Voici où j’en suis, à la bientôt veille de quitter la dernière centaine de mon défi de dix ans.
Hier fut journée montréalaise pour aller étudier de quelle manière doit être réparé un plafond qui a reçu un dégât d’eau. Ce sont des choses qui arrivent. Nous en avons profité pour manger avec chouchou, le dégât ayant eu lieu au logement situé en-dessous du sien.
– Tu oses aller à Montréal voir ta fille ?, s’étonnent des proches en cette période de Covid.
– Euh… oui. Elle ne voit personne, à part son coloc qui ne voit personne, à part son père qui vit seul, à part sa mère et son beau-père, ai-je le réflexe de répondre.
C’est vrai qu’elle est confinée dans son logement où elle se consacre à ses études, confinée plus précisément dans son bureau où elle passe plus de dix heures par jour, surtout quand elle doit remettre, comme elle nous l’a expliqué, un devoir beaucoup trop long et compliqué de Machine Learning.
En même temps que je prononce ces mots pour me justifier –même si la politesse élémentaire, il me semble, appelle à ne pas exiger d’une personne qu’elle ait à se justifier–, je réalise que chouchou a sonné à différentes portes, il n’y a pas tellement longtemps, pour aller saluer les pionnières de son groupe scout. Elle a fait cela sans entrer dans les maisons des pionnières, en restant dehors sur la galerie, avec masque. Histoire de créer des liens de dix minutes, tout le monde debout. Elles étaient quelques animatrices ensemble, cependant, donc pas trop de distanciation sur la galerie, à moins qu’il se soit s’agi de grandes galeries, mais ce serait étonnant qu’elles l’aient été toutes. En tout cas. Oui, je vois ma fille, et même je l’enlace et je l’embrasse.
– Qu’allons-nous manger avec Emmanuelle ?, m’a demandé mon mari dans l’heure qui a précédé notre départ.
Il a le sens pratique plus développé que le mien !
Encore une fois, réponse hésitante :
– Euh…
– Il faudrait manger la viande hachée, suggère mari, avant de la perdre. As-tu l’idée d’une recette ?
– Euh…
Finalement, avant même neuf heures hier matin, j’avais les mains dans la nourriture à façonner des boulettes au fromage bleu. Il n’y a que mon mari pour me faire réussir cet exploit ! Elles étaient bonnes, accompagnées de riz blanc, mais sans plus car trop cuites et non nappée de crème puisque celle de chouchou, dans le frigo, avait le 29 octobre, en cette mi-novembre, comme date de péremption !
En lien avec l’introduction de ce mot du jour, à savoir où j’en suis dans ma vie en cet avant-dernier texte d’une numérotation à trois chiffres, quelques tâches sont au programme de ce jour d’hui : cuire un poulet, acheté en même temps que la viande hachée, plier et ranger les vêtements de deux lavages et séchages récents, faire les courses alimentaires en prévision du week-end au chalet. Bien entendu, je ferme les yeux sur la poussière qui couvre les meubles et les saletés qui s’accumulent sur le plancher. Or, ce dont j’ai le plus envie, ou plutôt, la seule chose dont j’ai envie, c’est de ne rien faire, de ne pas bouger, de réfléchir à la manière dont je vais aborder ma prochaine toile –j’ai acheté deux canevas de grand format chez Cadrimage, déjà montés sur cadre de bois. La seule chose que j’ai envie de faire, encore, c’est d’observer ma plus récente toile, remaniée ces derniers jours avant qu’on ne se rende étudier le dégât du plafond à Montréal.
Comment ai-je pu temporairement avoir oublié le nom de Thomas Mann ? Il a fallu que je tape Montagne magique sur mon téléphone, à peine étais-je installée dans ma voiture en sortant de l’hôpital, pour que Google, en me fournissant le nom de l’auteur, me permette de rouler tranquille jusqu’à la maison.
Pour me rassurer, je me dis qu’il y a pas loin de dix ans, j’étais alors dans la cinquantaine, le même phénomène se produisait. Je me rappelle avoir écrit dans un texte de ma première année de blogue à quel point j’avais été habitée, toute une journée, par la recherche du mot « strapontin », jour 2044.
