Jour 192

nuageJaune

Fiou ! Y’a d’la branche en titi !

Ma belle-sœur, qui a reçu 15 plantes avant-hier, était venue arroser, en avril dernier, accompagnée de son mari. Elle me l’avait dit, mais je ne l’avais pas écrit. Le mari avait alors compté 80 plantes dans la maison ! Maintenant que je leur en ai donné, il m’en reste 65. Il suffirait que j’en donne quatre, et il y aurait dans la maison le même nombre de plantes que d’années dans mon corps. Ce n’est pas une nécessité, comme dirait papa, de représenter son âge en nombre de plantes. Je vais donc tenter d’en offrir encore, ou d’en jeter. Je vais demain en mettre trois petites dans un même pot, ça revient à en compter deux de moins, donc je vais me retrouver avec un total de 63 plantes. J’aimerais descendre jusqu’à une cinquantaine.
Ma cousine est plus prosaïque.
– Si les plantes gèlent, m’avait-elle dit au début du « Québec sur pause pendant trois semaines », parce que son chalet en est généreusement garni, je n’aurai qu’à les jeter. Ça se remplace.
Dans la même veine, j’ai dit à ma belle-sœur qu’elle pouvait jeter celles qui la ravissent moins, de l’éventail que je lui ai donné.
– Non, non, non !, s’est-elle exclamée, je les garde toutes !
Cela étant exprimé, maintenant j’arrête d’y penser.
Pour être certaine d’arrêter d’y penser, je me concentre sur mon projet de tricotin au mur pour lequel je me demandais si j’allais, ou non, ajouter des feuilles aux branches des arbres. J’ai décidé que oui. En fait, ce ne sont pas vraiment des feuilles qui vont garnir les branches, mais des cercles, encore une fois obtenus grâce à mes talents dans le maniement du tricotin. Optant pour l’excès, certains cercles seront rehaussés en leur centre d’un autre cercle plus petit, représentant admettons, comme s’il s’agissait de fleurs, le cœur de celles-ci. Un exemple valant mille mots, je mettrai en ligne une photo du résultat obtenu, dans quelques jours ou semaines.
Aujourd’hui, je me suis bien vécue et je suis fière de moi. J’ai été capable d’avoir du détachement par rapport à notre immense propriété. Je me suis dit que la propriété était immense, effectivement, et que je n’allais me concentrer que sur des petites portions, un jour à la fois, en ce qui a trait aux travaux extérieurs sur le terrain. La portion à laquelle je me suis intéressée cet après-midi était située derrière la maison. Mon travail a consisté, très simplement, à ramasser les cailloux un peu partout le long du mur, à les regrouper dans un rectangle qui a été aménagé autour de la thermopompe, rectangle garni de pierres en manière de décoration. Je pensais transporter les pierres jusqu’audit rectangle à même la brouette dans laquelle je les déposais au fur et à mesure que je les ramassais, mais la brouette s’est avérée trop lourde, je n’ai pas été capable de la soulever et encore moins de la pousser, même à petits pas. Alors j’ai dû prendre un seau, mettre des pierres dedans, les apporter jusqu’au rectangle, répéter l’exercice trois ou quatre fois, jusqu’à ce que la brouette se laisse transporter. Il manquait un bon nombre de pierres, à cet espace rectangulaire délimité, et mon garnissage a permis d’améliorer la situation, mais il en manque encore beaucoup.
Avant d’aller dehors travailler sur les pierres –les ramassant le plus souvent à quatre pattes–, j’ai fait quelques exercices d’étirement sur mon tatami. Il me semble que cela m’a aidée à ne pas me sentir courbaturée ce soir, maintenant que le travail est derrière moi.
Reste à avoir la même discipline (les étirements) et la même zénitude (le détachement) demain. C’est ça qui peut être problématique chez moi, je ne suis pas stable dans mes attitudes. Je suis changeante, voire imprévisible, je suis Tout ou rien. Mais, comme je viens de l’écrire ci-dessus, un jour à la fois, et demain on verra. 

 

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Jour 193

FaceTimePlafond

FaceTime avec vue sur le plafond.

