Tome 1

2011-2012

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Page couverture de mon ebook tome 1

« J’étais en train de conduire ma voiture sur l’autoroute 40 quand j’ai réalisé que Jordan Officer, sur sa guitare, emprunte des sentiers sans se demander est-ce bon, est-ce pas bon, il répète 40 fois la même note si ça lui tente, et j’ai décidé de faire pareil. »

En mai 2011, à la suite d’une série d’événements, je me suis fixé le défi suivant : écrire un texte par jour travaillé, du lundi au vendredi. Cela représente en gros 220 textes par année. Je me suis en outre fixé le défi de maintenir ce rythme pendant dix ans. Cela représente un gros 2 200 textes.

– Qu’est-ce que tu racontes dans tes textes ?, me demande-t-on.
– Rien d’important, ai-je l’habitude de répondre. Mes textes sont un ramassis d’observations et de questions.
– Donne-moi un exemple de question, m’a demandé une amie récemment.
– Bien, j’ai passé un bon bout de temps à me demander si mes textes pouvaient intéresser un éditeur. Je me suis aussi demandé si DSK allait poursuivre sa vie comme si de rien n’était après l’histoire du Sofitel à New York.
– Il y a un lien entre les deux ?, a voulu savoir l’amie.
– Bien sûr que non, lui ai-je dit en changeant de sujet.

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Jour 826

Encore une fois, j’ai connu une déception. Ce fut simplissime, sur le coup, de déposer le fichier PDF qui regroupe les textes de ma première année d’écriture sur le site d’une bibliothèque de livres libres et gratuits –en l’occurrence Free-Ebooks.net. Mais c’est après que les choses se sont gâtées. Ma boîte de réception de courriels a vite été envahie par des messages de félicitations automatiques, par des sollicitations bien sûr pour découvrir des logiciels et autres services performants payants, sans parler de la crainte qu’ont ressentie mes amis. Plus prudents que moi, ou alors moins portés par l’enthousiasme de l’idéalisme, ils n’ont pas osé cliquer sur le lien que j’ai publié (texte 828), des fois que leur ordinateur se serait fait infecter par quelque virus. Ma fille, plus jeune, n’a pas été intimidée par le processus parce qu’elle a l’habitude de visiter les bibliothèques virtuelles, mais je compte peu de jeunes lecteurs intrépides comme elle.
Alors j’ai tenté de m’en sortir avec les moyens dont je dispose. J’ai créé sur mon blogue une nouvelle catégorie qui s’intitule Mes publications par année. Quand on clique sur ce lien, offert en haut et à droite de l’écran, on accède pour l’instant au fichier qui regroupe les textes de ma première année d’écriture –et qui a été mis en pages professionnellement par mon collaborateur Berger. Au fur et à mesure que je vais en être capable, le même lien va donner accès aux autres fichiers des autres années, jusqu’à la fin de mon défi qui est prévue en 2021. Voilà, on n’en parle plus –c’est tellement compliqué–, on n’a qu’à cliquer !
Je me suis demandé ce matin en jardinant comment réagit une maman merle qui découvre que sa portée a disparu. Est-elle envahie par la panique, la frayeur, la stupeur ? Survole-t-elle pendant des heures l’endroit où était entreposé le canot en criant sa souffrance ? En supposant qu’elle ait souffert, est-ce que ça lui a pris du temps à s’en remettre ? Est-ce qu’elle s’est fait du sang de cochon, comme ça nous arrive les humains, au point d’envisager de ne plus pouvoir vivre, jusqu’au moment où, n’en pouvant plus de ne plus pouvoir vivre, elle s’est tournée comme le dirait mon père sur un trente sous –ou sur un dix cennes– pour décider qu’elle ne s’en faisait plus et que la vie continue ? Est-elle partie à la recherche d’un mâle pour tenter de donner naissance à nouveau ? Est-elle génétiquement conçue pour ne donner naissance qu’une fois par année ? On le voit, je ne connais rien aux oiseaux.
Je me suis aussi demandé –ce fut la journée des remises en question– comment j’allais pouvoir rentrer à la maison, cet après-midi, après avoir marché quelque 500 pas jusqu’au casier de courrier. À l’aller, tout a bien été. Mais au retour, j’ai été envahie par une armée de mouches noires, au point de ne pas oser respirer, de me tenir les lèvres serrées et les yeux plissés. Pourtant, incroyable mais vrai, je portais un filet anti-moustiques.

