Jour 939

J’ai trouvé le moyen de faire de bonnes actions à l’aéroport de Vancouver. D’abord, j’ai trouvé sous un siège une jolie pochette ronde qui contenait des écouteurs d’une marque renommée –je ne me rappelle plus laquelle. J’ai regardé autour de moi ne sachant que faire de ma trouvaille. Je me suis dirigée vers un comptoir, derrière lequel un homme arborant la tenue de la compagnie Westjet lisait des données sur un écran d’ordinateur.
– Excuse me, Sir, I found this, ai-je dit à l’homme en lui montrant ma trouvaille.
– Oh ! la personne qui les a perdus doit être bien malheureuse, ai-je cru comprendre de sa réponse en anglais.
Il semblait déjà savoir qu’il s’agissait d’écouteurs.
– Je vais les faire circuler auprès des gens qui viennent tout juste d’embarquer dans notre avion, a-t-il ajouté dans la même langue en tendant la main pour les prendre.
Cela m’a semblé curieux, je me suis demandé comment il allait réussir cet exploit, mais quand on est en terre étrangère on n’en est pas à une surprise près, alors je n’ai pas insisté et j’ai poursuivi ma route.
– Qu’est-ce que je vais trouver d’autre, me suis-je alors dit intérieurement, me rappelant qu’il m’est déjà arrivé de trouver une très belle chaîne en or, à l’aéroport P.-E.-Trudeau.
Je n’avais pas terminé cette réflexion intérieure que mon regard se posait sur une paire de lunettes oubliées celles-là sur un fauteuil à proximité d’un escalier. Je me suis empressée de les prendre, en remarquant, visible sur la monture, le sigle de Dolce & Gabbana.
– Je pourrais utiliser ces lunettes pour ma prochaine prescription de verres !, me suis-je dit dans une réelle excitation car la monture me plaisait.
Elles étaient couvertes de taches de doigts graisseux et je n’avais pas envie de les essayer sans d’abord les laver, alors je me suis dirigée vers des toilettes que j’ai facilement repérées. D’une chose à l’autre, sur mon parcours menant aux toilettes, je me suis laissée distraire, notamment par un livreur qui déposait des poinsettias en pot à tous les comptoirs des compagnies aériennes et cela parsemait l’aéroport de jolies taches rouges. En arrivant aux toilettes, je me suis arrêtée pour observer un mur couvert d’une mosaïque du plus bel effet. Les montures étaient depuis un moment dans la poche de ma veste et c’est avec les montures bien cachées dans la poche de ma veste que je suis allée faire pipi sans plus penser à mon projet d’essayage qui m’aurait permis de savoir si les montures seyaient à mon visage.
– Bof, me suis-je dit dans les minutes qui ont suivi, un peu honteuse d’avoir un instant voulu me les approprier. J’aime mieux aller les porter au comptoir des objets perdus, si un tel comptoir est facile à trouver.
J’en ai trouvé un dans la seconde suivante, un comptoir où il était simplement marqué en lettres géantes Information, et où travaillaient deux personnes pas mal âgées, probablement bénévoles. Elles ont été enchantées de découvrir, m’ont-elles dit, qu’il existe encore des personnes honnêtes de nos jours. Craignant ensuite que mon mari ne commence à s’inquiéter, je me suis empressée de retourner à la porte C-33 où avait lieu notre embarquement et où m’attendait mon mari en écoutant les informations à un écran de télévision. Mais l’embarquement n’ayant lieu que dans l’heure suivante, je me suis assise à une table inondée de soleil et j’ai écrit le texte du jour 940.