L’autre jour je m’étonnais, chez ma cousine, d’y découvrir des orchidées. Je n’ai pas été capable de trouver le mot dans le magma de mes neurones figés. C’est elle qui l’a prononcé pour moi, en me disant qu’elles lui venaient de sa belle-maman.
Encore hier, avec la technicienne qui ne connaissait pas ce qu’est le pannus. J’ai voulu lui dire qu’il s’agit d’un phénomène normal de l’organisme qui consiste à fabriquer des substances pour absorber un corps étranger –en l’occurrence la valve de carbone de mon artère mitrale–, ou pour assimiler, autre mot, ledit corps étranger. Or, ni l’un ni l’autre mots, absorber et assimiler, n’ont voulu se rendre jusqu’à ma bouche pour que je puisse les prononcer. J’ai baragouiné que des cellules s’agglutinaient pour envelopper la valve qui finissait par ne plus pouvoir bouger pour transporter le sang…
Tout le monde me dit que ces oublis sont causés par l’âge et que c’est normal. Je me demande si ça arrive aussi à notre amie Janette Bertrand, qui fait à bientôt 96 ans la promotion de son dernier livre… ? Ou au sociologue Edgar Morin qui était encore présent sur les plateformes sociales à 98 ans –il a 99 ans, mais ça fait un moment que je l’ai lu sur Twitter ? Ou à Stéphane Hessel qui s’indignait encore à 95 ans ? Sans aller même chercher aussi loin, ou au beau-père de ma soeur qui a toute sa tête et qui se tient droit comme autrefois à 97 ans ?
Ou encore ceci : à Montréal récemment, je suis allée faire des courses au Maître boucher –j’ai acheté à prix élevé le meilleur Cantal !–, alors que je transportais une enveloppe matelassée qui contenait des documents très importants. Oublie l’enveloppe dans le panier. C’est la caissière qui m’a téléphoné le lendemain matin. Je ne m’en étais même pas rendu compte !
– Madame Longpré ?, ai-je entendu en provenance d’un numéro qui commençait par le code 514.
– C’est bien moi.
– Écoutez madame, vous m’excuserez d’avoir fouillé dans votre enveloppe, mais comme elle a été oubliée…
– Non ! Ce n’est pas vrai !
– Oui, elle est ici, je la range pour vous en sécurité, compte tenu de l’importance des documents qu’elle contient…
Je fais un drôle de duo avec mon mari à cet égard. Récemment, ses affaires l’ont amené en Abitibi. Il s’est rendu compte une fois là-bas qu’il avait oublié son sac bleu, celui qui contient ses vêtements et sa trousse de toilette. Il en a été quitte pour revenir à la maison, cinq jours plus tard, avec de nouveaux t-shirts, sous-vêtements, chaussettes et brosse à dents. L’avantage de cet oubli, c’est que le sac bleu était déjà tout garni pour les quelques jours que nous avons passés au chalet le week-end dernier. Et qu’est-ce que mon mari a constaté dimanche soir, lorsque nous sommes revenus à la maison et que nous avons vidé le camion toujours rempli de pleins d’affaires, y compris la litière et la cage de chatonne et la chatonne dans la cage ? Qu’il avait oublié de ramener son sac bleu, bien entendu.
C’était mon tour d’hésiter, ne connaissant pas Belle du Seigneur.
– Quel en est l’auteur ? Je ne connais pas ce roman.
– Je ne m’en rappelle pas, a dit la technicienne. Attendez, je vais regarder sur Google.
– C’est Albert Cohen, a-t-elle dit dans les secondes qui ont suivi. Et vous, que lisez-vous ?
– Un peu de tout. J’ai lu Simone de Beauvoir un temps. J’aimerais lire prochainement La contrevie, de Philippe Roth. J’ai acheté Théa, de Mazarine, la fille de Mitterrand, mais je ne l’ai pas encore lu. J’aime lire léger, aussi, des fois de temps en temps, un bon Agatha, par exemple, je viens de lire Le miroir se brisa.