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Jour 827

L’an dernier, une maman merle a donné naissance à quatre petits dans le nid qu’elle avait confectionné, bien appuyé entre deux branches de la vigne qui protège la maison du soleil en été. On entendait les oisillons pépier et demander à manger, on voyait la maman aller chercher de la nourriture et venir la déposer dans le bec de ses quatre bébés. Elle ne chômait pas ! Puis on n’a plus entendu les oisillons pépier et on s’est rendu compte, ou plutôt Denauzier s’est rendu compte qu’une buse avait profité de l’absence de la maman pour vider le nid d’un coup de bec et se remplir l’estomac. La loi de la nature.
Cette année, maman merle n’est pas venue pondre dans le nid qui n’attendait qu’elle dans la vigne, elle a choisi un endroit plus original et à l’abri de la méchante buse.
Pas plus tard que vendredi dernier, Denauzier a retiré de l’endroit où il a passé l’hiver, dans le sous-bois, le canot qu’il a aussitôt installé sur le toit de notre véhicule. Denauzier est homme à ne pas lésiner, hop là, presque ni vu ni connu, voilà le canot déjà attaché et prêt à affronter la route de gravier qui mène au Lac Moyre.
Or, maman merle avait fabriqué son nid sur le banc arrière du canot qui était déposé à l’envers dans le sous-bois. Cela revient à dire qu’une fois le canot déposé à l’endroit le long du quai, hier samedi, le nid s’est retrouvé sous le banc, il en est tombé, et de même les cinq petits qui s’y trouvaient, morts de faim, probablement, ou de peur.

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Jour 828

Il s’est produit quelque chose d’extraordinaire : j’ai déposé hier le ebook de ma première année d’écriture sur un site de livres libres et gratuits. Le site est anglophone et il ne doit pas y avoir beaucoup de lecteurs francophones qui s’y aventurent. Je pensais que ce serait compliqué d’y déposer mon livre, or ce fut simplissime.
Pour rappel de mémoire, ma première année d’écriture remonte à 2011-2012. Je travaillais encore à l’université. Je n’avais pas reçu ma chirurgie cardiaque. DSK se faisait attraper les culottes baissées au Sofitel de New York. Anne Sinclair ne l’avait pas encore quitté mais ça n’allait pas tarder. Pour ma part, je n’avais pas encore rencontré Denauzier. Le jour où nous avons fait connaissance, j’apprenais dans le Journal de Montréal que Robin Williams s’était suicidé.
Le ebook a été mis en pages par mon ami Berger, graphiste de sa profession.
Graduellement, je compte déposer au même endroit les autres ebooks de mes cinq autres années d’écriture. Parallèlement, j’accumule au jour le jour depuis le 1er mai 2017 les textes de ma septième année d’écriture.
Mais déjà je trouve que c’est rendu trop compliqué. Je me demande comment ça se fait que je privilégie les voies compliquées.
Pour l’instant, pour faire changement, tenons-nous-en à l’essentiel : l’adresse pour télécharger le tome 1 de mon défi de 10 tomes est la suivante :

https://www.free-ebooks.net/ebook/Les-productions-Badouz-Premiere-annee-d-ecriture

Je remercie mes amis lecteurs de m’encourager en le téléchargeant, ça ne coûte rien.