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Jour 940

J’ai faim. Nous nous sommes levés à 5 heures, chez Emmanuelle, et avons chacun pris une douche. Le plancher craque c’est effrayant, même quand on marche sur le bout des pieds. Pour ma part, je n’ai pas dormi de la nuit, mais j’ai dormi deux heures dans l’avion tout à l’heure, alors je me sens pas si pire. Nous attendons en ce moment à l’aéroport de Vancouver le vol intérieur qui va nous conduire en une petite demi-heure à Victoria. À Victoria, les amis nous attendent. J’imagine que nous allons nous rendre manger quelque part. Il faut dire qu’il est ici onze heures, mais quatorze heures à Montréal. Il fait très beau, cela dit en passant, la lumière du soleil inonde les lieux et je constate, pour m’être promenée un petit peu avant de m’installer écrire ce texte, que les plantes qui agrémentent l’endroit sont en excellent état, en bien meilleur état que les miennes à St-Jean-de-Matha. Je reprends mon récit qui est déjà parti dans tous les sens : nous nous sommes levés, douchés, et avons pris le taxi jusqu’à l’aéroport d’autrefois Dorval. Nous avons échangé quelques mots avec le chauffeur, en ce qui me concerne c’était pour profiter de sa belle voix. Il parlait à la manière d’un maghrébin qu’il était, mais en disant icitte au lieu d’ici. Nous étions ses premiers clients de la journée. À l’aéroport, nous avons rapidement réglé la question des bagages et de la sécurité. Une fois cela fait, je nous ai acheté chacun une chocolatine et un café. J’ai voulu mettre du sucre brun dans le mien, alors j’en ai versé dans mon verre de carton, mais le sucrier en a fait couler une bien trop grande quantité. J’ai quand même bu la boisson tiède et hyper sucrée et mastiqué la chocolatine. Donc, si je calcule que nous avons mastiqué la dernière fois à six heures du matin à Montréal, cela fait huit heures que nous fonctionnons sur un estomac vide. Il faut dire que nous n’avons pas beaucoup bougé.
– Tu vois cette fillette ?, ai-je demandé à Denauzier en pointant discrètement une petite fille de quelque quinze mois toute mignonne avec ses cheveux fournis, noir de jais, et son pyjama rose fuschia.
– Oui, je la vois.
– Eh bien je parie qu’elle sera assise avec ses parents juste à côté de nous dans l’avion, ai-je avancé.
– Et qu’elle va pleurer tout le temps ?, a demandé Denauzier.
– Exact, ai-je répliqué.
Comme de fait, les parents étaient assis à la rangée qui précédait la nôtre, dans le fond de l’avion car nous ne voyageons pas en première classe, mais la petite n’a pas pleuré une seule fois.
– Elle s’appelle Noor, nous a dit le papa, ça veut dire lumière, en arabe.
J’ai incliné la tête vers l’épaule de mon mari sans pouvoir l’atteindre à cause de la configuration du dossier et de l’appui-tête. J’ai pris plaisir à sentir sa main chaude sur ma cuisse pendant quasiment tout le trajet. Il a écouté un film et pour ma part j’ai sommeillé. Je sentais ma tête tomber devant moi, je cognais des clous, autrement dit, et c’est grâce à eux, les clous, que je vais pouvoir me rendre jusqu’à ce soir.

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Jour 941

État des lignes de cardiogramme le 2 décembre 2016.

État des lignes de cardiogramme le 2 décembre 2016 (détail). Au centre, la masse marron qui m’a demandé trois jours de travail.

– Nous partons en avion, et nous revenons en camion, ai-je dit à tantine en parlant lentement pour être certaine qu’elle comprenne le concept.
– Vous partez en avion et vous revenez en camion, a-t-elle répété. Wow ! C’est original !, a-t-elle enchaîné, me faisant comprendre qu’elle avait parfaitement assimilé l’information. Qui en a eu l’idée ?
– Mon mari, évidemment, ai-je répondu.
– Ton mari a de bonnes idées, a conclu tantine.
Nous partons en auto demain lundi le 5 décembre en fin d’après-midi. Nous allons souper chez mon frère à Joliette et je vais l’aider à acheminer des fichiers informatiques à des destinataires, il n’a pas l’habitude d’utiliser le courrier électronique pour envoyer des fichiers attachés. Après le souper et l’aide informatique, nous allons partir en voiture où les pattes d’ours va nous déposer chez ma fille à Notre-Dame-de-Grâce. Ma fille n’y sera pas parce qu’elle joue de la flûte en concert au sein de son orchestre de la Montérégie. Elle va donc rentrer tard. Nous allons passer chez elle une courte nuit car le taxi va venir nous chercher le mardi matin à 5h30 pour nous conduire à l’aéroport. Nous prenons l’avion pour Vancouver et de Vancouver nous allons prendre l’avion pour Victoria. Et à Victoria nous serons rendus à l’endroit où mon mari achète un camion (usagé) que nous allons ramener à la maison en traversant le Canada. Mais avant d’entamer la traversée du pays, nous allons passer quelques jours chez les amis de Victoria.
– C’est vraiment original, a répété tantine, mais ça ne risque pas d’être un peu long ?
– C’est presque 5 000 km de route, ai-je répondu, et d’après les parcours que nous avons consultés dans des guides et sur Internet, c’est plus long en distance si nous passons par les États-Unis, mais paradoxalement plus court en temps.
– Vous allez traverser les Rocheuses ?, a poursuivi tantine.
– Oui, c’est la partie qui inquiète le plus Denauzier. Il craint les tempêtes et les blizzards parce qu’il sait ce que c’est, il a déjà été coincé dans les Rocheuses en raison de grosses tempêtes.
– Et si ça arrive, qu’est-ce que vous allez faire ?
– Je ne sais pas. Quand je suis avec mon mari je ne m’inquiète jamais. On verra.
– Si tu m’écris tous les jours, a conclu tantine, je vais essayer de visualiser une partie de tes aventures, je vais regarder sur mon ordinateur où se situent les villes que vous allez traverser, bref je vais moins m’ennuyer de toi.
– Je compte apporter mon ordinateur pour écrire mon blogue, alors bien entendu je vais t’envoyer des courriels.
Je ne pourrai pas travailler sur mon bandeau en photo ci-dessus. Ça fait d’ailleurs quelques jours que je n’y travaille pas, ayant eu à faire des déplacements à Montréal pour rencontrer mes amis, vendredi et samedi. Les amis ont trouvé que j’avais bonne mine. À Montréal, le seul fait de marcher dans les rues de mon quartier m’a rappelé à quel point j’étais fatiguée, quand j’y marchais dans ma vie d’autrefois. Alors j’ai tendance à penser qu’effectivement je me sens mieux qu’avant. L’année 2016, bien qu’elle ne soit pas terminée, aura été une bonne année.

