Jour 772

Dans mon rêve j’étais orgueilleuse. Nous étions un groupe d’amies à nous réunir dans un restaurant. J’arrivais un peu en retard et me joignais au groupe alors que la conversation était déjà entamée. Une amie parlait d’un échange très récent que nous avions eu elle et moi et en répétait chaque phrase presque mot pour mot. Elle voulait vérifier auprès du groupe qu’elle avait eu raison de mal interpréter mes paroles. Elle voulait encore s’assurer qu’elle n’était pas la seule à trouver que j’avais été blessante. Elle relatait chaque élément en regardant si les convives penchaient en sa faveur ou semblaient vouloir me défendre.
– Elle ne doit pas se rendre compte que je suis arrivée, me disais-je, constatant qu’il était question de moi sur une note pas très positive.
Or mon amie continuait comme si de rien n’était et y allait subtilement de choses encore plus désagréables à entendre. J’écoutais en me disant qu’effectivement on pouvait choisir de mal interpréter les gestes qui avaient été les miens et de même mes paroles, mais je savais aussi qu’à aucun moment ces gestes et paroles avaient été voulus mesquins ou méchants de ma part. Maladroits, probablement, mais sans plus. Mon attitude devenait alors la suivante : j’acquiesçais, je donnais raison à mon amie, je recevais ses critiques sans me défendre, sans me justifier, je trouvais naturel que l’on se moque de moi, je faisais comme si je n’étais pas au centre du récit désobligeant et je riais comme riaient toutes les femmes du groupe. Mon intention n’était pas de me dénigrer encore plus, ou encore de faire comme si de rien n’était pour que le repas se déroule sans heurts. Mon intention était plutôt de montrer aux convives que j’étais au-dessus des mesquineries. J’étais noble, chevaleresque. L’orgueil me faisait me comporter de la sorte, et non le détachement. Je voulais en effet que les amies découvrent à quel point j’avais bon caractère. Mon comportement ne pouvait pas être moins désintéressé.

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Jour 773

– Allons voir papa !, me suis-je exclamée.
Nous étions à un carrefour, Pattes d’ours sur sa moto, Denauzier et moi sur la nôtre. Au hasard des tournaillages pour le seul plaisir de nous promener, il faisait tellement beau, c’était hier soir, nous avons abouti à une pancarte qui donnait 8 km, à gauche, pour atteindre St-Jacques. Mais curieusement mon mari a tourné à droite et nous nous sommes retrouvés à St-Gérard-Magella. De là, Pattes nous a montré la direction pour aller à St-Jacques, tout en vérifiant que je voulais vraiment aller voir papa.
– Tu en arrives, tu y étais cet après-midi, m’a-t-il dit. Je ne vois pas pourquoi tu veux y retourner !
– Pour le fun !, ai-je répondu sans réfléchir, comme s’il pouvait y avoir une once de fun dans les visites que nous lui faisons.
– Pour que tu puisses venir avec nous, ai-je corrigé, tu travailles le jour et tu ne peux pas te libérer facilement, et en plus ce serait la première visite pour Denauzier. Et nous sommes si proches, dans dix minutes on y est.
– Même pas, a répondu les Pattes, en repartant pour qu’on le suive.
Quelques minutes plus tard, après avoir stationné les engins et enlevé nos casques, nous entrions dans la grande salle où se donnent les repas. Papa était à la même table que celle que je lui connais, avec trois femmes dont une, élégamment maquillée, qui ne semble pas malade, et une qui semble terriblement malade.
Les pantalons de papa, pour une raison que nous n’avons pas tenté de connaître, étaient en un tas à ses pieds. Voyez ici les interprétations possibles : dans l’après-midi, j’avais remarqué, avec mon sens non pratique, que les pantalons étaient bien trop grands et j’avais dit à papa qu’il avait beaucoup maigri. Les Pattes, qui a le sens pratique, en voyant les pantalons, s’est empressé de les ramasser pour en vérifier la taille : 38.
– Papa fait du 32 au maximum, a dit mon frère. Et peut-être plutôt du 30. Ce n’est pas étonnant que les pantalons soient trop grands !
Il faut dire que lorsque mon frère entre quelque part, on ne passe pas inaperçu. Il est très grand, beau, parle fort et gesticule en masse.
– Sans blague, a poursuivi les Pattes alors que nous nous rendions avec papa dans sa chambre, ces pantalons-là sont même trop grands pour moi.
– Essaie-les !, ai-je proposé, juste pour voir mon frère avoir l’air fou avec des jambes de pantalons qui lui arriveraient au-dessus des mollets.
Il les a essayés, en fait il a essayé trois paires de pantalons qui étaient toutes trop grandes pour lui. Papa le regardait faire et devait bien se demander qu’est-ce qui se passait de si bruyant et de si énergique dans sa chambrette. Il a dû penser qu’un tsunami était en train de virer sa chambre à l’envers. Il est rendu tellement faible qu’il ne peut plus partager de moments avec nous. Nous l’épuisons.
À trois reprises, la dame maquillée qui n’a pas l’air malade nous a dit, alors que nous nous étonnions des pantalons trop grands autour de la table où se trouvait papa, à trois reprises elle a dit :
– Ça va passer.
Elle me regardait et répétait Ça va passer. Se rappelait-elle qu’elle m’avait vue pleurer ? Voulait-elle m’encourager ? Passe-t-elle son temps à dire aux étrangers Ça va passer ?
Quand nous avons quitté la chambre de papa, il essayait de démêler les événements auxquels il venait d’assister en jonglant avec les mots qui étaient sortis de nos bouches : 32, 38, 30, 34, 38…

