Jour 374

troisCoussins

Trois chaises, trois coussins.

Pour le plaisir, je suis allée acheter deux autres gros boutons, comme ceux qui apparaissent sur la photo ci-contre, cousus sur le coussin rose. J’avoue qu’il faut agrandir la photo pour bien voir les boutons ! J’adore ce coussin, tricoté par cousine. Et de même mon mari.
Une fois les pieds dans la boutique Singer, qui vend des machines à coudre mais aussi tout ce qu’il faut pour tricoter, j’ai bien sûr fouillé dans le grand panier où s’entassent des pelotes de laine, de la vraie laine, en solde. J’en ai acheté plusieurs, ayant souffert, lors de mes dernières séances de tricot, d’un choix trop restreint quant aux couleurs vives.
Dans mon grand sac noir normalement destiné à transporter mes courses alimentaires, j’ai déposé mon sac de laine achetée hier, pour montrer aujourd’hui mes nouveaux trésors à cousine. C’est ma journée tantine, en effet, et depuis quelque temps nous nous réunissons en trio avec cousine, voire en trois mousquetaires –qui étaient au nombre de quatre– si on inclut son mari, en ce sens que nous allons chez elle, chez eux. Du coup, je vais aussi montrer à cousine mon plus récent carré que je compte ensuite défaire parce que les couleurs vives en sont absentes.
Avant de me rendre chez tantine, j’ai mille choses à faire et je vais tenter d’en faire deux : planter des pétunias dans un grand bac à fleurs avant que la chaleur ne soit trop intense, et, dans un autre registre, préparer une trempette, peut-être même couper les légumes, car nous recevons ce soir. Ça revient à dire que ma séance d’écriture s’arrête ici pour aujourd’hui.
Juste un mot cependant sur Léo. Il doit beaucoup à sa femme, Madeleine, qui lui a montré à accueillir les spectateurs en se tenant debout derrière un micro, alors qu’il avait jusque-là privilégié la position assise derrière son piano. Elle lui a montré à bouger, à surmonter sa très grande timidité. J’imagine qu’à un moment donné sa participation dans la création de son mari s’est mise à l’envahir et, la guenon Pépée se mettant de la partie, les choses se sont terriblement morpionnées.
Pépée est arrivée dans la vie du couple à la suite du décès, sur une période de six mois, de leurs trois saint-bernard. Léo, quand il chantait à Paris, était accueilli, après ses prestations, par ses trois chiens qui lui léchaient les mains en coulisses, je pense même qu’il les laissait venir sur scène.

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Jour 375

Difficile d’écrire mes textes lorsque je suis au chalet. Il faut que je branche mon portable à un fil électrique, qui se rend jusqu’à une multiprise, qui fournit de l’énergie moyennant l’utilisation d’une génératrice qui fait du bruit, et moyennant aussi l’utilisation d’un ondulateur –assez bruyant– qui transforme le courant de 12 volts en 110 volts, si j’ai bien compris. En outre, le réseau est pas mal lent. Du coup, je n’apporte plus mon ordinateur.
Difficile aussi de lire la biographie de Léo, d’autant que nous avons reçu des amis et profité du temps beau et moins beau en nous laissant glisser sur l’eau, assis confortablement sur le ponton.
J’ai marché avec la femme du couple, assez longuement, sans crainte aucune des ours puisque nous parlions sans arrêt. J’étais habillée comme un oignon : pantalon long, chaussettes par-dessus les jambes du pantalon couvrantes jusqu’à mi-mollets, chemise à manches longues attachée jusqu’au cou, chapeau, filet sur le chapeau, foulard autour du cou pour maintenir en place le filet, et même des gants. Bien entendu, des mouches noires ont réussi malgré tout à se glisser sous le filet, me frôlant le visage, mais j’ai pu quand même profiter de la promenade sans qu’elle ressemble à une épreuve pour mon système nerveux. J’ai eu très chaud, c’est vrai, alors que mon amie, qui marchait simplement vêtue de pantalons courts et d’un haut léger, n’a pas sué. Elle avait opté pour le « vivre ensemble », en ce sens que s’il y a des bibittes, elle choisit de vivre avec, en s’appliquant simplement de l’huile essentielle d’eucalyptus sur les bras et les jambes.
Plus tard en journée nous nous sommes retrouvées cinq personnes autour du chalet, parlant d’un problème de structure qu’il faudra bien régler un jour. C’était infernal le bourdonnement des moustiques innombrables, mais j’essayais de faire comme les autres et de discuter du problème comme si nulle mouche à chevreuil, nul brûlot, nul maringouin, nulle mouche noire ne nous attaquait. Au bout d’un moment, j’ai remarqué qu’une grosse guêpe se promenait sur la chevelure de l’homme qui pourrait éventuellement être le réparateur de notre fondation fragile.
– Vous avez une guêpe sur les cheveux, lui ai-je dit, sans faire le geste de l’éloigner.
– Oh ! Ce n’est pas grave, a-t-il répondu en continuant son explication, en ne faisant rien pour la déloger.
D’où il ressort que j’ai bien du chemin à faire avant de pouvoir me considérer acclimatée aux bibittes.
Cependant, une fois nos amis partis, je me suis permis quelques rangs de tricot, dans le bourdonnement des maringouins qui bien entendu s’étaient glissés dans le chalet à la moindre ouverture de la porte. Parce que j’avais besoin de mes deux mains et de toute ma concentration, j’ai décidé de les laisser me piquer pendant que je tricotais. Un dard s’enfonçait sur un mollet, un autre sur le dessus du pied, quelques-uns sur les cuisses, pendant que, immobile de ces parties du corps, je tricotais comme si de rien n’était. Cela s’est bien passé et j’ai senti que je venais de franchir un pas dans mon acclimatation. Pendant que j’écris ces lignes, de retour à la maison et caressée par le vent dans notre belle véranda, un brûlot est en train de me piquer l’avant-bras gauche. Bientôt, si je persévère, je vais être capable, sans regarder, de savoir quelle sorte d’insecte est en train de me piquer. Je sais déjà faire la différence entre une mouche noire, un maringouin et un brûlot, mais je dois avouer que je n’ai pas hâte de tester la mouche à chevreuil et le taon à cheval…