J’ai voulu ajouter que j’avais lu le printemps dernier La montagne magique, mais je n’étais pas capable de me rappeler le nom de l’auteur, et je me serais sentie trop piteuse de ne pas pouvoir dire qu’il s’agissait de Thomas Mann, alors je n’ai rien ajouté. Je me suis mise à me demander, à la place, si j’avais bien prononcé le nom de famille Roth. Si on le prononce comme une francophone, faut-il faire entendre le t ou simplement prononcer Ro ? Si on opte pour la prononciation sans le t, il faut penser que le o sera fermé, tandis qu’avec le t, il sera ouvert. Si on y va pour la prononciation anglophone, il faut faire traîner l’effet th avec la langue derrière les incisives…
J’en étais là de mes inquiétudes lorsque la jeune femme a ajouté :
– Je dois dire aussi que je me suis abonnée à Netflix, c’est une raison qui explique que je lis moins.
– Je comprends, ai-je répondu.
– Mais au moins je perfectionne mon anglais car nous écoutons des séries américaines. J’ai lu Le parfum, s’est-elle aussi rappelé, comme le trahissait son ton presque exclamatif.
– Ça ne m’avait pas plu tant que ça, ai-je mentionné. De Patrick Suskind, c’est bien ça ?
– Oui. Moi non plus, dans le fond, ça ne m’avait pas plu tant que ça, c’est une amie qui me l’avait suggéré.
Sur ce, la cardiologue est arrivée.
– Vous êtes madame Longpré ?, a-t-elle voulu vérifier.
– Oui.
– Opérée en 2013 pour une valve mitrale ?
– Exact.
– Vous allez bien ?
– Très bien.
– Vous avez eu des nouvelles du CHUM depuis l’épisode de l’automne 2019 ?
– Aucune.
– On ne vous a pas contactée ?
– Non.
– Ah bon. Votre examen est très bon, a-t-elle enchaîné. Votre coeur est en meilleur état que l’an dernier.
– C’est vrai ?, me suis-je exclamée.
– Oui, l’an dernier vous aviez un gradient de 44, –comme vous savez, on opère à 49– mais cette année vous avez un résultat de 31.
– Donc, un coeur, ça se répare tout seul ?, ai-je voulu savoir.
– Bien… je ne dirais pas ça. Dans votre cas, c’est comme si vous aviez eu de l’inflammation, pour une raison ou pour une autre, et qu’elle aurait disparu.
– Et qu’est-ce qui explique l’inflammation ? Et qu’est-ce qui la fait disparaître ?
– Aucune idée !, m’a-t-elle lancé. Je veux vous revoir dans un an, Covid pas Covid, et si en cours d’année un bon matin vous vous levez et que vous souffrez, n’hésitez pas, appelez, on va s’occuper de vous. Ça vous va comme ça ?
– Ça me va parfaitement, merci beaucoup.
J’aime bien ma cardiologue, finalement.
C’était jour de mon échocardiogramme annuel. Heureusement que je suis arrivée en avance à l’hôpital de Joliette –un phénomène nouveau pour moi qui suis toujours en retard. Il y avait une première file d’attente dehors au vent, puis une autre à l’intérieur, chacune venant avec sa noix de désinfectant déposée dans le creux de la main. Puis il m’a fallu trouver où était rendu le département de cardiologie, qu’on a déménagé pour des raisons de Covid, j’imagine.
J’espérais tomber sur la même technicienne qu’il y a deux ans. L’an dernier, c’était une jeune femme rondelette –la bouche pleine de caramels– qui avait fait mon examen. Elle m’avait fait penser à Boulotte, l’amie de Fantômette, du temps de mes lectures d’enfance de la Bibliothèque rose.
La jeune femme d’il y a deux ans est brune, menue, discrète. J’ai eu la chance de tomber sur elle encore cette année.
– Savez-vous si c’est la première fois que vous me faites passer cet examen ?, lui ai-je demandé en enlevant mon manteau.
– Je n’ai pas vérifié dans votre dossier, a-t-elle répondu. Je n’ai pas besoin de le savoir, a-t-elle ajouté comme pour se justifier.
– Travaillez-vous ici depuis longtemps ?, ai-je poursuivi.
– Quand même, une quinzaine d’années maintenant.
– Donc vous n’êtes pas toute nouvelle ici. Je vous pose la question parce que je me demande si c’est vous qui lisiez les Lettres pour Anne, il y a deux ans, lors d’un examen semblable ?
Elle a pris quelques secondes pour enregistrer ma question, qui se situait à mille lieues des questions éventuelles auxquelles elle aurait pu s’attendre.
