Jour 821

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La tasséomancie ou comment lire dans les feuilles de thé.

Mon premier amoureux s’appelait François. L’amoureux de quand j’avais quinze ans, auquel je rêve régulièrement depuis plus de quarante ans.
Voici ce qui se produisait dans mon rêve de la nuit dernière. François venait vers moi, épuisé d’avoir travaillé jour et nuit pour venir à bout d’un dossier majeur. Il me demandait ce que j’en pensais.
– Qu’est-ce que tu en penses ?, étaient ses premiers et seuls mots, alors que nous nous retrouvions après des années de séparation.
Dans les rêves, en effet, le temps est élastique. On peut être jeune –nous entamions la vingtaine– et avoir traversé des années de séparation à n’en plus finir.
Je comprenais, parce que dans un rêve on peut tout comprendre sans le moindre effort, que François me demandait mon avis par rapport au fait qu’il avait excessivement travaillé, et ce dans des conditions stressantes car le temps lui avait manqué. Les gens autour de lui semblaient critiquer cette forme d’excès et il voulait peut-être se faire rassurer.
– J’en pense, était ma réponse, que toi et moi sommes des artistes et que ce n’est pas tout le monde qui peut nous comprendre.
Sur ces mots qui apparemment lui faisaient le plus grand bien, il s’étendait sur moi de tout son long, les bras en croix, dans un irrépressible soupir de soulagement. Nous formions un sandwich crucifix, en ce sens que j’étais la tranche du dessous, déjà étendue les bras en croix, et il ajoutait par sa personne la tranche du dessus. Entre les deux tranches, quelle était la garniture ? De l’amour pur.
Une fois remis de son épuisement, François me parlait de tout et de rien, et parmi tous les petits riens de notre conversation, il me signalait qu’il ne portait pas d’anneau à l’annulaire gauche parce qu’il attendait que je me décide à l’épouser. Il me disait cela nonchalamment tout en époussetant la surface d’un meuble. Je n’en croyais pas mes oreilles. Comment des mots si lourds de conséquences pouvaient-ils m’être adressés ?
Je me rendais compte, statufiée pendant qu’il continuait d’épousseter, que j’étais trop jeune pour pouvoir m’engager. J’évaluais avec frayeur le nombre d’années qui allaient s’accumuler jusqu’à ce qu’on atteigne la soixantaine. Il y en avait trop, je ne serais pas capable de tenir le coup.
J’étais trop jeune pour m’engager parce que je ne croyais ni en moi, ni en lui, ni en l’amour. Je ne croyais en rien, finalement.
Je me rendais compte aussi qu’il me faudrait attendre tellement longtemps avant de m’aimer et d’être capable d’aimer quelqu’un d’autre en retour, que la vie risquait de se dérouler sans moi. Immobile, je la verrais se dérouler sous mes yeux, les pieds figés au beau milieu d’un terrain sec et vacant.
– Le terrain ne restera pas vacant longtemps, me disais-je en pensant à François, consciente qu’il voulait dès à présent construire sa vie.

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Jour 822

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Où il est écrit à gauche dans le Glamagazine que la jeune femme modèle s’appelle Xenia Deli et où apparaît à droite l’homme aux cheveux et barbe spaghettis.