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Jour 376

Je tricote en pensant à Ferré. Je suis allée acheter des vivaces en écoutant Ferré dans ma voiture. Je finis mes journées, au lit, en lisant sa vie.
– Il ne m’inspire pas tant que ça, me dit Bibi, il ne devait pas être facile à vivre.
– C’est mon héros, ai-je simplement répondu.
À cause de lui, j’ai délaissé mon héroïne, la belle Simone. Et pas tellement avancé la correspondance de toute une vie entre Mitterrand et Anne Pingeot.
Je découvre que Mitterrand ne mesurait qu’un mètre 73, Ferré un mètre 71, mais le gagnant en petite taille est Sartre avec un mètre 53, Seigneur ! C’est p’tit en titi !
J’ai écrit, dans mon extrême naïveté, à son fils Mathieu, qui a son anniversaire le jour de notre St-Jean, si je me rappelle bien. Je lui ai transmis mes vœux, nous sommes amis sur Facebook, et je lui ai demandé si son père était gaucher ou droitier, s’il parlait couramment l’italien et s’il avait les yeux bruns ou pers. Bien entendu, le fils ne m’a pas répondu.
Hier soir j’ai lu un long passage à propos d’un autre de ses projets qui n’a pas bien fonctionné, une sorte d’oratorio philosophique difficile à suivre qui s’intitule La nuit. Là où je suis rendue dans le livre, il n’a pas encore été question de la chanson « Cette blessure », je pense que c’est ma préférée. Pas encore question non plus de l’arrivée de la guenon Pépée, et bien entendu Léo ne se doute pas le moins du monde qu’il aura un jour trois enfants, dont mon ami Mathieu, de Marie-Christine Diaz.
Ce matin, avant qu’il fasse trop chaud, je suis allée gratter un bout de terrain, le long de notre cabanon dans lequel on range le bois de chauffage. J’ai gratté tant et si bien que je me suis fait mal à la main droite, pourtant je portais des gants. Pour ménager ma main droite, j’ai aussi gratté de la main gauche, mais elle est nettement moins forte. Il faut dire qu’à cet endroit, le terrain est rempli de petites roches qui rendent le grattage pas mal coriace. Malgré tout, j’ai aéré la terre et j’en ai extrait les mauvaises herbes, en vue d’y faire pousser du gazon. J’ai acheté dix sacs de terre à cette fin. C’est-à-dire qu’une fois que le terrain actuel aura été minimalement nettoyé, je vais le couvrir de terre à jardin, et ensuite je vais lancer la semence à gazon, dans un sens, puis dans l’autre, et ensuite je vais arroser afin que les graines ne s’envolent pas au premier souffle du vent. Nous avons fait un travail équivalent d’ensemencement de gazon à peu près à pareille date, il y a un an, et nous avons obtenu de beaux résultats, mon mari et moi.
En avoir le courage et surtout la force, je continuerais de peiner sur mon lopin de terre ce soir, mais je pense que je vais plutôt m’installer sur le canapé, dans la véranda, pour tricoter en bougeant le moins possible, d’autant que le tonnerre commence à gronder.

