Jour 965

Mince. J’ai encore rêvé au cancer. Il faut dire que j’ai lu un article en fin de soirée intitulé Cancer : explosion du nombre de décès chez les femmes. L’article fait état des raisons de l’explosion, parmi lesquelles le vieillissement de la population et l’augmentation démographique, le tabagisme et l’alcool. Le problème est plus grave dans les pays pauvres, où il est mal dépisté, que dans les pays riches. Mais il y a plein de gens riches qui, bien qu’ayant profité d’un bon dépistage, en meurent quand même. Dans mon rêve, j’avais hâte qu’on m’annonce que j’en étais atteinte, pour commencer mes traitements au plus vite et pour classer tout aussi vite le problème derrière moi. Radio, chimio, je n’en faisais qu’une bouchée. Une fois le problème derrière moi, je n’y pensais plus et je passais aux choses sérieuses, aux choses, aux belles choses de la vie. Je traitais le fait d’avoir un cancer comme une banalité, comme un phénomène sans importance, sans conséquence grave. Il me semblait moins important de le subir que de le craindre. Cela me fait penser au rêve que j’ai fait il y a plus d’un an, dans lequel je devais marcher pieds nus dans la neige sur une longue distance. Il n’y a rien là, marcher pieds nus. Mais dans la neige, par un froid de canard, ça peut me valoir une amputation. J’ai tendance à préférer vivre les épreuves, que je sois prête ou non à les vivre, plutôt que d’en sentir la menace.
– Tu n’as peur de rien, m’a dit quelqu’un, récemment.
– Je ne vois pas pourquoi j’aurais peur, ai-je répondu en faisant la fraîche-pète.
Il ne faut pas en conclure que je suis brave. J’en conclus que je suis prête à tout pour me débarrasser d’une difficulté, pour la balayer, pour l’enrayer de ma vie, tellement je suis habitée par l’espoir, ensuite, de retrouver intacte, sinon plus grande, la beauté qui était celle de ma vie avant l’épreuve. Autrement dit, je serais à la recherche permanente de la beauté originelle.
En attendant, je n’ai pas fait mon expérience, celle à laquelle j’ai fait allusion hier. J’espère la faire demain, d’autant qu’on annonce de la pluie et que je ne passerai pas la journée dehors, comme ce fut le cas aujourd’hui. Mon expérience consiste à me munir d’un pinceau à poils courts qui peut supporter les manipulations brusques, énergiques et appuyées, pour tracer avec des restants d’acrylique, sur une toile, des cercles et des lignes. Je vais les tracer comme si j’étais enragée, comme si c’était plus fort que moi de les tracer, de les laisser s’exprimer. Je veux connaître la sensation que ça fait d’approcher la toile dans un état d’urgence, même s’il doit s’agir d’une urgence factice. Pour l’instant, je me dis que je ne vais aboutir qu’à un mélange de couleurs qui vont toutes tourner au gris en se superposant l’une l’autre. Mais peut-être que le sentiment d’urgence va donner naissance à autre chose qu’une masse grisâtre non inspirante. Je verrai.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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