Jour 960

Je pense que cette toile portait le titre Volatilisé, dans ma série alphabétique.

Je pense que cette toile portait le titre Volatilisé, dans ma série alphabétique.

Je suis à Montréal chez Emma, elle n’est pas encore revenue de l’école, elle avait neuf heures de cours aujourd’hui. Mon mari pour sa part est à Edmonton, il a pris l’avion très tôt ce matin. Ma tantine est chez elle dans sa maison à la campagne apprivoisant sa nouvelle vie de veuve. Mon père est dans son appartement à Joliette aux côtés de ma sœur. C’est tout. J’ai déjà fait le tour de mon noyau dur, des gens que je fréquente le plus. Il y a eu récemment une présence plus soutenue de mon frère les pattes d’ours. Et j’ai tapé pour mon beau-frère, le mari de ma sœur, un long travail qui portait sur les coûts des aliments qui sont nécessaires à la fabrication d’un menu gastronomique. Je viens d’élargir mon noyau dur en y faisant pénétrer deux personnes de plus. Quand je séjourne chez ma sœur pour m’occuper de mon père ou pour taper un travail pour le beau-frère, je ne manque pas de me rendre à mon magasin préféré, situé tout près de chez Bibi, un magasin de fournitures d’art. Je connais maintenant le technicien qui s’occupe de mes projets d’impression, ou d’encadrement, ou d’inventions diverses, alors je demande à la caissière, en entrant dans le magasin, si je peux me rendre voir le technicien, en bas où il a son atelier dans le sous-sol, on me répond oui, je descends et je prends plaisir à faire des affaires avec cet homme, et sa sœur et sa mère, car c’est un magasin tenu par les membres d’une même famille.
– Devoir payer du personnel, ça fait longtemps qu’on n’existerait plus, m’a déjà dit l’ami technicien.
Dans la journée d’hier, avant de me rendre ici à Montréal, je suis allée voir ledit technicien pour lui demander de faire imprimer sur une toile la photo de la toile que j’ai peinte et qui apparaît ci-dessus en photo-vedette.
– Autrement dit, a résumé le technicien qui n’y connaît pas trop grand-chose en art, tu as peint cette toile, et tu en veux une copie identique ? Pour les mettre côte à côte ? Il paraît que des artistes font ça, ça s’appelle un duotique, ou quelque chose comme ça.
– Un diptyque, ai-je corrigé. Je ne veux pas avoir deux toiles identiques l’une à côté de l’autre, je veux vivre avec cette toile dans ma maison, accrochée quelque part sur un mur, or je ne le peux pas parce que je l’ai vendue. Et elle me manque tellement, que je la fais imprimer pour qu’elle me tienne compagnie.
– Tu as vendu ça ?, s’est étonné le technicien.
Tout ça pour en venir au fait que le technicien est une troisième personne qui gravite autour du noyau dur. À ce même degré de gravitation se trouvent plusieurs personnes, que j’aime toutes, bien que je ne les connaisse pas forcément beaucoup. Les quatre enfants de Denauzier, par exemple, ses frères et sœur et sa mère, mes anciens collègues de travail à l’université, les amis d’autrefois quand j’étudiais à l’école secondaire, puis au Conservatoire, la seule relation qu’il me reste du temps de mes études en France, les voisins d’ici à Montréal, les deux couples d’amis du rang où nous habitons qui égaient notre vie à la campagne… Il y a plusieurs personnes qui font, de près ou de loin, partie de ma vie, mais de très près il n’y a qu’une mini-grappe de personnes. Et je pense que c’est pareil pour beaucoup de monde. Et je ne sais pas pourquoi j’écris tout ça ce soir.

