Jour 73

Il me semble que la chanson de Delpech m’a tenu compagnie toute la nuit dans mon sommeil, en tout cas elle était bien présente ce matin à mon réveil entre mes deux oreilles. Alors, tant qu’à faire, et parce que je suis excessive, je la réécoute.

J’ai fait quelques erreurs dans mes textes d’hier que je vais essayer de corriger sans y passer trois heures. Ce ne sont pas toutes les interprétations de Quand j’étais chanteur qui intègrent le contre-chant d’un choeur. Ce dernier, sur la vidéo que j’ai écoutée vingt fois hier, au bas mot, chante un Au revoir à quatre chansons des Beatles. L’idée est d’exprimer que ces tubes anglais des années 70 sont loin derrière, puisque Delpech se projette loin devant, à un 73 ans qu’il n’a pas eu la chance d’atteindre.

Or, et c’est ici que je reconnais bien ma nature extraterrestre, la chanson que j’ai tant écoutée avec chouchou en voiture, qui réunit Souchon et Delpech, ne contient pas le choeur ! Et bien entendu, plus j’écoute la chanson de la vidéo dénichée sur YouTube, plus c’est le choeur qui me fascine !

Il est composé de cinq femmes, assises chacune sur un tabouret, les jambes croisées, les cheveux longs pas attachés, vêtues de la même façon : jeans et léotard noir sans manches, ceinturon à la taille. Comme elles prononcent très bien les paroles, je me demande si elles ne sont pas anglophones. Ça, c’est en plein moi, me poser ces questions qui vont, comme le dit Denauzier, « trop dans le détail ». Quand nous sommes pressés et que nous devons passer chez le voisin pour lui emprunter quelque chose, par exemple, mon mari me donne le choix : soit je l’attends dans l’auto, soit je l’accompagne mais je ne pose pas de question !

Je me rends compte que cette manière autodidacte de m’instruire en comparant les vidéos et en établissant des liens entre elles me convient mieux que les cours magistraux que nous avions en classe. Je pense à mes cours d’histoire, à l’école secondaire, qui m’ennuyaient à mort. Aurais-je mieux saisi les enjeux des affrontements entre le Haut et le Bas Canada si je n’avais pas reçu l’information de la bouche d’un professeur debout qui ne bouge pas trop, et que j’étais plutôt partie à leur recherche à travers les documents disponibles à la bibliothèque ? Hum. Pas sûre. Surtout que je ne suis pas douée pour trouver les sources dans les catalogues de données.

Ici, avec Delpech, c’est la musique qui est au centre de toute l’affaire, qui me fait palpiter les narines et titiller les papilles !

Je me trouve bonne d’avoir « pressenti » que le choeur ne s’exprimait pas en français. Ça aussi, c’est un phénomène d’apprentissage intéressant. À la première écoute, le choeur aurait pu s’exprimer en chinois que cela m’aurait échappé; puis, au fur et à mesure, la mélodie indistincte fait écho à des sonorités que j’ai peut-être déjà entendues quelque part; serait-ce de l’anglais, et oui, c’en est, et maintenant que je sais –je suis bonne d’avoir trouvé ça– quels mots sont prononcés par ces cinq choristes, je peux apprécier encore davantage la rencontre du chant (Delpech au micro) et du contre-chant (les belles assises sur leur tabouret).

Avec tout ça, le texte d’aujourd’hui se termine sans que j’aie pu trouver un clin d’oeil au chiffre 74. Je suis allée vérifier quel était l’âge d’Anne Pingeot, la maîtresse de Mitterrand, et ça ne coïncide pas, elle a 77 ans.

Non ! Je suis bête ! Que je suis cocotte ! Mazarine est née en 1974 ! Ça me revient seulement là, là, après avoir tant cherché !

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Jour 74

Mince ! Il s’est produit un malheur en me rendant à pied au village tout à l’heure. Il m’est venu une référence qui pourrait être exploitée pour le Jour 73 ! Il s’agit de la chanson Quand j’étais chanteur, de Michel Delpech. Écoutée peut-être cent fois dans ma voiture en compagnie de chouchou ? À plein volume. Ça commence ainsi : « J’ai mon rhumatisme, qui devient gênant, Ma pauvre Cécile, j’ai 73 ans… »

Qui a amené ce chanteur français jusqu’à moi ? Chouchou ? Ses frères ? J’avais acheté le CD Michel Delpech &, qui regroupe des chansons interprétées en duos, avec Alain Souchon pour Quand j’étais chanteur. J’adore le choeur qui s’élève dès la deuxième strophe sur les mots « boots blanches, un gros ceinturon ». On dirait que les paroles sont en anglais… Après vérification, je confirme qu’elles le sont, se voulant un clin d’oeil à des tubes des Beatles :« Far away Sergent Pepperfar away Penny Lanefar away Strawberry Fields Foreverfar away Yesterday ».

