés dans l’édifice, sans trop nous perdre.
Des bornes sont installées à différents endroits, repérables à leur gros ballon bleu, auxquelles on fait savoir qu’on a un rendez-vous. C’est-à-dire qu’on dépose notre carte d’assurance-santé à un endroit précis de la borne, la borne nous demande alors si on a bien rendez-vous avec tel docteur à telle heure, on répond oui, on confirme que notre date de naissance, telle qu’affichée à l’écran tactile, est la bonne, on répond à deux ou trois autres questions et le tour est joué. La borne imprime un billet sur lequel est inscrit un numéro, quand le numéro s’affiche sur des écrans situés un peu partout dans le hall d’attente, on fait ce qui est écrit à l’écran, dans mon cas c’était de me rendre à la salle d’examen numéro 6. Denauzier était avec moi. On a attendu un moment, puis mon mari a reçu un appel d’un client, alors il est sorti de la salle six, pendant ce temps-là le cardiologue est arrivé, il a fermé la porte à moitié seulement, sachant que mon mari arriverait sous peu.
Nous voilà tous les trois et le médecin lit devant nous, dans sa tête à sa seule attention, le rapport de l’imagerie transœsophagienne, en nous demandant d’attendre quelques secondes qu’il soit rendu en bas de la page.
– Ça valait bien la peine de nous déplacer pour rencontrer un spécialiste qui n’est pas foutu d’avoir lu mon histoire médicale au préalable, ai-je morigéné intérieurement.
Or, une fois qu’il a commencé à parler, le cardiologue nous a beaucoup plu. Il a fait des croquis de ma valve mitrale, sur une feuille de papier avec un stylo Bic, puis de l’aortique, puis de l’engin mécanique qui a été installé, etc.
– Quand j’étais aux États-Unis, a-t-il glissé entre deux croquis, je n’avais jamais de papier à ma disposition parce que là-bas tout est informatisé.
– Vous deviez remplir tout autant de paperasse, ai-je demandé, mais à l’écran plutôt que sur papier ?
– Au dictaphone, c’était très rapide, a-t-il répondu.
– Vous êtes bien généreux d’être revenu au Québec, ai-je alors mentionné.
– On m’a fait une très bonne offre, a-t-il répliqué.
– Wow !, ai-je pensé, ce sont certainement les manières américaines dont m’a parlé la secrétaire qui le font se montrer si attentif, si soucieux de m’expliquer ce qui m’arrive.
Mon mari était tout aussi impressionné que moi.
L’homme est grand et mince, il porte un complet cravate et cependant des baskets Converse, ce doit être nécessaire quand on se déplace le moindrement car le CHUM est très grand. Il porte aussi des bijoux, dont des bracelets de billes de bois et une bague en argent qui pourrait faire penser aux gros bijoux des Hells Angels si elle n’était pas si finement ciselée, et aussi une montre énorme en or.
– J’ai voulu faire une blague, m’a dit mon mari en sortant de notre rencontre.
– Mais heureusement tu ne l’as pas faite, ai-je dit en complétant la phrase à sa place.
– J’ai voulu dire que s’il échappait sa grosse montre dans la cage thoracique de ma femme, elle serait facile à repérer à la radiographie.
– C’est l’fun que tu n’aies rien dit chéri, ai-je répondu.
Nous étions en route vers le deuxième étage, à ce moment-là, direction la cafétéria, n’écoutant que nos estomacs nous dicter la prochaine étape de cette journée, nos estomacs qui criaient famine à la suite de cette rencontre de plus d’une heure.

