Jour 839

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Bague de scapolite, c’est l’anneau que je trouve trop large.

Je suis donc allée chez tantine déterrer une bonne quantité d’hémérocalles et un gros plant de hostas. Je suis arrivée chez elle très fatiguée. La nuit dernière, mon sommeil a été agité. En matinée, Denauzier et moi avons fait un sprint de ménage. Or, je n’avais qu’un avocat dans l’estomac, voulant me nourrir comme ma belle-sœur qui est au régime et qui a perdu cinq kilos. Un avocat et un café. J’avais hâte en titi de dîner avec tantine, elle m’avait avertie qu’on mangerait un potage aux œufs et de la lasagne. C’est ce que nous avons mangé, non sans avoir d’abord passé du temps à la recherche d’un rasoir que tantinette ne retrouvait plus dans ses affaires. Après avoir tout viré à l’envers dans la salle de bains, nous l’avons trouvé qui était en plein dans notre champ de vision !
Pour mal faire, tantinette avait beaucoup de soupe à m’offrir, mais peu de lasagne. Alors, pour me rassasier, j’ai opté pour une double ration de gâteau au chocolat, ayant déjà oublié que je m’étais alimentée le matin comme si j’étais au régime. Demain, je pourrais essayer de manger deux avocats, j’en ai acheté qui sont déjà mûrs cet après-midi.
Demain également, si Dieu le veut, je vais planter les hémérocalles dans la tranchée le long du cabanon, et les hostas quelque part ailleurs. Je vais essayer de ne pas perdre ma bague, celle que j’ai achetée aux Îles-de-la-Madeleine et pour laquelle je n’ai qu’un attachement moyen. Elle est grosse et me gêne dans mon travail, alors je la glisse dans mes poches dès qu’elle appuie trop sur mes doigts lors d’un mouvement de la main qui requiert un effort. Hier, je ne la retrouvais plus. J’ai cherché dans les poches de ma chemise Van’s, de mon pantalon Merrell, dans les poches de mon sac à main même si j’étais convaincue qu’elle ne s’y trouvait pas, dans les poches d’une veste que je porte souvent, sur mon bureau dans ma chambre, et sur le comptoir de la salle de bains. Pas de bague. Elle était dans la poche, heureusement zippée, d’un pantalon que j’avais étendu sur la corde à linge. Du coup, pour l’avoir cherchée autant que le rasoir ce midi chez tantine, et pour avoir eu peur de l’avoir perdue à jamais, j’aime maintenant ma bague.

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Jour 840

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Nouveau projet : une tranchée

Maintenant que les rosaces sont terminées, je me lance dans un nouveau projet qui me confronte à mes capacités physiques : je creuse une tranchée le long de notre cabanon de bois pour y planter des hémérocalles. Les hémérocalles m’attendent chez tantine, où elles résident depuis des années sur le terrain de la propriété. Le muret qui se trouve derrière elles risque de s’effondrer avec toute l’eau que nous avons eue en avril et en mai. Une partie dudit muret, d’ailleurs, s’est effondrée, écrasant ce faisant des rosiers sauvages. Avant que les travaux de réfection soient entrepris, ou encore avant que le muret s’effondre au complet, je me suis entendue avec tantine pour sauver la vie des hémérocalles. Je vais aller les chercher demain. Alors, aujourd’hui, je leur ai préparé un nid, en creusant la tranchée. Les premiers six pouces du sol, le long du cabanon, sont couverts de gravier et de morceaux d’asphalte. En dessous, il y a de la terre brune tirant sur le ocre, mélangée à beaucoup de cailloux. J’ai creusé un bon deux pieds de profond. Denauzier et moi allons remplir la tranchée avec de la terre provenant de la partie cultivée de la propriété, à côté de la maison. Elle est déjà engraissée et prête à être ensemencée. Les hémérocalles vont probablement s’y plaire. Avant d’entamer ma corvée, ce matin, j’ai demandé à mon mari de me prendre en photo. Je pensais que j’en aurais pour des jours à creuser, mais finalement je n’en aurai eu que pour une journée. La photo se veut un rappel d’une photo presque pareille, prise à presque pareille date l’an dernier. Je ne m’étendrai pas sur les détails vestimentaires parce que je sais que ça peut être lassant pour les lecteurs, je mentionne seulement que je porte encore cette année sur la photo mon pantalon Merrel –donc, il me fait encore–, et la belle chemise Van’s que j’ai achetée pour 25¢ au bazar de Côte-des-Neiges, et dont Emma m’a dit qu’elle m’allait bien. À propos du pantalon, j’ajoute que l’an dernier il ne me plaisait pas tellement, mais plus je le porte plus je m’y habitue au point, je dirais, de commencer à l’aimer. Voilà, c’est tout pour aujourd’hui.