– De François Mitterrand, ai-je précisé pour l’aider à se remémorer.
– Euh… oui, j’ai lu les Lettres pour Anne, a-t-elle répondu, ça fait longtemps déjà.
– Seulement deux ans, ai-je corrigé. Je suis vraiment bonne !, ai-je enchaîné, de m’en être rappelé !
– Vous êtes très bonne en effet, a répondu la jeune femme, sur un ton qui signifiait Maintenant je me mets au travail, merci de ne pas continuer de parler.
Alors je n’ai pas parlé.
Quand elle a eu fini, cependant, alors qu’elle se déplaçait en direction de l’ordinateur, dans le coin du bureau, probablement pour envoyer les résultats à ma cardiologue, c’est elle qui est revenue sur le sujet.
– Vous aviez remarqué que le livre traînait sur mon bureau ?, a-t-elle voulu savoir.
– Oui, vous étiez rendue à peu près au premier tiers, je me rappelle de l’endroit où était le marque-page. Ça vous a plu, ai-je voulu savoir, les Lettres pour Anne ?
– Ah oui !, Mitterrand écrit tellement bien.
– Vous l’avez lu jusqu’au bout ?
– C’est une grosse brique, je ne me suis pas rendue jusqu’au bout, mais j’en ai lu une bonne partie.
– Et maintenant, que lisez-vous ?, ai-je ajouté.
Mes questions étaient toutes prêtes, dans ma tête, afin de ressortir bien informée de cet examen, tant qu’à y avoir consacré ma matinée.
– Je lis moins ces derniers temps, a-t-elle répondu. Je fais du sport à la place.
– Ah bon, ai-je répondu, déçue.
– Mais c’est vrai que depuis que les gyms sont fermés… je m’y suis remise un peu.
– Et vous lisez… ?, ai-je répété en ayant la désagréable impression de lui sortir les vers du nez.
– J’ai lu Belle du Seigneur, m’a-t-elle dit, j’imagine que vous avez aimé autant que moi ?
– Euh…
Comment ça se fait, par-dessus le marché, que le texte se publie en double ? Comment ça se fait que ça fonctionnait bien avant, et plus maintenant ?
J’en étais à l’Angleterre. Après avoir observé la toile quelques minutes, j’ai décidé que j’enroberais le pseudo pays d’une surface blanche en appliquant, donc, de l’acrylique blanc tout autour de mon pays de couleur rouille. Je me suis installée sur le banc à roulettes qui m’est très pratique quand je peins autour de ma grande table, et j’ai versé du gel retardateur, du gesso blanc et du transparent dans un bol pour les mélanger avec une cuiller. Sauf qu’un tube de vert doré traînait sur la table, alors j’en ai ajouté. J’ai obtenu un enrobage océanique non pas bleu, ou gris, ou même noir, en fonction de la manière et de l’endroit d’où on regarde l’eau autour du pays, mais un enrobage vert.
Ensuite, j’ai voulu coller avec du liquide polymère le papier oignon du patron aux différents endroits où il ne s’était pas collé de lui-même par le seul contact avec les couleurs humides sur lesquelles je l’avais déposé. Cela a nécessité des coups de pinceau affirmés, bien sentis, vigoureux, le genre de coup de pinceau qui abime les poils, quand il ne les arrache pas. Certaines zones de la toile étaient généreusement saupoudrées de bleu de Prusse, c’est un bleu foncé, alors j’ai obtenu sous mon pinceau furieux des masses foncées elles aussi.
J’ai alors voulu créer de la vie, couper l’uniformité de la couleur rouille, susciter ça et là sur le canevas des taches vives qui allaient attirer l’oeil et créer de l’énergie. J’ai choisi pour ce faire du rouge tirant sur le fushia, et du jaune très jaune que j’ai appliqués parcimonieusement, cela ne m’arrive pas souvent, avec une spatule de petit format. J’ai trouvé cependant que les couleurs juraient trop avec le fond rouillé, alors avec un linge humide je les ai estompées.
À cette étape-là, je me suis interrompue pour aller parler à une amie au téléphone, puis je suis revenue à ma toile. Il m’est alors apparu qu’une masse longiligne pourrait avantageusement se dessiner au premier plan. Pour être bien certaine qu’on discerne d’abord et avant tout cette masse longiligne, je lui ai associé la couleur noire.
