Jour 798

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C’est en plein celles-là que j’ai achetées : petites gommes sures en vrac. INGRÉDIENTS : Sucre, dextrose, sirop de maïs, base de gomme, acide citrique, acide malique, stéarate de calcium, arômes naturels et artificiels, glace de confiserie, glycérine, colorants, lécithine de soya, dextrine de tapioca, cire de carnauba.

Ce matin j’ai longuement promené la petite de vingt mois dans la poussette. Elle y a fait un beau dodo. Ça fait du bien, une dose de jeunesse, des gazouillis dans la maison –sens dessus dessous–, des petits pas qui courent vite vite sur le plancher. Dans la même veine, pour me sentir vivante et me sortir un peu du monde de la vieillesse, de la maladie, des pertes diverses dans lequel je macère depuis quelque temps, je me suis adonnée à une activité de délinquance, pour tester que je suis encore capable de l’être, délinquante, pour me donner du swing et me faire oublier mes rides.
En fait, j’ai pratiqué la même activité de délinquance trois fois de suite.
La première fois, c’était dans un grand magasin, parmi les étals de fruits et de légumes locaux. Arrivée devant un présentoir garni de paniers de framboises, j’en ai pris un, de grand format, désirant bel et bien l’acheter. Au fur et à mesure de mes déambulations dans ledit magasin, multipliant les allées et venues pour faire plaisir au Fitbit, je me suis trouvée à manger presque la moitié des framboises du panier. C’est bête, acheter plein prix un panier à moitié garni. Alors, au détour d’une allée qui offrait des quantités à n’en plus finir de viennoiseries et de beignes aux patates faits à Ste-Marcelline, j’ai pris le panier de framboises et je l’ai déposé, ni vu ni connu, du moins je l’espère, sur de grosses miches de pain. Je dois avouer que j’ai aussitôt accéléré le pas, mais rendue dans une autre section je me suis remise à flâner comme si de rien n’était.
La deuxième fois, nous étions tantine et moi à notre lieu de prédilection, à savoir le IGA de Rawdon. Tantine voulait acheter des bonbons dont la vente s’appuie sur un drôle de concept : c’est 3,99$ le contenant, peu importe qu’il soit rempli à ras bord ou aux trois-quarts vide. Pendant que tantine hésitait entre des caramels et des menthes au chocolat, j’ai rempli un contenant de gommes à mâcher surettes, rempli bien comme il faut, non sans d’abord m’être mis une dizaine d’échantillons dans la bouche. Sitôt mastiquées et leur saveur libérée, les gommes se sont avérées caoutchouteuses et sans attrait. J’ai jeté ma chique dans une poubelle qui se trouvait sur mon chemin, à une station de dégustation de Tostitos et sa salsa, et à même mon contenant je me suis servi une autre ration de quelque dix morceaux.
– Je ne vais quand même pas mâcher tout ça, me suis-je dit, m’inquiétant pour mes dents. Il doit y avoir plus de cent gommes là-dedans. J’ai beau en mâcher dix à chaque fois, ce n’est pas raisonnable.
Alors sans hésiter et forte de mon expérience récente avec les framboises, j’ai déposé le gobelet de gommes à mâcher sur une tablette de conserves de maïs en crème dont tantine avait besoin pour un pâté chinois. Je l’ai caché dans le fond, derrière d’autres conserves, et encore une fois, ni vu ni connu, j’ai continué ma route.
La troisième fois est moins délinquante dans la mesure où je ne suis que partiellement impliquée dans l’incident. Nous étions, mon mari, la petite et moi, toujours aux mêmes lieux de prédilection en lien avec l’alimentation, dans notre village cette fois. La petite s’est mise à jouer avec une banane verdâtre dure et pas mûre aussi grosse qu’elle ou à peu près, y croquant joyeusement en laissant dans la peau l’empreinte de ses dents. Denauzier et moi avons arpenté les allées, avons-nous besoin de ceci, et la petite aura-t-elle assez de cela, et on va prendre un litre de lait supplémentaire pour les biberons, etc. Au bout d’un moment, je tourne la tête et constate que la petite ne tient plus la grosse banane dans ses mains et qu’elle n’est pas non plus tombée d’elle-même dans le panier. Je l’aperçois, par terre, au beau milieu d’une allée.
– On va la laisser là, ai-je dit à Denauzier.
– De quoi parles-tu chérie ?
– De rien. Rien d’important, ai-je répondu. C’est moi qui paie, ai-je enchaîné.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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