Jour 602

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Dripping.

Ci-contre, une photo que j’ai publiée le 19 juin dernier. Elle est couverte de taches de vernis à ongle de couleur dorée et de couleur nacrée. J’ai utilisé les restants de deux flacons qui traînaient sur la tablette de la pharmacie murale, dans la salle de bains. Je pensais publier à cette époque pas si ancienne un dessin par jour, sur mon blogue, ou du moins une esquisse de projet par jour. Pour un ensemble de raisons –les vacances, la visite de la famille, les déplacements à la Manawan, à Montréal, en Abitibi, au Témiscamingue– je n’y suis pas arrivée. Il aurait été facile d’y arriver cela dit, avoir volé les flacons de vernis que ma fille a accumulés au fil des années. Je les volerai peut-être. J’aurais pu ainsi couvrir trente feuilles, de la même manière que j’ai présenté trente vêtements dans ma série vestimentaire, et trente bijoux dans ma chronique d’orfèvrerie.
Ma première idée, à partir du dripping du 19 juin, a été de créer un dessin par points numérotés à relier, comme on en trouve dans les cahiers d’exercices destinés aux enfants. Puis, j’ai pensé que je pourrais aller vers une carte du ciel où apparaissent les constellations –que je ne connais pas.

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Pylônes amochés.

Un bon matin, sans réfléchir, j’ai pris un crayon au feutre noir et j’ai commencé à tracer des traits entre les points en essayant de ne pas trop tacher mon papier avec ma règle de métal. J’ai ensuite comblé les espaces obtenus, à force de croiser les traits les uns sur les autres, avec des couleurs qui forment des masses. Et alors j’ai obtenu des semblants de pylônes à la solidité douteuse, les pylônes de la crise du verglas de janvier 1998. Les pylônes étant trop difficiles à reproduire pour une néophyte comme moi, j’ai continué le coloriage des petites masses avec mes crayons gel et je considère aujourd’hui, alors que je suis sur le point de terminer mon chef-d’œuvre, que j’ai représenté les continents de la planète à un moment précis d’une journée, disons 20:46. Les lignes qui vont d’un continent à l’autre sont celles du trafic aérien. Je pense qu’il me manque beaucoup de lignes dans une perspective réaliste, mais disons que mon idée est encore embryonnaire.

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À partir du dripping du 19 juin, Trafic aérien du 6 août à 20:46.

La photo malheureusement est ratée par manque de lumière dans notre chalet. Le papier est boursouflé parce que je lui ai fait vivre un bain d’eau tiède, pensant que l’eau allait faire se répandre les couleurs, mais il n’en fut rien. Trouvant que les continents se perdaient sur la superficie de mon papier blanc, je les ai circonscrits par une bordure qu’on dirait être celle d’un napperon en papier, dans les restaurants.
Mon mari me trouve un peu folle de tracer toutes ces lignes et ces masses pour obtenir un résultat si peu convaincant. Je suis, lui ai-je répondu, la personne que je suis.

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Bordure plus réussie d’un napperon de papier au restaurant.

J’ai rêvé d’ailleurs que je devais réciter un texte au sein d’une troupe de théâtre et je savais que je n’y arriverais pas, par gêne et par manque de confiance en moi. Alors je me disais que j’allais m’affirmer telle que je suis, au moment de la récitation, c’est-à-dire celle qui n’est pas capable, peu importe la raison, de réciter. Effectivement, quand arrivait mon tour sur scène d’ouvrir la bouche et de m’exprimer, je me contentais de dire, la voix brisée par la peur, que je n’étais pas capable de m’affirmer, haut et fort comme la majorité des gens, et que je n’y pouvais rien. Le public, incapable de savoir si je jouais mon personnage ou mon propre rôle dans ma vie réelle, restait silencieux, attendant la suite.

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Jour 603

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Deux perdrix grises.