Le noir obtenu a appelé encore plus de noir, que j’ai réparti sur la toile en surlignant les lignes déjà noires de coupe ou de couture du patron, au moyen d’une règle et d’un crayon feutre à encre permanente.
Je suis rendue là. Pour l’instant, je trouve que ça manque de complexité. C’est une masse noire qui se superpose à un fond rouille et bleu de Prusse dans les limites d’un enrobage vert doré.
J’ai peint la toile dans le sens portrait, mais je vais la mettre en ligne à l’instant dans le sens paysage –on peut faire ça avec les sujets abstraits !–, puisque les photos que je tente de publier ont la charmante idée d’aller remplacer le bandeau de haut de page dans lequel apparaît le nom de mon blogue.
<p class="has-drop-cap" value="<amp-fit-text layout="fixed-height" min-font-size="6" max-font-size="72" height="80">OK. Je comprends que c'est la lettrine qui fait dérailler la publication de mon texte. Hier, avec la photo de mes béliers mérinos, sans l'ajout d'une lettrine décorative, je n'ai pas eu d'ennui. Aujourd'hui, avec la photo des coquelicots <em>et</em> l'ajout de la lettrine, ennuis. Je vais donc faire un dernier test avec lettrine en publiant ce jour 106, et si ça ne marche pas, j'éviterai dès lors de décorer joliment, et ce jusqu'à la fin de mon défi, dans 105 textes. L'art d'éviter de se confronter à une situation lorsqu'on ne la maîtrise pas.OK. Je comprends que c’est la lettrine qui fait dérailler la publication de mon texte. Hier, avec la photo de mes béliers mérinos, sans l’ajout d’une lettrine décorative, je n’ai pas eu d’ennui. Aujourd’hui, avec la photo des coquelicots
et l’ajout de la lettrine, ennuis. Je vais donc faire un dernier test avec lettrine en publiant ce jour 106, et si ça ne marche pas, j’éviterai dès lors de décorer joliment, et ce jusqu’à la fin de mon défi, dans 105 textes. L’art d’éviter de se confronter à une situation lorsqu’on ne la maîtrise pas.
Il m’est arrivé exactement cela, tout à l’heure.
Je suis en effet allée marcher entre le texte 107 et celui-ci 106. Il a fallu que je me force un peu pour me pousser dehors, mais une fois cela fait, ce fut très agréable. En cours de route, j’ai croisé un couple qu’il me semblait rencontrer pour la première fois de ma vie. Salue le couple poliment. Sur le chemin du retour, je remarque que le même couple, au loin, s’en vient dans ma direction, me confrontant à la possibilité de nous resaluer, ou de faire comme si de rien n’était, nous étant salués tout à l’heure ? Pour ne pas me demander, le temps de franchir la distance qui me séparait du couple, s’il convenait de saluer ou pas, pour ne pas subir l’inconfort de la même question à répétition, j’ai piqué par le terrain du voisin –qui venait de quitter en voiture pour la journée. J’ai tracé un grand cercle en marchant lentement jusqu’à la limite du terrain, et j’ai empiété sur celui adjacent qui est percé d’un énorme trou en attendant que s’y élève une maison supplémentaire. Je me suis arrêtée pour observer l’avancement des travaux, en ce sens que des matériaux ont été déposés ici et là en périphérie du grand trou.
Au final, je me suis trouvée bien piètrement équipée, sur le plan de ma confiance personnelle, mais cela ne m’a pas dérangée. J’ai arrangé ça à ma manière, en m’inspirant peut-être de François Mitterrand dont j’ai écrit il y a à peine quelques heures qu’il faisait la même chose. J’ai arrangé ça en me disant que dans certains contextes, d’ailleurs très récents, j’ai pu vérifier que j’ai pleinement confiance en moi, et cela m’a suffi. J’ai poursuivi ma promenade presque en haussant les épaules d’indifférence.