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Jour 961

Je ne me rappelle pas de ce que j’ai fait samedi. Je sais que vendredi je suis allée chez tantine ramasser des branches et couper des érables au gros sécateur, pas des érables matures, mais dont le tronc pouvait avoir le rayon d’une pièce de deux dollars. J’ai travaillé peut-être deux heures et demie ? Ensuite, je me suis assise au soleil avec tantine pour un petit placotage. J’ai peut-être eu un peu froid, mais rien de sérieux, j’ai relevé le col de mon chandail de laine et je me suis sentie mieux.
Ah ! oui, ça me revient, samedi j’ai fait de la cuisine, en prévision d’un souper que nous avons eu dimanche. J’ai fait des pâtés au poulet, du potage aux choux de Bruxelles, un gâteau à la vanille transformé par moi que je trouve exquis d’après une recette de Ricardo, des soupes à l’oignon gratiné. Deux fois je suis allée au Métro d’alimentation pour acheter les ingrédients nécessaires.
Le samedi soir, vers 21 heures, je n’étais plus capable d’habiter mon corps, je suis allée m’étendre, et même étendue dans le lit j’avais peur que la fatigue ne me fasse basculer dans un état mental insupportable. Je ne trouvais pas de position pour mon cou, ma tête, mon dos, mes hanches, tout dans mon corps me faisait mal. Je me sentais raide comme une barre d’acier. Denauzier est venu s’étendre aussi assez rapidement près de moi, nous avons parlé, cela m’a fait du bien, j’ai essayé de ne pas penser à la fatigue.
Le dimanche je me suis réveillée mal en point mais plus en mesure d’habiter mon corps que la veille. Denauzier était déjà dehors quand je me suis levée. Au bout d’un moment, je suis allée le rejoindre, il faisait beau soleil. Je lui ai dit d’une voix piteuse que j’avais peur de mourir tellement je me sentais épuisée, que ce n’était pas normal.
– En même temps, tout le monde doit mourir, ai-je ajouté. Comment ça se fait que ça me fait si peur ?
Dans l’après-midi du dimanche, nous sommes allés saluer des membres de la famille à un salon funéraire, nous ne sommes pas restés longtemps, quinze minutes peut-être. Dans l’urne, se trouvaient les cendres d’une femme plus jeune que moi, décédée d’un cancer. Encore lui.
Puis, munis d’une glacière dans laquelle se trouvait ce que j’avais cuisiné la veille, nous sommes allés souper chez la fille de Denauzier. La soirée fut agréable et j’en ai presque oublié l’état inquiétant dans lequel je m’étais trouvée le samedi.
Aujourd’hui lundi fut une excellente journée, j’ai cordé du bois dans notre bel abri, j’ai parlé avec les voisins dehors au soleil. Nous avons dîné tard, en compagnie de Julie Andrews à la télé qui présentait La mélodie du bonheur. Je me suis tenue debout, un peu après le dîner, devant l’écran, savourant les réponses délicieusement naïves que Julie fait à sa supérieure en communauté. J’ai fait toutes sortes de petites choses et je suis retournée dehors en fin d’après-midi, marcher jusqu’aux casiers postaux. Je me suis mise à penser à nouveau à quel point je me suis trouvée mal, samedi. Et aux rêves que je fais sur le cancer. Et au sentiment qui m’habite que je souffre peut-être d’une maladie, je n’ose écrire laquelle. Parallèlement, toujours marchant, j’ai pensé à l’un et à l’autre, à un neveu, à ma fille, une amie, un ami, papa… Et j’ai subitement était traversée d’un cruel sentiment de jalousie, le sentiment qui m’habiterait tout entière si je devais apprendre que je vais mourir sous peu, quand d’autres poursuivraient leur parcours sur la terre. Je dirais que la violence de ma jalousie m’a fait du bien parce qu’elle a contrebalancé la violence de ma peur de mourir.

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Jour 962

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La toile de Patrick Herzig dont je me suis inspirée.

