Jour 681

15_article-empanadas-poulet-curry-sans-gluten

Empanadas. Les nôtres étaient au porc.

Que de petites choses ce soir parce que, justement, nous sommes déjà le soir. Je n’ai pas eu le temps d’écrire avant maintenant. Il faut dire que je me réveille tard, vers 8h30. Et que je suis moins disciplinée, au garde à vous, au pas militaire, depuis que je chemine dans cette vie tranquille de retraitée qui est la mienne à la campagne. Ce matin, au lieu d’écrire, j’ai paressé avec mon mari jusqu’à 10h30. Nous nous assoyons sur le fauteuil une place qui est grand pour une personne, mais petit pour deux. Je finis par me retrouver plus ou moins bien installée, mon poids majoritairement appuyé sur l’os de la hanche. Une recette de beignets empanadas a attiré notre attention à la télévision.
– As-tu remarqué s’il faut ajouter du liquide, un bouillon ?, ai-je demandé à Denauzier. Il me semble que sans liquide c’est un peu sec ?
– On peut faire marche arrière, a répondu mon mari.
Il suffit d’appuyer sur la flèche de marche arrière de la télécommande, c’est ultra pratique. Quand on écoute un film en plusieurs fois une demi-heure, une demi-heure par soir, pendant quatre soirs pour un film de deux heures, comme ça nous arrive souvent, je demande à mon mari de nous ménager une petite marche arrière de quelques minutes pour nous replonger dans l’histoire.
– Ah ! Ma femme !, répond mon mari à tous les coups, en appuyant cependant sur la flèche de marche arrière pour me faire plaisir.
Donc nous avons regardé à nouveau le déroulement de la recette et constaté que le seul liquide de la recette est du jus de lime dans une quantité je dirais d’un quart de tasse.
– Il y a déjà des tomates, a dit mon mari, ce n’est pas nécessaire d’ajouter un autre liquide.
– Bien non, il n’y a pas de tomates !?, me suis-je étonnée.
– Bien oui, c’est tout rouge, le mélange, une fois la viande prête à être déposée sur la pâte philo.
– Le rouge provient du paprika et du chili, je pense, je n’ai pas vu passer de tomates…
Marche arrière à nouveau. Pas de tomates.
– On pourrait essayer la recette ce soir, ai-je suggéré. Je fais justement les courses avec tantine cet après-midi. Il suffirait que j’écrive les ingrédients qui manquent.
Encore marche arrière pour noter les ingrédients.
Je suis revenue à 18 heures de mon après-midi passé avec tantine. Le temps de ranger les provisions, et de sélectionner les ingrédients nécessaires pour la recette, et de faire la recette et de laisser cuire le tout, nous avons mangé les empanadas –un peu secs et pas assez relevés à notre goût– autour de 20:30 heures.
Hier, j’étais avec papa. À chaque fois que j’arrive au CHSLD, pratiquement en courant tellement je cours après le temps –même si j’affirme vivre selon le rythme tranquille de la campagne à la retraite–, je pénètre dans un autre espace temps. Je monte les cinq étages à pieds. Pendant que je monte, je me fais la remarque que je m’en viens passer deux heures avec papa, à petite vitesse. Après le repas –hier il a tout mangé–, je le promène un peu dans le corridor, puis nous revenons dans sa chambre et je lui mets de la crème sur les mains, et aux autres endroits où il dit avoir mal. Hier, pendant que je massais ses mains, il m’a dit ceci :
– Ce serait bien que tu appliques de la crème sur mes coudes.
– As-tu des douleurs aux coudes ?
– Non, mais c’est un endroit, les coudes, qu’on oublie trop souvent, a-t-il doctement répondu.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Laisser un commentaire

Jour 682

11091921_is

Un peu de crème à l’érable, en remplacement du lait.