J’écris ce jeudi le texte de demain vendredi parce que dès ce soir nous serons, Denauzier et moi, au chalet dans le bois sans connexion Internet, et ce jusqu’à lundi.
Lundi cependant je serai chez Bibi, j’y accompagnerai papa pendant deux jours, et je devrais, beau temps mauvais temps, avoir l’occasion d’écrire.
Justement parce que le temps passe et que mon mari, j’allais l’apprendre plus tard, m’attendait déjà dans l’auto à notre lieu de rencontre après nos déplacements respectifs, je me suis empressée de traverser la Place-Bourget pour me rendre, donc, à la bijouterie. J’ai demandé à la dame d’ajouter une maille à mon bracelet, j’avais les mailles supplémentaires avec moi, bien conservées dans un mini sachet. Elle est venue me faire essayer le bracelet allongé d’une maille, mais j’ai trouvé ça encore trop juste et je lui ai demandé d’ajouter une autre maille.
– Il me semble qu’il est grand en masse, m’a dit mon mari plus tard, en parlant du bracelet.
Nous étions assis à une terrasse devant, lui une bière, et moi un verre de vin.
– Regarde, je peux passer mon pouce entre le bracelet et le bras. Quand tu auras enflé pour l’équivalent de mon pouce, ma chérie, il va falloir que je t’amène à l’hôpital !
Je n’ai pas osé lui dire que la deuxième maille, c’était mon idée. C’était mon idée et il a fallu que la dame retourne à l’arrière-boutique pour faire l’ajout. Pendant ce temps, et c’est ici que je veux en venir depuis le début du texte 823, j’ai feuilleté une revue qui fait la promotion de bijoux Mi Moneda. En fait, ça ne s’appelle pas une revue. Il est écrit sur la page couverture qu’il s’agit d’un Glamagazine. On se lasse vite de le consulter, le Glamagazine, parce que c’est la même jeune femme, très belle bien entendu, qui porte les bijoux à toutes les pages, dans toutes les tenues et les poses possibles. Mais à une page publicitaire, je suis tombée sur un homme qui a des cheveux spaghetti et cela m’a sauvé la vie. J’appréhende en effet ma réaction lorsque je vais revoir ma toile, celle que j’ai plongée dans le lac le week-end dernier, celle qui m’a tant fait souffrir, celle pour laquelle j’ai tant cherché sans rien trouver. Apercevant les cheveux spaghettis, qui se prêtent bien à l’utilisation des crayons gel, je me suis dit que j’allais tout simplement, en abandonnant toute tentative d’originalité, reproduire cet homme, en beaucoup plus grand compte tenu du format de la toile. L’homme, au fil des tracés, va peut-être devenir une femme, et la grosse barbe va peut-être se transformer en un imprimé de robe floral…

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Jour 823

Après la cardiologue à l’hôpital de Joliette, j’ai voulu faire plaisir à mon Fitbit, alors je me suis rendue à pieds à la bijouterie Perreault du centre-ville y faire agrandir mon bracelet médical, pour rester dans le domaine de la cardiologie. Quand il fait chaud et quand je fais de l’exercice intense sur le tapis exerciseur, il finit par me serrer le bras au point d’y imprimer les mailles du bracelet. Ça fait longtemps que je désire remédier à ce petit inconfort, je dirais au moins un an. Ce n’est pas loin, la bijouterie par rapport à l’hôpital, à peine 3 000 pas. En cours de route, je me suis arrêtée à la seule tabagie que je connaisse. Je voulais faire plaisir à mon mari et lui acheter un cigare en cadeau de fête des pères en retard.
Le temps passe en titi et la tabagie ne change pas. Comme c’est la première fois de ma vie que j’achetais un cigare, je me suis fiée aux connaissances du tabagiste, un vieux monsieur auquel je vais demander, à ma prochaine visite, depuis combien de temps il passe sa vie derrière son comptoir. Il me semble que ça fait une éternité.
– Voici notre meilleur vendeur, me dit le vieil homme qui a l’air jeune, en pointant une boîte métallique de cigares de la Havane.
– C’est combien ?, ai-je demandé.
– Quarante-huit dollars.
– Trop cher, ai-je répliqué succinctement, encore en mode rencontre avec la cardiologue.
– Vous aimeriez peut-être alors un cigare à l’unité ?, m’a suggéré l’homme.
– Bonne idée ! Vous savez, c’est pour faire plaisir à mon mari qui n’est pas fumeur.
– Il devrait aimer celui-ci, a conclu l’homme en refermant son présentoir de cigares verrouillé.
J’ai voulu lui demander pourquoi il verrouillait mais ce sera pour la prochaine fois.
– Vous voudriez peut-être acheter un billet de loto ?, m’a demandé l’homme au moment où je m’apprêtais à payer mon cigare à six dollars.
Sa question m’a tellement surprise qu’encore une fois j’ai regardé l’homme en ne sachant si je devais opter pour un Oui ou pour un Non.
– Je n’achète jamais de billet de loto, ai-je répondu.
Le tabagiste s’apprêtait à me rembourser pour le seul achat du cigare lorsque j’ai changé d’avis, séduite par le fait de n’avoir pas vu arriver sa question qui était pourtant fort prévisible.
– Je vais en prendre un, finalement, lui ai-je dit.
Il ne m’a pas demandé si je choisissais avec Extra ou pas d’Extra. Écrivant ces lignes, je me dis que je devrai faire valider mon billet cet après-midi lors de mes courses maintenant habituelles du jeudi avec tantine.
Les temps changent ça n’a pas de bon sens. Encore à pareille date l’an dernier, tantine faisait ses courses avec son mari.