– Tu as dû faire un drôle de rêve, m’a dit mon mari ce matin. Tu t’es mise à gesticuler à un moment donné. Tu bougeais les bras comme si tu voulais te protéger d’une attaque. Je t’ai demandé si tout allait bien et tu n’as pas répondu, tu dormais.
Sur le coup, je ne me suis pas rappelé de mon rêve. Mais maintenant que je suis assise dans mon bureau, devant mon ordinateur, je m’en rappelle.
J’ai rêvé que Jacques-Yvan me donnait rendez-vous dans un hôtel où il n’y avait que des hommes. Je devais passer par une entrée, assez jolie, qui était peinte en jaune, pour emprunter un escalier. Une belle plante verte en pot de grès égayait l’endroit. Arrivée au premier palier, je croisais des hommes nus qui marchaient dans le corridor pour se rendre à la douche. Ils étaient jeunes, beaux, minces, musclés. Je devinais qu’ils venaient de terminer une activité sexuelle. Grâce à un dispositif visuel, comme on en voit à la télévision, leur pénis était brouillé, c’était la seule partie du corps que je ne voyais pas. Au moment d’entrer dans la chambre où m’attendait Jacques-Yvan, je tombais sur Denauzier. Il était la seule personne habillée. Il portait des vêtements de travail que je ne lui  connaissais pas, notamment des pantalons amples de couleur chair –la récurrence de la couleur de la nudité. Il passait le balai, dans le corridor, et ne me regardait pas entrer, il regardait le balai. Mais il savait que je le voyais. Je ne pouvais pas croire que j’allais le tromper, j’obéissais à un ordre, ce n’était pas de gaieté de cœur que j’entrais dans la chambre, d’autant que Jacques-Yvan ne m’y attendait pas pour me faire l’amour, mais pour me battre. C’est-à-dire qu’à ses yeux, me faire l’amour consistait à me battre.
Je quittais les lieux dangereux où m’attendait Jacques-Yvan et me retrouvais assise à une table, dans une salle à manger, devant une assiette qui contenait de la gélatine aux fruits, au citron peut-être, puisque la gélatine était jaune –la récurrence du jaune après l’escalier jaune. J’avais de la difficulté à faire glisser la gélatine dans ma cuiller, elle bougeait d’elle-même en se déplaçant dans l’assiette. En m’approchant, je découvrais que la petite bouchée jaune qui sautillait était un père Noël, dont le physique enrobé me faisait bien sûr penser à mon mari. Je profitais d’une distraction du Père Noël pour le ramasser prestement dans ma cuiller et je le portais à ma bouche en l’aspirant. Il descendait dans mon œsophage en me procurant une sensation bienfaisante de fraîcheur et de saveur vitaminée.

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Jour 963

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Nature morte à la nappe rayée