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Jour 377

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Appelons-les des mobiles, semblables à celui que j’ai installé à l’entrée de la maison. Ils protègent ici le garage de notre ami.

Comment s’appelle cet objet ci-contre de forme cylindrique ? Par sa forme, cet objet est de la même famille que le « manche à air » présent sur une piste d’atterrissage pour indiquer le sens du vent, mais il doit bien avoir un autre nom quand son imprimé reproduit les armoiries d’un pays ? Ici, l’Irlande à droite, et l’Écosse à gauche, si je me rappelle bien. Toujours est-il que ces deux drapeaux qui n’en sont pas ayant une parenté formelle avec mon mobile à rubans m’ont incitée à sortir mon appareil photo. C’était hier en fin d’après-midi. Avant de faire la route jusque chez la fille de Denauzier, qui nous attendait pour souper, nous sommes allés voir notre ami. J’ai pris des photos, donc, de cet objet sans nom, puis de mon mari, puis de notre ami. Ensuite, j’ai voulu reprendre mon verre de Bloody Cesar « Virgin »« Virgin » car j’allais conduire ma voiture–, mais le coquin m’a glissé des doigts et s’est fracassé sur le sol de béton du garage, répandant son liquide. Ça, c’est bien moi.
Cet ami m’a fait le plus beau des cadeaux : sachant que je me suis lancée dans ce projet de housses tricotées pour coussins, il m’a donné… un vieux coussin orphelin de sa housse.
– Où est la housse ?, ai-je demandé à l’ami.
– Finie, fendue, plus de housse, a répondu l’ami.
Donc, de huit coussins, nous voilà rendues à neuf. J’écris au pluriel puisque ma cousine m’aide à aboutir, et m’aide tant et si bien que si je ne me dépêche pas davantage, elle aura eu le temps de tricoter sept coussins et moi seulement deux !
En fin de semaine au chalet, bien sûr, j’ai tricoté. J’ai tricoté sur le ponton lors de longues promenades, deux jours de suite, et chez les amis toute une soirée, tant et si bien, encore une fois, que l’amie a décrété qu’elle allait sortir une doudou et me laisser dormir sur son canapé.
Je tricote, je tricote, mais je n’avance pas. Pourquoi ? Parce que je choisis des fils trop fins qui ne couvrent pas beaucoup de surface, parce que mes fils s’emmêlent, parce que je tricote trop serré et qu’il devient difficile de glisser la pointe de l’aiguille sous la maille, parce que, m’étant trompée en plein milieu d’un rang, je le détricote pour le recommencer, parce que je choisis des aiguilles trop petites qui ne couvrent pas beaucoup de surface non plus, etc. Autant de raisons qui témoignent de mon manque de planification, de ma piètre maîtrise technique, raisons qui constituent par ailleurs les revers de mon besoin inné, voire vital, de toujours inventer. On peut inventer moyennant une certaine préparation, un minimum de planification, pourtant. Je me demande comment ça se fait que ce ne soit pas mon cas. La même chose se produit quand vient le temps de cuisiner. J’ouvre les portes du garde-manger, je me dis « Voyons voir », je constate la présence de tel et tel ingrédients, j’en fais la base de ma recette du jour. Je suis faite comme ça. J’invente, sans réfléchir, sans planifier. C’est pour ça que mon père déplorait ma manière de procéder, il répétait souvent que j’étais de signe astrologique bélier, ascendant bélier. Bof. Je suis, comme le veut l’expression, ici fort à propos, « tricotée » comme ça !

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Jour 378

rubans

Le mobile accueille les invités.