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Jour 841

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« La force du nombre », acrylique, pigments secs, serviettes de table en papier

Ça y est, j’ai fini d’encercler et de numéroter les petites masses de ma toile avec mes crayons gel. J’obtiens 2665 masses. Je suis déçue de la manière dont les chiffres apparaissent, pas toujours clairement quand ils sont tracés sur les taches qui contiennent des pigments secs. Il aurait fallu que je passe deux ou trois fois sur les chiffres avec une pointe encore plus fine pour qu’ils soient plus faciles à lire, mais en même temps ce n’est pas tant l’aspect final qui importe ici que la démarche et en ce sens je suis très satisfaite du résultat. J’ai utilisé quarante couleurs différentes sur ma collection de cent. Le crayon noir, avec lequel j’ai numéroté, s’est vidé de sa quantité de gel avant que j’aie pu terminer, alors j’ai poursuivi ma numérotation avec un proche parent, un gris très charbon. Je devais protéger les masses coloriées avec une feuille de papier quand j’avais besoin de retoucher une zone car le gel est très lent à sécher, je me demande même s’il sèche. J’ai eu l’occasion de retoucher des zones qui avaient déjà trois ou quatre jours de séchage à leur actif et elles étaient encore humides. Ce matin, j’ai apporté la toile dehors et je lui ai vaporisé une bonne couche de fixatif protecteur. Nous comptons l’installer sur le mur qui longe l’escalier menant aux chambres. Je me demande combien d’erreurs il y a dans l’ensemble, y a-t-il des masses qui ont échappé à la numération, par exemple, et y a-t-il des nombres manquants ou y a-t-il des nombres qui se répètent ? Admettons que chaque masse vaille 10¢, le prix de vente de ma toile serait de 266,50$. Ce n’est pas assez. Si je hausse le prix unitaire à 25¢ la masse, j’arrive à 666,25$. J’adore le chiffre, une triade de six. Si j’effectue le calcul suivant : le prix de vente de ma toile 666,25$ divisé par le salaire minimum 11,25$/heure, j’arrive à un total de 59,22 heures. Est-ce près du temps que j’ai passé sur ma toile ? Difficile à dire. Si on m’offre plus que 666,25$, faisant ainsi passer mon taux horaire à une vitesse supérieure, je ne répondrai pas que je désire conserver ma toile. Je la vendrai et m’empresserai d’en entreprendre une autre !

 

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Jour 842

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Rendons à César ce qui est à César : créations Métamorphose, entreprise québécoise

Je me suis réveillée ce matin vers 7h30 en pensant à ma jupe. Je me suis levée, je suis allée la prendre dans mon garde-robe, la laissant retenue à son cintre, dans le but de la photographier. La voici ci-contre. Elle est de taille S/P, mais on peut dire que c’est un S/P généreux. De la marque Métamorphose, avec l’adresse www sur l’étiquette –bien entendu je ne l’avais jamais remarqué–, à savoir creationsmetamorphose.com. Je me suis empressée de taper cette adresse sur mon ordi pour me rendre compte qu’il n’y a pas de boutique, ou d’atelier-boutique comme il est écrit sur le site www, qui serait situé près de l’endroit où je recevais les traitements de mon chiropraticien. Bof. La jupe existe bel et bien, c’est ça qui compte.
Je la portais lors des funérailles d’une collègue, du temps que je vivais avec François. Une collègue de notre grande famille informatique à l’université, qui est une famille très unie. Autrement dit, aux funérailles, il ne manquait personne, le salon était archi plein. Un collègue était arrivé en même temps que nous dans le stationnement du complexe funéraire et, me voyant sortir de l’auto, m’avait dit que je m’étais une fois de plus habillée sexy. Comment pouvais-je avoir une allure sexy alors que la jupe est ample et non moulante ? Il ne pouvait pas parler du haut puisque le haut, je m’en rappelle, était une veste de faux denim, faux en ce sens qu’elle n’était pas faite en fibre de coton mais en fibre de lin, tout mou et pas non plus moulant. Bof, bis. Au moment où nous nous apprêtions à quitter le salon, François et moi, avec d’autres, le même collègue était venu me saluer et avait mis sa main sur mon bras en me faisant la bise. Il m’avait alors regardée les yeux ronds comme des billes tellement il avait été surpris de me découvrir mouillée comme si je sortais d’une baignoire. Cela s’appelle la ménopause combinée à la surchauffe d’un environnement bondé, en plein été.
Je me demande si je ne portais pas la même jupe lors des funérailles de François ? Je me rappelle du haut que je portais ce jour-là, à savoir un chandail gris décolleté en V, acheté à la boutique Jacob en même temps qu’un autre chandail de coupe cache-cœur, à moins que je n’aie porté la coupe cache-cœur, que je préférais au décolleté en V ? Le cache-cœur ne fait plus partie de ma collection de vêtements parce que les trous aux manches, tellement je l’ai porté, m’ont obligée à m’en débarrasser.
Quel est l’intérêt, je me répète, d’écrire ces lignes à propos de ma jupe ? Il n’y en a aucun. Il n’y a que le défi d’écrire à propos de tout et de rien, et d’essayer de faire en sorte que ce soit néanmoins intéressant.