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Jour 942

Spaghettis multicolores entrelacés

Lignes multiples d’un cardiogramme.

Je me suis rappelé les paroles de mon professeur P. Gauvin qui nous disait de repousser les limites, d’aller toujours plus loin –c’est le principe même de la science, de l’avancement des connaissances en toute matière, finalement. Alors j’ai décidé de me donner à fond dans mon bandeau –un restant de toile de format 28"X5"– qui reproduit des lignes multiples en provenance d’un cardiogramme, tel qu’on le voit ci-contre.
Y aller à fond, dans un premier temps, a consisté à utiliser mon pinceau le plus fin, à l’enfoncer dans une épaisseur d’acrylique ni trop solide ni trop liquide, et à remplir les espaces fermés qui se sont créés ici et là. J’ai commencé cette aventure en plein jour, mais il faisait gris dehors et il m’a semblé que l’éclairage, dans mon bureau, était déficient. Me sachant seule à la maison, j’ai sorti ma loupe, une grosse loupe que j’utilisais pour lire mes annuaires, à l’université, qui sont imprimés en petits caractères. Je craignais que s’il me voyait ainsi attelée à m’arracher les yeux, mon mari s’inquiète, mais justement, il était à l’extérieur ce jour-là. Je tenais la loupe de la main gauche, elle est quand même lourde, et je peignais de la main droite, ayant à souvent ajuster la hauteur entre mes yeux et la loupe et entre la loupe et la toile. J’ai eu peur de me donner mal à la tête, à force de changer ainsi le focus, les premières minutes. J’ai pris une profonde inspiration pour me concentrer mieux, en fermant les yeux. J’ai fait jouer à partir de mon ordinateur la musique calmante et à la fois énergisante de ma gourou Snatam Kaur. Comme toujours, quand je l’écoute, j’ai pensé à mon amie Thrissa qui m’a fait découvrir Snatam. J’ai fini par me rendre à l’évidence, et cela nous amène à la deuxième étape d’y aller à fond : pour que l’exercice soit intéressant, il fallait que je crée une masse longiligne qui traverserait tout le bandeau dans son milieu, en ne débordant pas sur les lignes existantes toutes plus entortillées les unes que les autres. C’est du travail en titi. J’en ai eu pour trois jours.
– C’est incroyable à quel point je me donne du mal, me suis-je dit à plusieurs reprises.
Une fois terminée la masse longiligne qui est de couleur marron et dont je suis quand même satisfaite, je me suis mise à créer des formes circulaires qui ressemblent à des sucettes colorées. J’ai pensé, en les traçant, il y en a vingt-sept, à la pauvre France Gall qui a chanté les sucettes sans se rendre compte que la chanson était à double sens.
Ensuite, j’ai utilisé un beau bleu royal pour créer un fond uniforme entre la bordure du canevas et la première ligne de tortillons, à gauche, et j’ai fait la même chose à droite avec cette fois un mélange de trois or iridescents.
Tout à l’heure, pour calmer un peu la folie dans cet amas de signaux qui créent un certain tumulte, j’ai comblé des espaces avec du violet, mais je ne suis pas certaine que j’aurais dû me lancer dans cette voie.
J’en suis là pour l’instant. Je mettrai le bandeau nouveau en photo vedette prochainement, ce sera plus facile à comprendre.
– Tu es encore en train de travailler là-dessus ?, s’est étonné Denauzier, me voyant m’échiner sur mon bout de canevas mal taillé. Que fais-tu au juste ?, a-t-il ajouté.
– Pas grand-chose, ai-je répondu. Je fais des expériences sur un bout de toile de rien du tout… Je lui donne de l’amour, j’imagine, ai-je ajouté.