Encore une référence au milieu hospitalier dans mon rêve de la nuit dernière. Une infirmière s’approchait de moi. J’étais étendue sur un lit, une patiente parmi tant d’autres, dans une sorte de grand dortoir. L’infirmière me demandait ce que je préférais : me faire réveiller à quatre heures du matin pour qu’on m’installe ailleurs, dans un lieu non précisé, avec possibilité de suivi à un moment donné, ou ne pas me faire réveiller et rester avec les autres, sans véritable possibilité de suivi. J’optais pour la possibilité d’un suivi et le transport de mon lit en pleine nuit, en me disant qu’avec un peu de chance je ne me réveillerais pas lors de ce déplacement. Je comprends de ce rêve que le niveau de service offert dans les hôpitaux ne m’impressionne pas ! Me fait un peu peur, peut-être. Heureusement mon mari sera là.
Voici ci-dessus mon mobile à rubans. Le projet a pris naissance il y a un an, c’était l’été et il faisait terriblement chaud. À cette époque, je ne savais pas que la structure allait servir à suspendre de longs rubans. J’avais simplement couvert de tricotin un long fil de fer auquel j’avais tenté de donner une forme arrondie, un peu comme si je voulais représenter la forme de la planète. J’avais suspendu des bricoles, je ne sais plus lesquelles, et obtenu un résultat très peu inspirant. J’ai laissé le temps passer, puis j’ai installé de longs rubans sur la planète, mais sous le poids –léger– des rubans accumulés, la planète s’est affaissée pour ressembler à un insecte aux ailes géantes inclinées vers le sol, un insecte épuisé. Plusieurs mois plus tard, mon mari m’est arrivé avec un ancien socle de luminaire déniché bien entendu dans son garage, socle qui correspondait parfaitement à mes besoins. Ça donne ce qu’on voit sur la photo.
Les amis qui viennent nous visiter passent à côté de ma belle sculpture mobile sans la remarquer. Elle est magnifique, cela dit en passant, quand les rubans se soulèvent dans le vent. Alors j’ai commencé à dire que selon une tradition tibétaine, il faut toucher aux rubans du bout des doigts, avant d’entrer dans la maison, afin que le mobile nous porte chance. Pour appuyer ma théorie, je caresse les rubans afin de donner un exemple du mouvement ample qu’il faut tracer avec le bras. Les amis, jusqu’à ce jour, m’ont dit que c’était intéressant, sans toucher mes rubans pour autant !
Ce matin j’ai fait une tournée de mes plantes dont certaines ont eu pas mal soif, ces quatre derniers jours ayant été –miraculeusement– très ensoleillés. J’ai aussi vérifié ce qui arrivait avec mon noyau de mangue planté dans de la terre et dont le pot est couvert d’une housse en coton pour le protéger du froid. Eh bien ! Une pousse de quatre pouces sort de terre ! J’ai arrosé et remis sans tarder la housse protectrice, le froid étant encore au rendez-vous en cette fin juin.

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Jour 379

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Cordes et cordages.

Les dernières pages que j’ai lues ce week-end au chalet à propos de Léo sont moins excitantes. Elles n’ont pas tellement nourri mon univers intérieur pendant que je tricotais. Ces pages ne fournissent aucun détail croustillant sur la vie –amoureuse– de mon héros. Je suis ainsi faite, toujours à la recherche du potin, du moindre indice qui me permettra d’imaginer de quelle manière se déclinaient les pans intimes de la vie de Léo. Or, Robert Belleret, le biographe, ne s’adresse pas aux fouineuses de potins de mon espèce. Il rend justice aux œuvres de Ferré d’abord et avant tout. Dans les pages que je viens de lire, il prend le temps qu’il faut pour décrire une création pour chœur, chanteurs solistes et orchestre qui s’intitule De sacs et de cordes. Ferré en a écrit la musique et le texte. Il s’agit d’un long poème symphonique qui requiert la présence d’un narrateur –ce fut Jean Gabin. Le personnage principal du poème est une sorte de Carmen en version masculine.
« Un homme de sac et de corde », par ailleurs, est une expression qui signifie qu’on a affaire à un truand, à un malfaiteur. Bien entendu, je ne le savais pas.
Il y a plusieurs autres mots, dans le livre, que je ne connais pas. Ainsi, un maroufle. J’ai déjà lu le mot, j’ai peut-être déjà su ce qu’il signifiait, mais aujourd’hui je serais bien en peine de lui donner un synonyme. En revanche, je connais la technique du marouflage, en peinture. Mais à propos d’une personne, être maroufle, c’est enviable ou pas ? Ça ne l’est pas, à moins de privilégier la malhonnêteté.
Et une personne bégueule ? C’est une personne qui parle beaucoup, ou pas beaucoup ? Il est dit de la première femme de Léo, qui se nomme Odette Shunck, qu’elle n’était pas bégueule. J’ai pensé que ça voulait dire qu’elle ne parlait pas beaucoup, puisque ce soir-là, tel que raconté dans le livre, Odette avait consulté une encyclopédie médicale sans dire un mot à personne. Le couple passait la soirée chez des amis. Être bégueule, pourtant, ça n’a rien à voir avec s’exprimer peu ou pas, c’est affecter une pruderie qu’on ne ressent pas vraiment, c’est faire semblant d’être prude. Je ne vois pas le lien avec l’encyclopédie médicale. Il va falloir que je feuillette les pages à rebours à la recherche de ce passage pour mieux le comprendre. Avoir accès à une version électronique du livre serait mille fois plus pratique. Je chercherais « bégueule » et j’obtiendrais un résultat immédiat.
Pour en revenir aux sacs et aux cordes : bien qu’ayant lu les pages décrivant cette œuvre pas plus tard qu’il y a disons deux heures, j’avais déjà transformé le titre dans ma tête, au moment d’écrire ces lignes, pour aboutir à De sacs et de cordages. Il y a un passage de ce long poème qui situe en effet le héros sur un bateau, dans un rôle de pseudo pirate, d’où l’apparition des cordages…
À cette époque des cordes/cordages, Ferré a 34 ans. Il se cherche encore. Il cherche sa voie. Il pense qu’elle se situe du côté de la musique dite classique, mais il va découvrir plus tard qu’elle flirte plutôt avec la chanson, qu’il considère alors comme un art mineur.