Tout a commencé lorsque nous avons décidé de séjourner plus longtemps au chalet, c’était en avril. D’un projet de séjour d’une semaine, nous avons prolongé jusqu’à presque un mois. Au bout d’un moment, il a fallu que je demande à quelqu’un, ce fut ma belle-fille, de venir arroser mes plantes. Je l’ai déjà écrit, d’ailleurs. Puis, une dizaine de jours plus tard, j’ai demandé la même chose à ma belle-sœur. Elle a pris pendant sa longue tournée, parce qu’il y a des plantes en masse dans la maison, des photos de celles qu’elle aimerait avoir, si jamais il arrivait que je me retrouve avec des bébés à donner. Réalisant 1. que j’ai entre 70 et 80 plantes dans la maison, 2. que les bords des fenêtres sont encombrés, 3. qu’une table est en outre collée sur le bord de la fenêtre principale, dans la salle de séjour, pour accueillir encore plus de plantes, 4. réalisant que toute cette verdure assombrit la maison, créant des masses qui bloquent la pénétration de la lumière, je me suis dit que, bébé pas bébé, je pouvais me permettre d’élaguer, de m’alléger. J’ai donc passé l’après-midi 1. à rempoter mes plantes, 2. à nettoyer les pots, 3. à changer la terre, 4. à lui ajouter des nutriments, 5. à couper des racines, 6. à surveiller la naissance de larves aux endroits les plus tendres entre les nouvelles pousses et la tige, 7. à trouver des assiettes de grès, enfin, en vue de ma livraison demain. Je vais donc livrer à ma belle-sœur, qui ne le sait pas encore, une quinzaine de plantes. Elle ne saura pas quoi faire avec cette avalanche, je vais lui dire d’en donner à ses filles. Or, ça ne paraît presque pas sur les rebords de mes fenêtres que je me suis départie de cette cargaison, ils sont aussi chargés que ce matin, avant que je me lance dans l’aventure. C’est décourageant.
Je n’arrive pas à me sentir délestée des tâches qui viennent avec la gestion d’une maison (et d’un chalet). Il y a toujours quelque chose en attente, surtout en ce début de mai où il faut que je m’attaque au terrain et à l’aménagement extérieur. J’aimerais que mon bureau soit un lieu de rencontre avec moi-même, épuré, ordonné, rangé. C’est le contraire, il est encombré et tout le temps à l’envers.
J’aurai il est vrai consacré une heure, le plus souvent, à mes conversations avec ma fille, tous les jours depuis le début du confinement. Je l’ai déjà mentionné, ça gruge une partie de l’après-midi. Mais l’exercice m’a permis de prendre des photos de nous deux, je l’ai mentionné aussi, et j’ai hâte de constituer une série photographique qui s’intitulera Le confinement. La série nous réunira dans toutes sortes de situations, chouchou mangeant, moi portant les lulus, elle applaudissant le soir à 20:00, moi ayant droit à une vue sur son plafond parce que son appareil est déposé à plat le temps qu’elle range un truc. Elle portant du gris, moi aussi. Etc. Qu’est-ce qu’on va penser de ça, dans un an, dans deux ans ? Si tout se remet prochainement à rouler à vitesse grand V, comme avant la mi-mars, je vais ressentir une vive nostalgie, c’est sûr.

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Jour 194

Albina

Albina du Boisrouvray, pas mal maquillée.

