Jour 380

Je pense que je rêve, de manière confuse et interprétée, à ma chirurgie à venir. Dans mon rêve de l’avant-dernière nuit, mon ami DSK saignait du nez en s’adonnant à l’activité qu’on lui devine qui lui est si chère. Il en était quitte pour interrompre son exercice avant d’avoir atteint le coït, mais un coït de plus ou de moins, me disais-je, ça ne fait pas grand différence dans son cas.
La nuit dernière, mon autre ami Justin saignait du nez lui aussi. Debout, vêtu d’une chemise blanche immaculée, bien pressée, il se tenait en retrait, le regard lointain, le sang lui couvrant le bas du visage. On aurait dit le Christ dans une version moderne, sans couronne d’épines.
– Je vais voter pour lui, me disais-je dans mon rêve, le voyant isolé et presque souffrant.
D’où on comprend que certes je rêvais, tout en ayant conscience que nous nous dirigeons bel et bien vers des élections cet automne.
– Il a dû être tellement écrasé par l’aura paternelle qu’il n’aura pas assez de sa vie pour s’en remettre, me disais-je aussi.
– C’est la raison pour laquelle, continuais-je, il est souvent maladroit. Son parcours politique est parsemé d’actes manqués, qui sont à chaque fois sa réponse involontaire aux clins d’œil que lui fait son père pour lui rappeler qu’avant lui, Justin, il y a eu Pierre.
– Pourquoi clignez-vous ainsi des yeux ?, lui demandait alors un journaliste qui parvenait à s’approcher et à se hisser jusqu’à lui –car j’ai omis de préciser qu’il se tenait debout sur un piédestal, un socle de granit d’un bon deux mètres de hauteur.
Pour ne pas avoir à parler de son père, Justin feignait bien entendu de ne pas avoir entendu la question.
Puis, sans transition, Léo Ferré s’imposait à ma vue, entièrement statufié en ce qui le concerne, n’est-il pas décédé quand Justin rayonne encore de sa jeunesse à peine mature ? J’étais tellement intimidée par l’apparition de ce grand personnage, que je n’osais ouvrir la bouche, quoique mille questions se bousculassent dans ma tête.
Il faut dire que dans ma vie éveillée, j’essaie de passer à travers la biographie de Léo écrite par Robert Belleret. Voici comment je procède. D’abord, il est bon d’écrire que je suis au chalet, sur le bord du lac. Il vente beaucoup. J’ai toujours adoré le chant du vent. Il fait très beau, mais il y a tellement de moustiques à l’extérieur que je me dépêche de m’acquitter le matin de la portion « exercice » de ma journée –un filet me couvrant le visage– pour ensuite m’adonner à mes loisirs à l’intérieur. Je lis d’abord quelques pages. Puis je tricote quelques rangs. (Je suis sur le point de terminer un troisième carré pour mon projet de huit coussins.) Je tricote en étant habitée par l’univers de Léo à travers les quelques pages que je viens de lire. Au bout d’un moment, Léo me manque, j’y retourne afin que les prochains rangs de mon tricot soient alimentés du même univers auquel s’ajoutent quelques éléments nouveaux. Je retourne au tricot. Je reviens au livre. 

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
Cette entrée a été publiée dans 2 200 textes en 10 ans. Mettre ce permalien en signet.

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s