Jour 79

Qu’est-ce que je faisais là, se demanderont d’aucuns, m’apprêtant à dormir et placotant avec une technicienne ?
Je faisais l’ultime expérience du Laboratoire du sommeil, pour les besoins duquel on se retrouve à avoir la tête, le coeur, les jambes et les mains couvertes d’électrodes.
À ma très grande surprise, j’ai été capable de m’endormir, malgré l’amas de fils autour et sur moi, après peut-être, il est vrai, deux heures d’attente patiente.

Trouver le laboratoire fut une partie de plaisir.
– Pardon monsieur, ai-je d’abord demandé à un gardien qui portait l’uniforme et qui se tenait debout à l’entrée A de l’hôpital. Pouvez-vous m’indiquer comment me rendre à la section 6E2 ? On m’a dit que c’était compliqué de s’y rendre.
– Je ne peux pas vous aider, a répondu le jeune homme. Je suis ici pour faire respecter les consignes de la Covid. C’est la première fois de ma vie que je viens à l’hôpital, et c’est mon premier soir de travail.
– Ah bon. Bonne chance, alors, ai-je répondu.
Tombant quelques pas plus loin sur une autre sorte de gardien, je lui ai posé la même question.
– Le 6E ça n’existe pas. Vous voulez dire le 6C.
– Je cherche le Laboratoire du sommeil, plus précisément.
– C’est bien ce que je dis, vous allez au 6C. C’est très facile. Dirigez-vous vers le couloir éclairé, là-bas, qui nous fait face. Empruntez la seule porte que vous allez trouver, et demandez au gardien qui se tient là en permanence de vous donner la suite des instructions.
Bien sûr, quand j’ai eu atteint l’endroit où devait se trouver un gardien en permanence, il n’y en avait aucun. Mais un employé, reconnaissable à ses vêtements d’hôpital, s’est adonné à traverser le corridor.
– Pardon monsieur, vous pouvez me diriger vers le 6E2 ?
Je n’ai pas osé prononcer le 6C2.
– Qui vous a dit de passer par ici ?, s’est étonné l’homme. L’entrée est interdite pour les visiteurs, elle est réservée au personnel.
– Euh…, c’est un gardien qui m’a dirigée ici.
Après une légère hésitation, l’homme m’a dit qu’il n’allait quand même pas me faire rebrousser chemin.
– Le laboratoire est situé dans une aile presque perdue, a-t-il commencé. N’allez pas vous promener dans les environs car c’est interdit !
– D’accord, ai-je docilement répondu.
– Suivez le mur extérieur, a-t-il enchaîné en le pointant. Vous allez atteindre un bloc d’ascenseurs central, contournez-le pour emprunter une des trois portes qui vous feront dos.
J’ai à peu près compris.
– Pesez sur le bouton du 6e étage, dans l’ascenseur, et quand vous en sortirez, tournez immédiatement à gauche pour traverser l’aile B, qui vous donnera accès à l’aile C.
– Donc je m’en vais à l’aile C ?, ai-je voulu vérifier.
– C ou E, je ne me rappelle plus, a répondu le gardien en haussant les épaules.
J’ai donc longé le mur extérieur depuis le corridor intérieur, constaté qu’il commençait à neiger là où des fenêtres donnaient sur le stationnement presque vide, et entrepris de chercher ledit bloc central des ascenseurs.
Au bout d’un moment, je me suis arrêtée pour remonter la courroie de mon sac sur mon épaule, qui contenait mon oreiller car il faut apporter le nôtre. Trouvant que ça faisait assez longtemps que je longeais le mur extérieur depuis le corridor intérieur, et soupçonnant que j’avais raté la zone des ascenseurs, je me suis mise à essayer de trouver des indications, sur les murs, qui auraient pu m’éclairer. C’est ainsi que j’ai découvert une référence, sur une pancarte plus petite que les autres, à une salle de polysomnographie.
– C’est en plein ça que je m’en vais faire !, me suis-je exclamée dans mon monologue intérieur.
Mais la localisation ne concordait pas du tout avec celle qui m’avait été donnée puisqu’il m’aurait fallu me rendre dans le sous-bassement.
J’ai continué à marcher. Comme j’étais arrivée bien avant l’heure de mon rendez-vous au laboratoire, ça m’amusait un peu de déambuler ici et là.
À un quelconque détour de mon parcours, une femme m’a croisée qui m’a souri.
– J’imagine, a-t-elle dit en regardant mon oreiller qui dépassait de mon sac, que vous cherchez le laboratoire du sommeil ? Vous y êtes référée par un pneumologue, c’est ça ?
– C’est exactement ça, comment l’avez-vous deviné ?
– Je travaille ici depuis tellement d’années, a-t-elle donné pour toute réponse.
Elle s’est mise à marcher à mes côtés sans parler, jusqu’à ce que nous atteignions une porte d’ascenseur pas tellement visible, dans un coin.
– Quand vous sortirez, au 6e, a-t-elle simplement mentionné, vous serez en plein devant la porte du laboratoire.
– Je ne sais comment vous remercier…, ai-je commencé.
– Passez une bonne nuit !, m’a-t-elle répondu.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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