Or, je suis allée écrire que si je trouvais, dans le bouillonnement de mes neurones, une référence au chiffre 73, je me forcerais pour en trouver une au 74, qui vient avant, qui constitue un passage obligé. Alors j’ai marché le reste de mon parcours, dans le froid avec le nez qui coule, en cherchant un prétexte qui serait amusant pour le 74, et je suis revenue bredouille à la maison ! Il faut dire que le vent piquait mon visage. Je me suis dit que j’allais peut-être trouver un filon, une fois au chaud, assise, tranquille. Je cherche toujours…

Bien sûr, à peine installée devant mon ordinateur, je suis allée sur YouTube me laisser enchanter par ce vieux hit sorti en 1975, chanté par un Michel Delpech jeune et à moustache, et sur d’autres vidéos moins jeune et à calvitie.

Pourquoi la chanson n’a-t-elle pas vu le jour un an avant, Seigneur !

J’ai été touchée, moi le coeur de pierre, par quelques commentaires d’auditeurs, publiés sous la vidéo, dont celui d’un homme qui a écrit ne plus craindre la mort s’il devait s’avérer que Michel chante si agréablement au paradis. Quelqu’un d’autre a écrit « Merci Michel, Si tu savais dans quel bordel se trouve la France en ce moment ! »

Je suis peut-être revenue fatiguée de ma promenade à vive allure car ces mots tendres et de reconnaissance adressés à un homme décédé prématurément à 69 ans m’ont presque fait couler une larme. 69 ans, en passant, c’est aussi l’âge qu’avait Jean-Pierre Bacri, qui vient de nous quitter.

Je me suis revue dans ma robe marine et blanche, un matin que je m’en allais travailler, en lien avec cette référence faite au paradis. J’étais enceinte. Je m’étais fait la réflexion que si on devait rencontrer les collègues avec lesquels on est malheureux, au paradis, ça ne s’annonçait pas comme une partie de plaisir que de s’y installer. Je me rends compte seulement maintenant qu’il ne m’était encore jamais venu à l’esprit que le paradis pouvait être parsemé de rencontres belles et heureuses. Moi qui pense quotidiennement à la fin de la vie, à la mort, à l’égrènement des jours qui m’en rapproche inexorablement, j’ai laissé s’échapper un soupir de soulagement, j’ai senti une bouffée d’air pur et frais se rendre jusqu’à moi.

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Jour 75

Je mets en bandeau de ce texte d’aujourd’hui une photo de ma fille et moi capturée hier lors de notre conversation ZOOM.
– Pourquoi tu apparais à l’envers ?, s’est étonnée Emmanuelle.
– Je n’en ai aucune idée, ai-je bien entendu répondu.
– C’est peut-être ton ordinateur…, a commencé ma fille.
– Une vieille affaire dépassée par les événements, je sais, ai-je poursuivi.

Il n’empêche que c’est un bon choix de photo pour faire un clin d’oeil, en ce Jour 75, à l’anniversaire des 75 ans de papa dont j’ai fait mention dans un texte précédent. Cet événement nous avait réunis, une bonne trentaine de personnes, à la maison qui était la nôtre, au temps de ma vie avec Jacques-Yvan.

Dire que papa a maintenant 90 ans !

Cette fois-là d’il y a quinze ans, j’étais montée sur une chaise pour donner les dernières instructions aux invités, dans notre grande pièce de séjour (au mur rouge vénitien).

Jacques-Yvan et moi avions peint cette pièce sans trop savoir ce que ça donnerait, cette couleur très prégnante, qui fut un succès et qui couvre encore le mur. Pour les plinthes, j’avais suggéré une couleur sable qui n’était pas assez sable, qui ne convainquait pas Jacques-Yvan, ni moi d’ailleurs, mais vers laquelle nous étions néanmoins allés… pour obtenir un effet pansement de tissu Band-Aid (qui y est toujours).

