Petit mot court – PMC 20

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Où est la pomme ?

Aujourd’hui je suis allée visiter la potière du village. Nous avons une potière, à St-Jean-de-Matha, logée dans une toute petite maison sur la rue principale. Je m’arrange pour aller la visiter –et l’encourager par mes achats– au moins une fois par année. Certes, ce n’est pas énorme, une fois par année, d’autant que je m’arrange pour lui acheter des pièces ratées qu’elle vend à rabais. Ça, c’est en plein moi. Mais elle n’a pas besoin de mes encouragements parce qu’elle gagne bien sa vie en tant qu’artiste.
Nous avons eu la conversation suivante, qui a eu une résonance énorme sur ma personne :
– On dirait que les gens ne voient pas mes vases, a-t-elle déploré. Ils sont sur les tablettes depuis trois ans maintenant. C’est vrai qu’ils sont un peu cher (150$), mais ce n’est pas parce qu’ils sont cher que les gens ne les achètent pas, c’est parce qu’ils ne les voient pas.
– C’est vrai, ai-je été la première à le constater, que ça fait plusieurs fois maintenant que je viens dans ta boutique et c’est la première fois que je les remarque…
– C’est comme si les gens ne voulaient plus de bouquet dans leur maison. Ils n’achètent plus de fleurs, donc ils n’achètent plus de vase.
– Ou alors ils achètent les vases chez Zone, ai-je répondu, pragmatique et éteignoir. Et ils deviennent ainsi les propriétaires d’un vase qui a été fabriqué à des centaines d’exemplaires.
La potière a posé sur moi un regard incertain. Peut-être qu’elle ne connaît pas la chaîne de magasins Zone.
– Je ne comprends pas, a-t-elle poursuivi. J’aime avoir des bouquets dans la maison. Qui n’aime pas ça ?
– Les gens qui ont peur d’attirer des bibittes, ai-je encore une fois répondu, super éteignoir.
Je n’en revenais pas d’entendre ces mots déprimants sortir de ma bouche.
– Remarque, a enchaîné la potière insensible à mes propos déprimants, deux boutiques aux États-Unis m’ont contactée récemment pour m’en commander deux chacune.
– C’est super !, me suis-je exclamée, en mettant peut-être un peu trop d’enthousiasme dans mon intonation pour me faire pardonner d’avoir été si plate. Donc, tu as quatre spécimens qui vont être vendus aux États-Unis ?
– Oui, a répondu la potière. Ça m’a fait du bien, tu n’as pas idée ! Je pensais être la seule à aimer les vases. Je me sentais looser et toute seule de mon bord, encouragée par personne…
– Je comprends ce que tu veux dire, ai-je répondu à la belle artiste qui ne peut absolument pas imaginer à quel point je la comprends.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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