Jour 78

J’ai commencé par vouloir écrire que je me dénigre avec beaucoup de facilité. Je suis en train de regrouper les textes de ma septième année d’écriture de blogue dans un même fichier Word. Je lis quelques phrases au hasard de mes copier/coller, et je m’en veux d’avoir écrit ceci, cela. Je trouve presque tout insignifiant et sans le moindre intérêt. Pourtant je sais, pour avoir acquis une expérience de soixante ans de vie, que le positif attire le positif. Si j’avais su entretenir une relation plus positive avec moi-même, au temps de la rédaction de ma thèse de doctorat, par exemple, j’aurais obtenu un résultat plus satisfaisant. Mais, tout bien considéré, je n’ai pas voulu me lancer là-dedans. Après tout, il ne me reste que quelques dizaines de textes à produire avant d’en avoir fini de cet exercice de souffle et de cette course de fond, alors j’ai effacé les quelques phrases écrites sur ce sujet –le dénigrement– pour en entamer un autre, à savoir le couvre-feu.

J’aime le couvre-feu, ai-je écrit, en me demandant aussitôt si je ne m’attirerais pas des ennuis en allant dans cette voie. Est-ce subversif dans le contexte que nous connaissons d’aborder ce sujet pour en vanter les bienfaits que j’en retire, à savoir en premier lieu le silence, particulièrement sur la route 337 qui est toujours animée de jour comme de soir et un peu de nuit ? J’ai lu dans Le Devoir que le couvre-feu est une bien mauvaise chose pour les sans-abris et les toxicomanes qui se voient confrontés encore plus que d’habitude aux forces de l’ordre. Mais il n’empêche que si le couvre-feu était prolongé jusqu’à la fin mai, disons, ça ferait bien égoïstement mon affaire car à partir d’avril, si le temps le permet, on ouvre la porte patio de notre chambre à coucher et je pourrais alors constater, dans le confort total de mon lit, à quel point l’environnement baigne dans le calme.

Pour ne pas jouer plus de temps qu’il faut avec le feu, je me suis alors dit que j’irais vers une considération générale que personne ne peut réfuter : le monde qui était le nôtre lorsque j’ai commencé mon blogue en 2011 n’est plus celui qui me verra le terminer dans quelque trois mois. La France qui a accueilli chouchou en septembre 2019 n’est pas la France qui l’a vu partir un an plus tard. En même temps, je ne vis pas vraiment ces changements, le télétravail par exemple, puisque je suis retraitée.

Qu’est-ce que je pourrais écrire qui ne serait pas négatif, ni subversif, ni du domaine des généralités non vécues de l’intérieur ? Que mon mari écoute des belles chansons sur son ordinateur en ce moment. Des chanteurs décédés comme Aznavour et France Gall, ou malades comme Joni Mitchell, ou encore plus chanceux ou moins vieux comme Patrick Bruel, Michel Sardou, Diane Tell ou Véronique Sanson. Que j’ai patiné deux fois sur la patinoire que Denauzier a dégagée pour moi devant notre chalet, une fois ce matin et une fois cet après-midi. Qu’il faudra la nettoyer s’il devait neiger, comme la météo le prévoit, demain. Que je m’apprête à faire chauffer de l’eau pour laver la vaisselle accumulée des trois derniers jours. Plus c’est insignifiant, en fin de compte, plus ça me rejoint…

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
Cette entrée a été publiée dans 2 200 textes en 10 ans. Mettre ce permalien en signet.

2 réponses à Jour 78

  1. ratellep0@gmail.com dit :

    Lynda, well, well… Tu n’as jamais d’affaires ni toi ni personne à se dénigrer, jama… Moi ce que j’ai constaté dans ma vie c’est que ceux et celles qui se dénigrent, plus souvent qu’autrement, l’ont été auparavant que ce soit dans l’enfance, l’adolescence et ou l’âge adulte. Il faut absolument que tu cesses de te dénigrer et te trouver insignifiante ou que tu fais des choses de ce type; ce que tu es loin d’être et tu le sais au fond non?… Cesse de laisser émerger des pensées de ce type qui sont fausses à la base; éradique les. Point barre. Arrête de varloper ton ego fille OK? Be cool with you all the time OK darling? Pense un peu pas mal comme toi versus le couvre-feu; le seul inconvénient est que je suis en rupture de stock de toiles et de peintures, Mais, I keep it cool ’cause I’m, if I compare with other people around the World, a privileged man of Gods. Ciao!

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    • Badouz dit :

      Coucou 3.1416 ! J’essaie de me dénigrer moins en vieillissant, dans ma vie réelle, parce que malheureusement je l’ai trop fait. Cela étant, mes remarques sur le plan de mes pratiques artistiques sont à lire au deuxième degré, en ce sens que je vise très haut pour atteindre une mi-hauteur. De cette mi-hauteur je perçois la part manquante –vers le haut–, tout en sachant malgré tout, dans le fond –vers le bas–, et comme tu le dis toi-même si bien, que mes inventions ont quand même une certaine valeur. Il m’est impossible d’écrire ici, cependant, une valeur certaine !

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