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Jour 824

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Le temps passe, la vie change, le coeur tient le coup.

Le temps passe. La vie change. Je suis allée hier à mon premier examen dentaire à la clinique de St-Félix. Je suis tombée sur une hygiéniste jeune qui porte le plus beau prénom, Emmanuelle, et qui porte aussi des extensions de cils et des ongles en gel. Je suis tombée sur un dentiste jeune aussi, plein d’énergie. C’est sûr que je n’ai pas profité d’une qualité de conversation comme j’en avais avec mon vieux dentiste à l’université, mais les temps changent, justement, et il faut s’adapter.
– J’essaierai d’avoir une conversation enrichissante avec quelqu’un d’autre, me suis-je dit, un peu piteuse en sortant de la clinique. Une chose est sûre, ai-je aussitôt ajouté à mon monologue intérieur pour me rasséréner, je ne profitais pas de ces paysages qui me plaisent tant, quand je me déplaçais sur le campus universitaire, entre le pavillon J.-A.-DeSève, où je travaillais, et le pavillon Principal, où pratiquait mon dentiste.
La vie passe. Le pavillon Principal s’appelle maintenant le pavillon Roger-Gaudry.
Qu’est-ce que j’entends par un paysage qui me plaît tant ? J’entends un chemin de ligne, j’entends un rang qui file droit devant et traverse des champs plats, comme il y en a à St-Félix ou à Ste-Élizabeth.
Hier le dentiste, aujourd’hui la cardiologue à l’hôpital de Joliette. Je suis dans la salle d’attente, je feuillette ma revue Parcours et je vois passer une petite dame, stéthoscope autour du cou, en sarrau blanc.
– Ce doit être elle, ma nouvelle cardiologue, me suis-je dit sans me tromper puisque c’est elle qui m’a appelée, plusieurs minutes plus tard.
Dans les cabinets des médecins et autres spécialistes, je me sens tellement lente en raison de mon articulation soignée et de mon inlassable recherche du mot qui sera le plus juste possible, que j’essaie de m’en tenir à des réponses courtes, de style Oui et Non, en essayant d’éviter les Peut-être.
– Vous avez eu un prolapsus ?, m’a demandé la cardiologue tout de go.
Je connaissais le mot, mais il m’a fallu quelques secondes pour me souvenir de sa signification, secondes pendant lesquelles la cardiologue me regardait, un stylo à la main, prête à cocher la case de son formulaire qui allait correspondre à ma réponse.
– Oui !, me suis-je presque exclamée, me rappelant que le prolapsus c’est le mot qu’utilisait mon cardiologue à l’Hôtel-Dieu pour parler, grosso modo, du souffle au cœur.
– Nous allons faire venir votre dossier du CHUM, m’a dit la dame, j’aurais besoin du nom de votre cardiologue.
– François, ai-je commencé, ou Jean-François… je ne me rappelle plus du nom de famille.
– Vous ne vous rappelez pas du nom de votre cardiologue traitant ?
– Non.
J’ai pensé ajouter que j’étais désolée de ne pas l’aider davantage, mais j’ai laissé faire, cela aurait requis un trop grand nombre de mots.
– Vous n’avez pas apporté votre liste de médicaments ?, a poursuivi la docteure.
– Je n’en prends que deux, de la Venlafaxine et du Coumadin.
– Le Coumadin, évidemment, pour éclaircir le sang. Et l’autre ?
– L’autre c’est un antidépresseur, la Venlafaxine, ai-je répété.
– Vous en prenez depuis longtemps ?
– Je dirais depuis bientôt vingt ans.
– Vous avez fait une grosse dépression ?
Là, j’ai regardé la dame, incapable de répondre Oui ou Non. Alors j’ai répondu ceci :
– Je n’allais pas très bien dans la quarantaine tellement j’étais épuisée, mais à aucun moment je n’ai été en congé de travail pour cause de dépression.
– Mais vous n’alliez pas bien, a-t-elle voulu vérifier.
– Je n’allais pas bien, ai-je répété.
La vie change. À Montréal, un jeune cardiologue homme. À maintenant Joliette, une cardiologue femme plus âgée que moi.
– Comment était ta rencontre ?, m’a demandé mon mari plus tard en après-midi.
– Très bien, ai-je répondu. Je vais être suivie à chaque année.
– La cardiologue est sympathique ?
– Ni sympathique, ni antipathique.
La vie change en continuant. À Montréal, je n’aimais pas mon cardiologue tellement il était sec et froid, presque bête, mais quand j’ai découvert que sa froideur cachait une grande timidité, je me suis mise à l’aimer.