J’étais donc montée sur une chaise pour que tout le monde me voie et m’entende, et sur les photos captées alors que j’ai les bras dans les airs, on voit les cernes de ma transpiration sous les aisselles. J’étais, comme d’habitude, arbitrairement vêtue : une robe fuseau brune couverte à l’avant d’un motif africain –qui m’avait été donnée par ma femme de ménage– et une chemise à fanfreluches, par-dessus la robe, de couleur blanc crème –un cadeau de Bibi.

Emmanuelle s’était cassé la phalange de l’annulaire droit, en jouant chez son amie Elmie, et portait un plâtre. Elle avait neuf ans, l’âge de porter des cols Claudine, qu’elle ne portait pas à l’époque. C’est pourquoi, pour se reprendre, et comme on le constate en bandeau de page, elle en porte maintenant, à 24 ans.

J’avais fait un montage à partir des témoignages des proches que j’étais allée enregistrer ici et là, montage que j’avais bien sûr copié sur des CD pour les distribuer ensuite. Je m’étais rendu compte après coup qu’ils n’étaient lisibles qu’une fois sur deux, toutes catégories d’appareils confondues, Mac et PC.

Pour les besoins de ce montage, j’avais filmé Jacques-Yvan et ses deux fils, dans le sous-sol (aux murs uniformément blancs). Le plus jeune des garçons avait glissé au début de l’enregistrement que chouchou étant couchée, l’opération allait s’en trouver facilitée –comme s’il était possible d’envisager que chouchou puisse être dissipée ! Les trois hommes se tiennent par la taille, devant moi qui filme, et je me rappelle que je m’étais sentie choyée d’être si bien entourée. J’avais hâte d’intégrer ces trois hommes de ma vie à mon projet de film.

Comme passé et présent s’entrecroisent constamment, j’ai justement rêvé à Jacques-Yvan la nuit dernière. Il exprimait que mes diagrammes de Venn étaient bien présentés, mais que les intersections n’étaient pas assez hachurées !
– Nous sommes la somme des expériences que nous vivons, ajoutait-il. Et la théorie des ensembles n’y pourra rien changer.


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Jour 76

À l’école, on appelait ça des intersections, dans la théorie des ensembles. On commence par tracer deux cercles qui se chevauchent. La zone de chevauchement constitue l’espace commun aux deux cercles, dans lequel on écrit le nom de l’entité qui appartient à l’un et à l’autre cercles.

Si je crée par exemple un cercle Technicienne et un cercle Lynda, le nom de Mitterrand apparaît dans la zone commune aux deux protagonistes. Un cercle Mitterrand et un cercle Technicienne verront le nom d’Albert Cohen dans leur zone d’intersection.

On peut faire ce genre d’exercice avec plusieurs cercles. Ainsi, tel que je le concluais dans mon texte d’hier, les trois cercles Mitterrand, Cohen et Technicienne recevront mon nom, Lynda Longpré, en tant qu’autrice dont l’imagination sans limite aura réuni les trois protagonistes ci-nommés.

Mes recherches sur Wikipédia m’informent que ces cercles se chevauchant forment ce qu’on appelle un Diagramme de Venn.

En ce moment, mon mari déneige la cour avec son tracteur. Il s’est inventé une manière de se protéger des jets de neige soufflée au moyen d’une grande plaque de plexiglas qui traînait dans son garage. Il a lui aussi, comme je dirais d’ailleurs presque tous les humains sur la planète, une imagination débordante.

La différence entre la sienne et la mienne réside dans leurs champs d’application respectifs. Je vais imaginer mille folies qui ne servent absolument à rien mais qui me sont précieuses, quand mon mari imagine des choses pratiques qui servent à le protéger de la neige, particulièrement autour du cou.

L’autre soir, je pensais à mon blogue alors que je rangeais la vaisselle dans les armoires de la cuisine. Tout d’un coup et sans raison, mon plexus, ou mon âme, ou mon être se sont sentis apaisés, heureux, enveloppés d’un voile de protection (mentale), voile qui est tissé de toutes ces folies qui naissent du mouvement de mes neurones.

Mon mari, de la même manière, est-il heureux quand il pense à son plexiglas et satisfait d’y avoir eu recours ? Je dirais que oui, pour au moins deux raisons : se protéger le cou, d’une part, et donner une seconde vie, d’autre part, aux nombreux objets qui traînent dans son garage et qui attendent, certains depuis cent ans, d’être aussi récupérés pour connaître une deuxième vie.