Donc, je me suis lancée dans Françoise Giroud, une ambition française, toujours m’évadant en France, à Paris, heureuse de cette évasion. Plusieurs personnes de l’entourage de Françoise commentent certains événements qu’elles ont vécus auprès d’elle. Évidemment, certaines l’aiment ou l’apprécient, quand d’autres la détestent. Il y avait de quoi la détester, je me mets à la place de certains individus, car elle pouvait se montrer cruelle dans l’exercice de ses fonctions au magazine L’express, et probablement pas juste dans ce contexte-là.
Au bout d’un moment, je me suis mise à feuilleter à nouveau le bouquin, j’ai cette habitude de lire des pages au hasard des chapitres qui s’en viennent, et de prendre plaisir, quand je retombe sur ces dernières, de les reconnaître et de savoir à l’avance ce que je m’apprête à lire dans les paragraphes qui s’en viennent. J’ai beaucoup fait cela avec La montagne magique.
Or, ainsi feuilletant, je suis tombée sur la fameuse Albina. Du Boisrouvray. Et là, je me suis rendu compte que j’avais déjà lu le livre sur Françoise, et je me suis rappelé en outre y avoir fait référence sur mon blogue. C’était en novembre 2018. Une simple recherche du mot Albina m’a permis de retrouver les textes en question, les Jours 544 et 543.
Pourquoi me suis-je rappelé d’Albina ? Pour deux raisons. La première, c’est que cette femme semble être une femme de cœur. Pour confirmer mes dires, je viens de feuilleter à nouveau ce qu’il me reste à lire du livre, presque page par page, afin de retomber sur l’extrait dans lequel il est question d’elle, mais bien entendu il m’a échappé. Donc, je n’ai pas encore vérifié si Albina, en deuxième lecture, me fait toujours l’effet d’être une femme de cœur. La deuxième raison, c’est que dans la farandole de toutes ces personnalités illustres qui dansent autour de Françoise, le prénom Albina m’avait semblé proche de mes racines québécoises. J’imagine une Albinâ bâtie comme un homme s’activer dans une cuisine autour d’un poêle à bois, se frottant les mains couvertes de farine sur son tablier ! Entourée de dix enfants en bas âge, tant qu’à faire ! Cela étant, je vais poursuivre le livre. Je suis rendue au chapitre dans lequel Françoise obtient un poste de ministre, sous la présidence de Giscard d’Estaing.
J’ai découvert hier soir, à ma grande déception, que Simone Veil et Françoise se détestaient et se le rendaient bien. Cela perturbe ma conception générale de la vie. Comment la belle Simone pouvait-elle détester quelqu’un ? Je lui imaginais un cœur pur dépourvu de sentiments avilissants, déshonorants. Je me suis alors arrêtée de lire quelques instants, tentant de comprendre pourquoi j’étais incapable, pour ma part, d’exprimer de manière ferme, avec des paroles maîtrisées et des gestes contrôlés, les sentiments qui m’habitent quand survient un conflit, un désaccord important ? Tremblante des pieds à la tête, dans un tel contexte, je vais plutôt m’empresser d’aller me cacher ! Suis-je faible, quand Simone est forte ? Est-ce vil de détester ? Ou parfois salutaire ? Puis, très curieusement, je me suis fait la réflexion que tout ce beau monde était mort, et j’ai poursuivi ma lecture !

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Jour 195

11/23/2009 – Vanessa Redgrave – 55th Annual London Evening Standard Theatre Awards – Arrivals – The Royal Opera House – London, UK – Photo Credit: Solarpix