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Jour 825

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Mandala pour calmer les esprits tourmentés.

Quand je ne vais pas bien, parce que ces temps-ci je ne peux pas dire que je me sente bien, je me lance dans des excès. Je me crée une liste titanesque de choses à faire et je n’ai qu’un seul but, me rendre au bout de la liste en un temps record après en avoir barré chaque item. Ainsi, hier matin, je n’étais pas en train d’entourer le saule d’un pourtour de roches pour qu’il se sente moins seul sur le grand terrain, devant la maison. J’étais en train de régler le cas du saule, en attendant d’aller régler le cas de l’érable –en lui faisant subir le même sort d’un pourtour de roches–, et après l’érable ce serait le bouleau. Le bouleau sous sa lourde chevelure héberge autour de son tronc les hostas de feu tonton et des hémérocalles qui sont sur le point d’être engloutis par les mauvaises herbes. Autrement dit, le bouleau, c’est un chantier plus costaud. Advienne que pourra, j’allais lui faire la passe à lui aussi dans la seule journée d’hier. Après le bouleau, d’ailleurs, j’allais aussi commencer à passer au tamis le gravier qui s’est accumulé non loin de l’abris de bois et je me voyais ainsi travailler, sans boire ni manger, jusqu’à l’arrivée de la nuit. Malheureusement, les bibittes sont arrivées bien avant la nuit, annulant tout projet de poursuite de jardinage. J’ai pu jardiner deux heures seulement, pendant qu’il ventait. Et aujourd’hui il pleut.
Ce week-end, comme, encore là, je n’allais pas bien, c’est ma toile qui m’a servi d’exutoire. La pauvre, elle s’est fait bardasser. Je l’ai grattée avec la seule brosse que j’ai trouvée dans notre chalet, une brosse à poils de fer, mais au moins la brosse était petite. Le grattage avait pour but d’enlever les lignes de couleur de mes crayons gel et d’enlever aussi une couche de pigments secs qui avaient durci en formant des mottons qui gênaient le passage du crayon à plusieurs endroits. J’ai versé quelques gouttes d’eau sur la surface de la toile pendant le grattage, mais, très vite, j’ai trouvé qu’il n’y avait pas assez d’eau, alors je suis sortie du chalet pour me rendre, malgré les bibittes, jusqu’au lac où j’ai plongé, oui oui, plongé ma toile dans l’eau. Elle en est ressortie dégoulinante de jaune indien, la couleur des pigments. Comme je tenais ma toile en me maintenant les bras dans les airs, des dégoulinures de jaune se sont répandues jusqu’aux coudes, tachant les manches de ma veste, et quand j’ai baissé les bras pour inverser l’effet des dégoulinures, celles-ci sont tombées sur mes baskettes. J’ai alors voulu déposer ma toile sur le quai de bois, d’ailleurs je l’y ai déposée, mais bien entendu j’ai taché le quai. En d’autres mots, bien que tout soit allé de travers, j’étais incapable de lâcher prise. Il m’a fallu traverser toutes ces étapes, avec ma toile, avant de l’appuyer sur un tronc pour la laisser sécher tranquille. Et aujourd’hui, à défaut de pouvoir me défouler sur les aménagements de rocailles et de plates-bandes de notre propriété, je vais aller suer sur le tapis exerciseur pendant une heure.