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Jour 774

– Amène-moi à la maison.
– C’est ici ta maison, papa.
– Où est Bibi ?
– Elle est dans sa maison, à Joliette.
– Alors amène-moi chez Bibi.
– Je ne peux pas. Ici maintenant c’est chez toi. Comment ferais-tu pour monter dans la voiture ? Et monter l’escalier pour te rendre chez Bibi ? Rappelle-toi à quel point c’était compliqué de te déplacer dans l’appartement, alors qu’ici les corridors sont larges et les planchers égaux. Chez Bibi on n’arrêtait pas de s’accrocher dans les seuils de porte et ton fauteuil roulant passait tout juste dans le corridor…
Je me trouve épaisse de dépenser toute cette salive alors que papa me regarde, le visage aussi impassible que celui d’un robot, les yeux dans la brume, la bouche entr’ouverte.
– Amène-moi à la maison.
– Il y a ton nom à la porte de ta chambre, et il est même écrit la date de ton anniversaire, dans deux semaines. Je ne peux pas t’amener à la maison, papa, je ne serais pas assez forte pour te soulever, même si tu as perdu du poids.
Une préposée entre dans la chambre et me demande si tout va bien. C’est la même préposée que celle qui m’a vue pleurer il n’y a pas longtemps, et voilà que je pleure encore. Elle comprend la situation, j’imagine qu’elle en a vu d’autres, et sans attendre ni une ni deux elle dit à papa :
– Vous n’êtes pas encore assez guéri pour rentrer chez vous, M. Longpré. Attendez encore un peu. Attendez de pouvoir marcher mieux.
Papa se laisse convaincre, le temps d’une minute, puis :
– Si tu ne me ramènes pas maintenant, je vais devoir y aller seul.
La préposée est ressortie, je suis seule avec papa, assise devant lui, je lui tiens les mains. Je considère qu’il me tend une perche alors je saute sur l’occasion et je lui dis, ravalant mes sanglots :
– Justement, papa, je pense que là où tu dois aller, il faut que tu y ailles seul. Je ne peux pas y aller avec toi. Personne ne peut y aller avec toi. Nous ne sommes pas prêts, mais toi bientôt tu seras prêt.
Sur ces paroles, j’ai envie de prendre mes jambes à mon cou et de m’enfuir, mais j’aime trop tenir les mains de papa, alors je reste là, à le regarder, à attendre un son, un mot, une respiration, un semblant d’expression sur son visage. Qui ne viennent pas.
S’il avait encore toute sa tête et s’il me voyait aller, il me trouverait bien dramatique, il me dirait, une fois de plus, que j’ai le sens de l’exagération.
Et puis, tout d’un coup, j’ai une illumination : pourquoi est-ce qu’il faudrait que la mort soit atroce, une ennemie, une avaleuse. Comment s’appelle encore ce grand homme qui a lancé sans le vouloir le mouvement des Indignés en s’exclamant Mais indignez-vous ! et qui disait, sur un autre registre, être convaincu qu’au moment de quitter la vie il serait accueilli à bras ouverts par la mort ? Stéphane Hessel, décédé à 95 ans le 26 février 2013.

