Série vestimentaire – SV21

DSC_5468Je ne suis pas en pyjama en ce moment mais, je dirais, en tenue d’intérieur. Une tenue d’intérieur, c’est un pantalon de yoga noir, souple et moins serré qu’un leggins, voilà pour le bas, et pour le haut c’est n’importe quoi en autant que ce soit mou.
– Demain les filles on s’habille en mou !, aimait nous proposer Ludwika, du temps que nous travaillions cinq femmes dans un même espace sans cloison.
– Je ne peux pas, j’ai une réunion, disait l’une.
– Moi je peux, moi je peux, déclinaient les autres.
Le vendredi était une journée de mou à l’université dans mes dernières années.
Aujourd’hui sera une journée de visite au foyer pour m’occuper de papa. Mon frère les pattes ne dit jamais CHSLD, et il a raison parce que c’est désagréable à prononcer, il dit foyer.
– Je serai à 5 heures au foyer, m’écrit-il par texto les journées que nous y allons, pour me confirmer que son horaire de travail lui permet de m’accompagner.
Je me rendrai au foyer vêtue de ce pull gris à bordure noire, de coupe légèrement « ligne A », portant sous le pull mon chemisier à motifs géométriques. Pour agencer le tout, mon grand foulard tacheté. J’ai écrit il y a longtemps avoir sauvé la vie à ce grand foulard. Il traînait par terre dans le magasin du Village des valeurs, boulevard Pie IX, et une personne s’apprêtait, sans s’en rendre compte j’imagine, à lui marcher dessus. Je m’étais empressée d’aller le ramasser, et l’ayant dans mes mains après l’avoir ramassé je l’avais acheté, 1$. Je n’aurai jamais autant porté un accessoire.
Il y a une éclosion de bibittes au foyer, m’a informée Bibi. Dans ce temps-là, on ne peut pas sortir des chambres et on doit porter une tunique, des gants et un masque. Ça veut dire que je ne serai pas entrée dans la chambre de papa que je vais m’empresser d’enlever le pull et le foulard pour n’enfiler la tunique que sur mon chemisier. Et encore là, à cause de la tunique, je vais avoir trop chaud.
L’intérêt de ma tenue d’aujourd’hui, c’est qu’elle s’agence très bien avec mon nouveau sautoir, acheté de la potière par moi-même pour souligner mon anniversaire. Il s’agit d’une chaîne en étain rehaussée d’un cœur en argile de couleur blanc et noir. La garniture qui habille le cœur , sous la pointe de celui-ci, l’appelle une pampille. Et la partie qui retient la cœur à la chaîne s’appelle une bélière.
J’aurai donc appris deux mots en me rendant la visiter la semaine passée. Ce n’est pas tant d’avoir appris ces deux mots qui me plaît, quoique je sois contente de les connaître maintenant, c’est de m’en rappeler.

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Série vestimentaire – SV20

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Patte de rabattement, Fitbit et bracelet médical.

J’en suis au même point qu’hier, quant à mon habillement. Je suis en pyjama, à 14h14 au moment où j’écris ce texte. Je me permets un écart dans la discipline de ma série pour mettre en ligne non pas mon mannequin vêtu de ma tenue du jour, mais ma personne devant le miroir pour montrer, sans le recours aux mots, ce que j’entends par une patte de rabattement. J’entends la languette de tissu à la hauteur du coude –au bras droit apparaissant à gauche sur la photo– qui a pour fonction de raccourcir la longueur de la manche lorsqu’on passe la boutonnière, située à l’extrémité de la languette, autour du bouton qui se laisse deviner sur la photo. Un bouton nacré. Quand je cherche « patte de rabattement » dans Google, j’obtiens toutes sortes de choses mais aucune du domaine des vêtements. J’obtiens des peluches dotées de plusieurs pattes, du matériel de quincaillerie dont je serais bien embêtée d’expliquer à quoi il sert, des panneaux de signalisation…
Je vais m’arranger pour porter ce vêtement en présence de mon amie belge, qui a beaucoup de vocabulaire, ou de mon ami hongrois, qui en a tout autant, et du coup je vais enrichir le mien.
– Comment désignes-tu cette patte de rabattement ?, vais-je leur demander.
J’ai hâte de connaître leur réponse.

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Petit mot court – PMC 21

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Tenue zen par excellence.

La température m’oblige à interrompre temporairement ma série vestimentaire, dans la mesure où je suis restée à l’intérieur, en pyjama, toute la journée. Je suis quand même sortie faire quelques courses, vêtue d’un pantalon doublé recouvert de nylon, comme en portent les enfants pour aller jouer dehors dans la neige. Sous le pantalon recouvert de nylon ? Mon pantalon de pyjama ! Pour le haut, je porte une espèce de blouse ample blanche. Elle m’a été donnée par tantine. Elle a été donnée à tantine par sa belle-fille, qui a récupéré les vêtements de sa mère au décès de celle-ci. Les vêtements qui étaient trop grands pour tantine se sont rendus jusqu’à moi. La blouse est dotée de pattes fixées à la hauteur des coudes, qui permettent de raccourcir les manches. J’ai déjà tenté d’expliquer ce phénomène et je n’y suis guère parvenue. Je réessaie. À la hauteur du coude est cousu un bouton, côté extérieur de la manche. À la hauteur du coude est cousue une patte de rabattement (c’est mon invention, cette appellation), côté intérieur de la manche. Si on ne fait rien avec la patte de rabattement, elle pendouille sous la manche, ni vue ni connue. Mais si on la sort de la manche en allant la chercher avec nos doigts –un peu difficilement quand on a, comme moi, de gros doigts–, et comme elle est pourvue d’une boutonnière, on fait passer le bouton de la manche dans la boutonnière de la patte de rabattement, et voilà la manche qui se porte aux coudes. Ce soir, nous sommes allés saluer la maman de Denauzier. J’ai simplement enfilé mon manteau et mes bottes et mis une casquette. Comme il faisait sombre dans l’appartement et que nous n’avons pas cru bon allumer les lumières, ma belle-maman n’aura probablement pas remarqué que je me suis rendue la visiter en pyjama.

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Petit mot court – PMC 20

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Où est la pomme ?

Aujourd’hui je suis allée visiter la potière du village. Nous avons une potière, à St-Jean-de-Matha, logée dans une toute petite maison sur la rue principale. Je m’arrange pour aller la visiter –et l’encourager par mes achats– au moins une fois par année. Certes, ce n’est pas énorme, une fois par année, d’autant que je m’arrange pour lui acheter des pièces ratées qu’elle vend à rabais. Ça, c’est en plein moi. Mais elle n’a pas besoin de mes encouragements parce qu’elle gagne bien sa vie en tant qu’artiste.
Nous avons eu la conversation suivante, qui a eu une résonance énorme sur ma personne :
– On dirait que les gens ne voient pas mes vases, a-t-elle déploré. Ils sont sur les tablettes depuis trois ans maintenant. C’est vrai qu’ils sont un peu cher (150$), mais ce n’est pas parce qu’ils sont cher que les gens ne les achètent pas, c’est parce qu’ils ne les voient pas.
– C’est vrai, ai-je été la première à le constater, que ça fait plusieurs fois maintenant que je viens dans ta boutique et c’est la première fois que je les remarque…
– C’est comme si les gens ne voulaient plus de bouquet dans leur maison. Ils n’achètent plus de fleurs, donc ils n’achètent plus de vase.
– Ou alors ils achètent les vases chez Zone, ai-je répondu, pragmatique et éteignoir. Et ils deviennent ainsi les propriétaires d’un vase qui a été fabriqué à des centaines d’exemplaires.
La potière a posé sur moi un regard incertain. Peut-être qu’elle ne connaît pas la chaîne de magasins Zone.
– Je ne comprends pas, a-t-elle poursuivi. J’aime avoir des bouquets dans la maison. Qui n’aime pas ça ?
– Les gens qui ont peur d’attirer des bibittes, ai-je encore une fois répondu, super éteignoir.
Je n’en revenais pas d’entendre ces mots déprimants sortir de ma bouche.
– Remarque, a enchaîné la potière insensible à mes propos déprimants, deux boutiques aux États-Unis m’ont contactée récemment pour m’en commander deux chacune.
– C’est super !, me suis-je exclamée, en mettant peut-être un peu trop d’enthousiasme dans mon intonation pour me faire pardonner d’avoir été si plate. Donc, tu as quatre spécimens qui vont être vendus aux États-Unis ?
– Oui, a répondu la potière. Ça m’a fait du bien, tu n’as pas idée ! Je pensais être la seule à aimer les vases. Je me sentais looser et toute seule de mon bord, encouragée par personne…
– Je comprends ce que tu veux dire, ai-je répondu à la belle artiste qui ne peut absolument pas imaginer à quel point je la comprends.

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Petit mot court – PMC 19

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Acrylique, crayons gel, crayon feutre noir pointe ultrafine, papier de soie, format 16"X20".

Rien de compliqué ce soir, pas de version vanille, pas d’accumulation modérée ou significative, pas de buste couvert de foulards. Pas de questionnement, suis-je une artiste ou pas, pas de dénigrement, comment ça se fait que je n’aurai jamais percé. Seulement quelques mots en ce vendredi 13 pour présenter ma nouvelle toile. Je dirais qu’il s’agit d’une étude sur la série. Les contours noirs de chaque objet ont été tracés au crayon feutre tenu de la main droite, pendant que je tenais une grosse loupe de la main gauche. C’est peut-être à cause de cette minutie qui arrache les yeux que j’ai mal à la tête ce soir. Les tasses, macarons et cuillers étaient imprimés sur du papier de soie, le papier de soie qui couvre les vêtements qu’on achète dans une boutique, en l’occurrence, ici, la boutique 1861 du boulevard St-Laurent. Est-ce que j’aime ? Oui. Est-ce que je me suis posé des questions pendant que je traçais les contours en prenant mon temps parce qu’il y va d’un micro point tracé au mauvais endroit pour gâcher le résultat ? Je me suis posé énormément de questions.

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Série vestimentaire – SV19

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1. Chemisier version vanille.

Évidemment, je n’avais pas pris ma décision que je commençais aussitôt à la remettre en question. J’étais encore en train de marcher dans le quartier que je visitais pour la première fois, en périphérie de Joliette.
– Peut-être que je passe à côté d’une découverte unique qui pourrait me faire progresser et que j’aurais dû aller jusqu’au bout de mon idée ? En plus, je déteste abandonner…
Je fais référence à mon intention initiale d’accumuler sur le bureau des choses hétéroclites autour du mannequin, et à la décision unilatérale, qui m’est venue au cours de ma promenade, d’abandonner cette idée.
Dans cet esprit d’abandon regretté, voici comment les événements se sont enchaînés aujourd’hui jeudi 12 avril.
Je suis allée faire les courses avec tantine, conformément vêtue de mon tacheté et de sa veste rose, parée en outre de mon gros collier de fausses perles en plastique qui n’apparaît nulle part sur mes photos.
– Wow ! Belle nièce ! Tu es chic !, s’est exclamée tantine.

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2. Chemisier version accumulation modérée.

Nous avons passé notre journée ensemble comme nous le faisons hebdomadairement, puis en fin d’après-midi je suis revenue à la maison. Quelle était ma priorité, à peine arrivée ? Me changer ! Deuxième priorité ? En avoir le cœur net. En avoir le cœur net par rapport à l’accumulation, en déposant toutes sortes de choses autour de mon mannequin, comme on le voit ci-contre. Cela va des plantes aux produits de beauté aux ustensiles de cuisine aux produits pour peindre à l’acrylique.
– Aimerais-tu souper ?, m’a demandé tantine comme elle me voyait ramasser mes affaires, signe d’un départ qui ne saurait tarder.
– Non, je suis désolée mais j’ai des choses à faire.
Je n’ai pas expliqué quelles choses, et heureusement tantine ne m’a pas demandé lesquelles, parce que j’aurais difficilement pu expliquer à autrui ce que je ne suis pas capable de m’expliquer à moi-même. Qu’est-ce que je cherche au juste ? Qu’est-ce que j’essaie de tester ? Qu’est-ce que j’espère trouver ? Je n’ai aucune réponse à ces trois questions.

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3. Chemisier version accumulation.

Après avoir procédé à l’accumulation modérée, je m’en suis voulu d’être sur le frein, encore et toujours, et de n’avoir pas accumulé autant que certains auraient pu s’y attendre. Alors je suis allée dans ma chambre à l’étage chercher toutes sortes d’autres choses, notamment des foulards, et j’ai fait cohabiter sur une même photo l’accumulation sur le bureau et l’accumulation autour du cou. Ça fait un peu guignol. Ça peut donner l’impression que le mannequin est de taille Plus. Le foulard torsadé crée un effet d’encolure de tenue de clown. C’est à peu près tout ce que ça fait. Il n’y a pas de deuxième sens qui émerge de l’ensemble, ou s’il y en a un, je ne le saisis pas. Il n’y a pas de deuxième sens qui nous fait dévier du sens premier, à savoir une photo d’un chemisier. Alors que je m’apprêtais à terminer mon expérience, les foulards m’ont fait penser à quelque chose. J’ai voulu  tester l’effet antinomique de la version accumulation. Comme si le fait d’être allée vers le trop me donnait envie, pour m’équilibrer, d’aller vers le minimalisme.

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4. Pas de chemisier.

Et c’est ainsi que j’ai obtenu, je trouve, la photo la plus satisfaisante de ma journée.
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P.S. : Demain vendredi 13 je vais porter le chemisier qui apparaît sur les photos, de la marque Philosophy (comme le tacheté). Les couleurs sont vert foncé, beige et noir. Le motif est cubique et crée une illusion de trois dimensions. Je l’aime beaucoup, mais il me semble qu’il est un peu court. J’aurais l’air d’une collégienne si je le portais avec une jupe à taille haute.

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Série vestimentaire – SV18

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Réduction de la pollution visuelle sur le bureau autour du mannequin.

Les choses ne se sont pas déroulées comme je l’avais prévu. J’étais en train de peindre cet après-midi, seule dans la maison, il était 14:03. Tout d’un coup, j’ai senti un irrépressible désir d’aller dehors respirer l’air du printemps. J’ai ramassé mon téléphone, mon sac à main, je n’ai pas vérifié que le poêle à combustion lente avait besoin d’être alimenté ni rien, je suis sortie en ramassant mon manteau sans même prendre le temps de le mettre. Une fois dehors, j’ai eu le sentiment d’avoir réussi un exploit car ça ne m’arrive jamais de me dépêcher de sortir, je suis une irréductible casanière.
Je ne me suis pas lancée dans mes 10 000 pas, mais plutôt engouffrée dans ma voiture pour aller les faire à Joliette. Il m’a semblé que la circulation était atrocement lente, moi qui d’ordinaire ne roule pas vite. Tellement lente qu’avant d’atteindre les limites de la ville, n’y tenant plus, j’ai stationné ma voiture pour aller marcher dans un nouveau quartier dont un édifice immense est en construction. J’ai commencé à ce moment-là seulement à sentir que j’étais vivante et j’ai marché comme une bonne dans des rues que j’arpentais pour la première fois.
Tout cela pour informer mes lecteurs que sortant ainsi en coup de vent de la maison, j’ai complètement oublié de porter mon chemisier tacheté. J’ai passé la journée vêtue du chandail vert foncé qui était en photo vedette hier. Je le porte d’ailleurs encore en ce moment, écrivant ces lignes.
Cela dit, le hasard fait bien les choses. Le vêtement qui est à côté du chemisier tacheté, dans mon walk-in, pendu à la tringle, est cette veste rose qui s’harmonise quand même assez bien avec la fourrure du léopard. Je vais donc porter les deux demain, pour aller faire les courses avec tantine, comme c’est le cas tous les jeudis.
Marchant dans le quartier que je visitais pour la première fois, j’ai réfléchi à mes accumulations sur le bureau autour du mannequin, et éventuellement autour du cou de celui-ci, et je me suis rendu compte que cela ne me dit plus rien, ne me mène nulle part. Une fois revenue à la maison, tout à l’heure, c’est la première chose que j’ai faite, enlever les objets qui encombraient le bureau. Je n’ai gardé que la carte de souhaits de mon frère car elle est encore un peu d’actualité, et de même le cylindre couvert d’un lapin offert par ma sœur, la plante grasse qui crée de la vie, un petit pot couvert de veinures et la pomme blanche. J’ai déposé sur le bras gauche du mannequin un foulard carré à imprimé de fleurs qui alourdit en faisant se rencontrer deux motifs. N’apparaît pas sur la photo mon collier de fausses grosses perles acheté il y a longtemps chez Eaton à Montréal. Je vais peut-être le porter demain, pour accessoiriser, tant qu’à avoir l’air madame…

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