Jour 793

147Papa ne veut manger que des biscuits Whippets, m’a dit Bibi, les biscuits que servait sa mère lorsqu’elle recevait des invités. Cela remonte loin en titi, peut-être aux premières années d’existence des Whippets qui ont, d’après la publicité que je trouve sur Internet, soixante-quinze ans d’âge. Papa, encore, ne veut boire que du coca-cola. Dans notre enfance, il y a cinquante ans, il y avait toujours une caisse de vingt-quatre bouteilles sous les tablettes du garde-manger. Je n’en buvais jamais. J’étais granola avant l’heure. Quand mes deux frères allaient se coucher, papa se faisait un devoir de verser la moitié d’une bouteille dans un verre pour les Pattes d’ours, et l’autre moitié dans un autre verre pour Swiff Smith. C’était le rituel santé auquel ils avaient droit avant de monter dans leur chambre ! Il était très important que les deux verres –identiques– contiennent exactement la même quantité de liquide.
En clin d’œil à l’enfance vers laquelle retourne papa, je me suis acheté, cet après-midi, une gomme balloune. Je dois avouer que le geste n’a pas été initié par moi mais par Oscarine, avec laquelle j’ai passé une bonne partie de la journée. Nous sommes allées à la pharmacie pour qu’elle y achète ce dont elle avait besoin et ensuite nous avons fouiné dans le rayon de la parfumerie. Au moment de sortir pour retrouver dehors l’air très humide de Montréal auquel je suis moins habituée qu’avant, mon amie a sorti un 25¢ de son porte-monnaie pour, m’a-t-elle dit avant que je le lui demande, s’acheter une gomme balloune dans la machine à cet effet. Bien entendu je m’en suis acheté une aussi, mais j’y suis allée pour la même sorte que celle qui a été au centre de mon texte sur la délinquance lors d’une visite –hebdomadaire– au IGA de Rawdon et qui apparaît ci-dessus en photo-vedette. J’ai été bien déçue de découvrir que la gomme balloune de la pharmacie à très haut débit de Montréal n’arrive pas, en fraîcheur, à la cheville de la marchandise qui est vendue au IGA. Les gommes de cet après-midi étaient dures et sèches, tout le contraire des morceaux tendres et juteux que j’avais versés dans un gobelet, pensant l’acheter, avant de le cacher sur une tablette derrière des boîtes de conserve.

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Jour 794

J’avais savouré la même expression à propos d’un chat, du temps que papa était en forme et que j’allais régulièrement le voir au lac Noir :
– Un chat, avait-il dit, parce qu’il gardait à ce moment-là le chat tigré de ma cousine, ça écoute ben juste quand ç’a du temps de reste !
Le chat miaulait parce que papa sans s’en rendre compte l’avait enfermé dans un garde-robe !
J’aurais dû consigner les expressions de papa pour pouvoir m’en rappeler. Comme j’aurais dû consigner celles de chouchou qui nous offrait des perles tous les jours quand elle était petite. La seule que j’ai retenue est la suivante, que j’ai certainement déjà rapportée dans ces textes, je me répète, je sais. Jacques-Yvan était en train de peindre les murs de la salle de séjour. C’était dans les premiers temps de notre vie à Notre-Dame-de-Grâce. Chouchou, à ma demande, était allée chercher Jacques-Yvan pour qu’il vienne manger. Il lui avait répondu qu’il sautait son tour et se contenterait de manger sur le pouce. Elle s’était étonnée et lui avait dit :
– Bien, papa, ton assiette va tomber !
Ce matin dimanche, un ami nous a téléphoné pour nous inviter à faire du ponton sur le lac Noir. Nous avions prévu faire de menus travaux à notre maison négligée. Nous avions prévu faire de menus travaux sans en avoir forcément envie. Alors bien entendu nous avons honoré l’offre de notre ami pour profiter d’une des belles journées de l’été. J’y suis allée d’autant plus volontiers que la promenade allait me rappeler celles que j’y ai faites, de nombreuses fois, avec papa. La version promenade en ponton de ma nouvelle vie de résidente à St-Jean-de-Matha sur l’embarcation d’un ami de mon mari était nettement plus olé olé que la version très sage que nous offrait autrefois papa. Celle d’aujourd’hui s’est faite au son des chansons de Jerry Boulet chantées par Martin Deschamps, en compagnie de quelques glacières contenant des cannettes de bière. À la fin, parce que le CD a joué plusieurs fois les mêmes chansons en boucle, tout le monde chantait, moi la première : Où l’homme que je suis Quoiqu’il en pense N’a pas accès Ni de près ni de loin. Mon frère Pattes d’ours doit connaître cette chanson par cœur –Jerry Boulet étant son idole– alors que je l’entendais pour la première fois. Je me demande par moments sur quelle planète j’ai vécu avant aujourd’hui. La chanson s’intitule fort à propos Promenade sur Mars.