Hier il a plu une bonne partie de la journée. Ce n’est qu’à la mi-journée que je me suis rendue chez mon amie pour notre promenade quotidienne. Nous n’avons pas, ensuite, laissé dériver nos kayaks dans la baie à la recherche des grosses roches et des troncs d’arbres dans le fond de l’eau. Il était trop tard, mon amie soupant relativement tôt, et peut-être souffrait-elle aussi de son épaule.
Pendant notre promenade, nous n’avons pas rencontré de biches, d’ours, de loups et de louveteaux. Nous avons cependant pu observer d’assez près une grosse perdrix dont on entendait les bébés brourir –c’est le nom qu’on donne au cri de la perdrix– dans les buissons. Mon amie me dit que sur le terrain de sa propriété, une perdrix a donné naissance à dix bébés qui se déplacent à la queue leu leu.
Nous marchons sur un chemin couvert de sable qui mène, justement, au pit de sable. Moi, pour faire différent, fraîche-pet sur les bords, je dis la sablière. Quand on arrive au bout de ce chemin qui est un cul-de-sac, on accède à des framboisiers sauvages. À chaque fois, nous oublions mon amie et moi d’apporter un contenant pour en cueillir. Nous nous rabattons sur une consommation immédiate, j’en arrive même à lui parler la bouche pleine.
À mon retour au chalet, mon mari parlait avec la voisine.
– Avez-vous entendu la meute de loups la nuit dernière ?, m’a-t-elle aussitôt demandé alors que je me joignais à eux.
– Non, ai-je répondu. C’est dommage, j’aurais bien aimé.
– Étiez-vous seule ?, a-t-elle enchaîné. Pierre et moi avons remarqué que le camion de votre mari n’était pas autour du chalet mais les portes du chalet, elles, sont restées tout le temps ouvertes.
– J’étais seule, en effet, ai-je confirmé, ces deux derniers jours.
La dame a semblé penser, et je dis bien semblé car dans la vie tout est subjectif, que j’étais brave.
Quelque trente minutes plus tard nous étions, Denauzier et moi, sur le ponton, sur le lac, une glacière nous tenant compagnie dans laquelle nous attendaient des côtelettes de porc marinées qui allaient se faire brûler la couenne sur notre barbecue. Nous nous sommes laissé dériver, sans bruit de moteur, heureux comme des pauvres d’esprit pendant je dirais deux heures. Au retour sur la terre ferme nous avons fait un feu. Un lièvre est venu vérifier que nous étions assis tranquilles autour du feu et nous trouvant tel qu’il le pensait il est reparti sans se presser.
Vers 22 heures nous étions au lit et c’est à ce moment que la pluie a repris, une pluie forte qui s’est transformée en orage. Un coup de tonnerre a fait vibrer le chalet vraiment fort et j’ai eu tellement peur que j’ai sursauté d’un pied.
– La foudre a frappé très près, a simplement constaté mon mari sans le moindre sursaut.
Je ne dirai pas à ma voisine, qui semble me trouver brave, que j’ai sursauté d’un pied. Ni que j’ai peur des souris.

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Jour 604

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Salopette rouge.