 

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Jour 775

Le temps qui passe. Encore. Nous nous sommes arrêtés au dépanneur qui est situé en face du chemin des Cèdres-du-Liban, le long de la route 131. Nous arrivions du chalet dans le bois où nous avons passé quatre jours et nous savions que le frigo, à la maison, était vide.
– Qu’est-ce que tu désires manger ce soir, chérie ?, m’a demandé mon mari.
– Peut-être de la galette de sarrasin, ou des crêpes. Si on y va pour la galette, c’est moi qui fais le mélange, si on y va pour les crêpes, c’est toi qui le fais. Chacun ses spécialités. Mais il faudrait acheter des œufs.
Les Cèdres-du-Liban, c’est l’endroit où papa habitait, tout au bout du chemin qui se termine en cul-de-sac. Autrement dit, rendu à la dernière propriété du cul-de-sac, ça y est, on était chez lui. Le chemin des Cèdres-du-Liban est assez long, je dirais trois kilomètres. Je le marchais souvent, l’été et l’automne, quand j’allais visiter papa. Le printemps, avant la construction du barrage, il y avait des inondations qui en bloquaient l’accès. Et l’hiver il faut croire que j’étais trop frileuse. Je marchais la distance à l’aller, j’arrivais juste en face du dépanneur, je n’y entrais pas, je rebroussais chemin et je revenais vers papa. Je croisais des joggers qui couraient en tenue de sport, des dames d’un certain âge qui promenaient tranquillement leur chien, et souvent je ne croisais personne. À mon retour, papa était soit en train de s’occuper de la propriété à l’extérieur, soit en train de boire une bière avec son voisin, soit en train de faire la vaisselle. C’était la belle vie. La maison était pleine de lumière et je m’y sentais tout le temps bien. Papa dormait en bas, dans un petit lit simple dont les couvertures étaient aussi vieilles que Mathusalem. Je dormais en haut, je partageais le grand lit avec Emmanuelle, et une fois il m’est arrivé de le partager avec Thrissa.
Donc nous arrivons au dépanneur, nous nous stationnons devant le commerce, je descends acheter une douzaine d’œufs et je constate, arrivée à la caisse, que le propriétaire québécois qui me répondait autrefois et qui me vendait des billets de loto quand je voulais rendre la pareille à papa, je découvre qu’il est remplacé par une femme toute petite, c’est à peine si son nez arrive à la hauteur du comptoir. Le temps passe et la vie change, comme en témoigne la dame asiatique, haute comme trois pommes, la nouvelle propriétaire.

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Jour 776

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On dirait une toile d’inspiration autochtone.