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Jour 795

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Trottinette de fin de vie.

Cette nuit, le visage sérieux, sûre de moi, me présentant bien coiffée, bien habillée, j’expliquais à une maman dont l’enfant se cachait derrière sa jupe que tout était en place pour le concert de fin d’année des petits qui avaient été mes élèves. J’étais professeure de musique. Assise à l’entrée de la salle comme si j’y vendais des billets, j’affirmais à la maman, qui se tenait debout, que la cérémonie allait bientôt commencer. D’ailleurs, ajoutais-je, l’accompagnateur allait arriver dans les prochaines minutes. En entendant sortir de ma bouche le mot accompagnateur, je me rendais compte qu’il n’était pas nécessaire d’en avoir un puisque chaque enfant jouait de son instrument en solo, un solo de moins d’une minute. La maman, qui me regardait d’abord avec un peu de méfiance, comme si elle soupçonnait que je n’étais pas bonne professeure, me regardait alors, au son du mot accompagnateur, avec une mauvaise humeur non feinte. Une fois de plus, comme d’habitude et c’est l’histoire de ma vie éveillée, je ne savais pas où j’en étais. Avais-je demandé à l’accompagnateur de se présenter, ou n’avais-je que pensé le lui demander, réalisant après coup que ce n’était pas nécessaire qu’il se présente ? Mystère et boule de gomme.
Je constate dans ce rêve qu’il y est encore question de musique, comme dans celui d’hier autour du clavecin, quoique dans ce plus récent rêve, l’histoire ne se prolongeait pas au-delà de mon incommensurable sentiment d’incompétence. Refermant la bouche sur la mention de l’accompagnateur, je me recroquevillais en-dedans de moi-même, n’osant plus regarder la maman qui avait raison de me trouver épaisse, poche, pas à mon affaire, pas débrouillarde, pas digne de m’occuper de son fils l’an prochain, ça c’est sûr. Et ça s’arrêtait là.
Hier, pendant quinze minutes, je me suis occupée de papa. Je n’ai pas eu grand-chose à faire et ce que j’ai eu à faire je ne l’ai pas fait avec grande compétence, mais je ne me suis pas sentie poche ni épaisse, je me suis sentie nourrie par la vibration ténue qui se crée encore entre papa et moi quand je suis en sa présence. Donc, j’étais joyeuse et énergique. J’essayais de faire passer papa d’une chaise de table, où il avait bu un café en ma compagnie, au siège de son déambulateur. Ses jambes refusaient de lui obéir et il n’arrivait pas à déposer ses pieds sur le plancher. Au final, mon mari, ma sœur et peut-être même le mari de ma sœur avons réussi à quatre l’exploit de son déplacement. Travail d’équipe.
– Le pire, a dit papa après avoir avalé sa dernière gorgée de café, sur le ton d’un constat et non d’une désolation, c’est que je ne suis pas mort !
Quand il s’est trouvé assis sur le déambulateur, prêt à se faire pousser dans une autre pièce par Bibi, il nous a servi une perle, du moins m’a-t-il servi une perle à moi car j’ai été la seule à sourire :
– Une trottinette, a-t-il dit à propos de son déambulateur, alors que Bibi peinait à passer par-dessus le seuil d’un demi-centimètre d’épaisseur qui sépare la cuisine de la salle à manger, une trottinette, donc, a-t-il dit encore une fois sur le ton du simple constat, ça marche seulement quand ç’a du temps de reste.
J’en ai eu des frissons de plaisir.