Les histoires devraient toutes se terminer comme cela s’est terminé dans mon rêve la nuit dernière.
Je partageais un espace de travail avec cinq femmes. Grand, aéré, éclairé, moderne. Une collègue me faisait comprendre que j’aurais à faire du ménage, de temps en temps, chacune notre tour. Elle me suggérait d’utiliser un balai à laver, de type Swiffer. Pour ne pas alourdir et enlaidir davantage, avec toutes sortes de choses pas nécessairement belles, le décor qui était le nôtre, je lui demandais s’il n’était pas préférable que j’utilise son balai, déjà visible, au manche rouge, qui traînait dans un coin. Elle me répondait que si elle était moi, elle en achèterait un. Je me rendais donc, docile, c’est ma marque de commerce, en acheter un. Quand je revenais au bureau, ma collègue, elle aussi habillée en rouge, me montrait qu’elle avait trouvé un endroit où ranger son Swiffer, un endroit où ça ne paraissait pas, en hauteur, derrière un pan de mur.
– Tu peux ranger le tien avec le mien, me disait-elle. Le crochet est assez gros pour en recevoir deux.
Je découvrais que ma collègue avait été sensible à ma préoccupation esthétique, si on peut dire, en prenant la peine de cacher le balai. Agréablement surprise, et me disant mentalement que c’est toujours en coopérant qu’on y arrive, donnant donnant, chacun sa part, je tendais la bouche pour l’embrasser. C’était ma manière de la remercier. Elle répondait à mon mouvement en m’embrassant, sur la bouche. J’avoue que je n’en demandais pas tant.
Tendre l’autre joue, est-il écrit dans la Bible…
Certains éléments de mon rêve sont directement empruntés à ma journée d’hier : la couleur rouge du balai et de la tenue de ma collègue sont des références directes au rouge de la salopette de Caroline, par exemple. Le Swiffer en est un autre, en ce sens que je pense beaucoup à mon frère Swiff ces derniers temps. J’ai vu hier ma voisine passer le balai dans son chalet, elle l’a passé en me disant que c’était la troisième fois de la journée parce que des travaux sont en cours dans sa cuisine. Etc.
Au-delà de ces recoupements, de ces emprunts à ma vie éveillée dans mes rêves, je ne m’y connais pas assez pour avancer des interprétations.
Mais une chose est sûre, quand on dit oui plutôt que de dire non, quand on laisse l’orgueil de côté en ne voulant pas gagner à tout prix, ça se passe tout le temps mieux. C’est ce qui fait qu’en 2018, quand je lis les grands titres des journaux, où il n’est question, il me semble, que d’enfantillages à vouloir être le plus fort, je me demande, avec la plus grande perplexité, comment ça se fait que l’humain n’apprend pas des expériences du passé.
J’ajoute ceci : c’est probablement parce que ma vie est beaucoup plus égale qu’autrefois que mes textes sont si sages, si calmes, si peu traversés par une tension –qui est pourtant nécessaire si on veut tenir en alerte l’intérêt du lecteur…
Il pleut, je ne sais pas si nous irons observer les nénuphars et les grosses roches de la baie, ma voisine et moi.

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Jour 605

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Il semble y avoir une interversion de saison sur la couverture de cet album…

Qu’est-ce qui se passe dans Martine à la plage ? Rien de joyeux qui finisse bien. On est loin des soixante albums de Gilbert Delahaye publiés chez Casterman, de 1954 à 2014.
La Martine de Simon Boulerice a quinze ans. Elle tombe amoureuse de son voisin, un optométriste, père d’une fillette de huit ans. Sa femme s’appelle Manon. Pour multiplier les occasions de rencontrer son nouveau voisin, Martine s’esquinte la vue en lisant des étiquettes de produits à deux centimètres de son nez. Elle réussit à faire baisser sa vue considérablement et se félicite de porter des fonds de bouteille qui lui donnent un air intellectuel.
Deux amies la visitent sous forme de fantômes et lui parlent à travers le jeu Ouija qu’elle interroge régulièrement. Les amies sont Jayne Mansfield, une actrice mariée trois fois, décédée d’un accident de voiture à 34 ans, et Karen Carpenter, la chanteuse du duo The Carpenters, morte, elle, d’anorexie à 32 ans.
– Amies fantômes, leur demande-t-elle à travers Ouija, vais-je réussir à séduire l’optométriste ?
La réponse bien sûr est positive.
Comme l’histoire se déroule pendant l’été, et que l’été est la saison des vacances, la famille de l’optométriste s’absente deux semaines pour des vacances aux États-Unis. Au retour de l’aventure états-uniennes, la famille se disloque car l’optométriste aurait rencontré une femme américaine pour laquelle il quitte femme, famille, maison, profession. Mince alors ! Apprenant que son voisin change de vie, Martine ne peut que constater que ses amies Jayne et Karen avaient raison. Si l’optométriste balance tout, ce ne peut être que pour elle. Quand elle apprend que son béguin est parti en pleine nuit rejoindre sa nouvelle fiancée, Martine décide de se rendre le rejoindre à Old Orchard, où ont eu lieu les vacances catastrophiques de la feue petite famille. En démarrant la voiture de son père pour entamer son long périple, voilà que Martine écrase la petite fille de huit ans, sa voisine, qui jouait dans la cour et qu’elle n’a pas vue. Sans attendre ni une ni deux, sans se casser la tête et sans hésiter, Martine dépose la fillette dans le coffre de la voiture, et part à la conquête de sa nouvelle vie. Voilà.
Quand Emmanuelle était petite, je lui ai offert quelques albums de la série Caroline, la jolie fillette aux lulus blondes et à la salopette rouge. Moins sage que Martine. Si j’avais l’âme d’une collectionneuse, ce seraient les 44 albums de la série Caroline que j’aimerais réunir. Je devrais m’y mettre et les lire tous car lorsque j’étais enfant je ne profitais pas de la vie et lire les aventures de Caroline serait une manière de rattraper le temps perdu.