Cet après-midi, une fois publié ce texte test, je vais, oui, colliger les textes de ma septième année, mais d’abord travailler sur une nouvelle toile. Elle est étendue à plat sur ma grande table et m’attend. J’y ai versé hier un reste de peinture orangée que j’ai étendue à la spatule, peinture sur laquelle j’avais aussi saupoudré des pigments secs de cinq couleurs différentes –pour aller avec mes chandails en laine mérinos. Ensuite, j’ai déposé sur la substance encore humide une feuille de papier oignon provenant d’un patron qui aurait, dans son usage usuel, servi à une couturière désireuse de confectionner une robe sans manche. Le papier est de la même couleur que les sacs bruns disponibles dans les épiceries pour rapporter nos courses. Le mélange brun et orangé donne un résultat de couleur rouille, maintenant que les matières sont sèches. La forme obtenue est un peu celle du pays de l’Angleterre. Comme l’Angleterre va-t-elle évoluer ? Mystère et boule de gomme.
<p class="has-drop-cap" value="<amp-fit-text layout="fixed-height" min-font-size="6" max-font-size="72" height="80">J'étais seule dans la grande maison la nuit dernière, seule avec chatonne. Assez tôt, je me suis installée au lit pour lire les <em>Lettres pour Anne</em> de mon ami François. Chatonne, faisant l'indépendante, est demeurée en bas, couchée sur le canapé, mais elle sera venue me rejoindre cette nuit sans que je m'en aperçoive car elle dormait, collée contre mes mollets, à mon réveil. <br>J'ai terminé l'année 1968 et entamé les premières pages de 1969. Le souffle de l'amour continue de caresser, à pleines pages, les phrases du futur Président de la République. J'écrivais à travers mon chapeau, dans un texte précédent de mon blogue, quand je décrétais que les premières années seulement de ma grosse brique témoigneraient de ce souffle. Cela fait quand même six ans, là où j'en suis de ma lecture, qu'Anne et François sont liés l'un à l'autre et ce souffle ne diminue pas. <br>Les amants se voient-ils pour la peine ? S'écrivent-ils davantage qu'ils se voient ? L'absence leur fournit-elle l'occasion de ne pas se taper sur les nerfs dans la quotidienneté, ou alors sont-ils aspirés par un désir de quotidienneté qui n'arrivera que bien tard, il me semble ? Il ne m'est pas permis d'en avoir une idée juste à travers les lettres. Toujours est-il qu'ils s'aiment. <br>Mais Anne se prête à des crisettes. Il faut savoir que François décide de tout. De passer rituellement Noël avec Danielle, par exemple, de souper auprès de cette dernière et de ses fils tous les dimanches. Par conséquent, quand François résume son emploi du temps, dans ses lettres, il y a forcément des trous. Il évite bien entendu de mentionner que tel dimanche il a d'abord dîné avec les siens avant d'aller faire ceci cela en soirée. Dans une des lettres que j'ai lues hier, en effet, Anne accuse son amant de se défiler, de ne pas être exhaustif, de tourner les coins ronds, finalement. Il lui répond, on s'en doute, que l'amour absolu ne passe pas nécessairement par une rigoureuse description de l'emploi du temps. <br>J'imagine qu'au bout d'un moment, de guerre lasse comme le veut l'expression, Anne décidera de s'accommoder, tant bien que mal, du parcours complexe, tortueux, pavé de trous, qu'aura su lui imposer son homme.<br>Il y a plein de choses, comme ça, que j'écris et qui ne s'avèrent pas. Par exemple, hier le 11 novembre, je ne suis pas allée à la Caisse, au village, tenter de me dénicher un coquelicot. Je suis à peine sortie de la maison, malgré le temps doux. Toutes sortes de petites choses m'en ont empêchée.<br>En soirée, j'ai regroupé les textes de ma sixième année de blogue dans un seul fichier <em>Word</em>, pour posséder ainsi une copie de sécurité de toutes les folies que j'aurai écrites cette année-là. En incluant les photos, j'ai constitué un fichier de quelque 260 pages.<br>Cet après-midi, j'espère pouvoir en venir à bout de ma septième année, de telle sorte qu'il ne restera plus que deux années complètes, la huitième et la neuvième, à ne pas être encore assurées contre une perte, un bris, une disparition quelconque des serveurs <em>Wordpress</em>. <br>C'est quand même incroyable, insouciant, pas du tout sérieux de n'avoir pas pris cette précaution avant.<br>Des six fichiers <em>Word </em>de compilation annuelle, si on peut dire, qui existent maintenant, seul celui de la première année d'écriture a été retravaillé. C'est probablement à cause de l'ampleur du poids sur mes épaules, à l'idée de repasser à travers ces phrases et ces phrases de toutes ces années, que je n'ai pas constitué ces fichiers avant. <br>Rien ne m'oblige à me relire, cela dit… mais le plaisir que j'ai à relire les pages de ma première année corrigée pourrait me décider à m'atteler à la tâche.<br>J’étais seule dans la grande maison la nuit dernière, seule avec chatonne. Assez tôt, je me suis installée au lit pour lire les Lettres pour Anne de mon ami François. Chatonne, faisant l’indépendante, est demeurée en bas, couchée sur le canapé, mais elle sera venue me rejoindre cette nuit sans que je m’en aperçoive car elle dormait, collée contre mes mollets, à mon réveil.