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Jour 380

Je pense que je rêve, de manière confuse et interprétée, à ma chirurgie à venir. Dans mon rêve de l’avant-dernière nuit, mon ami DSK saignait du nez en s’adonnant à l’activité qu’on lui devine qui lui est si chère. Il en était quitte pour interrompre son exercice avant d’avoir atteint le coït, mais un coït de plus ou de moins, me disais-je, ça ne fait pas grand différence dans son cas.
La nuit dernière, mon autre ami Justin saignait du nez lui aussi. Debout, vêtu d’une chemise blanche immaculée, bien pressée, il se tenait en retrait, le regard lointain, le sang lui couvrant le bas du visage. On aurait dit le Christ dans une version moderne, sans couronne d’épines.
– Je vais voter pour lui, me disais-je dans mon rêve, le voyant isolé et presque souffrant.
D’où on comprend que certes je rêvais, tout en ayant conscience que nous nous dirigeons bel et bien vers des élections cet automne.
– Il a dû être tellement écrasé par l’aura paternelle qu’il n’aura pas assez de sa vie pour s’en remettre, me disais-je aussi.
– C’est la raison pour laquelle, continuais-je, il est souvent maladroit. Son parcours politique est parsemé d’actes manqués, qui sont à chaque fois sa réponse involontaire aux clins d’œil que lui fait son père pour lui rappeler qu’avant lui, Justin, il y a eu Pierre.
– Pourquoi clignez-vous ainsi des yeux ?, lui demandait alors un journaliste qui parvenait à s’approcher et à se hisser jusqu’à lui –car j’ai omis de préciser qu’il se tenait debout sur un piédestal, un socle de granit d’un bon deux mètres de hauteur.
Pour ne pas avoir à parler de son père, Justin feignait bien entendu de ne pas avoir entendu la question.
Puis, sans transition, Léo Ferré s’imposait à ma vue, entièrement statufié en ce qui le concerne, n’est-il pas décédé quand Justin rayonne encore de sa jeunesse à peine mature ? J’étais tellement intimidée par l’apparition de ce grand personnage, que je n’osais ouvrir la bouche, quoique mille questions se bousculassent dans ma tête.
Il faut dire que dans ma vie éveillée, j’essaie de passer à travers la biographie de Léo écrite par Robert Belleret. Voici comment je procède. D’abord, il est bon d’écrire que je suis au chalet, sur le bord du lac. Il vente beaucoup. J’ai toujours adoré le chant du vent. Il fait très beau, mais il y a tellement de moustiques à l’extérieur que je me dépêche de m’acquitter le matin de la portion « exercice » de ma journée –un filet me couvrant le visage– pour ensuite m’adonner à mes loisirs à l’intérieur. Je lis d’abord quelques pages. Puis je tricote quelques rangs. (Je suis sur le point de terminer un troisième carré pour mon projet de huit coussins.) Je tricote en étant habitée par l’univers de Léo à travers les quelques pages que je viens de lire. Au bout d’un moment, Léo me manque, j’y retourne afin que les prochains rangs de mon tricot soient alimentés du même univers auquel s’ajoutent quelques éléments nouveaux. Je retourne au tricot. Je reviens au livre. 

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