Jour 945

C’est à partir d’ici, dans le déroulement de ma journée, que les choses se sont corsées. D’abord, notre voiture stationnée sur la rue Ste-Catherine s’est trouvée prisonnière –de même que nous qui étions dedans– d’une fourgonnette qui est venue se placer en double file à notre hauteur. En sortant de son véhicule, le passager a frappé notre voiture avec la portière sans s’excuser. Le conducteur, pour sa part, s’est engouffré en marchant vite dans un édifice aux allures plus que douteuses dont une enseigne annonçait un ancien hôtel, au-dessus d’une porte très sale et très vieille.
– On va assister à un trafic de drogue !, me suis-je exclamée, excitée.
L’homme qui était le conducteur est resté quelques minutes dans l’ancien hôtel. Le passager qui accompagnait le conducteur et avait accroché notre véhicule avec la portière est revenu s’asseoir et attendre son comparse. Il avait, c’est le moins qu’on puisse dire, une mine patibulaire. La porte où s’était engouffré le conducteur a fini par s’ouvrir, pour laisser sortir l’homme muni d’une … scie à onglet !
– C’est quand même habile de la part de l’homme, ai-je dit à mon mari, en faisant référence au trafic de drogue. L’héroïne est dissimulée dans la base de l’outil, tu ne penses pas ?
Denauzier n’a pas répondu, surveillant plutôt les manœuvres du conducteur qui s’était stationné à moins d’un pouce du rétroviseur. La fourgonnette a fini par partir et nous avons pu quitter l’endroit où nous étions stationnés pour rouler sur la rue Ste-Catherine ouest à 17h30. Ce fut l’embouteillage total.
Mon scénario de trafic de drogue constitue ici une diversion par rapport à ce que j’ai annoncé plus haut à l’effet que les choses se sont corsées. Les choses se sont corsées, autrement dit, parce que nous n’étions plus capables d’avancer.
Je saute ici une heure complète du déroulement de notre journée pendant laquelle nous avons été immobilisés, pour arriver au quartier des spectacles, toujours rue Ste-Catherine.
– Arrêtons-nous ici, ai-je dit à mon mari, en plein devant le restaurant le Bâton rouge.
– Et allons manger là, ai-je ajouté, en désignant le restaurant.
– Vraiment ?, s’est exclamé mon mari. On n’est pas obligés de prendre le premier du bord, a-t-il ajouté.
– Vraiment, ai-je répondu, heureuse de renverser le fil du récit de l’immobilité par une proposition qui faisait saliver Denauzier.
Donc, après les céréales matinales et le café, après le spaghetti à la maison et encore du café au café du quartier latin, nous avons absorbé mon mari un burger et des frites, moi un sandwich aux légumes grillés et des frites. Nous n’avions pas assez faim, finalement, pour attaquer les spécialités très carnées. J’ai pris un peu de vin rouge, Denauzier une bière. Nous avons aussi commandé de l’eau et c’est Denauzier qui a bu presque les deux verres. J’ai demandé que les frites nous soient servies très chaudes en retournant mon assiette parce qu’elles ne l’étaient pas, et mon mari en a profité pour faire réchauffer les siennes aussi. Hormis cet incident, le repas fut réussi, en très bonne compagnie.
Un autre incident s’est produit à proximité de nous. Un jeune serveur a échappé une bouteille complète d’eau gazeuse sur un client. Elle lui a glissé des mains et le temps que quelqu’un la rattrape l’eau s’en était entièrement échappée. Le serveur a dû tout enlever des assiettes qui étaient déjà sur les tables devant les convives, et recommencer son service à partir de zéro. Ils étaient six à la table, trois couples âgés. Deux personnes de la banquette qui me faisait face se sont levées pour essuyer leurs vêtements. Les clients ont pris la chose de manière bon enfant, en riant et en taquinant le jeune homme. J’ai aimé l’attitude du serveur. Il n’a pas semblé mortifié, il s’est excusé et y est allé avec entrain dans son service prise deux.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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