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Jour 796

Je reprends ma routine –toujours changeante– après quatorze jours consécutifs de vie familiale elle aussi changeante. Nous avons d’abord reçu au chalet untel et unetelle, et ensuite deux fois untel et unetelle en même temps, donc avec Denauzier et moi nous étions six. Puis, au départ de l’un des couples, un autre couple est arrivé, de telle sorte que nous n’avons pas été seuls une minute, mon mari et moi. Je me suis laissée porter par l’énergie de tous ces gens pour mon plus grand plaisir. Ajouter à cela un week-end de réunion à grand déploiement qui nous amène à une bonne vingtaine de personnes.
Je reprends ma routine en remettant mon Fitbit à mon poignet –pourquoi l’ai-je enlevé pendant ces quatorze jours, je ne le sais pas vraiment–, en découvrant que seules quelques plantes à la maison de St-Jean-de-Matha ont manqué d’eau, en constatant qu’il faudrait consacrer quelques jours entiers de ménage à la maison pour la remettre d’aplomb, compte tenu du passage –un ouragan !– de la petite. Mon orchidée, belle surprise, commence à donner naissance à une nouvelle feuille, un bébé feuille.
Nous prévoyons, cela étant, repartir demain vendredi pour le bois, alors la mise à niveau de l’environnement d’ici devra attendre un peu, attendre même beaucoup puisque la semaine prochaine du 13 août je serai en séjour montréalais chez ma fille. La saison estivale se traduit par un enchaînement de visites et de déplacements plutôt nombreux cette année.
J’ai rêvé la nuit dernière que j’entendais jouer du clavecin. Le clavecin me semble être le symbole antithétique des jours que je viens de passer au lac Miroir. Le clavecin c’est la culture, le raffinement, les arts s’opposant au camping, à la pêche, à la bière, au sable voire à la boue. L’instrument était situé dans le salon d’un appartement fait en long, le type d’appartement d’autrefois conçu sur le modèle d’un corridor central, le long duquel se suivent les pièces jusqu’à aboutir à la cuisine. Il s’agissait peut-être de l’appartement dans lequel vivait tante Alice, il y a longtemps. Je ne me suis jamais sentie proche de tante Alice dans mon cœur, malgré tout l’attachement que j’avais pour elle, car elle portait en sa seule personne le condensé de la névrose familiale qui a rendu si difficile ma relation avec ma mère. Cette interprétation hautement psychologique n’engage que moi, bien entendu.
Le clavecin jouait tout seul, si on peut exprimer la chose ainsi. Il n’y avait nul musicien au clavier, les touches s’enfonçaient d’elles-mêmes. Le clavecin, encore, dans mon rêve, c’est Jacques-Yvan, puisqu’il en possède un qui trône majestueusement et effectivement dans son grand salon, à proximité d’un piano à queue, sur fond de mur rouge vénitien, c’est d’un très bel effet. Je me trouvais debout pas très loin du clavecin. Lorsqu’il s’est mis à jouer tout seul, mon cœur n’a fait qu’un tour. J’ai été figée par la peur. Au même moment que m’envahissait cette peur, une force mystérieuse m’immobilisait, comme deux bras invisibles autour de mon tronc qui m’enserraient. La force, ici, c’est Denauzier.
Malheureusement, je ne me rappelle pas de la suite de mon rêve.

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Jour 797

Impossible d’écrire hier en raison d’un emploi du temps trop chargé. Il en sera de même ce long week-end de cinq jours où nous serons dans le bois au lac Miroir. De retour dans le courant de la semaine prochaine. Merci, toujours, à mes amis lecteurs.