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Jour 943

J’ai encore deux heures à ma disposition. Deux heures de bonheur. Deux heures de bonheur seule dans la grande maison à la campagne. Pas deux heures de bonheur parce que je suis seule. Je peux ressentir le même bonheur en compagnie de Denauzier qui fait ses affaires pendant que je fais les miennes et qui vient m’embrasser au hasard de ses déplacements ou alors c’est moi qui y vais.
Dès que je constate que j’ai du temps de bonheur devant moi, je déplore aussitôt qu’il va passer trop vite. Que je n’aurai pas le temps de tracer autant de lignes que j’aimerais le faire sur mon étroit bandeau déjà pas mal barbouillé, que je n’aurai pas le temps de tourner mes phrases à l’endroit et à l’envers autant de fois que j’aurais envie de le faire pour peaufiner mon texte du jour.
Il pleut. De mon bureau où je suis installée, en hauteur par rapport au chemin qui est juste devant, je vois notre voisin marcher d’un bon pas, dans sa veste à carreaux, accompagné de sa chienne qui trottine dans sa robe blanche et caramel.
Denauzier a ajusté les trappes au plafond de manière à ce que deux sur quatre soient fermées, dans mon bureau. Comme ça j’aurai moins chaud, car ce sont les trappes par lesquelles circule la chaleur en provenance de la grosse fournaise du garage. Depuis cet ajustement, les trappes émettent un bruit de ventilation permanent qui me plaît parce qu’il me tient compagnie. Je suis seule, mais en compagnie du bruit du fond. Ce sont des acouphènes artificiels qui me permettent d’apprécier ne pas souffrir d’acouphènes réels. La phrase que je viens d’écrire me fait penser à une autre écrite il y a longtemps. J’exprimais le plaisir d’entendre le son incessant de l’ascenseur qui montait et descendait, du temps de mon travail à l’université, parce que ce son me rappelait celui de la corne de brume des bateaux de Deauville qu’on entend dès le début du film de Lelouch, auquel –je l’ai écrit maintes fois– je reviens tout le temps, Un homme et une femme.
– Ça tombe sur les nerfs, le maudit ascenseur, me disaient mes collègues.
Je n’osais pas répondre que j’aimais l’entendre.
Nous allons avoir dans les prochains jours, Denauzier et moi, plusieurs obligations qui vont gruger notre temps. Pour lesquelles nous n’aurons pas assez de temps. C’est à cause de ces obligations, assez nombreuses de façon générale, que les journées comme aujourd’hui, qui m’offrent quelques heures de délices, me semblent si précieuses. Avoir tout mon temps pour ne me consacrer qu’à mes délices, je souffrirais assez rapidement, je pense, de stagnation. Donc, mon temps de délectation avec mes pinceaux et mes mots est précieux parce qu’il est compté. C’est le principe même de la vie sur terre.
À vingt ans, j’étais à mille lieues de me rendre compte que le temps pouvait avoir une incidence sur la vie des individus. J’écoutais le professeur s’épuiser à nous parler de l’effet du temps, en littérature, et je ne comprenais rien.
À mes maintenant cinquante-sept ans, j’y pense je dirais en permanence. Je ne suis pas loin de vivre chaque jour comme si c’était le dernier. Quand je serai encore plus vieille, je vivrai peut-être chaque heure, puis chaque minute, comme si c’était la dernière. Je vais aussi arriver, du moins je l’espère parce que je veux vivre vieille, à un moment dans ma vie où une activité aujourd’hui anodine va s’étirer à n’en plus finir. Autrement dit, en ne faisant rien, je vais manquer de temps. Je donne un exemple qui me vient de Bibi.
– Ça prend tellement de temps à papa pour faire son lit, m’a-t-elle raconté, que je lui donne un coup de main. Je place les draps à plat, et je le laisse ensuite enlever les plis. Je lui dis de m’appeler quand il sera rendu à la couette. Il m’appelle, je la dépose –fling flang ça me prend quatre secondes. Il la place à son goût, pour qu’elle dépasse d’une manière égale de chaque côté.
– C’est une bonne manière, ai-je conclu, de faire de l’exercice.
– Et d’occuper une matinée…, a ajouté Bibi.