Je pourrais me trouver belle pour mon âge. Je pourrais miser sur l’éclat dans mes yeux à défaut d’avoir de l’éclat ailleurs. Me trouver belle autrement… du dedans !
Je lisais justement un livre people sur Brigitte Macron que j’ai acheté à la FNAC de Strasbourg, en même temps qu’une biographie de Winston Churchill. Je n’ai pas lu encore Winston, l’ayant prêté, mais j’ai lu Brigitte. Seigneur ! Je me demande comment elle fait ! À 67 ans, elle se soumet à une heure de gymnastique tous les matins à l’Élysée, même pas le matin mais « à l’aube », est-il écrit. Est-ce possible ? Elle porte des talons aiguilles pour assister à des cérémonies pendant lesquelles elle doit se tenir debout, dehors, sur les pavés inégaux. Même pas des talons aiguilles, des stilettos, c’est encore plus fin et plus haut, 10 cm d’après mes recherches sur Google. Elle se teint évidemment les cheveux –pendant que je m’habitue aux miens grisonnants. Elle a toute mon admiration, quoi qu’il en soit, car maintenir une apparence aussi jeune que possible me prendrait toute mon énergie, quand elle a déjà des journées hyper chargées.
J’aurais plus envie de vieillir comme Vanessa, avec moins de maquillage et de chirurgie.
Je me suis lancée dans Brigitte après avoir lu la brique de la Montagne magique, pour me changer, aller vers léger. C’est ce que j’appelle une lecture intermédiaire. Je me nourris d’un livre ou deux intermédiaires, avant de me tourner vers un livre plus substantiel. Ayant lu Brigitte pratiquement d’un coup, c’est un petit livre de poche, j’ai eu envie de poursuivre dans la facilité. C’est ainsi que je me suis lancée dans une autre biographie qui traînait ici, au chalet, de Christine Ockrent sur Françoise Giroud.
– Je l’ai peut-être lu ?, me suis-je demandé en le feuilletant avant de le commencer.
– Mais s’il en est ainsi, je ne m’en souviens plus, me suis-je dit du même souffle, alors je peux bien le recommencer.
J’aime de toute façon lire deux fois le même livre, je me rends compte que ce sont deux lectures différentes. Ce qui m’aura frappée en première lecture ne me frappera pas en deuxième, et en deuxième je serai frappée par autre chose, et habituellement ce qui me frappera en deuxième me semblera plus signifiant, moins superficiel, que ce qui m’aura fait de l’effet en première.
J’aime que la biographie de Françoise me maintienne dans le milieu people français, mais à une autre époque, dans les années soixante en ce moment de ma lecture, au premier tiers du livre. Il faut dire que Françoise –malgré deux tentatives de suicide– a vécu tellement vieille que la fin du livre se situe au début des années 2000.
Je vais peut-être ensuite me tourner vers la correspondance de Mitterrand avec Anne Pingeot, une brique que j’ai commencée il y a deux ans, et qui va me maintenir encore dans le milieu jet set des Français, non pas que j’aime tant que ça le milieu jet set, mais j’aime lire à propos de la France, sachant qu’il y a de fortes chances que je ne sois pas capable d’y retourner avant le retour de chouchou, en août prochain, en raison de la Covid. Pour faire contrepoids au jet set, de toute façon, je pourrais me tourner vers Élise ou la vraie vie, qui traîne sur mon bureau, à la maison. C’est moins sexy, bien entendu.

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Jour 196

Ma nouvelle invention murale avec branches et racines. Denauzier me suggère d’ajouter des feuilles. Chouchou aussi.
– Je pensais les représenter par des petites taches rondes, ai-je dit à mon mari. J’en mettrais beaucoup, en variant les nuances de vert. Il me reste à trouver une sorte de tampon, je ne veux pas utiliser un pinceau.
– Pourquoi pas dessiner des feuilles ?, a-t-il répondu. Les racines sont déjà surdimensionnées, les feuilles peuvent l’être aussi ? Pas besoin de dessiner des mini feuilles ?
Il n’a pas dit ce mot, « surdimensionnées ». Il m’a plutôt fait comprendre, par un mouvement de l’index arrondi venu s’appuyer sur le pouce, que des racines grosses comme ça (en me montrant l’espace vide à l’intérieur de son index arrondi), ça ne se peut pas, si on tient compte des branches et des troncs maigrichons que j’ai tracés.
– J’ai déjà lu quelque part, a-t-il précisé, que pour un arbre de cinquante pieds de haut, admettons, il y a le double de longueur de racines dans la terre. Après les premiers pieds sous terre, elles sont fines et deviennent des radicelles… Or les tiennes ne s’affinent pas (il n’a pas dit « Or »).
– C’est une idée, les grosses feuilles…, ai-je répondu. Je vais y penser.
Je n’y ai guère pensé, en fait, depuis que nous sommes arrivés au chalet vendredi dernier, mais je sais déjà que je vais me lancer dans les feuilles dès que je serai de retour à la maison, dimanche prochain, fête des mamans.
Retour à la maison. Je vais me sentir submergée par le travail à faire dehors, sur le terrain, le râtelage, le coupage de branches, le nettoyage, le mal de dos, en bas, à droite, quand je me penche et que je force… Je vais à nouveau me casser la tête, cette plante est-elle heureuse à la mi-ombre, devrais-je la planter ailleurs pendant que c’est encore le temps, avant l’arrivée de la chaleur ? Les arbustes seront-ils encore cette année ravagés par les scarabées du rosier ? Et où vais-je mettre le bidule à la phéromone qui est censé attirer les scarabées ?
– Tu ne penses pas qu’on devrait donner le contrat d’entretien de départ à une compagnie qui viendrait tout nettoyer ? Il ne me resterait qu’à entretenir pendant la saison ?, ai-je demandé à mon mari.
Il ne m’a pas répondu. C’est sa manière à lui d’exprimer qu’il va y penser. J’imagine qu’il est un peu tard, de toute façon, pour solliciter une compagnie là là, sans s’être inscrit l’automne dernier sur une liste de clients du printemps !
Archives. J’ai reçu cette semaine une photo sur laquelle j’ai quarante ans. Je tiens chouchou dans mes bras, elle a trois ans, elle est en maillot de bain, elle est maquillée au visage, comme si elle arrivait d’une fête à la garderie ou chez des amis (de la garderie !). Je me trouve incroyablement belle. Les cheveux fournis, tombant en une vague naturelle que je ne coiffais jamais, une vague épaisse, riche, abondante… J’ai envoyé la photo à mon amie, celle qui a le sens de l’écoute particulièrement développé, et elle m’a répondu que j’aurais pu paraître sur la couverture d’un magazine. C’est sûr qu’entre amies on se lance des fleurs, on se trouve tout le temps belles, on se dit des mots d’amour. Il faut que j’accepte de ne plus être belle, ou d’être belle autrement, avec des cheveux gris et ternes qui ne font plus de vague naturelle. Le pire, bien entendu, c’est que lorsque j’étais si belle, je ne me trouvais pas belle. Il y avait toujours ceci, cela qui clochait… Il faut que j’apprenne à m’aimer et à ne pas me comparer –aux jeunes et aux plus vieilles qui ont mon âge mais qui ont l’air encore jeunes, car il y en a. Ce n’est pas tant « Il faut que », mais plutôt « Je décide à partir de maintenant ». J’ai du chemin à faire. Mais ça vaut peut-être la peine d’essayer.