Le gruau, cela dit, contient beaucoup de glucides ! Nous en mangeons quand même à l’occasion, surtout au chalet, sans lait, qui contient aussi des glucides. Nous le cuisons à l’eau. Mais ce dernier week-end, justement, mon mari avait envie de faire un petit spécial, alors nous avons cuit le gruau à l’eau, mais nous l’avons nappé de Coureur des bois, la boisson alcoolisée. Ça entame bien la journée. Bien entendu, il n’y a pas du tout de glucides dans les boissons crémeuses alcoolisées ! Avoir mangé le gruau à la manière cétogène, nous l’aurions cuit à l’eau et ajouté un peu de beurre et de sel, pour donner du goût et une texture crémeuse. Mais j’avais oublié d’apporter le beurre. Je ne maîtrise pas encore parfaitement l’art du remplissage d’une glacière !
Je reviens à la pharmacienne qui me conseille de consulter une nutritionniste. L’idée me transporte dans le passé, à l’université, et je ne peux pas dire que cela m’inspire confiance. À l’époque que j’y travaillais, une semaine de l’année était consacrée à la nutrition. On pouvait, pour peu de frais, aller déguster le midi les plats des étudiantes –parce qu’il y a peu d’hommes dans ce domaine. On se rendait pour ce faire, quelques collègues, au pavillon Marguerite-d’Youville. Je travaillais alors au service de l’informatique et j’étais pas mal toute seule dans mon coin, à l’année. Alors ça m’avait fait vraiment plaisir que quelques femmes viennent me sortir de ma tanière pour me proposer de me joindre à elles. Nous étions donc allées quelques femmes manger les plats des étudiantes. Je pense y être allée trois ou quatre fois par la suite. Je ne me rappelle que du menu de la première fois, tellement il était contraire à mes manières : de la lasagne, accompagnée de riz blanc et de macédoine. J’avais été la seule à trouver étrange qu’on nous serve autant d’hydrates de carbone.
Je ne me rappelle pas du menu des autres fois, mais je me rappelle d’une fois que nous y étions allés à quatre, trois hommes et moi, seule femme. Je ne travaillais plus en informatique mais au registrariat. Nous avions parlé d’un film. Je demandais aux amis, à l’un d’eux en particulier, s’ils se rappelaient de tel passage du film. Ils me répondaient qu’ils s’en rappelaient, vaguement. Ils me demandaient si je me rappelais pour ma part de tel autre passage du film, et je répondais, tout aussi vaguement, que je m’en rappelais un peu. La conversation avait duré un bon moment, jusqu’à ce qu’on se rende compte qu’on ne parlait pas du même film. On parlait du même réalisateur, par exemple, Pedro Almodovar. Eux venaient de voir Volver, que je confondais avec Parle avec elle.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Laisser un commentaire

Jour 683

Regime-anti-cholesterol-ca-fonctionne-!_width1024

Rien n’est simple mais au moins j’aime le gruau !