Mon rêve de la nuit dernière était pas mal plus intéressant que ceux, récents, que j’ai connus autour du thème du cancer. Cette fois-ci, le thème, c’était mon mari. Il avait d’autres femmes dans sa vie. Il était victime de son succès, en ce sens que les femmes lui couraient après parce qu’elles se rendaient compte à quel point il était sensuel, alors qu’il ne se rendait pas compte, de son côté, de ce pourquoi les femmes lui couraient après. Pas folle, je ne lui précisais pas la raison de son succès. J’étais jalouse, mais pas vraiment. J’étais compréhensive. Je comprenais les autres femmes de s’intéresser à mon mari, mon homme, mon choix. Mais je ne voulais pas le partager.
– Devrais-je exiger qu’il ne soit qu’à moi ?, était alors ma question. De telles questions existentielles, philosophiques, ne se résolvent pas d’elles-mêmes, dans les rêves que je fais. Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre répondraient non, si je me fie à la manière dont ils ont vécu. Mais furent-ils heureux ? Alain Robbe-Grillet, idem, et Catherine répondraient non. Mais si Alain n’avait pas eu de problème d’impuissance, en aurait-il était autrement ? Pouf.
Je me suis levée vers 9h30. J’ai passé un peu de temps à observer ma toile, en buvant mon café. Puis, je suis allée vers 11 heures couper un grand nombre de branches chez tantine. Heureusement, les pattes d’ours était là pour m’aider.
De retour à la maison vers 17 heures, et constatant que mon mari était occupé, je me suis lancée dans ma toile. Je voulais résoudre le problème de l’arrière-plan, en haut à droite. Je voulais résoudre le problème de l’arrière-plan dans l’esprit de Picasso. Il aurait alors fallu que je crée des ombres et que je leur accorde une existence autonome, et ces ombres auraient à leur tour donné naissance à d’autres formes qui se seraient superposées sur la toile de manière géométrique. Malheureusement, je sentais que j’allais m’orienter vers une approche de type vitrail, selon laquelle je trace des masses de couleur que je sépare avec de généreuses lignes de noir pour représenter le plomb.
– Je ne vais pas me lancer dans le vitrail, ai-je dit à ma main qui s’apprêtait à tracer la première forme. Picasso ne s’intéresse pas au vitrail, ai-je ajouté, comme si cela allait changer quelque chose au mouvement de ma main qui prenait plaisir à étaler du vert et qui avait décidé que la prochaine couleur serait du jaune.
– Mince, ai-je simplement exprimé, déjà docile et soumise au désir de ma main.
– Une chose est sûre, ai-je cependant ajouté, parlant davantage à moi-même cette fois qu’à ma main, je ne vais pas modifier la partie supérieure gauche, je la laisse telle quelle, je désire qu’on continue de voir le fond initial sur lequel j’ai travaillé.
J’ai été capable de respecter cette affirmation.
J’aime particulièrement la ligne marron, à l’extrême gauche, au-dessus de la masse noire, qui vient s’échouer dans la queue de la poire. Parce qu’il y a une poire dans la coupe de fruits. Je suis vraiment contente du résultat, à tel point que j’ai signé ma toile, mais ça ne paraît pas sur la photo parce que j’ai signé après l’avoir photographiée.

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Jour 964

DSC_3501.JPGJe n’ai pas appuyé fort sur mon pinceau sur ma toile comme si ma vie en dépendait parce que ça ne me tentait pas. J’ai donc laissé faire mon expérience, ce sera pour une autre fois. Il pleuvait ce matin, il faisait gris dehors et dans la maison, je ne voulais pas rompre le charme tranquille de la journée débutante en déployant une énergie du désespoir pour tracer des lignes à toute vitesse. Je me suis plutôt laissé tenter par un exercice de copie d’un peintre qui s’appelle Patrick Herzig, qui s’inspire lui-même des natures mortes de Picasso. J’y suis donc allée pour une nature morte à la manière de Herzig copiant Picasso. Cela donne la photo ci-dessus. Cela donne la photo ci-dessus pour l’instant, car je n’ai pas terminé. Il s’agit d’une coupe de fruits et d’une coupe de vin déposées sur, et près, d’une nappe à rayures. J’aimais assez le résultat, jusqu’à ce que je me mette à tracer des formes spermatozoïdales qui donnent l’impression que la coupe de vin est coiffée d’un mouchoir noué à l’arrière. Il va donc falloir que je réajuste le tir et que je m’y prenne autrement pour la composition de la partie supérieure de la toile. J’aime la grappe de raisins. Je ne sais pas moi-même sur quoi repose la coupe de vin, je ne sais pas à quoi correspond la surface de couleur rouille. Je ne désirais pas couvrir la toile d’une nappe trop généreuse, alors j’ai fragmenté l’espace inférieur en deux parties, une pour la nappe à rayures, l’autre pour une surface uniforme, de couleur rouille. J’aimerais peut-être, cependant, couvrir d’un motif la surface rouille, à ce moment-là on pourra parler de deux nappes, ou de deux tissus imprimés, qui se rencontrent.
Je voulais, pendant que je peignais, réfléchir un peu plus sur ma nouvelle théorie amorcée hier autour de la beauté originelle, mais je n’avais pas trop la tête à réfléchir aussi intensément. Je m’en suis tenue à me montrer attentive au choix de mes couleurs.
Je me sentais légère aujourd’hui le 3 novembre pour deux raisons : j’ai reçu en début de journée un appel téléphonique que j’attendais depuis trop de jours pour une démarche en cours qui tarde à aboutir. L’appel me rapproche de mon but, même s’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir.
Je me sentais légère aussi parce que je suis tombée hier sur de bonnes explications quant à la manière d’entretenir l’aloès. Il est préférable de placer la plante à l’est. On ne l’arrose à peu près pas entre octobre et avril. On sort la plante dehors, l’été, à l’ombre. Pour savoir où se trouve l’est, dans notre maison, je me suis bien entendu référée à mon mari, qui connaissait la réponse. J’ai alors réalisé qu’une de mes plantes grasses était déjà installée à l’est, sur une petite table dans mon bureau, et effectivement elle se porte très bien. Alors je suis allée chercher l’aloès, je l’ai installé à côté de la plante grasse sur la même petite table, et je me suis dit que je ne toucherais plus à mes plantes. Elles vont passer l’hiver là où elles sont, point final. J’ai mis mon nouveau cactus de Noël le long d’une fenêtre ayant une exposition au nord, respectant en cela les recommandations qui étaient données sur le site web que je consultais. Cela signifie que la pièce est pas mal sombre, mais je vais, ici aussi, m’en tenir aux conseils que j’ai lus hier, advienne que pourra.
Demain, je vais terminer mon chantier de ramassage de feuilles, chez tantine. Il est possible que je n’aie pas le temps de poursuivre ma jolie nature morte.