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Jour 798

147

C’est en plein celles-là que j’ai achetées : petites gommes sures en vrac. INGRÉDIENTS : Sucre, dextrose, sirop de maïs, base de gomme, acide citrique, acide malique, stéarate de calcium, arômes naturels et artificiels, glace de confiserie, glycérine, colorants, lécithine de soya, dextrine de tapioca, cire de carnauba.

Ce matin j’ai longuement promené la petite de vingt mois dans la poussette. Elle y a fait un beau dodo. Ça fait du bien, une dose de jeunesse, des gazouillis dans la maison –sens dessus dessous–, des petits pas qui courent vite vite sur le plancher. Dans la même veine, pour me sentir vivante et me sortir un peu du monde de la vieillesse, de la maladie, des pertes diverses dans lequel je macère depuis quelque temps, je me suis adonnée à une activité de délinquance, pour tester que je suis encore capable de l’être, délinquante, pour me donner du swing et me faire oublier mes rides.
En fait, j’ai pratiqué la même activité de délinquance trois fois de suite.
La première fois, c’était dans un grand magasin, parmi les étals de fruits et de légumes locaux. Arrivée devant un présentoir garni de paniers de framboises, j’en ai pris un, de grand format, désirant bel et bien l’acheter. Au fur et à mesure de mes déambulations dans ledit magasin, multipliant les allées et venues pour faire plaisir au Fitbit, je me suis trouvée à manger presque la moitié des framboises du panier. C’est bête, acheter plein prix un panier à moitié garni. Alors, au détour d’une allée qui offrait des quantités à n’en plus finir de viennoiseries et de beignes aux patates faits à Ste-Marcelline, j’ai pris le panier de framboises et je l’ai déposé, ni vu ni connu, du moins je l’espère, sur de grosses miches de pain. Je dois avouer que j’ai aussitôt accéléré le pas, mais rendue dans une autre section je me suis remise à flâner comme si de rien n’était.
La deuxième fois, nous étions tantine et moi à notre lieu de prédilection, à savoir le IGA de Rawdon. Tantine voulait acheter des bonbons dont la vente s’appuie sur un drôle de concept : c’est 3,99$ le contenant, peu importe qu’il soit rempli à ras bord ou aux trois-quarts vide. Pendant que tantine hésitait entre des caramels et des menthes au chocolat, j’ai rempli un contenant de gommes à mâcher surettes, rempli bien comme il faut, non sans d’abord m’être mis une dizaine d’échantillons dans la bouche. Sitôt mastiquées et leur saveur libérée, les gommes se sont avérées caoutchouteuses et sans attrait. J’ai jeté ma chique dans une poubelle qui se trouvait sur mon chemin, à une station de dégustation de Tostitos et sa salsa, et à même mon contenant je me suis servi une autre ration de quelque dix morceaux.
– Je ne vais quand même pas mâcher tout ça, me suis-je dit, m’inquiétant pour mes dents. Il doit y avoir plus de cent gommes là-dedans. J’ai beau en mâcher dix à chaque fois, ce n’est pas raisonnable.
Alors sans hésiter et forte de mon expérience récente avec les framboises, j’ai déposé le gobelet de gommes à mâcher sur une tablette de conserves de maïs en crème dont tantine avait besoin pour un pâté chinois. Je l’ai caché dans le fond, derrière d’autres conserves, et encore une fois, ni vu ni connu, j’ai continué ma route.
La troisième fois est moins délinquante dans la mesure où je ne suis que partiellement impliquée dans l’incident. Nous étions, mon mari, la petite et moi, toujours aux mêmes lieux de prédilection en lien avec l’alimentation, dans notre village cette fois. La petite s’est mise à jouer avec une banane verdâtre dure et pas mûre aussi grosse qu’elle ou à peu près, y croquant joyeusement en laissant dans la peau l’empreinte de ses dents. Denauzier et moi avons arpenté les allées, avons-nous besoin de ceci, et la petite aura-t-elle assez de cela, et on va prendre un litre de lait supplémentaire pour les biberons, etc. Au bout d’un moment, je tourne la tête et constate que la petite ne tient plus la grosse banane dans ses mains et qu’elle n’est pas non plus tombée d’elle-même dans le panier. Je l’aperçois, par terre, au beau milieu d’une allée.
– On va la laisser là, ai-je dit à Denauzier.
– De quoi parles-tu chérie ?
– De rien. Rien d’important, ai-je répondu. C’est moi qui paie, ai-je enchaîné.