La nuit dernière j’ai crié dans mon sommeil et mon mari a dû me secouer pour me calmer. Je ne sais pas si c’est parce que je vis par épisodes dans la nature sauvage, mais le protagoniste principal de mon cauchemar était un loup qui voulait m’attaquer. Il ressemblait au pseudo-loup que j’ai peint il y a quelques années et qui apparaît ci-contre (à l’avant-plan en gris et noir). Le loup s’y prenait d’une manière sournoise en émergeant de la noirceur totale pour venir me barrer la route. J’essayais de crier pour évacuer la peur ou encore pour appeler à l’aide, mais comme cela arrive presque tout le temps dans mes rêves, il ne sortait aucun son de ma bouche. J’étais bloquée, paralysée, incompétente à souhait, incapable, impuissante. Si la protagoniste Lynda était muette face au loup, la Lynda de chair et d’os qui rêvait ne l’était pas. C’est déjà ça.
Plus tard, dans un autre moment de ma nuit, je devais prendre l’avion. Encore une fois, je me retrouvais irresponsable, tête de linotte, pas à mon affaire. Je m’étais préalablement informée à savoir si ma place était bel et bien réservée sur le vol que je voulais prendre. Oui oui madame, pas de problème, me répondait-on au téléphone, mais je me doutais que je n’avais pas fait ce qu’il faut pour détenir une place en bonne et due forme. Je me laissais porter par les paroles de l’agent qui m’avait probablement répondu sans prendre la peine de vérifier. Au moment de prendre l’avion, arrivait ce qui devait arriver, je ne pouvais pas monter. Je ne pouvais pas non plus reculer de l’endroit où j’avais attendu en file, j’étais coincée là. Pour ne rien arranger, Emmanuelle et une amie devaient prendre le même vol. Elles n’avaient pas encore dix ans dans mon rêve. Il n’y avait pas moyen que je leur parle pour les avertir de ne pas s’inquiéter. Notre destination était Paris, et voilà que les deux fillettes allaient se retrouver en pleine ville en ne pouvant compter que sur leur débrouillardise. Je me faisais du souci non pour Emma, mais pour son amie ! Autrement dit, je perçois ma fille comme étant pleine de ressources et rarement prise au dépourvu.
Après avoir publié mon texte d’hier qui se voulait une réflexion sur le temps qui passe, je me suis rendu compte que j’avais nommé tous les gens de mon environnement immédiat que je porte dans mon cœur, à l’exception de ma fille. Étrange, me suis-je dit. Pas si étrange, me suis-je aussi dit. Emma entame sa vie et on peut dire qu’elle a encore du temps devant elle, plusieurs décennies normalement. Elle est dans la portion ascendante de la courbe du temps, alors que papa est rendu à la fin de la courbe descendante. En outre, elle n’est pas présente géographiquement dans ma vie de tous les jours.
Je vais de ce pas relire la première moitié de Vol de nuit, de St-Exupéry, que j’ai commencé hier. Le texte est poétique et je n’arrive pas à me représenter les lieux du récit, il me semble que les événements ne sont qu’esquissés, je ne retiens que les réflexions de Rivière quant à son intransigeance envers la nature humaine… J’étais peut-être trop fatiguée. J’y retourne.

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Jour 777

Qu’est-ce que je pourrais bien raconter d’intéressant en ce jour de triplé. Je suis allée lire le jour 888, pour m’inspirer. Il y est question d’une toile que j’ai remaniée. Le jour 999 est quant à lui le récit d’une journée tout à fait ordinaire. Je pourrais écrire que le temps passe et que la vie change, bien que ce ne soit un secret pour personne. Je suis au lac Miroir en ce moment, signe que le temps passe et que la vie change. Jamais je n’aurais imaginé, lorsque je travaillais à l’université, que j’allais un jour passer de longues journées dans la nature sauvage à n’entendre que le vent, le chant des oiseaux, la respiration de mon mari la nuit, et ma valve. Tantine est pour sa part seule dans sa petite maison de St-Alphonse, un peu plus capable que l’année dernière d’assumer sa solitude. Elle porte depuis peu une nouvelle monture de lunettes qui la rajeunit de dix ans, je trouve, mais quand je lui dis qu’elle a rajeuni de dix elle me répond qu’elle a bel et bien quatre-vingt-un ans, lunettes pas lunettes. Bibi entame une nouvelle vie puisqu’elle a perdu son voisin de palier. Les premiers jours ont été difficiles, elle entrait dans l’appartement de papa et se mettait à pleurer. Elle sait cependant retomber sur ses pieds. Elle est toujours retombée sur ses pieds. Elle est en train de vider les lieux pour qu’un nouveau locataire s’installe au plus vite. Elle m’a téléphoné tout à l’heure pour me demander si je désire conserver les causeuses en cuir de papa. Oui, je vais les conserver, elles vont venir résider au chalet du lac Miroir, comme ça un peu de papa sera visible matériellement, en ce sens qu’il est et sera toujours présent immatériellement dans mon cœur. Les premiers jours, j’imagine que les causeuses dégageront son odeur, mais assez vite, parce que la vie passe vite, l’odeur du chalet viendra prendre le dessus sur celle de papa. Pattes d’ours est mignon comme tout et le sera toujours, cela ne donne pas à penser que la vie change, cela installe plutôt dans le temps une caractéristique immuable, mais en fait sa vie a beaucoup changé ces derniers mois pour un ensemble de raisons qui lui appartiennent. Swiff fait sa vie aux États-Unis et n’est guère présent dans les folies que j’écris. Denauzier et moi nous disions justement ce matin en admirant le lac qu’il faudrait l’inviter ainsi que sa compagne. Papa est tranquille dans sa chambre au CHSLD, il boit du coca-cola et mange des gaufrettes et attrape des libellules imaginaires qui valsent gracieusement autour de lui. Je suis retraitée depuis plus de deux ans maintenant. J’essaie de bouger et de faire du sport pour vieillir le mieux possible. À cet égard, je voulais participer aux séances hebdomadaires de Zumba dorée qui ont commencé le 4 septembre dernier, mais d’une chose à l’autre j’en ai été empêchée et je le serai encore la semaine prochaine puisqu’il est déjà prévu que je passerai la journée auprès de papa. Ce jour de triplé je peux écrire ceci, que je ne pourrai peut-être pas écrire au Jour 666 : papa est encore vivant.