 

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Jour 843

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Les coeurs saignants de notre plate-bande à St-Jean-de-Matha le 28 mai 2017.

Incursion dans le passé à travers une jupe.
J’ai porté une jupe, un maillot noir pour le haut du corps, et des sandales noires cet après-midi pour assister à un concert que donnait le groupe de Luc Beauséjour à l’église de Notre-Dame-des-Prairies, dans le grand Joliette. Luc Beauséjour, claveciniste et organiste, est très connu dans le milieu musical de la région puisqu’il est originaire de Rawdon. Il participait aux concours des Jeunesses musicales du temps que j’y participais moi-même, dans les années soixante-dix, en tant que pianiste.
Nous profitions, Denauzier et moi, de billets de faveur qui provenaient de la belle Ludwika, violoniste pigiste dans le groupe.
Je ne porte presque plus mes vêtements de rédactrice universitaire, je suis toujours en pantalons, en shorts et en baskettes depuis que je suis à la retraite. On peut donc dire que pour le concert de cet après-midi, je m’étais mise sur mon trente-six.
J’ai porté la même jupe récemment, à un souper que nous avons improvisé avec ma belle-maman, pour qu’elle vienne déguster le doré que Denauzier avait pêché l’avant-veille, en Abitibi. Ma belle-maman n’est pas friande de poisson, même très frais, et je pense qu’elle s’est déplacée essentiellement pour nous faire plaisir. Je portais quand elle est venue ma jupe et un autre maillot, non pas noir mais gris. Mais avant cette fois avec belle-maman, et avant aujourd’hui avec Ludwika, ma jupe n’a rien fait d’autre qu’attendre son tour d’être choisie, patientant sur un cintre pendant presque deux ans. Au moins deux choses ici sont positives : la jupe ne s’est pas déformée, et elle me fait encore.
J’ai porté cette même jupe le premier jour que je suis retournée au travail après avoir été en congé de maladie à la suite de mon opération cardiaque, c’était donc en septembre 2013. Pour une raison que je m’explique mal, je l’ai portée cette fois-là avec une ceinture à boucle métallique qui n’allait pas du tout avec le style fluide et romantique de la jupe.
J’ai acheté la jupe à une boutique de vêtements qui ne vendait que des créations québécoises, sur une petite rue perpendiculaire à la rue St-Denis, à la hauteur peut-être de la rue Faillon, mais la boutique n’était pas sur Faillon. À cette époque, vers 2004-2005, je me faisais suivre par un chiropraticien et je pense qu’étant arrivée une fois trop tôt à mon rendez-vous, j’avais laissé mes pas me guider jusqu’à l’achat d’une jupe, dans une boutique à proximité, avant d’entrer dans la clinique. C’était l’été et il faisait soleil. En face de la boutique, il y avait un marchand de glaces, mais je ne m’étais pas laissé tenter.
Quel est l’intérêt de ce parcours à rebours autour d’une jupe que le lecteur n’a même pas le loisir de voir en photo puisque j’ai privilégié les coeurs saignants ? J’ai bien peur qu’il n’y en ait aucun. Heureusement, les coeurs saignants sont magnifiques, ils sont plus foncés en réalité que sur la photo. Et les hostas, contre toute attente, semblent vigoureux et promis à un bel avenir.

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Jour 844

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Point de départ.