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Jour 944

J’ai aimé l’attitude du serveur. Il n’a pas semblé mortifié, il s’est excusé et y est allé avec entrain dans son service prise deux.
Pour rappel de mémoire, nous sommes au restaurant le Bâton rouge du quartier des spectacles, Denauzier et moi.
Cinq jours se sont écoulés depuis le début de mon récit, cinq jours se sont écoulés parce que c’est le principe même de la vie : le temps passe et il est impossible de le rattraper autrement que par la réminiscence, or le temps qu’on passe à la réminiscence est aussi du temps qui passe.
Il n’a pas encore été fait mention, bien que le récit de mes aventures ait commencé avec le texte du Jour 946, de la raison principale pour laquelle nous nous sommes déplacés à Montréal, mercredi dernier le 23 novembre : pour entendre mon amie Ludwika jouer du violon au sein de son Ensemble Caprice à la Salle Bourgie.
Un ensemble de raisons ont fait en sorte que je n’ai pas eu l’occasion de la rencontrer lors de mon plus récent séjour à Montréal début novembre, alors je me suis dit que j’irais la rencontrer, et lui piquer une jasette minimale, au concert de ce mercredi maintenant dernier.
Pour rappel de mémoire également, j’ai décidé d’appuyer les bases du récit de mes aventures montréalaises sur les moments qui ont été consacrés à l’alimentation ce jour-là. Il y en a eu cinq. Il ne m’en reste qu’un à décrire, les quatre premiers ayant été présentés dans les textes 946 et 945, à savoir, et rapidement : déjeuner léger et dîner sans appétit à la maison de St-Jean-de-Matha, café bu au Il Panino, rue Ste-Catherine est, en compagnie de mon ami peintre Yvon, et repas de sandwiches accompagnés de frites pas très chaudes que j’ai demandé de faire réchauffer au restaurant le Bâton rouge.
Du restaurant nous avons marché d’un bon pas jusqu’à la Salle Bourgie. Je pensais que le programme du concert serait consacré aux concertos Brandebourgeois, mais je me suis trompée. Nous y avons entendu deux suites orchestrales avec des trompettes éclatantes de vigueur, un arrangement du Concerto italien pour flûte à bec, et une cantate. Je ne pouvais pas être mieux placée pour observer Ludwika de l’endroit où nous étions assis, deuxième rangée à l’extrême gauche. J’étais un peu nerveuse en début de concert parce que je ne savais pas si Denauzier appréciait son expérience, mais rapidement j’ai laissé faire les inquiétudes et j’ai profité de tout. En plein dans notre champ de vision, également, se trouvait un hautboïste qui n’a pas tardé à suer à belles gouttes le long de la tempe gauche qui était la tempe que l’on voyait. J’ai eu une pensée pour le don de soi entier que constitue le travail du musicien.
Bien entendu nous avons fait un coucou à Ludwika, dans les loges, après le concert. Je lui ai présenté Denauzier et à Denauzier j’ai présenté Ludwika. C’est-à-dire que je prends la peine de dire à Ludwika Je te présente Denauzier, et à Denauzier Je te présente Ludwika. Ensuite, de la Salle Bourgie, en fin de soirée, nous avons marché moins rapidement, car il nous semblait qu’il faisait moins froid, jusqu’à la voiture toujours stationnée devant le restaurant des sandwiches et des frites pas assez chaudes.
Il nous restait une heure et demie de route à effectuer pour regagner la maison.
La tête pleine des événements de la journée, de l’achat des toiles au trafic de drogue, d’un Kijiji trompeur à la bouteille d’eau gazeuse renversée, de la musique qui résonnait encore à mes oreilles à la belle coupe de cheveux de Ludwika qui lui va superbement, il était impossible de penser aller dormir dès notre arrivée. Et j’avais faim. Alors j’ai mangé, et nous voici arrivés au cinquième jalon de mon récit basé sur l’alimentation, j’ai mangé de la croustade aux pommes nappée de yogourt onctueux de la Vallée verte. C’était délicieux.