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Jour 778

Un-Fil-Rouge-Invisible-Nous-Relie....

Une poussière imaginaire ou un fil invisible.

Des quatre enfants que nous sommes, il y en a qui sont proches de papa et d’autres qui le sont moins. Je dirais que je suis celle qui est le plus en adoration.
Papa me disait avant-hier que ce n’est pas important que les repas du CHSLD soient bons ou pas bons. De toute façon, il ne mange plus beaucoup.
– Est-ce que tu aimes la nourriture ?, lui ai-je demandé, à la seule fin de meubler le silence.
– C’est très bon, mais en même temps ce n’est pas important, a-t-il répondu lentement, de son filet de voix qui me faisait tendre l’oreille.
– Qu’est-ce qui est important ?, lui ai-je demandé, à la seule fin, cette fois, d’entendre la réponse que je connaissais à l’avance.
– Les enfants, a-t-il évidemment répondu.
Lors de ma visite hier avec tantine, qui n’aura pas duré plus de dix minutes, papa a quand même eu l’occasion de nous dire qu’il n’était plus si pressé d’en finir.
– Chaque chose en son temps, a-t-il affirmé.
Dans la tranquillité de sa grande chambre, il n’est pas conscient qu’à l’extérieur la nature se déchaîne. Ouragans aux Antilles, tremblement de terre au Mexique lui passent dix pieds par-dessus la tête. Il est habité par d’autres images que celles qui sont diffusées par les médias.
– Il va y avoir une épluchette de blé-d’Inde, nous a-t-il dit hier, en regardant la lampe du plafond.
– Est-ce que c’est écrit sur une affiche ?, a demandé tantine, en se tournant en direction du regard de papa pour essayer de trouver l’affiche.
– C’est annoncé là, a répondu papa, en pointant le plafonnier.
Étant donné qu’il nous a donné congé assez vigoureusement, tantine et moi sommes parties sans trop lésiner sur les au revoir, j’ai hâte de te revoir, je t’embrasse et je t’aime. Tellement peu lésiné que tantine en a oublié sa canne sur le lit.
– J’ai oublié ma canne !, s’est-elle exclamée comme on mettait le pied dehors.
Je suis entrée la chercher et je n’ai pas pu résister à la tentation d’embrasser papa sur le front.
– Prends donc ça pour le mettre à la poubelle, m’a-t-il dit.
J’ai tendu la main et il y a déposé une poussière imaginaire, un fil invisible, un micro moustique improbable.
– Qu’est-ce que c’est ?, ai-je demandé. C’est tellement petit que je ne vois pas bien, ai-je eu le réflexe d’ajouter pour faire comme s’il m’avait bel et bien donné quelque chose.
– C’est difficile à dire mais il y en a partout, je n’arrête pas d’en ramasser, fut sa réponse.
– Est-ce que ça te dérange ?
– Bien sûr que non, ça m’occupe. De toute façon, ce n’est pas important, a-t-il ajouté.

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