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Jour 829

Je portais et porte encore en ce moment le short McKinley que j’ai eu tôt fait d’enlever hier tellement il faisait chaud. La température est plus confortable aujourd’hui, le temps plus sec. Pour accompagner le short, je portais tout à l’heure une camisole blanche comme on en portait quand on était petit sous nos vêtements, en hiver. Il me semble que nos parents appelaient ça « un p’tit corps » ? Il s’agit d’une camisole en coton blanc à encolure ronde avec une boucle en ruban à l’avant et des bretelles d’à peu près un pouce de large. J’aime cette camisole que j’ai achetée elle aussi en solde, dans un magasin de Joliette qui vendait tout à des prix ridicules pour liquider la marchandise en raison d’une faillite, une autre. J’aime cette camisole mais la bretelle du côté droit retombe d’elle-même au fil de mes mouvements et cela devient énervant. Alors j’ai enlevé la camisole pour mettre à la place un t-shirt de couleur corail de la marque Lolë. Cela s’arrête là pour les vêtements aujourd’hui.
J’ai poursuivi cet après-midi mon travail dans les plates-bandes, les rocailles et les arrangements divers dont je parsème le grand terrain, plein sud, devant la maison.
– C’est fou, tout ce travail que je fais, ai-je dit à Denauzier, ce sera à recommencer à chaque année.
– Mais en même temps c’est tellement beau, a répondu mon mari.
– Et j’aime tellement ça, ai-je ajouté.
Mai et juin me semblent être les mois les plus exigeants pour les arrangements extérieurs. Comme il a plu à peu près tout le mois de mai, je rattrape le temps perdu en juin, en mettant les bouchées doubles. Je ne me lance dans rien d’original. Je creuse ici et là à même le terrain, je plante les hémérocalles et les hostas de feu tonton et de maintenant tantine, je couvre de paillis de cèdre, j’entoure l’arrangement de roches ou de gros cailloux que je ramasse dans le bois, derrière la maison. Et le tour est joué.
J’ai quand même l’idée de me lancer dans quelque chose de fou qui me fait penser à mon père. Je voudrais passer au tamis une section du terrain qui est couverte d’un mélange de terre et de gravier.
– As-tu un tamis dans le garage ?, ai-je d’ailleurs demandé à mon mari pas plus tard que cet après-midi.
Avec les petits cailloux obtenus, je pourrais décorer mes plates-bandes, rocailles et autres arrangements. Sur la terre pauvre restante, j’étalerais bien comme il faut avec un râteau, pour obtenir la même épaisseur partout, du terreau prêt à recevoir de la semence de gazon. Cette section actuellement aride, grise et caillouteuse deviendrait verte et rafraîchissante, elle apporterait une touche de vie aux hémérocalles que j’ai plantées la semaine dernière le long du cabanon.
Je voudrais ensuite, parce que ça ne s’arrête pas là, creuser des tranchées tout le long du terrain, qui est en pente, de manière à ce que l’eau s’y écoule, quand il pleut, pour éviter la formation de crevasses qui viennent saccager l’entrée de gravier comme cela se produit actuellement. Ces tranchées creusées de mes bras, de mes mains, avec tout mon cœur, seraient ensuite recouvertes de cailloux de grosseur moyenne qu’il me reste à trouver. Je sais que je suis assez folle pour entreprendre ce chantier, mais je ne sais pas quand est-ce que j’en aurai le temps. Tout se passe comme si je ressentais une nécessité plus forte que tout de me dépenser dans ces projets physiques pendant que j’en suis encore capable…

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Jour 830

glacière

Bandana fuschia et tunique rouge achetée avec Bibi au magasin Sears. Je disais à mon mari que c’était peut-être la première fois de ma vie que je nettoyais une glacière, alors pour souligner l’événement il a pris une photo.

Au sortir du lit j’ai mis une chemisette de coton blanc à manches courtes de la marque Columbia. Tout l’hiver elle est demeurée suspendue à un cintre dans mon garde-robe. À chaque fois que mon regard se posait sur elle, je me disais qu’elle était en lin et que je n’aurais pas dû l’acheter parce qu’elle allait froisser en un rien de temps et que je ne suis pas forte sur le repassage. Elle est en coton, elle froisse en masse et ce matin je l’ai portée. Arrivée cependant dans la cuisine et la salle à manger qui sont communicantes, je suis tombée sur une camisole de sport avec soutien-gorge intégré que j’ai décidé de porter, enlevant pour ce faire la chemisette. Plein de vêtements recouvraient la grande table et les dossiers des chaises parce qu’ils n’étaient pas tout à fait secs quand je les ai retirés de la corde à linge hier soir. Plein de vêtements parmi lesquels ladite camisole. Je l’ai achetée récemment, 4 $ à une nouvelle friperie de la rue St-Viateur à Joliette, le cœur un peu inquiet lors de mes achats (j’ai acheté deux camisoles) parce qu’il est clair que la friperie ne vivra pas longtemps.
Après avoir fait diverses petites choses dans la maison, je suis sortie, portant, pour accompagner la camisole grise à bordures rose, un short ample jaune flash d’un confort fou. J’ai couvert mes épaules, mes bras et protégé ma nuque avec une chemise à manches longues boutonnée jusqu’au cou, chemise dont un pur étranger m’a dit, c’était l’été dernier au petit déjeuner dans un hôtel de Fredericton, que la couleur corail –qui est la couleur de la chemise– m’allait bien. J’ai cordé du bois pendant une heure et je suis rentrée, complètement mouillée. J’ai enlevé la chemise corail mais gardé le restant, malgré l’inconfort de porter des vêtements mouillés pour préparer le dîner, à savoir une omelette tout-ce-qui, faite avec des œufs de dinde que j’ai mélangés à du lait de noix de cajou. Assez rapidement je suis retournée dehors, habillée de la même manière, malgré l’inconfort supplémentaire d’avoir enfilé ma chemise corail mouillée, pour aller avancer mon projet de plate-bande. J’y ai travaillé jusqu’à 17 heures.
Une fois dans la maison, après ma corvée, je n’en suis pas revenue à quel point j’étais sale. Je suis allée me doucher pour porter, au sortir de la douche, une chemise Columbia, encore la même marque et encore en coton, hyper légère, rien en-dessous, et un short McKinley noir, que j’ai eu vite fait d’enlever pour me promener, à la place, en petites culottes achetées récemment au magasin Sears, en solde. En ce moment, je suis habillée en pantalons longs et en t-shirt parce que nous sommes allés faire un petit tour de moto, Denauzier et moi, en soirée.
L’intérêt du texte d’aujourd’hui réside dans le fait, complètement occulté, que la plate-bande me semble assez réussie.