Ça se complique en titi. L’alimentation cétogène encourage la consommation du gras et la non consommation des sucres. Jusque-là tout va bien. Mon mari trouve ça plus difficile que moi, la non consommation des sucres, mais il me dit en même temps qu’il commence à s’habituer. Ça fait plus de quatre mois maintenant que nous mangeons de cette façon. Je ne sais pas pourquoi, j’ai hâte de pouvoir dire, ou simplement penser, que ça fait un an. Une chose est sûre, c’est très efficace pour la perte de poids.
Mes dernières prises de sang, cependant, révèlent un haut taux de mauvais cholestérol. Ici, je sais au moins une chose : il y a un an, mon taux de mauvais cholestérol était déjà haut. Il serait donc souhaitable que je ne mange ni glucides, pour profiter des bienfaits cétogènes, ni gras, pour tenir compte des récents résultats des prises de sang. Mais cela pourrait vouloir dire aussi qu’il faudrait que je ne mange que de manière strictement cétogène, afin que mon corps dépense tout le gras que j’ingère. Cela demande un courage certain que je n’ai peut-être pas pour l’instant : courage de maintenir cette approche stricte en tout temps –y compris à Rawdon avec tantine !–, courage de manger gras alors qu’apparemment il y aurait déjà trop de gras dans mon corps. Si je vais par ailleurs vers l’approche hybride, ce n’est guère mieux, il me faudrait alors avoir le courage de ressentir tout le temps la faim, car lorsqu’on ne mange pas de glucides, on se rassasie par le gras !
Ce n’est pas tout. Quand le mauvais cholestérol est haut, les médecins prescrivent des statines –que les pharmaciens bien entendu nous vendent volontiers. Or, ma lecture du livre Code obésité, de Jason Fung, m’oriente vers le contraire : le mauvais cholestérol n’a pas à être traité tant que ça, ce qui importe c’est que le bon cholestérol soit, lui, suffisamment secrété dans le corps, et c’est mon cas.
– Bof, me suis-je dit, encore et toujours, je vais maintenir l’approche sans glucides avec gras, mais pas trop, et me tourner vers des aliments connus pour leurs vertus anti-cholestérol, parmi lesquels les fibres, les poissons, les amandes, le tofu, les avocats, et, découvertes récemment, les graines de lin. En fait, je mange les cinq premiers depuis toujours, mais je n’utilisais les graines de lin qu’occasionnellement, en remplacement du psyllium.
– Votre vitesse de coagulation est trop rapide, m’a informée hier la pharmacienne qui vérifie de façon hebdomadaire le taux de Coumadin qu’il y a dans mon sang, Coumadin qui m’est semble-t-il essentiel depuis que j’ai reçu ma chirurgie cardiaque. Avez-vous ajouté un nouvel aliment à votre diète ?
– Les graines de lin !, ai-je répondu sans hésiter, fière de ma trouvaille. Elles font baisser le mauvais cholestérol, selon un livre que j’ai acheté ici la semaine dernière, ai-je pris la peine de préciser.
– C’est vrai, mais elles rendent aussi le sang plus clair.
– Mince !
– De toute façon, a ajouté la pharmacienne, on contrôle peu le cholestérol par l’alimentation, si le foie en secrète trop il n’y a pas grand-chose à faire.
– Vous voulez dire que j’ai acheté mon livre pour rien ?
– C’est toujours bon pour la culture générale…, a improvisé la pharmacienne.
– Et les statines, est-ce que c’est vrai que ce n’est pas si nécessaire que ça ?
– Je ne peux pas dire que c’est faux, ce que vous dites… a répondu la dame. Si j’étais vous, a-t-elle ajouté presque en aparté, j’irais consulter une nutritionniste…

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Laisser un commentaire

Jour 684

sacs-a-main-en-cuir-de-couleur-bleu

Bleu azur.

– Mon rêve de la nuit dernière était plus riche, ai-je ajouté. J’exprimais mon attachement pour Oscarine d’une manière presque amoureuse. La pauvre ! Je l’enlaçais comme une pieuvre, je la trouvais belle, j’admirais ses violettes africaines qui créaient des taches bleu azur dans mon champ de vision. Je ressentais une énergie très positive du seul fait d’être auprès d’elle.
– C’est peut-être en lien avec toutes ces amies que tu as vues récemment ?, a suggéré Denauzier.
– Sûrement. Je me demande ce que signifient ces taches bleues ? Les violettes étaient petites, entourées de feuilles velues, épaisses, d’un beau vert en parfaite santé. Oscarine, qui s’appelle Oscarine sur mon blogue parce qu’elle m’a donné à quelques occasions, dans la vie réelle, de petites fioles de parfum Oscar de la Renta, me donnait justement un parfum, quelque chose comme AVNEK, un drôle de nom écrit en lettres majuscules… ou NAVEK ? Elle me donnait le flacon et je m’en vaporisais un jet dans le cou, mais me voyant faire elle me suggérait de l’appliquer ailleurs. Je lui demandais où, et elle pointait du doigt la partie supérieure du pavillon de l’oreille, ou alors la nuque.
– Je me demande si le mot existe, m’a interrompue Denauzier en le tapant sur son téléphone : A-V-N-E-K, c’est bien ça ?
– Ça ressemblait à ça. Les lettres étaient écrites dans le sable, sur une plage, tracées avec un bout de bois…
– Ça déménage, on est rendus sur la plage !
– Pas longtemps parce que, subitement, je ressentais le pressant besoin de dire à mon amie que j’avais peur des examens à venir, pour lesquels je ne m’étais pas préparée. J’exprimais ma peur tout en ressentant par ailleurs une jalousie, car je soupçonnais qu’Oscarine allait mieux réussir que moi.
– Ça, ça ressemble à ta mammographie de mercredi prochain, s’est empressé de glisser mon mari.
– En effet, ai-je répondu sans vouloir m’attarder sur le sujet. Je m’apprêtais à m’isoler pour étudier dans une des pièces de la maison de mon amie, –les mathématiques, en particulier, me faisaient peur–, lorsque le téléphone sonnait. Un homme dont je ne reconnaissais pas la voix me disait que ce serait difficile, pour notre promenade du soir en bicyclette, apparemment prévue depuis un moment, parce que nous allions avoir le vent de face, et de plus il pleuvait… Je n’osais pas demander qui était à l’appareil, je faisais comme si je savais à qui je m’adressais, tout en me demandant où est-ce que je coincerais quelques heures d’études dans un programme si chargé.
– Telle que je te connais, tu avais presque hâte d’aller à la sortie de bicyclette pour découvrir avec qui tu passerais la soirée !, s’est exclamé mon mari –en ayant un peu raison.
– Puis, dans mon sommeil, mais à mi-chemin de me réveiller, ai-je enchaîné, sentant que le souvenir de mon rêve était déjà en train de s’évanouir, je voulais me convaincre que j’avais vu un sac d’un jaune très resplendissant, éblouissant, qui aveugle, finalement…
Seigneur ! Il y a trop d’éléments, je ne m’y retrouve plus !, ai-je soupiré.
– Écoute ça chérie !, me dit alors mon mari. Voici ce que je trouve pour AVNEK sur un site qui s’intitule What Stands For. J’ai tapé AVNEK et j’ai obtenu un texte assez long, dont ce passage qui te ressemble un peu : Others are often unable to see what you see.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | 3 commentaires