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Jour 965

Mince. J’ai encore rêvé au cancer. Il faut dire que j’ai lu un article en fin de soirée intitulé Cancer : explosion du nombre de décès chez les femmes. L’article fait état des raisons de l’explosion, parmi lesquelles le vieillissement de la population et l’augmentation démographique, le tabagisme et l’alcool. Le problème est plus grave dans les pays pauvres, où il est mal dépisté, que dans les pays riches. Mais il y a plein de gens riches qui, bien qu’ayant profité d’un bon dépistage, en meurent quand même. Dans mon rêve, j’avais hâte qu’on m’annonce que j’en étais atteinte, pour commencer mes traitements au plus vite et pour classer tout aussi vite le problème derrière moi. Radio, chimio, je n’en faisais qu’une bouchée. Une fois le problème derrière moi, je n’y pensais plus et je passais aux choses sérieuses, aux choses, aux belles choses de la vie. Je traitais le fait d’avoir un cancer comme une banalité, comme un phénomène sans importance, sans conséquence grave. Il me semblait moins important de le subir que de le craindre. Cela me fait penser au rêve que j’ai fait il y a plus d’un an, dans lequel je devais marcher pieds nus dans la neige sur une longue distance. Il n’y a rien là, marcher pieds nus. Mais dans la neige, par un froid de canard, ça peut me valoir une amputation. J’ai tendance à préférer vivre les épreuves, que je sois prête ou non à les vivre, plutôt que d’en sentir la menace.
– Tu n’as peur de rien, m’a dit quelqu’un, récemment.
– Je ne vois pas pourquoi j’aurais peur, ai-je répondu en faisant la fraîche-pète.
Il ne faut pas en conclure que je suis brave. J’en conclus que je suis prête à tout pour me débarrasser d’une difficulté, pour la balayer, pour l’enrayer de ma vie, tellement je suis habitée par l’espoir, ensuite, de retrouver intacte, sinon plus grande, la beauté qui était celle de ma vie avant l’épreuve. Autrement dit, je serais à la recherche permanente de la beauté originelle.
En attendant, je n’ai pas fait mon expérience, celle à laquelle j’ai fait allusion hier. J’espère la faire demain, d’autant qu’on annonce de la pluie et que je ne passerai pas la journée dehors, comme ce fut le cas aujourd’hui. Mon expérience consiste à me munir d’un pinceau à poils courts qui peut supporter les manipulations brusques, énergiques et appuyées, pour tracer avec des restants d’acrylique, sur une toile, des cercles et des lignes. Je vais les tracer comme si j’étais enragée, comme si c’était plus fort que moi de les tracer, de les laisser s’exprimer. Je veux connaître la sensation que ça fait d’approcher la toile dans un état d’urgence, même s’il doit s’agir d’une urgence factice. Pour l’instant, je me dis que je ne vais aboutir qu’à un mélange de couleurs qui vont toutes tourner au gris en se superposant l’une l’autre. Mais peut-être que le sentiment d’urgence va donner naissance à autre chose qu’une masse grisâtre non inspirante. Je verrai.