Je suis sur le point de terminer ma rosace aux quelque 2500 petites masses sur laquelle j’aurai passé beaucoup d’heures et utilisé une bonne cinquantaine de crayons gel. Au lieu de me sentir enfin délestée de ce lourd projet, je désire en entreprendre d’autres dans la même veine. Les rosaces pourraient devenir ma marque de commerce.
Je pense par exemple me lancer dans un projet rosacien allégé. Il s’agit de colorier un mandala, par exemple celui ci-contre. De le prendre en photo une fois colorié. D’agrandir sur mon ordinateur (fonction Zoom) le fichier numérique (JPG) du mandala colorié. De prendre une photo du résultat agrandi, qui sera probablement pixelisée. D’imprimer le résultat sur un papier de grand format, idéalement texturisé. De reprendre une photo du résultat, en ayant déposé soit un voile, soit une moustiquaire sur le papier grand format texturisé. J’ai oublié de mentionner qu’on peut ajouter de la couleur au fur et à mesure des impressions. On poursuit, pour encore deux ou trois étapes de ce type, la transformation du mandala, en intégrant chaque fois à la photo les éléments de son choix. D’aller ensuite, en mettant la main dans sa poche comme le dit mon père, vers une impression géante qui logera dans un immense cadre qui traîne ici dans la maison. En étape finale, Denauzier et moi, après quelques retouches qui pourraient s’avérer innombrables, installerons le cadre immense où loge l’impression géante –partie de rien avec le petit mandala ci-dessus–, sur un des murs de notre entrée à plafond cathédrale. Denauzier se rendra pour ce faire sur la dernière marche de l’escabeau pendant que je tiendrai pour ma part fermement l’escabeau une main sur chaque côté. L’installation, bien sûr, résidera pas très loin de ma toile aux rosaces dont il est dit en début de texte qu’elle est sur le point d’être terminée.

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Jour 845

marmotte

La marmotte est communément appelée Siffleux, à cause de son sifflet strident qui lui sert à avertir d’un danger.

– Ça ne bouge pas et c’est à la même place qu’hier ! Ce doit être une bûche ou une grosse roche.
– Il ne peut pas y avoir de roche à cet endroit, chérie, c’est en plein dans le milieu du champ qui est cultivé année après année.
– Bien, c’est une bûche alors, qu’on a oubliée là quand on est allé scier des troncs la semaine passée.
– Non, non, ç’a bougé et ce n’est pas à la même place, m’a répondu mon mari.
– Tu es sûr ?, ai-je demandé.
– Tout à fait sûr.
Depuis la cuisine, nous regardions dehors à travers la porte patio.
– Viens, on va se rapprocher, ai-je suggéré.
J’ouvre la porte et nous marchons jusqu’au bout de la terrasse, cela nous rapproche de quelque vingt pieds pour notre observation. Mon mari entreprend de taper des mains pour faire du bruit et vérifier si ça va bouger. Ça ne bouge pas. En appui à l’essai de mon mari, je siffle en me mettant quatre doigts dans la bouche, l’index et le majeur de chaque main, c’est la seule technique que je maîtrise et qui me permet d’obtenir des sifflements forts et stridents. Ça se met à courir à vive allure pour aller se cacher dans son terrier.
– Tu as raison, ai-je dit à mon mari. C’est une marmotte.
Sur ces mots, et puisque je suis sur la terrasse et que la terrasse donne accès à la corde à linge, je décide d’enlever le linge qui y est suspendu, d’autant que le ciel se couvre de plus en plus. Pas seulement le linge, en fait, mais aussi les draps de notre grand lit qui ont été étendus en dernier, et que par conséquent je ramasse en premier. Ils sont de couleur bleu acier. Je constate en retirant les pinces à linge qu’une belle trace blanchâtre de fiente d’un quelconque volatile a dégouliné, puis séché, sur le tissu bleu. Je n’en fais pas de cas plus que ça. Je forme une boule plus ou moins semblable à une boule avec les draps et les taies d’oreiller, que j’entoure de mes bras, de manière à ne pas marcher dessus le temps de me rendre dans la maison. Je ne marche pas dessus, mais la boule se défait avant que je sois rentrée et une partie d’un drap frotte sur la surface du guéridon, qui a passé l’hiver sur la terrasse. Il est couvert d’une bonne épaisseur de pollen jaune. Or, mon mari est très allergique au pollen. Pour la seule fiente, j’aurais peut-être fermé les yeux en la grattant un peu, mais avec le pollen en plus, je renvoie le drap à la laveuse.

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