Dans un Diagramme de Venn qui réunirait le cercle Denauzier et le cercle Lynda, le mot Imagination serait donc inscrit dans la zone de chevauchement, autrement appelée l’intersection. J’ai oublié de préciser qu’il arrive souvent, pour mieux la représenter, que cette zone de chevauchement soit hachurée, couverte de traits de crayon.

La différence ici, entre mon mari et moi, une différence qui s’écrirait dans le reste du cercle qui nous représente respectivement, à l’extérieur, donc, de l’intersection, la différence est que les inventions pratiques de mon mari ne constituent pas forcément une manière de maintenir son équilibre (mental), alors que c’est le cas, je pense, en ce qui me concerne.

Est-ce à dire que je n’ai pas réussi à me créer une vie d’écrivaine par paresse, me contentant d’accumuler des folies sans chercher à les organiser, à les structurer, à leur donner une forme qui se vend en librairie ? Je n’ose pas répondre un oui monolithique, d’autant que le « par paresse » est excessif. Ce pourrait être un ensemble de raisons qui m’aura tenue à l’écart des palmarès des libraires, parmi lesquelles le manque de confiance, ou de foi en moi. D’où il ressort, dans un Diagramme de Venn qui regrouperait vingt librairies, admettons, que mon nom n’apparaît pas dans la zone d’intersection commune aux vingt cercles !

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Jour 77

« S’adresse à des lecteurs de 7 à 77 ans », est-il écrit sur les albums de Tintin.
Demain, Jour 76, rendra hommage à la tenue des Jeux olympiques à Montréal.
Quand il a eu 75 ans, nous avons organisé une belle fête surprise pour papa. Il tremblait alors déjà, en permanence, de la main droite, et j’avais remarqué, à son entrée dans la pièce où nous l’attendions tous, que sa main s’était mise à trembler davantage sous le coup de la surprise et de l’émotion.

Je n’ai déjà plus d’inspiration pour le chiffre 74 et non plus 73. Avoir une idée pour 73, je forcerais la note et j’en trouverais une pour 74, mais je préfère abandonner.

De toute façon j’ai quelque chose à écrire, mais je crains que ce soit difficile à exprimer de manière fluide. Je vais néanmoins essayer.

J’ai passé les sept jours précédents au chalet, sans eau ni électricité. J’en profite toujours pour me dire que je vais faire décroître le nombre de textes qu’il me reste à écrire, mais je m’y découvre tellement occupée que c’est à peine si j’entrouve mon ordinateur. J’en profite aussi toujours, rendant par conséquent mes bagages bien lourds, pour apporter des livres. J’avais apporté ma brique, presque complétée, je suis fière de moi, des Lettres à Anne écrites, on le sait depuis le temps que je brode autour de ce sujet, par François Mitterrand.

C’est par l’intermédiaire de la technicienne qui a fait mon échocardiographie à l’hôpital de Joliette il y a deux ans et demi maintenant, que j’ai découvert l’existence de ce livre. Il était déposé en effet sur une tablette dans la salle où travaillait la jeune femme, le signet positionné je dirais au premier tiers du livre.

Je suis retournée pour une échocardiographie récemment –était-ce en novembre dernier ?–, et, coup de chance, je suis tombée sur la même technicienne. Je suis revenue bien entendu sur le sujet des Lettres pour Anne. Elle m’a dit qu’elle n’avait pas fini le livre, mais qu’elle en avait lu quand même pas mal.

Puis, je lui ai demandé qu’est-ce qu’elle avait lu d’autre, après Mitterrand. Elle m’a répondu qu’elle avait lu Belle du Seigneur, une autre brique, sans pouvoir toutefois me dire quel en était l’auteur. Ma recherche personnelle m’a permis d’apprendre –parce que je ne le savais pas– que c’est Albert Cohen qui en est l’auteur, un Suisse francophone, que le livre a été publié en 1968 mais qu’il a été commencé avant la deuxième guerre mondiale.

Toujours est-il que dans une de ses lettres, François écrit à Anne qu’il s’apprête à lire… Belle du Seigneur ! Malheureusement il ne commente pas le livre. Il lisait toutes sortes de bouquins, bien sûr, dont Le meurtre de Roger Ackroyd, qu’il lit d’un coup tellement il est accroché par l’histoire, ou encore Le chien des Baskerville, dont il ne dit rien, mais surtout Le Mas Théotime, de Henri Bosco, qui semble l’avoir beaucoup bouleversé.