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Jour 945

C’est à partir d’ici, dans le déroulement de ma journée, que les choses se sont corsées. D’abord, notre voiture stationnée sur la rue Ste-Catherine s’est trouvée prisonnière –de même que nous qui étions dedans– d’une fourgonnette qui est venue se placer en double file à notre hauteur. En sortant de son véhicule, le passager a frappé notre voiture avec la portière sans s’excuser. Le conducteur, pour sa part, s’est engouffré en marchant vite dans un édifice aux allures plus que douteuses dont une enseigne annonçait un ancien hôtel, au-dessus d’une porte très sale et très vieille.
– On va assister à un trafic de drogue !, me suis-je exclamée, excitée.
L’homme qui était le conducteur est resté quelques minutes dans l’ancien hôtel. Le passager qui accompagnait le conducteur et avait accroché notre véhicule avec la portière est revenu s’asseoir et attendre son comparse. Il avait, c’est le moins qu’on puisse dire, une mine patibulaire. La porte où s’était engouffré le conducteur a fini par s’ouvrir, pour laisser sortir l’homme muni d’une … scie à onglet !
– C’est quand même habile de la part de l’homme, ai-je dit à mon mari, en faisant référence au trafic de drogue. L’héroïne est dissimulée dans la base de l’outil, tu ne penses pas ?
Denauzier n’a pas répondu, surveillant plutôt les manœuvres du conducteur qui s’était stationné à moins d’un pouce du rétroviseur. La fourgonnette a fini par partir et nous avons pu quitter l’endroit où nous étions stationnés pour rouler sur la rue Ste-Catherine ouest à 17h30. Ce fut l’embouteillage total.
Mon scénario de trafic de drogue constitue ici une diversion par rapport à ce que j’ai annoncé plus haut à l’effet que les choses se sont corsées. Les choses se sont corsées, autrement dit, parce que nous n’étions plus capables d’avancer.
Je saute ici une heure complète du déroulement de notre journée pendant laquelle nous avons été immobilisés, pour arriver au quartier des spectacles, toujours rue Ste-Catherine.
– Arrêtons-nous ici, ai-je dit à mon mari, en plein devant le restaurant le Bâton rouge.
– Et allons manger là, ai-je ajouté, en désignant le restaurant.
– Vraiment ?, s’est exclamé mon mari. On n’est pas obligés de prendre le premier du bord, a-t-il ajouté.
– Vraiment, ai-je répondu, heureuse de renverser le fil du récit de l’immobilité par une proposition qui faisait saliver Denauzier.
Donc, après les céréales matinales et le café, après le spaghetti à la maison et encore du café au café du quartier latin, nous avons absorbé mon mari un burger et des frites, moi un sandwich aux légumes grillés et des frites. Nous n’avions pas assez faim, finalement, pour attaquer les spécialités très carnées. J’ai pris un peu de vin rouge, Denauzier une bière. Nous avons aussi commandé de l’eau et c’est Denauzier qui a bu presque les deux verres. J’ai demandé que les frites nous soient servies très chaudes en retournant mon assiette parce qu’elles ne l’étaient pas, et mon mari en a profité pour faire réchauffer les siennes aussi. Hormis cet incident, le repas fut réussi, en très bonne compagnie.
Un autre incident s’est produit à proximité de nous. Un jeune serveur a échappé une bouteille complète d’eau gazeuse sur un client. Elle lui a glissé des mains et le temps que quelqu’un la rattrape l’eau s’en était entièrement échappée. Le serveur a dû tout enlever des assiettes qui étaient déjà sur les tables devant les convives, et recommencer son service à partir de zéro. Ils étaient six à la table, trois couples âgés. Deux personnes de la banquette qui me faisait face se sont levées pour essuyer leurs vêtements. Les clients ont pris la chose de manière bon enfant, en riant et en taquinant le jeune homme. J’ai aimé l’attitude du serveur. Il n’a pas semblé mortifié, il s’est excusé et y est allé avec entrain dans son service prise deux.

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