Jour 375

Difficile d’écrire mes textes lorsque je suis au chalet. Il faut que je branche mon portable à un fil électrique, qui se rend jusqu’à une multiprise, qui fournit de l’énergie moyennant l’utilisation d’une génératrice qui fait du bruit, et moyennant aussi l’utilisation d’un ondulateur –assez bruyant– qui transforme le courant de 12 volts en 110 volts, si j’ai bien compris. En outre, le réseau est pas mal lent. Du coup, je n’apporte plus mon ordinateur.
Difficile aussi de lire la biographie de Léo, d’autant que nous avons reçu des amis et profité du temps beau et moins beau en nous laissant glisser sur l’eau, assis confortablement sur le ponton.
J’ai marché avec la femme du couple, assez longuement, sans crainte aucune des ours puisque nous parlions sans arrêt. J’étais habillée comme un oignon : pantalon long, chaussettes par-dessus les jambes du pantalon couvrantes jusqu’à mi-mollets, chemise à manches longues attachée jusqu’au cou, chapeau, filet sur le chapeau, foulard autour du cou pour maintenir en place le filet, et même des gants. Bien entendu, des mouches noires ont réussi malgré tout à se glisser sous le filet, me frôlant le visage, mais j’ai pu quand même profiter de la promenade sans qu’elle ressemble à une épreuve pour mon système nerveux. J’ai eu très chaud, c’est vrai, alors que mon amie, qui marchait simplement vêtue de pantalons courts et d’un haut léger, n’a pas sué. Elle avait opté pour le « vivre ensemble », en ce sens que s’il y a des bibittes, elle choisit de vivre avec, en s’appliquant simplement de l’huile essentielle d’eucalyptus sur les bras et les jambes.
Plus tard en journée nous nous sommes retrouvées cinq personnes autour du chalet, parlant d’un problème de structure qu’il faudra bien régler un jour. C’était infernal le bourdonnement des moustiques innombrables, mais j’essayais de faire comme les autres et de discuter du problème comme si nulle mouche à chevreuil, nul brûlot, nul maringouin, nulle mouche noire ne nous attaquait. Au bout d’un moment, j’ai remarqué qu’une grosse guêpe se promenait sur la chevelure de l’homme qui pourrait éventuellement être le réparateur de notre fondation fragile.
– Vous avez une guêpe sur les cheveux, lui ai-je dit, sans faire le geste de l’éloigner.
– Oh ! Ce n’est pas grave, a-t-il répondu en continuant son explication, en ne faisant rien pour la déloger.
D’où il ressort que j’ai bien du chemin à faire avant de pouvoir me considérer acclimatée aux bibittes.
Cependant, une fois nos amis partis, je me suis permis quelques rangs de tricot, dans le bourdonnement des maringouins qui bien entendu s’étaient glissés dans le chalet à la moindre ouverture de la porte. Parce que j’avais besoin de mes deux mains et de toute ma concentration, j’ai décidé de les laisser me piquer pendant que je tricotais. Un dard s’enfonçait sur un mollet, un autre sur le dessus du pied, quelques-uns sur les cuisses, pendant que, immobile de ces parties du corps, je tricotais comme si de rien n’était. Cela s’est bien passé et j’ai senti que je venais de franchir un pas dans mon acclimatation. Pendant que j’écris ces lignes, de retour à la maison et caressée par le vent dans notre belle véranda, un brûlot est en train de me piquer l’avant-bras gauche. Bientôt, si je persévère, je vais être capable, sans regarder, de savoir quelle sorte d’insecte est en train de me piquer. Je sais déjà faire la différence entre une mouche noire, un maringouin et un brûlot, mais je dois avouer que je n’ai pas hâte de tester la mouche à chevreuil et le taon à cheval…

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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Une réponse à Jour 375

  1. Claude Lemieux dit :

    Cette chronique m’a fait sourire, bien que je compatis sincèrement avec ton épreuve. Difficile de rester stoïque devant l’acharnement de ces petites bestioles voraces et vampiriques.

    Aimé par 1 personne

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