C’est ce que j’avais à écrire aujourd’hui, que la technicienne de l’hôpital a lu et Mitterrand et Cohen. Cohen, pour ma part, je ne l’ai pas lu, mais Mitterrand si. D’où il ressort que la technicienne a en commun avec Mitterrand d’avoir lu Cohen, et moi en commun avec la technicienne d’avoir lu Mitterrand.

Mais en tant qu’autrice formidable de ce bloc, je fais loger à la même enseigne, en un seul texte, les illustres personnages que sont Mitterrand, Cohen et la technicienne.

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Jour 78

J’ai commencé par vouloir écrire que je me dénigre avec beaucoup de facilité. Je suis en train de regrouper les textes de ma septième année d’écriture de blogue dans un même fichier Word. Je lis quelques phrases au hasard de mes copier/coller, et je m’en veux d’avoir écrit ceci, cela. Je trouve presque tout insignifiant et sans le moindre intérêt. Pourtant je sais, pour avoir acquis une expérience de soixante ans de vie, que le positif attire le positif. Si j’avais su entretenir une relation plus positive avec moi-même, au temps de la rédaction de ma thèse de doctorat, par exemple, j’aurais obtenu un résultat plus satisfaisant. Mais, tout bien considéré, je n’ai pas voulu me lancer là-dedans. Après tout, il ne me reste que quelques dizaines de textes à produire avant d’en avoir fini de cet exercice de souffle et de cette course de fond, alors j’ai effacé les quelques phrases écrites sur ce sujet –le dénigrement– pour en entamer un autre, à savoir le couvre-feu.

J’aime le couvre-feu, ai-je écrit, en me demandant aussitôt si je ne m’attirerais pas des ennuis en allant dans cette voie. Est-ce subversif dans le contexte que nous connaissons d’aborder ce sujet pour en vanter les bienfaits que j’en retire, à savoir en premier lieu le silence, particulièrement sur la route 337 qui est toujours animée de jour comme de soir et un peu de nuit ? J’ai lu dans Le Devoir que le couvre-feu est une bien mauvaise chose pour les sans-abris et les toxicomanes qui se voient confrontés encore plus que d’habitude aux forces de l’ordre. Mais il n’empêche que si le couvre-feu était prolongé jusqu’à la fin mai, disons, ça ferait bien égoïstement mon affaire car à partir d’avril, si le temps le permet, on ouvre la porte patio de notre chambre à coucher et je pourrais alors constater, dans le confort total de mon lit, à quel point l’environnement baigne dans le calme.

Pour ne pas jouer plus de temps qu’il faut avec le feu, je me suis alors dit que j’irais vers une considération générale que personne ne peut réfuter : le monde qui était le nôtre lorsque j’ai commencé mon blogue en 2011 n’est plus celui qui me verra le terminer dans quelque trois mois. La France qui a accueilli chouchou en septembre 2019 n’est pas la France qui l’a vu partir un an plus tard. En même temps, je ne vis pas vraiment ces changements, le télétravail par exemple, puisque je suis retraitée.

Qu’est-ce que je pourrais écrire qui ne serait pas négatif, ni subversif, ni du domaine des généralités non vécues de l’intérieur ? Que mon mari écoute des belles chansons sur son ordinateur en ce moment. Des chanteurs décédés comme Aznavour et France Gall, ou malades comme Joni Mitchell, ou encore plus chanceux ou moins vieux comme Patrick Bruel, Michel Sardou, Diane Tell ou Véronique Sanson. Que j’ai patiné deux fois sur la patinoire que Denauzier a dégagée pour moi devant notre chalet, une fois ce matin et une fois cet après-midi. Qu’il faudra la nettoyer s’il devait neiger, comme la météo le prévoit, demain. Que je m’apprête à faire chauffer de l’eau pour laver la vaisselle accumulée des trois derniers jours. Plus c’est insignifiant, en fin de compte, plus ça me rejoint…

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Jour 79

Qu’est-ce que je faisais là, se demanderont d’aucuns, m’apprêtant à dormir et placotant avec une technicienne ?
Je faisais l’ultime expérience du Laboratoire du sommeil, pour les besoins duquel on se retrouve à avoir la tête, le coeur, les jambes et les mains couvertes d’électrodes.
À ma très grande surprise, j’ai été capable de m’endormir, malgré l’amas de fils autour et sur moi, après peut-être, il est vrai, deux heures d’attente patiente.