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Jour 966

Je vais écrire mon texte d’aujourd’hui et après je vais faire une expérience. Entre les deux, le texte et l’expérience, je vais probablement souper. Et je vais aussi vouloir écouter le premier dix minutes des informations de 18 heures.
En ce moment, en manière d’apéro, je bois une bière Stella. Je la calerais volontiers, mais après je n’en aurais plus à boire, alors j’essaie de me contrôler. Bien sûr, je pourrais en boire deux. Mais ça représente le double de calories. En outre, ça rendrait mon esprit moins clair pour écrire. Et une fois habituée à en boire deux, je voudrais en boire trois, etc. La bière, cela dit, était très bienvenue, lorsque mon mari me l’a proposée, parce que j’ai passé quelques heures sur le terrain à m’occuper de deux berbéris qui ont mangé de la misère pendant l’été. Quand je travaille dehors, est-ce relié au grand air, à l’exercice, je finis par avoir soif.
Les berbéris ont été mangés par un insecte ravageur, au printemps. Ils ont réussi à croître de quelques pouces pas très convaincants cet été. Et ils ont encore été mangés par un insecte, peut-être le même, cet automne. Alors je les ai transplantés ailleurs, avant le gel, à un endroit où ils vont bénéficier d’une plus grande exposition au soleil. À chaque fois, c’est la même chose. Je m’occupe des plantes comme si elles étaient mes enfants. Je me mets dans leur peau, je me fais du souci pour elles, je me demande où est-ce qu’elles aimeraient habiter, où est-ce qu’elles vont le mieux s’épanouir. Je suis le Petit prince des berbéris. Au lieu de me faire du souci pour elles, je pourrais lire sur un site web comment entretenir tel et tel types de plante, procéder ensuite à mes plantations en étant plus sûre de moi car mieux informée. Or, j’ai lu sur un site web que les berbéris requièrent peu d’entretien, sont coriaces, s’adaptent à plusieurs types de sol et peuvent vivre heureux au soleil comme à la mi-ombre, mais cela n’a pas empêché l’insecte ravageur de leur faire la passe. Alors je continue d’être inquiète quand je pense à mes plantes dehors. Et aussi quand je pense à celles qui sont à l’intérieur.
Ce matin, j’ai fait cuire à la mijoteuse des haricots blancs, pensant en faire des fèves au lard, mais finalement j’en ai fait des haricots à la provençale, avec du lard, mais aussi avec des herbes et des tomates, entre autres condiments. Je n’ai donc pas à m’occuper de préparer le souper, entre mon écriture et l’expérience, le souper est déjà prêt. J’ai d’ailleurs entendu Denauzier il y a quelques minutes se servir ce qui était peut-être un petit bol de ma mixture. Il n’a pas émis de commentaires, de style Hum ! c’est bon !, alors je ne sais pas si c’est bon, mais il est possible qu’il soit demeuré silencieux pour au moins une raison : ne pas me déranger.
Cependant, comme le veut l’adage, un des adages préférés de mon père, on ne sait jamais ce qui nous pend au bout du nez. Alors, bien que j’aie annoncé en début de texte que je comptais me consacrer à une expérience, en début de soirée, les plans ont déjà changé. Mon mari vient de recevoir un appel et nous allons devoir nous déplacer quelque part ce soir. L’expérience, je pense, ce sera pour demain, ou pour une autre fois. J’aurai l’occasion en masse, de toute façon, d’y revenir, puisqu’il me reste 965 textes à écrire.

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