Jour 685

ob_61fb99_ob-90e310-57

Derrière la cravate.

Dans encore 25 textes, quand j’aurai atteint le Jour 660, j’aurai 7 ans de blogue derrière la cravate. Il m’en restera 3 devant pour atteindre les 10 ans d’écriture que je me suis fixés, à raison d’un texte par jour, du lundi au vendredi. Quand même.
– Je ne suis pas connue, je n’ai pas réussi à m’imposer en tant qu’écrivaine, j’écris sur un blogue pour une trentaine de lecteurs depuis bientôt sept ans, je patauge dans l’ombre, ai-je dit à ma quatrième amie au restaurant Bercail, regrettant toutefois, à peine a-t-il été sorti de ma bouche, le mot patauger.
– Tu as un talent caché, a reformulé mon amie avec plus de générosité.
– Les quarante ans qui nous séparent de l’école secondaire auront abouti à ça, à un blogue discret que j’alimente dans l’ombre, alors que je me voyais auteure à succès ! Le plus surprenant, ai-je ajouté, c’est que cela ne me dérange pas !
– En autant que tu écris, a résumé mon amie.
– Exact. Mais en même temps, si tu enseignais –mon amie est enseignante– juste pour dire que tu enseignes, tu ne serais pas heureuse ?
– Mais toi tu l’es, parce que tu aimes écrire, même si tu n’es pas lue ! Et je dirais qu’à chaque fois que tu entreprends un texte, tu essaies de l’écrire de ton mieux.
– Hum… Si mes statistiques d’accès m’indiquaient que personne ne vient me lire, je ne sais pas si je serais capable de continuer l’aventure…
– En autant qu’il y ait au moins un lecteur, autrement dit, a suggéré mon amie.
– On a déjà vu plus ambitieux !
– Bof !, a exprimé mon amie pour se moquer de moi car elle me lit.
– Te sens-tu inspirée quand tu écris au chalet, chérie ?, m’a demandé mon mari, ce matin lundi, alors que nous étions de retour à la maison.
Souvent le lundi matin nous sommes pressés de retomber dans nos routines respectives, après avoir passé le week-end au lac Miroir, mais ce matin nous avons bavardé un peu en étirant notre café.
– C’est comme quand j’écris ici, ou comme partout quand nous voyageons. Ce que je peux dire du texte écrit ce week-end au chalet, c’est qu’il ne m’a pas fait beaucoup d’effet. J’aime me sentir à la recherche de quelque chose en moi-même. J’aime avoir le sentiment que je cerne les contours d’un aspect caché de ma personne, quand j’écris. Or le texte de samedi dernier était le récit somme toute superficiel d’un rêve qui ne m’a pas appris grand-chose, il me semble. Je me sentais, l’écrivant, comme une greffière en cour qui transcrit ce qu’elle entend. J’ai tapé des mots qui ne m’ont pas remuée. Le seul passage qui me plaît un peu arrive à la toute fin, quand je m’entends me dire que je monte me coucher, et que monter, ici, signifie me hisser sur la branche d’un arbre…
– C’est la seule note originale, en fin de compte, a acquiescé mon mari. Le reste est constitué d’aspects réels de ta vie, les duplex, Jacques-Yvan, Montréal…