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Jour 399

CHUMLes choses ne se passent pas comme je l’avais prévu. La vie est ainsi faite qu’elle nous réserve des surprises. En guise de petit rappel auprès de mes lecteurs : j’avais prévu me consacrer jusqu’à la fin du mois de mai à la correction des textes de ma deuxième année d’écriture, et ne reprendre mes publications quotidiennes qu’au début de juin. Les publications quotidiennes appartiennent à ma maintenant neuvième année d’écriture, c’est dire comme le temps passe.
Les textes de ma première année ont été passés au crible d’une telle correction. Quand je les lis dans mon cartable, en version papier, je prends un certain plaisir à les revisiter. Je voulais donc faire la même chose avec les textes de la deuxième année, tout en sachant que ce ne serait pas facile, à cause de l’omniprésence de Yasmine.
Il me reste, vous me direz, beaucoup de pages à passer au crible, à savoir la production complète de mes troisième, quatrième, cinquième, sixième, septième et huitième années d’expériences les plus folles sur mon blogue. Fiou !
Pour effectuer ce travail de moine correcteur, je copie/colle tous les textes d’une même année dans un seul fichier Word et j’en ai pour quelque trois cents pages à travailler fort. Or, la licence de la suite Office qui est installée sur mon ordinateur est une licence piratée. J’ai reçu un message de Microsoft, je venais à peine de commencer mes corrections dans mon fatras de trois cents pages, sous la forme d’une fenêtre à mon écran, m’informant que je ne pourrais plus utiliser le logiciel Word passé les trois prochains jours. J’ai donc corrigé un peu les jours un, deux et trois, puis je n’ai plus été en mesure de le faire.
Je voulais aller porter mon ordinateur chez notre informaticien du village pour qu’il règle mon problème, mais un événement est venu contrecarrer ce mini projet : j’ai été invitée à me présenter au CHUM pour rencontrer le cardiologue qui remplace celui qui m’a opérée en 2013, ce dernier étant maintenant retraité.
– C’est nécessaire d’y aller sous peu ?, ai-je demandé à la secrétaire au téléphone, en ayant en tête d’aller porter mon ordinateur à moins de trois kilomètres de la maison, et non d’en rouler plus de cent.
– Il n’y a rien d’urgent, a répondu la demoiselle d’une voix très douce. Le cardiologue vient d’arriver des États-Unis où il travaillait et il aimerait rencontrer ses patients pour les connaître. Ce sont des rencontres assez courtes, pour établir un premier contact, a-t-elle ajouté. Il transporte peut-être ici, a-t-elle pris la peine de mentionner, ses manières de faire américaines…
Cela me tentait d’autant moins de me rendre à Montréal que j’allais faire deux heures de route pour dix minutes d’entrevue.
– Je peux lui dire que vous préférez attendre, a enchaîné la jeune fille, constatant que je ne me précipitais pas pour répondre.
Pendant qu’elle me disait ça, mon mari me faisait signe avec moult gestes et des yeux de reproche qu’il n’était pas question de ne pas y aller.
– Bon, d’accord, ai-je répondu, à quelle heure doit-on se présenter ?
– À dix heures trente demain matin, a répondu la voix. La cardiologie est située au troisième étage du Pavillon C.
– Très bien, nous y serons demain.
– Mince, ai-je ajouté à l’adresse de mon mari cette fois, j’ai oublié de lui demander s’il était possible de se stationner à proximité.
– On verra ça demain, a répondu mon mari.

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Jour 400

torsadeComme on le voit ci-contre, j’ai renoué hier soir avec les torsades, tant et si bien que je n’ai pas eu le temps de lire quelques pages de la biographie de Ferré, à 23:30 les yeux me fermaient tout seuls. Je suis allée me coucher et j’ai très bien dormi. Je m’étends, j’écoute ma valve, un peu déçue qu’elle ne fonctionne pas à 100% de sa capacité, je m’endors. Ça prend quand même un bout de temps avant que je m’endorme. Aujourd’hui samedi, la journée a mal commencé, j’ai cherché comme une bonne mon arrosoir en plastique orange pour donner à boire à mes amies et je ne l’ai pas trouvé. J’ai regardé partout, trois fois plutôt qu’une. J’ai dû me contenter de l’arrosoir bleu que je laisse normalement en haut, à l’étage des chambres, que j’aime moins parce que le bec verseur est plus gros que sur mon arrosoir orange. Après ce texte, qui est le dernier avant une interruption de quelque deux minuscules semaines qui vont passer le temps d’un éclair, je vais aller jardiner et ne pas me décourager devant l’ampleur de la tâche.
– Fais ce que tu peux, me dit ma cousine.
Elle m’invite à nouveau demain dimanche pour souper, je vais apporter trois choses. Une salade verte pour accompagner le repas. Mon échantillon de torsades fait avec du fil qu’elle m’a donné, et mon texte à lire samedi prochain le 25 mai.
– Est-ce que je peux apporter un texte à lire ?, lui ai-je demandé au moment de la quitter hier après notre séance de tricot.
– Bien, euh… pourquoi ?, a-t-elle répondu.
– Parce que samedi le 25 mai je vais faire une lecture publique dans une galerie d’art lors d’un petit événement multidisciplinaire –écriture/lecture et peinture– et que j’aimerais me pratiquer devant un public restreint.
– Pas de problème, a-t-elle répondu.
– Ça va nous faire plaisir, a renchéri son mari.
– Il y en a pour 17 minutes, c’est un peu long, et il faut que vous m’écoutiez jusqu’au bout, ai-je tout de suite clarifié.
– Comment sais-tu que ça dure 17 minutes, c’est pas mal précis ?, a demandé le mari.
– Parce que je me suis chronométrée. Il fallait pouvoir dire à l’organisateur de l’événement combien de temps on lit, parce que nous sommes quatre lecteurs et il ne faut pas que ça dure trois heures, ni bien entendu trois minutes. Quoique je commence à me demander si le 17 minutes tient encore la route, parce que j’essaie de parler en articulant moins chacune des syllabes, j’essaie de rendre l’exercice plus fluide et moins semblable à l’apprentissage d’une deuxième langue, quand on en est encore à l’étape des balbutiements maladroits…
– On pourra te chronométrer, a suggéré ma cousine qui voulait qu’on en finisse.
Elle me connaît et sait à quel point ça peut être long –et sans intérêt– quand je me mets à détailler une idée.
En tout cas, hier soir, devant mon public absent dans le salon de la grande maison vide, encore vibrante dans mes viscères de l’énergie de Léo que j’ai écouté sur un CD dans l’auto, je considère que je m’en suis assez bien sortie.
Les professeurs avaient bien raison, du temps que je faisais mes cours d’arts plastiques à l’UQÀM, il ne faut jamais cesser de se sortir de sa zone de confort.

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Jour 401

LéoFerré

Merci Léo !

Voici comment s’est déroulée ma journée. Je commence avec mon saut du lit, à six heures du matin. J’avais mal à la tête, alors je suis descendue prendre des Tylenol et je suis retournée me coucher. J’ai dormi jusqu’à presque dix heures. Lever. Tournée des plantes. Lecture de mes courriels et autres messages. Enfin café. Écriture de mon texte 402 avec photo de mon récent diptyque. Échange de quelques textos avec les pattes. Café. Pour cesser de lutter contre le froid, mon mari étant absent et le foyer non alimenté de ce fait, je suis allée prendre une douche chaude et je me suis habillée comme si on était en hiver, de manière à ne plus geler pendant l’écriture de la fin de mon texte. Très vite midi est arrivé. J’ai téléphoné à tantine pour lui dire que j’arriverais en retard de quinze minutes. Une fois chez tantine, se déclarant morte de faim, nous sommes allées sans tarder dîner au restaurant. Après avoir mangé sa soupe, elle n’avait plus faim pour le plat principal, qui est toujours le même, une cuisse de poulet et des frites, avec de la salade de chou. C’est surtout moi qui mange la salade de chou, c’est un bon aliment pour m’assurer des résultats stables lors de mes tests de Coumadin. Avec tantine, nous avons parlé de la vie de couple, ce fut une belle conversation. Cousinette nous ayant invitées à aller chez elle jouer au Chromino, nous avons effectué les courses en vitesse. J’ai dit à tantine de s’occuper de choisir ses oranges et ses tomates, et pendant ce temps j’ai couru à la recherche de la bière et des chips. Arrivées chez cousine, nous nous sommes attablés, le masculin étant ici induit par la présence du mari de cousine, car je ne suis pas à la mode quant à ma manière d’écrire, le masculin continue de l’emporter. Nous avons pas mal joué, et j’ai gagné la dernière partie, fiou ! Le mari est alors allé conduire tantine chez elle et moi je suis restée avec cousine pour tricoter. Ma cousine est généreuse et aime partager. Elle me donne beaucoup de plantes, et elle m’enseigne ce qu’elle apprend elle-même à ses séances de tricot. Donc, aujourd’hui, nous nous sommes attardées aux torsades, parce qu’elle venait d’apprendre comment les faire. Je l’ai déjà su de mon côté, puisque j’ai suivi des cours de tricot à l’université avec Oscarine. À cette époque de mes cours, d’ailleurs, les amis en étaient arrivés à ne plus me lire sur mon blogue parce qu’il n’était plus question que de ça, les torsades et autres fanfreluches. Tricote tricote, placote placote. Retour du mari. Petit verre de vin blanc. À presque 18 heures je pars de chez cousine et je me rends m’acheter des aiguilles à torsades au magasin à 1$ pour m’amuser ce soir, après que ce texte soit écrit. Retour à la maison en écoutant le jazz à la radio, mais ce jazz me semblait fade, excessivement fade, je n’avais pas la tête à ça. Je me suis alors arrêtée le long de la route, j’ai ouvert le boîtier du CD de mon ami Léo Ferré, j’ai inséré le disque sur lequel est gravée la chanson Poètes, vos papiers –c’est un boîtier qui contient deux CD. J’ai redémarré, augmenté le volume, écouté la chanson me faire vibrer les tripes, et j’ai compris que c’est comme ça qu’il faut que je lise, samedi prochain, avec du cœur au ventre et non de la peur dans la voix. Cela m’a fait un bien fou. Il n’y a pas de mots pour dire à quel point l’écoute de cette chanson, ce soir, sur mon chemin de retour, m’a requinquée, et le physique et le moral.

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