
Lynda Brushstroke, artiste New Yorkaise de renommée internationale en séance de photo pour les montures Guess.
J’ai reçu un porte-clef pour la fête des mères, un porte-clef de la pharmacie de mon village.
– Je ne vous demande pas si vous êtes mère, disait la caissière du comptoir des ordonnances, j’en donne à toutes les clientes aujourd’hui.
Elle offrait aussi des loupes, en plastique, que j’ai préféré décliner en faisant la fine bouche.
Quand Emma était petite, je m’étais présentée le samedi précédant la fête des mères au magasin d’encadrement de la rue Monkland pour y récupérer un dessin que j’avais fait encadrer. Je m’étais fait offrir, en prime et comme d’ailleurs toutes les clientes, un cadre de format 5"X7" dans lequel j’avais bien entendu inséré une photo de chouchou.
À propos de photo, mon beau-frère s’est amusé autour de la table hier à prendre des photos des convives qu’il transformait ensuite en œuvres impressionnistes avec le logiciel Brushstroke. J’adore l’effet de dentelle de la manche de mon chemisier, dont l’imprimé original est pourtant géométrique. Je considère que cette photo, qui porte la griffe artistique de mon beau-frère en bas à droite, s’ajoute au cadeau porte-clef. Ça fait deux cadeaux.
Je me suis offert un cadeau à moi-même en me maquillant et en me façonnant des bouclettes. J’ai regroupé les bouclettes sous une grosse pince à cheveux pour obtenir un semblant de chignon.
J’ai reçu aussi des mots d’amour de chouchou, cela constitue le plus beau des cadeaux. Nous allons célébrer la fête des mères en retard vendredi prochain le 20 mai à Montréal.
Puisque nous avons passé la journée assis autour d’une table en famille, je n’ai même pas atteint les 3000 pas dans ma journée d’hier. Je vis très bien, maintenant, avec des résultats Fitbit non performants. Je n’enlève pas mon bracelet pour autant.
Au retour de la fête, vers 20 heures, je me suis lancée dans mes rosaces infinies pendant une petite heure. Il ne me reste que dix portions de feuille à décorer. Je suis rendue au nombre 1514 après avoir couvert le deux tiers de la toile. J’ai demandé à Denauzier s’il était bon en règle de trois.
– Que veux-tu calculer ?, m’a-t-il demandé.
– Bien, si je suis rendue à 1514 masses après avoir couvert les 2/3 de ma surface, combien de masses aurai-je accumulé quand j’aurai couvert les 3/3 ?
Nous avons multiplié 1514 par trois, puis divisé le résultat par deux et obtenu 2271. C’est quand même assez proche des 2200 textes du projet fou de Badouz.
J’essaie de tenir mon crayon gel dans un niveau de tension zéro avec ma main droite car je suis droitière, mais c’est terrible à quel point je le tiens serré, non seulement de la main mais aussi du bras et de l’épaule. J’essaie de me ramollir, je m’arrête une seconde pour me positionner sans tension, je parle à mon trapèze et lui suggère de se laisser aller, mais la tension se réinstalle automatiquement.

Comment ça se fait que je ne lâche pas prise plus facilement ? Depuis toujours, je suis fascinée par les primes qui nous sont offertes aux rayons dits de la beauté. Les primes d’autrefois Eaton aux comptoirs des parfumeurs. Les primes de maintenant Pharmaprix dont je bénéficie grâce à ma carte Optimum. Je ne me maquille même pas, je me parfume à l’occasion, je me frise les cheveux archi rarement. Je n’applique pas de vernis sur mes ongles. Mais je suis fascinée par les primes. J’ai souvenir d’un trajet en voiture Montréal-Joliette, j’avais tout juste trente ans. Il me semblait essentiel de décrire à Bibi, par le menu détail, les produits avec lesquels j’allais pouvoir m’amuser qui m’avaient été offerts en retour d’un achat de peut-être seulement 35 $ à l’époque auprès de la grande dame Estée Lauder. Nous étions dans la vieille voiture qui était la leur, à Bibi et à son mari, le mari était au volant. Je m’entendais parler de poudre libre et de mascara en me demandant qu’est-ce qui m’intéressait tant là-dedans, mais j’en parlais pareil. Bibi faisait peut-être semblant de trouver ça palpitant. Le mari devait avoir pris l’habitude de ne pas écouter mes propos extatiques.
C’était il y a 24 ans. Mon hoya était placé sur le bord d’une fenêtre, dans la tourelle de notre grand appartement de la rue Grosvenor. Nous y étions installés depuis deux ans, Jacques-Yvan et moi, dans un début de vie de couple qui fut tourmenté par la douleur, transformée ensuite en colère, de la mère des deux fils de Jacques-Yvan. J’avais placé le hoya sur le bord de cette fenêtre, tout seul parce qu’à cette époque je n’avais pas tellement d’amies plantes, et ainsi seul face à l’adversité il avait donné naissance à trois fleurs.