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Laisser un commentaire

Jour 686

Certains jours je me dis que j’aimerais être journaliste parce que je saurais au moins quel sujet doit couvrir le texte que je m’apprête à écrire. Mon oncle l’était, journaliste, celui qui est décédé en laissant sa veuve bien démunie, et avec laquelle je fais les plus belles sorties gastronomiques au restaurant Kenny à Rawdon, sur une base hebdomadaire. Tous mes lecteurs savent que nos sorties gastronomiques sont suivies de courses alimentaires que nous faisons au IGA. C’était spécial cette semaine parce que tantine faisait ses courses en fonction de la venue ce week-end d’un couple d’amis. Elle a donc acheté plus qu’à l’ordinaire, guidée en cela par moi qui lui proposais ceci et cela. À chaque ceci et cela, tantine me demandait pourquoi est-ce que je les lui proposais, parce que d’habitude je ne lui propose rien, et je lui répondais que c’était pour ses invités.
Il était question d’invités, dans mon rêve de la nuit dernière, dont je me rappelle vaguement. Je devais héberger des gens, un couple, et je me rendais compte qu’il allait nous manquer une chambre. J’en parlais à Denauzier, mais Denauzier dans mon rêve était Jacques-Yvan. Par une entourloupette que je m’explique mal, Jacques-Yvan et moi décidions d’un commun accord qu’il me suffisait d’acheter une nouvelle propriété pour héberger les amis. Je trouvais l’idée quand même bonne et, aussitôt dit aussitôt fait, je me retrouvais miraculeusement propriétaire d’une nouvelle maison à Montréal. Une fois la transaction signée, cependant, je me demandais avec un certain effroi où est-ce que j’allais passer la nuit, comme si ma récente acquisition faisait en sorte que je n’avais plus d’endroit où vivre.
– Je pourrais demander à Jacques-Yvan de me vendre un étage de son duplex !, m’exclamais-je comme si j’énonçais l’idée du siècle.
Sur ces mots, je me rendais frapper à sa porte pour lui faire part de mon idée géniale, mais plutôt que d’esquisser un sourire, sa bouche esquissait une moue presque de dédain.
– Où vais-je dormir, alors ?, me demandais-je en quittant sa galerie et me dirigeant vers le trottoir.
– Chez moi !, me répondait une voix, une voix à laquelle ne correspondait aucun corps physique. Une voix comme une hallucination sonore, si on peut dire ça comme ça.
– Qui peut bien me proposer un hébergement pour la nuit ?, me demandais-je. S’agit-il d’un hébergement en ville ou à la campagne ?, me disais-je aussi, espérant qu’il s’agissait d’un hébergement pas trop loin parce que je n’avais pas envie de conduire ma voiture.
Je nommais dans ma tête toutes les personnes que je connaissais et je n’arrivais pas à en trouver une qui aurait pu m’héberger –ou m’offrir de m’héberger.
– Bof !, finissais-je par me répondre. Je suis comme la cigale, pas prévoyante pour une cenne, pas prudente, pas réfléchie. Je n’ai qu’à assumer, sans me flageller.
J’essayais alors de marcher en direction de la rue commerçante comme si j’assumais mes imprévoyances, mais cela me demandait tout mon p’tit change. Je revenais sans cesse au fait que je ne savais pas où passer la nuit et que la noirceur commençait justement à envelopper la ville.
– Je pourrais me hisser sur la plus haute branche d’un arbre, me disais-je en atteignant la rue commerçante qui était bordée de beaux grands érables. Je bénéficierais de la lumière des lampadaires –parce que j’ai peur du noir– et d’une bonne branche confortable pour roupiller.
– Et ta sœur ?!, entendais-je à nouveau dans ma tête, dans le sens de la locution chère aux Français quand quelque chose les irrite, et dans le sens véritable de ma sœur car son visage, rajeuni de trente ans et peut-être un peu bouffi, se manifestait à mon esprit.
– C’est trop compliqué ces transactions, ces maisons, ces sœurs. Je monte me coucher, me disais-je alors, déterminée à ne pas me laisser déstabiliser, et cherchant la meilleure manière de m’agripper au tronc de l’érable que j’avais choisi.