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Jour 197

nuageJaune

Projet en chantier. Je me lance dans des feuilles ?

– Exactement. Je vais essayer de créer la même couleur que celle du métal de la structure, avec mes tubes d’acrylique, et surmonter l’installation de grandes branches d’arbres que je vais tracer au pinceau.
– Tu vas ajouter des feuilles vertes ?, a demandé mon mari.
– Je ne pense pas, surtout si j’arrive à créer une couleur qui ressemble à celle du métal… Et tu me connais, si je me lance dans des feuilles, j’en ai pour des années !
– Penses-tu te rendre jusqu’au plafond ?, a-t-il aussi demandé sans le moindre soupçon d’inquiétude dans la voix.
– Je ne sais pas…
– Penses-tu pouvoir tout effacer si ce n’est pas à ton goût ?
– Difficilement…
– Penses-tu aimer l’effet final ?
– Je n’en ai aucune idée. J’ai peur de trouver le tout un peu kitsch, ou quétaine…
Pendant que je mélangeais mes couleurs d’acrylique, je me suis demandé si ce n’était pas une bonne idée de parsemer les branches, sans feuilles, lorsqu’elles seraient faites, de taches rouges qui auraient représenté des pommes. J’ai alors tricotiné vite fait, avant de me lancer dans la formation des branches, cinq tubes très courts avec de la laine rouge que j’ai ensuite cousus pour en façonner une boule, mais les boules sont nettement trop grosses par rapport à la finesse des branches, je les ai donc déposées dans chacun des pots. Ça ne paraît pas sur la photo, encore une fois, mais la note rouge apporte beaucoup de dynamisme.
J’ai oublié de préciser qu’ayant tricoté beaucoup trop de tubes de laine –parce que je suis excessive– j’en ai tordu quelques-uns avec la même technique du fil de fer et ils garnissent les pots comme autant de cocottes, ou pommes de pin.
Cela m’a pris cinq heures, tracer les branches d’abord au crayon de plomb sur le mur, et les couvrir ensuite de couleur, cinq heures au terme desquelles j’avais pas mal mal au dos pour être restée debout, en position instable, sur un escabeau. Cela fut fait jeudi soir dernier entre cinq et dix heures trente. Mari m’a quittée une heure avant que je termine, pour aller faire dodo car il se couche tôt.
Je suis présentement pour la semaine au chalet. À notre retour à la maison, je vais apporter des nuances de brun aux branches, encore juchée sur l’escabeau, et leur donner un peu d’expansion sur les côtés de manière à ce qu’ils apparaissent moins figés.
Puis, je vais voir ce que je décide, par rapport aux feuilles…
J’envisage aussi d’installer sur le mur perpendiculaire à l’installation, lui aussi couvert de jaune nuage, comme on peut le voir partiellement sur la photo, un miroir sans cadre qui permettrait de décupler l’effet visuel du projet, puisqu’on verrait le projet dans le réel et l’image miroitée du projet réel.
Je m’arrête là, je n’en peux plus, d’autant que ça se pourrait que tout le projet disparaisse s’il s’avère définitivement trop cucul.

