Jour 778

Un-Fil-Rouge-Invisible-Nous-Relie....

Une poussière imaginaire ou un fil invisible.

Des quatre enfants que nous sommes, il y en a qui sont proches de papa et d’autres qui le sont moins. Je dirais que je suis celle qui est le plus en adoration.
Papa me disait avant-hier que ce n’est pas important que les repas du CHSLD soient bons ou pas bons. De toute façon, il ne mange plus beaucoup.
– Est-ce que tu aimes la nourriture ?, lui ai-je demandé, à la seule fin de meubler le silence.
– C’est très bon, mais en même temps ce n’est pas important, a-t-il répondu lentement, de son filet de voix qui me faisait tendre l’oreille.
– Qu’est-ce qui est important ?, lui ai-je demandé, à la seule fin, cette fois, d’entendre la réponse que je connaissais à l’avance.
– Les enfants, a-t-il évidemment répondu.
Lors de ma visite hier avec tantine, qui n’aura pas duré plus de dix minutes, papa a quand même eu l’occasion de nous dire qu’il n’était plus si pressé d’en finir.
– Chaque chose en son temps, a-t-il affirmé.
Dans la tranquillité de sa grande chambre, il n’est pas conscient qu’à l’extérieur la nature se déchaîne. Ouragans aux Antilles, tremblement de terre au Mexique lui passent dix pieds par-dessus la tête. Il est habité par d’autres images que celles qui sont diffusées par les médias.
– Il va y avoir une épluchette de blé-d’Inde, nous a-t-il dit hier, en regardant la lampe du plafond.
– Est-ce que c’est écrit sur une affiche ?, a demandé tantine, en se tournant en direction du regard de papa pour essayer de trouver l’affiche.
– C’est annoncé là, a répondu papa, en pointant le plafonnier.
Étant donné qu’il nous a donné congé assez vigoureusement, tantine et moi sommes parties sans trop lésiner sur les au revoir, j’ai hâte de te revoir, je t’embrasse et je t’aime. Tellement peu lésiné que tantine en a oublié sa canne sur le lit.
– J’ai oublié ma canne !, s’est-elle exclamée comme on mettait le pied dehors.
Je suis entrée la chercher et je n’ai pas pu résister à la tentation d’embrasser papa sur le front.
– Prends donc ça pour le mettre à la poubelle, m’a-t-il dit.
J’ai tendu la main et il y a déposé une poussière imaginaire, un fil invisible, un micro moustique improbable.
– Qu’est-ce que c’est ?, ai-je demandé. C’est tellement petit que je ne vois pas bien, ai-je eu le réflexe d’ajouter pour faire comme s’il m’avait bel et bien donné quelque chose.
– C’est difficile à dire mais il y en a partout, je n’arrête pas d’en ramasser, fut sa réponse.
– Est-ce que ça te dérange ?
– Bien sûr que non, ça m’occupe. De toute façon, ce n’est pas important, a-t-il ajouté.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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