Demain j’ai rendez-vous avec deux amis hommes pour dîner chez l’un d’eux, et le soir aussi je suis invitée chez un ami homme. Le midi je serai dans le quartier Jean-Talon, et le soir dans le quartier du Jardin Botanique. Il s’agit de trois hommes, même si je ne les vois pas souvent, qui gravitent dans la zone pas trop éloignée du noyau dur. Nous avons tous en commun d’aimer peindre. La journée va donc y passer, je vais partir tôt et revenir tard. Aujourd’hui, au contraire, j’avais toute ma journée. J’avais prévu le coup en m’achetant en ligne, depuis la maison à la campagne, des billets pour assister à trois films différents du festival du film francophone Cinémania. L’événement se tient au théâtre Impérial de la rue Bleury où je n’étais, bien sûr, jamais allée. J’avais acheté des billets pour trois représentations qui s’enchaînaient, l’une à 10 heures, l’autre à 12 heures, l’autre à 14 heures.
Malheureusement, en raison des présidentielles américaines qui nous ont tenus éveillés assez tard, et de Denauzier qui est parti ce matin très tôt, je n’ai pas été capable de me lever pour assister au film de 10 heures, qui pourtant m’intéressait le plus. Le voyage de Fanny raconte l’histoire –vraie– d’une jeune fille juive de douze ans qui fuit un pensionnat, nous sommes en 1943, avec sept autres enfants juifs. Elle réussit à mener le groupe aux frontières suisses. C’est un remake de La mélodie du bonheur !
Je suis arrivée à l’Impérial alors que le film se terminait. Deux autobus scolaires, vides, attendaient le long de la rue. Les jeunes d’une école secondaire sont sortis du cinéma, sautillant et criant. Cela a atténué ma déception d’avoir raté le film.
– Est-ce que les enfants pleuraient ?, fut la question de la toujours sensible chouchou à qui j’ai raconté ma journée, et notamment ma première séance de cinéma ratée.
– Aucunement, fut ma réponse.
Le deuxième film, malgré des invraisemblances dans le scénario, était quand même intéressant. Il s’intitule Corps étranger, je pense que c’est une coproduction France-Tunisie, c’est l’histoire d’une jeune clandestine. Après avoir failli mourir noyée dans la Méditerranée, elle essaie de se créer une vie à Paris. Elle reçoit l’aide d’une femme riche, elle aussi veuve, en ce sens que quand je pense à une veuve je pense à tantine, et donc avec tantine et la femme riche, ça fait deux veuves.
Je pensais que le troisième film, Wùlu, allait plus ou moins m’intéresser. C’est pourtant celui qui m’a le plus plu. L’histoire raconte comment un homme du Mali commence le commerce de la drogue entre les pays voisins, le Sénégal et la Guinée. Il réussit et traverse les dangers grâce à des nerfs d’acier, un tempérament stoïque, une grande rigueur –il ne boit pas, ne consomme pas– et une intelligence qui déjoue les manigances de ses adversaires. Il réussit tellement qu’on se demande de quelle manière il va poursuivre sa vie ayant tout vu, tout surmonté. J’ai pensé qu’il allait choisir de devenir chauffeur de taxi et de vivre sans ennui grâce à l’argent accumulé. Eh bien je me suis trompée, autant que les maisons de sondage qui prédisaient une victoire d’Hillary. Le personnage, il s’appelle Ladji, choisit de se suicider en provoquant un accident de la route.
– En voilà un, me suis-je dit en sortant, qui n’aura pas à endurer de maladie, ou de traitement pour tenter d’éradiquer une maladie…
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Badouziennes
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Une autrice illustrement inconnue !
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Je n’ai pas appuyé fort sur mon pinceau sur ma toile comme si ma vie en dépendait parce que ça ne me tentait pas. J’ai donc laissé faire mon expérience, ce sera pour une autre fois. Il pleuvait ce matin, il faisait gris dehors et dans la maison, je ne voulais pas rompre le charme tranquille de la journée débutante en déployant une énergie du désespoir pour tracer des lignes à toute vitesse. Je me suis plutôt laissé tenter par un exercice de copie d’un peintre qui s’appelle Patrick Herzig, qui s’inspire lui-même des natures mortes de Picasso. J’y suis donc allée pour une nature morte à la manière de Herzig copiant Picasso. Cela donne la photo ci-dessus. Cela donne la photo ci-dessus pour l’instant, car je n’ai pas terminé. Il s’agit d’une coupe de fruits et d’une coupe de vin déposées sur, et près, d’une nappe à rayures. J’aimais assez le résultat, jusqu’à ce que je me mette à tracer des formes spermatozoïdales qui donnent l’impression que la coupe de vin est coiffée d’un mouchoir noué à l’arrière. Il va donc falloir que je réajuste le tir et que je m’y prenne autrement pour la composition de la partie supérieure de la toile. J’aime la grappe de raisins. Je ne sais pas moi-même sur quoi repose la coupe de vin, je ne sais pas à quoi correspond la surface de couleur rouille. Je ne désirais pas couvrir la toile d’une nappe trop généreuse, alors j’ai fragmenté l’espace inférieur en deux parties, une pour la nappe à rayures, l’autre pour une surface uniforme, de couleur rouille. J’aimerais peut-être, cependant, couvrir d’un motif la surface rouille, à ce moment-là on pourra parler de deux nappes, ou de deux tissus imprimés, qui se rencontrent.