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Jour 198

nuageJauneIntermédiaire

Projet en chantier.

L’insertion du fil métallique fut une étape pénible à traverser car il s’accrochait tout le temps dans les tubes de laine, même si j’ai pris la peine d’en courber l’extrémité afin de l’arrondir pour qu’il puisse glisser plus facilement. Ensuite, il m’a suffi de tordre un peu, à gauche, à droite, le fil dissimulé dans les tubes de laine. Au final, ça ne ressemble pas « tant que ça » à des racines, mais quand même plus que mes tubes pendouillants à la verticale.
– Qu’est-ce que tu dirais si je peignais une bande de couleur derrière la structure aux fils de laine ?, ai-je un jour suggéré à mon mari, avant d’accéder à l’étape de fixer l’engin au mur.
– De quelle couleur ?, a-t-il demandé.
– Je ne sais pas. Peut-être jaune pour donner une touche de vitalité ?
Finalement, nous sommes allés à deux à la quincaillerie et avons eu la chance qu’il n’y ait pas une file de clients, dehors, attendant leur tour en ces temps de pandémie.
– Nous avons besoin d’entrer tous les deux, ai-je mentionné à la jeune fille qui surveillait que tout se déroulait conformément aux directives anti-Covid, car il s’agit de définir une couleur pour peindre une partie de mur à la maison.
Elle nous a laissés entrer, à la condition qu’on traîne un panier, dans lequel nous avons déposé le litre, notre unique achat, le panier était ici l’étalon servant à compter combien de clients circulent en même temps dans le magasin.
Peu importe la disproportion entre le gros panier et le petit litre. Nous avons acheté un jaune dit Crème anglaise, qui s’est avéré trop pâlot. Nous sommes retournés y faire ajouter une goutte de jaune, et cela n’a pas changé grand-chose.
En cours d’évolution du projet, j’ai pensé que peindre un gros nuage, sur le mur, serait plus amusant qu’un simple bandeau. Mon mari m’a encouragée, influencés peut-être que nous sommes, ces temps-ci, par les manifestations météorologiques qui égayent le ciel, notamment les arcs-en-ciel. J’y suis donc allée pour un nuage.
Or, le nuage fade obtenu dans sa teinte de Crème anglaise a eu besoin d’un peu de maquillage tout droit sorti de mes pots de pigments secs, parmi lesquels se trouvait un riche jaune indien. Quand on observe le fond nuageux, on remarque des pastilles rondes assez grandes venues égayer un jaune trop tranquille. Une fois cela réglé, la revitalisation du jaune, Denauzier a installé au mur, à l’aide de vis à ailettes, la structure aux racines.
– Ça manque de vie, comme d’habitude, ai-je constaté.
– Tu pourrais agrémenter les pots ?, a suggéré mon mari, car à cette étape de l’opération les pots n’étaient pas décorés.
– Bonne idée.
C’est ainsi que j’ai créé avec crayon, feuille de papier et ciseaux, un décalque de cinq semblants de feuilles, afin d’obtenir des formes sinon identiques du moins ressemblantes. Et j’ai appliqué le décalque en papier sur le métal des cinq petits pots et couvert de couleur bronze les formes à remplir.
– C’est moins pire, avons-nous conclu presque d’une même voix quand j’ai eu fini.
– Je vais devoir y aller de manière moins frileuse, ai-je avancé, deux secondes plus tard.
– Et sortir du cadre ?, a demandé mon mari qui prétend ne rien connaître en art.
– Exactement.

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