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Jour 799

Quand la maman de Denauzier n’est pas contente d’être qui elle est, parce qu’elle perd la mémoire, parce qu’elle n’a pas su dire le bon mot au bon moment à la personne qu’elle ne s’attendait pas à croiser, pour tout un ensemble de raisons, quand elle n’est pas contente d’être qui elle est, elle se qualifie de Zouzoune.
– J’ai été pas mal Zouzoune, a-t-elle dit hier en voiture, à propos d’une mini mésaventure qui venait de se produire, alors que nous nous rendions nous baigner chez le frère de Denauzier.
Quand Denauzier trouve qu’une personne ne fait pas les choses comme il faut, une personne homme par exemple qui répare mal un de ses moteurs, il va dire de cette personne homme que c’est un Coco. S’il s’agit d’une personne femme, habituellement jeune, qui n’est pas à la hauteur de ce qu’on attend d’elle dans son travail, c’est arrivé récemment à la banque et aussi au téléphone pour le renouvellement de ses assurances, il va qualifier cette personne femme de Petite pouitche.
François, quand il était au volant de sa Vibe, arrivait vite à la conclusion, s’il devait suivre une voiture qui allait trop lentement à son goût, que cette voiture était conduite par un Étron. Il lui est arrivé une fois, par égard pour une tierce personne qui se trouvait dans la voiture avec nous, de faire attention et de remplacer Étron par Colon.
La mère de Denauzier encore. Elle a cinq fils. Si l’un d’eux fait une action qui ne lui semble pas être la bonne, elle va lui dire qu’il est Tata.
Papa, l’autre jour. L’autre jour récent qu’il était encore capable de parler avec une certaine lucidité. Je lui racontais que nous avions passé le week-end au Lac Miroir.
– C’est le lac qui apparaît sur la carte que je vous ai donnée, a-t-il commenté.
– Exact, ai-je répondu, enchantée qu’il s’en soit rappelé.
– Je lui ai donné deux cartes, d’ailleurs, à Denauzier, a-t-il précisé.
– Encore plus exact. Seigneur ! Papa, tu es bon, tu te rappelles de ça ?!, me suis-je évidemment extasiée.
– Si Denauzier ne trouve pas sa route avec ça, a conclu papa, c’est qu’il est pas mal épais.
Ça, c’est papa tout craché.
D’où il ressort que Épais pour papa est l’équivalent de Coco pour Denauzier.
Où est-ce que je veux en venir avec ces qualificatifs ? À ceux qui sortent de ma bouche, à l’occasion. Mais maintenant que je suis sur le point de les écrire, je me rends compte qu’ils sont tellement grossiers que je n’ai plus envie de poursuivre mon récit…
Si la contrariété a trait à ma personne, si je suis à un moment précis profondément contrariée d’être qui je suis, presque dégoûtée… Non, je ne suis pas capable de l’écrire.
Si je suis moyennement contrariée par une personne qui n’est pas moi, le qualificatif alors sera moins grossier. Je vais dire, m’inspirant de mon père, et s’il s’agit d’une femme, que c’est une Grosse épaisse. S’il s’agit d’un homme, c’est déjà moins gracieux que s’il s’agit d’une femme, je vais dire que c’est un Gros tas. Si je pense à une situation en particulier au centre de laquelle la personne, homme ou femme, me semble courir après le trouble, le faire exprès de s’embourber, prendre plaisir à répéter un scénario mille fois répété et toujours aussi peu gagnant, je vais dire, presque excédée, Qu’il ou Qu’elle s’arrange, et je vais arrêter d’y penser. Compte tenu que je n’articule pas trop quand je suis excédée, Qu’il s’arrange va devenir Qu’y s’arrange, et Qu’elle s’arrange va devenir Qu’a s’arrange.

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