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Tome 1

2011-2012

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Page couverture de mon ebook tome 1

« J’étais en train de conduire ma voiture sur l’autoroute 40 quand j’ai réalisé que Jordan Officer, sur sa guitare, emprunte des sentiers sans se demander est-ce bon, est-ce pas bon, il répète 40 fois la même note si ça lui tente, et j’ai décidé de faire pareil. »

En mai 2011, à la suite d’une série d’événements, je me suis fixé le défi suivant : écrire un texte par jour travaillé, du lundi au vendredi. Cela représente en gros 220 textes par année. Je me suis en outre fixé le défi de maintenir ce rythme pendant dix ans. Cela représente un gros 2 200 textes.

– Qu’est-ce que tu racontes dans tes textes ?, me demande-t-on.
– Rien d’important, ai-je l’habitude de répondre. Mes textes sont un ramassis d’observations et de questions.
– Donne-moi un exemple de question, m’a demandé une amie récemment.
– Bien, j’ai passé un bon bout de temps à me demander si mes textes pouvaient intéresser un éditeur. Je me suis aussi demandé si DSK allait poursuivre sa vie comme si de rien n’était après l’histoire du Sofitel à New York.
– Il y a un lien entre les deux ?, a voulu savoir l’amie.
– Bien sûr que non, lui ai-je dit en changeant de sujet.

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Jour 826

Encore une fois, j’ai connu une déception. Ce fut simplissime, sur le coup, de déposer le fichier PDF qui regroupe les textes de ma première année d’écriture sur le site d’une bibliothèque de livres libres et gratuits –en l’occurrence Free-Ebooks.net. Mais c’est après que les choses se sont gâtées. Ma boîte de réception de courriels a vite été envahie par des messages de félicitations automatiques, par des sollicitations bien sûr pour découvrir des logiciels et autres services performants payants, sans parler de la crainte qu’ont ressentie mes amis. Plus prudents que moi, ou alors moins portés par l’enthousiasme de l’idéalisme, ils n’ont pas osé cliquer sur le lien que j’ai publié (texte 828), des fois que leur ordinateur se serait fait infecter par quelque virus. Ma fille, plus jeune, n’a pas été intimidée par le processus parce qu’elle a l’habitude de visiter les bibliothèques virtuelles, mais je compte peu de jeunes lecteurs intrépides comme elle.
Alors j’ai tenté de m’en sortir avec les moyens dont je dispose. J’ai créé sur mon blogue une nouvelle catégorie qui s’intitule Mes publications par année. Quand on clique sur ce lien, offert en haut et à droite de l’écran, on accède pour l’instant au fichier qui regroupe les textes de ma première année d’écriture –et qui a été mis en pages professionnellement par mon collaborateur Berger. Au fur et à mesure que je vais en être capable, le même lien va donner accès aux autres fichiers des autres années, jusqu’à la fin de mon défi qui est prévue en 2021. Voilà, on n’en parle plus –c’est tellement compliqué–, on n’a qu’à cliquer !
Je me suis demandé ce matin en jardinant comment réagit une maman merle qui découvre que sa portée a disparu. Est-elle envahie par la panique, la frayeur, la stupeur ? Survole-t-elle pendant des heures l’endroit où était entreposé le canot en criant sa souffrance ? En supposant qu’elle ait souffert, est-ce que ça lui a pris du temps à s’en remettre ? Est-ce qu’elle s’est fait du sang de cochon, comme ça nous arrive les humains, au point d’envisager de ne plus pouvoir vivre, jusqu’au moment où, n’en pouvant plus de ne plus pouvoir vivre, elle s’est tournée comme le dirait mon père sur un trente sous –ou sur un dix cennes– pour décider qu’elle ne s’en faisait plus et que la vie continue ? Est-elle partie à la recherche d’un mâle pour tenter de donner naissance à nouveau ? Est-elle génétiquement conçue pour ne donner naissance qu’une fois par année ? On le voit, je ne connais rien aux oiseaux.
Je me suis aussi demandé –ce fut la journée des remises en question– comment j’allais pouvoir rentrer à la maison, cet après-midi, après avoir marché quelque 500 pas jusqu’au casier de courrier. À l’aller, tout a bien été. Mais au retour, j’ai été envahie par une armée de mouches noires, au point de ne pas oser respirer, de me tenir les lèvres serrées et les yeux plissés. Pourtant, incroyable mais vrai, je portais un filet anti-moustiques.

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