J’ai terminé l’année 1968 et entamé les premières pages de 1969. Le souffle de l’amour continue de caresser, à pleines pages, les phrases du futur Président de la République. J’écrivais à travers mon chapeau, dans un texte précédent de mon blogue, quand je décrétais que les premières années seulement de ma grosse brique témoigneraient de ce souffle. Cela fait quand même six ans, là où j’en suis de ma lecture, qu’Anne et François sont liés l’un à l’autre et ce souffle ne diminue pas.
Les amants se voient-ils pour la peine ? S’écrivent-ils davantage qu’ils se voient ? L’absence leur fournit-elle l’occasion de ne pas se taper sur les nerfs dans la quotidienneté, ou alors sont-ils aspirés par un désir de quotidienneté qui n’arrivera que bien tard, il me semble ? Il ne m’est pas permis d’en avoir une idée juste à travers les lettres. Toujours est-il qu’ils s’aiment.
Mais Anne se prête à des crisettes. Il faut savoir que François décide de tout. De passer rituellement Noël avec Danielle, par exemple, de souper auprès de cette dernière et de ses fils tous les dimanches. Par conséquent, quand François résume son emploi du temps, dans ses lettres, il y a forcément des trous. Il évite bien entendu de mentionner que tel dimanche il a d’abord dîné avec les siens avant d’aller faire ceci cela en soirée. Dans une des lettres que j’ai lues hier, en effet, Anne accuse son amant de se défiler, de ne pas être exhaustif, de tourner les coins ronds, finalement. Il lui répond, on s’en doute, que l’amour absolu ne passe pas nécessairement par une rigoureuse description de l’emploi du temps.
J’imagine qu’au bout d’un moment, de guerre lasse comme le veut l’expression, Anne décidera de s’accommoder, tant bien que mal, du parcours complexe, tortueux, pavé de trous, qu’aura su lui imposer son homme.
Il y a plein de choses, comme ça, que j’écris et qui ne s’avèrent pas. Par exemple, hier le 11 novembre, je ne suis pas allée à la Caisse, au village, tenter de me dénicher un coquelicot. Je suis à peine sortie de la maison, malgré le temps doux. Toutes sortes de petites choses m’en ont empêchée.
En soirée, j’ai regroupé les textes de ma sixième année de blogue dans un seul fichier Word, pour posséder ainsi une copie de sécurité de toutes les folies que j’aurai écrites cette année-là. En incluant les photos, j’ai constitué un fichier de quelque 260 pages.
Cet après-midi, j’espère pouvoir en venir à bout de ma septième année, de telle sorte qu’il ne restera plus que deux années complètes, la huitième et la neuvième, à ne pas être encore assurées contre une perte, un bris, une disparition quelconque des serveurs WordPress.
C’est quand même incroyable, insouciant, pas du tout sérieux de n’avoir pas pris cette précaution avant.
Des six fichiers Word de compilation annuelle, si on peut dire, qui existent maintenant, seul celui de la première année d’écriture a été retravaillé. C’est probablement à cause de l’ampleur du poids sur mes épaules, à l’idée de repasser à travers ces phrases et ces phrases de toutes ces années, que je n’ai pas constitué ces fichiers avant.
Rien ne m’oblige à me relire, cela dit… mais le plaisir que j’ai à relire les pages de ma première année corrigée pourrait me décider à m’atteler à la tâche.