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Marqué , , , , , , , , , , , , , | 2 commentaires

Jour 687

3585

Photo provenant du site web de Paris Match, le 26 janvier 2018.

La France rend hommage à ses morts par l’intermédiaire des pages couvertures de mes Paris Match. Je ne sais pas si ce sera comme ça pendant toute l’année 2018, mais les dernières semaines ont été riches en adieux : Jean d’Ormesson, Johnny Hallyday, France Gall et Paul Bocuse. Deux pianistes également sont décédées en janvier qui enseignaient au Conservatoire de Québec. Je me souviens de l’une d’elles, dont la récompense pour avoir accompagné un soliste en concours de fin d’année devant un jury constitué de grosses pointures était de fumer une cigarette en compagnie du soliste, elle qui ne fumait pas dans son quotidien.
En prime, mais non en primeur, j’apprends à l’instant de la bouche de mon mari que Jacques Languirand est lui aussi décédé, à l’âge de 86 ans, c’est plus jeune que mon papa qui en a 87.
Je ne sais pas pourquoi, quand je pense à Jean d’Ormesson, c’est Louis de Funès qui se manifeste visuellement à mon esprit. Peut-être, vite fait, les visages des deux hommes se ressemblent-ils. Si j’essaie de chasser Louis de Funès pour me rapprocher mentalement de l’auteur Jean d’Ormesson –que je pense n’avoir jamais lu–, et par un phénomène fort étrange, c’est Madeleine Chapsal qui vient s’installer dans ma pensée. Jean, pétillant, et Madeleine, souffrante à certains égards, sont très différents. J’ai lu d’elle Douleur d’août qui raconte il me semble une rupture amoureuse. Je m’intéressais à cette auteure, à l’époque où j’ai lu ce roman, parce que le personnage principal de ce récit écrit au je avait entrepris une psychanalyse et que j’étais en train d’en vivre une moi-même.
De Johnny Hallyday je n’ai rien à écrire, je ne connais pas son parcours, les seuls textes que j’ai lus à son sujet sont ceux du Paris Match lui rendant hommage à la suite de son décès.
De France Gall je peux écrire ceux-ci : je me rappelle l’avoir vue danser et chanter Ella Elle l’a à une émission de variété télévisée. J’étais dans le salon, chez ma vieille amie d’Enghien-les-Bains –maintenant décédée–, qui allait et venait pour nous préparer à manger, c’était le soir. Je m’en voulais de ne pas l’aider, mais j’avais l’impression que ça lui rendait service de ne pas m’avoir dans les jambes entre sa cuisine et la salle à manger, alors je faisais comme si l’émission m’intéressait.
De Paul Bocuse je peux écrire ceci : un collègue de l’université, très alcoolique, s’était longtemps intéressé à la cuisine de Paul Bocuse. Il avait chez lui un livre très épais de ce grand chef, de format semblable à l’encyclopédie de notre Jehane Benoît. Il m’avait invitée à souper chez lui, un soir que nous nous étions croisés par hasard, dans son quartier. Nous avions mangé une poitrine de poulet désossée, sans peau, un peu trop grillée, accompagnée de rien, toute nue dans l’assiette. J’en aurais mangé deux alors qu’il avait à peine touché à la sienne.
Jacques Languirand. J’ai lu sa biographie écrite par Aline Apostolska, Le cinquième chemin, pendant que papa était à l’hôpital et que nous le veillions, pensant qu’il était mourant. Le livre appartient à mon beau-frère. C’était à l’été 2015, il faisait extrêmement chaud dans la chambre. De son séjour à l’hôpital, papa était revenu avec quinze livres en moins, qu’il avait rapidement retrouvées grâce à une grande quantité de chocolats Russell Stover.

 

Publié dans 2 200 textes en 10 ans | Marqué , , , , , , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire