Jour 775

Le temps qui passe. Encore. Nous nous sommes arrêtés au dépanneur qui est situé en face du chemin des Cèdres-du-Liban, le long de la route 131. Nous arrivions du chalet dans le bois où nous avons passé quatre jours et nous savions que le frigo, à la maison, était vide.
– Qu’est-ce que tu désires manger ce soir, chérie ?, m’a demandé mon mari.
– Peut-être de la galette de sarrasin, ou des crêpes. Si on y va pour la galette, c’est moi qui fais le mélange, si on y va pour les crêpes, c’est toi qui le fais. Chacun ses spécialités. Mais il faudrait acheter des œufs.
Les Cèdres-du-Liban, c’est l’endroit où papa habitait, tout au bout du chemin qui se termine en cul-de-sac. Autrement dit, rendu à la dernière propriété du cul-de-sac, ça y est, on était chez lui. Le chemin des Cèdres-du-Liban est assez long, je dirais trois kilomètres. Je le marchais souvent, l’été et l’automne, quand j’allais visiter papa. Le printemps, avant la construction du barrage, il y avait des inondations qui en bloquaient l’accès. Et l’hiver il faut croire que j’étais trop frileuse. Je marchais la distance à l’aller, j’arrivais juste en face du dépanneur, je n’y entrais pas, je rebroussais chemin et je revenais vers papa. Je croisais des joggers qui couraient en tenue de sport, des dames d’un certain âge qui promenaient tranquillement leur chien, et souvent je ne croisais personne. À mon retour, papa était soit en train de s’occuper de la propriété à l’extérieur, soit en train de boire une bière avec son voisin, soit en train de faire la vaisselle. C’était la belle vie. La maison était pleine de lumière et je m’y sentais tout le temps bien. Papa dormait en bas, dans un petit lit simple dont les couvertures étaient aussi vieilles que Mathusalem. Je dormais en haut, je partageais le grand lit avec Emmanuelle, et une fois il m’est arrivé de le partager avec Thrissa.
Donc nous arrivons au dépanneur, nous nous stationnons devant le commerce, je descends acheter une douzaine d’œufs et je constate, arrivée à la caisse, que le propriétaire québécois qui me répondait autrefois et qui me vendait des billets de loto quand je voulais rendre la pareille à papa, je découvre qu’il est remplacé par une femme toute petite, c’est à peine si son nez arrive à la hauteur du comptoir. Le temps passe et la vie change, comme en témoigne la dame asiatique, haute comme trois pommes, la nouvelle propriétaire.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
Cette entrée a été publiée dans 2 200 textes en 10 ans. Mettre ce permalien en signet.

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s