Jour 940

J’ai faim. Nous nous sommes levés à 5 heures, chez Emmanuelle, et avons chacun pris une douche. Le plancher craque c’est effrayant, même quand on marche sur le bout des pieds. Pour ma part, je n’ai pas dormi de la nuit, mais j’ai dormi deux heures dans l’avion tout à l’heure, alors je me sens pas si pire. Nous attendons en ce moment à l’aéroport de Vancouver le vol intérieur qui va nous conduire en une petite demi-heure à Victoria. À Victoria, les amis nous attendent. J’imagine que nous allons nous rendre manger quelque part. Il faut dire qu’il est ici onze heures, mais quatorze heures à Montréal. Il fait très beau, cela dit en passant, la lumière du soleil inonde les lieux et je constate, pour m’être promenée un petit peu avant de m’installer écrire ce texte, que les plantes qui agrémentent l’endroit sont en excellent état, en bien meilleur état que les miennes à St-Jean-de-Matha. Je reprends mon récit qui est déjà parti dans tous les sens : nous nous sommes levés, douchés, et avons pris le taxi jusqu’à l’aéroport d’autrefois Dorval. Nous avons échangé quelques mots avec le chauffeur, en ce qui me concerne c’était pour profiter de sa belle voix. Il parlait à la manière d’un maghrébin qu’il était, mais en disant icitte au lieu d’ici. Nous étions ses premiers clients de la journée. À l’aéroport, nous avons rapidement réglé la question des bagages et de la sécurité. Une fois cela fait, je nous ai acheté chacun une chocolatine et un café. J’ai voulu mettre du sucre brun dans le mien, alors j’en ai versé dans mon verre de carton, mais le sucrier en a fait couler une bien trop grande quantité. J’ai quand même bu la boisson tiède et hyper sucrée et mastiqué la chocolatine. Donc, si je calcule que nous avons mastiqué la dernière fois à six heures du matin à Montréal, cela fait huit heures que nous fonctionnons sur un estomac vide. Il faut dire que nous n’avons pas beaucoup bougé.
– Tu vois cette fillette ?, ai-je demandé à Denauzier en pointant discrètement une petite fille de quelque quinze mois toute mignonne avec ses cheveux fournis, noir de jais, et son pyjama rose fuschia.
– Oui, je la vois.
– Eh bien je parie qu’elle sera assise avec ses parents juste à côté de nous dans l’avion, ai-je avancé.
– Et qu’elle va pleurer tout le temps ?, a demandé Denauzier.
– Exact, ai-je répliqué.
Comme de fait, les parents étaient assis à la rangée qui précédait la nôtre, dans le fond de l’avion car nous ne voyageons pas en première classe, mais la petite n’a pas pleuré une seule fois.
– Elle s’appelle Noor, nous a dit le papa, ça veut dire lumière, en arabe.
J’ai incliné la tête vers l’épaule de mon mari sans pouvoir l’atteindre à cause de la configuration du dossier et de l’appui-tête. J’ai pris plaisir à sentir sa main chaude sur ma cuisse pendant quasiment tout le trajet. Il a écouté un film et pour ma part j’ai sommeillé. Je sentais ma tête tomber devant moi, je cognais des clous, autrement dit, et c’est grâce à eux, les clous, que je vais pouvoir me rendre jusqu’à ce soir.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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