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Jour 831

L’aspect positif de mon expérience excessive avec les mouches noires, c’est que je trouve qu’ici, dans mon patelin de St-Jean-de-Matha, il n’y en a pas ! Ce matin, pour faire plaisir à mon Fitbit, je suis allée corder du bois, vêtue de mon couvre-chef filet anti-moustique.
– Vas-y mollo, m’a avertie mon mari, il fait très chaud.
Eh bien, au bout de quelques bûches, j’ai enlevé le filet, considérant que les aspects négatifs –avoir encore plus chaud et ne pas bien voir– l’emportaient sur le seul aspect positif — ne pas être mangée.
Comme il fait très chaud dehors, il ne m’a fallu que quelques minutes pour sentir les gouttes de sueur descendre le long de mes tempes, se rencontrer sous le menton et s’égoutter de là. La même chose m’est arrivée, mais dans des conditions différentes, en fin de semaine au lac Moyre. Je parle des gouttes de sueur qui coulent sous le menton.
– Je ne me sens pas très bien, ai-je dit à Denauzier, le samedi matin. La dernière fois que je me suis sentie si fatiguée, ai-je ajouté, tantine m’a demandé de déterrer un très gros hosta et de le planter ailleurs. Bien entendu ça ne me tentait pas, mais en même temps je me suis dit que ce serait fait et que, parce que ce serait fait, tantine et moi n’aurions plus besoin d’y penser. Alors je me suis mise à déterrer en forçant avec la pelle, j’ai pris l’immense plant dans mes bras et je suis allée l’installer ailleurs. Après cet effort, figure-toi, je me sentais mieux !
– Donc, tu te cherches des hostas à déterrer ?, a répondu mon mari en me taquinant.
– Non, je pense que je vais plutôt aller marcher.
– À ce moment-là, n’oublie pas le sifflet et le poivre de cayenne, m’a indiqué Denauzier, et ne t’éloigne pas.
Mon mari s’imagine que je vais rencontrer un ours, des loups et des coyottes, alors que je ne rencontre jamais rien ni personne, que ce soit sur les routes pavées, les pas pavées, ou les sentiers.
Je suis donc partie marcher, avec mon sifflet et ma bombe de poivre de cayenne, pas du tout convaincue que je serais capable d’utiliser la bombe en cas d’extrême nécessité, sous l’effet de la nervosité.
Marche, marche, cours, cours.
– Je me rends jusqu’au tournant en courant, me suis-je dit.
J’arrive audit tournant, je marche, et je me redéfinis un autre point jusqu’où courir. Et ainsi de suite, en ne m’autorisant pas tellement à marcher lentement. Ainsi marchant et courant, j’ai vu une roche dans le sentier de sable où je m’étais aventurée, une assez grosse roche noire. Je l’ai trouvée drôlement placée dans la mesure où des véhicules roulent sur cet étroit sentier et la roche se trouvait en plein dans le tracé d’une roue. Je me suis mise à courir encore plus vite en direction de la roche, je ne sais pas pourquoi, pour découvrir qu’il s’agissait d’un gros caca d’ours. Denauzier m’a montré plusieurs fois au cours de nos promenades dans le bois à quoi ressemble un caca d’ours. Chose surprenante, le gros tas semblait encore humide. J’ai cherché une petite branche avec laquelle j’ai remué le tas pour découvrir qu’il était très très humide, pas du tout sec, pas ancien déposé là depuis plusieurs jours, mais plutôt déposé là depuis… moins d’une heure ?
– En une heure, l’ours a eu le temps de s’éloigner, me suis-je dit. Mais est-ce qu’il pourrait s’agir de seulement quelques minutes ?
C’est à ce moment-là que j’ai entendu craquer des branches, dans le sous-bois juste à côté. Je me suis mise à crier, cocotte ! Et à courir en direction du chalet, obtenant ainsi l’écoulement des gouttes de sueur sous le menton.

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