Trouver le laboratoire fut une partie de plaisir.
– Pardon monsieur, ai-je d’abord demandé à un gardien qui portait l’uniforme et qui se tenait debout à l’entrée A de l’hôpital. Pouvez-vous m’indiquer comment me rendre à la section 6E2 ? On m’a dit que c’était compliqué de s’y rendre.
– Je ne peux pas vous aider, a répondu le jeune homme. Je suis ici pour faire respecter les consignes de la Covid. C’est la première fois de ma vie que je viens à l’hôpital, et c’est mon premier soir de travail.
– Ah bon. Bonne chance, alors, ai-je répondu.
Tombant quelques pas plus loin sur une autre sorte de gardien, je lui ai posé la même question.
– Le 6E ça n’existe pas. Vous voulez dire le 6C.
– Je cherche le Laboratoire du sommeil, plus précisément.
– C’est bien ce que je dis, vous allez au 6C. C’est très facile. Dirigez-vous vers le couloir éclairé, là-bas, qui nous fait face. Empruntez la seule porte que vous allez trouver, et demandez au gardien qui se tient là en permanence de vous donner la suite des instructions.
Bien sûr, quand j’ai eu atteint l’endroit où devait se trouver un gardien en permanence, il n’y en avait aucun. Mais un employé, reconnaissable à ses vêtements d’hôpital, s’est adonné à traverser le corridor.
– Pardon monsieur, vous pouvez me diriger vers le 6E2 ?
Je n’ai pas osé prononcer le 6C2.
– Qui vous a dit de passer par ici ?, s’est étonné l’homme. L’entrée est interdite pour les visiteurs, elle est réservée au personnel.
– Euh…, c’est un gardien qui m’a dirigée ici.
Après une légère hésitation, l’homme m’a dit qu’il n’allait quand même pas me faire rebrousser chemin.
– Le laboratoire est situé dans une aile presque perdue, a-t-il commencé. N’allez pas vous promener dans les environs car c’est interdit !
– D’accord, ai-je docilement répondu.
– Suivez le mur extérieur, a-t-il enchaîné en le pointant. Vous allez atteindre un bloc d’ascenseurs central, contournez-le pour emprunter une des trois portes qui vous feront dos.
J’ai à peu près compris.
– Pesez sur le bouton du 6e étage, dans l’ascenseur, et quand vous en sortirez, tournez immédiatement à gauche pour traverser l’aile B, qui vous donnera accès à l’aile C.
– Donc je m’en vais à l’aile C ?, ai-je voulu vérifier.
– C ou E, je ne me rappelle plus, a répondu le gardien en haussant les épaules.
J’ai donc longé le mur extérieur depuis le corridor intérieur, constaté qu’il commençait à neiger là où des fenêtres donnaient sur le stationnement presque vide, et entrepris de chercher ledit bloc central des ascenseurs.
Au bout d’un moment, je me suis arrêtée pour remonter la courroie de mon sac sur mon épaule, qui contenait mon oreiller car il faut apporter le nôtre. Trouvant que ça faisait assez longtemps que je longeais le mur extérieur depuis le corridor intérieur, et soupçonnant que j’avais raté la zone des ascenseurs, je me suis mise à essayer de trouver des indications, sur les murs, qui auraient pu m’éclairer. C’est ainsi que j’ai découvert une référence, sur une pancarte plus petite que les autres, à une salle de polysomnographie.
– C’est en plein ça que je m’en vais faire !, me suis-je exclamée dans mon monologue intérieur.
Mais la localisation ne concordait pas du tout avec celle qui m’avait été donnée puisqu’il m’aurait fallu me rendre dans le sous-bassement.
J’ai continué à marcher. Comme j’étais arrivée bien avant l’heure de mon rendez-vous au laboratoire, ça m’amusait un peu de déambuler ici et là.
À un quelconque détour de mon parcours, une femme m’a croisée qui m’a souri.
– J’imagine, a-t-elle dit en regardant mon oreiller qui dépassait de mon sac, que vous cherchez le laboratoire du sommeil ? Vous y êtes référée par un pneumologue, c’est ça ?
– C’est exactement ça, comment l’avez-vous deviné ?
– Je travaille ici depuis tellement d’années, a-t-elle donné pour toute réponse.
Elle s’est mise à marcher à mes côtés sans parler, jusqu’à ce que nous atteignions une porte d’ascenseur pas tellement visible, dans un coin.
– Quand vous sortirez, au 6e, a-t-elle simplement mentionné, vous serez en plein devant la porte du laboratoire.
– Je ne sais comment vous remercier…, ai-je commencé.
– Passez une bonne nuit !, m’a-t-elle répondu.

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