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Jour 606

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Haut de poncho de couleur unie à motifs ton sur ton. Gris, bien entendu, je ne m’en sors pas.

C’est ça qui arrive, quand je perds de la constance dans mes écritures. Quand j’écris à gauche et à droite. Transporte l’ordinateur au chalet sans même l’ouvrir au chalet, rapporte l’ordinateur à la maison pour ne l’ouvrir que vite fait –consulter le solde de mon compte de banque !– avant de revenir au chalet… Transporte l’ordinateur, même, en Abitibi, pour le laisser dans le camion… Je perds ce que j’appelle l’essence du texte. Je perds le fil conducteur de la recherche. C’est comme un tissu à motifs qui perdrait ses motifs, et donc sa texture. Ça n’a que bien peu d’intérêt. Quand  j’écris sporadiquement, quand mon exercice n’est pas soutenu, je finis par rassembler des chroniques de mon illustre vie. Des chroniques décousues, j’ai fait un petit peu de ceci à tel endroit, et un peu de cela à tel autre moment et endroit, sans respecter l’ordre chronologique des événements. J’y vais comme ça vient. Je n’invente pas grand-chose, je tape ce que je me récite dans ma tête en pensant aux événements qui ont traversé ma journée. Certes, j’essaie à chaque fois de capter une micro-sensation survenue lors d’une petite chose de rien du tout, une micro-sensation cachée derrière un détail très très banal. Il me semble que plus j’écris, plus je vise petit, voire minuscule.
Hier en fin d’après-midi, donc, quand je me suis trouvée seule au chalet, j’ai sorti mon ordinateur et écrit le texte qui détaille, une fois de plus, mes fantaisies vestimentaires. Puis j’ai découvert que mes textes ne sont plus automatiquement téléversés de mon blogue, plateforme WordPress, à Facebook, alors j’ai passé une bonne demi-heure à me casser la tête pour essayer de comprendre comment ça se fait. Je n’ai pas trouvé la cause de ce non téléversement, alors je m’en suis sortie avec les moyens du bord en copiant/collant mon texte « à la mitaine ». Ensuite, j’ai lavé la vaisselle. Ensuite, je suis allée m’installer au lit pour lire. J’ai apporté une dizaine de livres que j’ai déposés à côté de moi, et j’ai pris celui qui me faisait signe. Il s’agit d’un livre que j’ai emprunté à chouchou, un livre écrit par une jeunesse, Simon Boulerice, que ma fille a lu du temps du cégep pour son cours de français, livre qui s’intitule Martine à la plage. La religieuse de Diderot me faisait signe aussi, mais je lui ai demandé de patienter encore un peu. Cette jeunesse qu’est Simon s’avère multidisciplinaire et surdouée, Wikipédia le présentant comme étant un comédien, un dramaturge, un metteur en scène, un poète et un romancier. Il n’est pas dessinateur, du moins il n’a pas fait les dessins qui accompagnent le texte, c’est Luc Paradis qui s’en est chargé. J’ai choisi ce livre de la pile de dix, il faut le dire, parce qu’il n’est pas épais et que j’ai eu l’impression que, s’il m’intéressait, j’allais le lire d’un coup. C’est ce qui est arrivé. Y arrivant, je me suis laissé porter par l’invention pas à peu près, dans une langue actuelle de type « …on s’en câlisse, …elle n’était pas smatte, …elle dormait sur la switch ».

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Jour 607

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Lac Miroir, lunettes de star et couvre-chef de bébé, le 2 août 2018.

Ça y est, tout le monde est parti. Me voilà seule au chalet, dans le bois. Pas si seule en fait car les voisins sont là, j’entends leurs voix dehors pendant que j’écris ces lignes. Je suis installée à la table de la cuisine, face à la grande fenêtre qui donne sur le lac. Quelques rides se meuvent à sa surface, mais aucune feuille des arbres n’est agitée par le vent. Une voisine est passée devant notre chalet tout à l’heure, en kayak. Elle va venir me chercher demain pour une petite randonnée, probablement dans la baie pour observer les grenouilles et les nénuphars.
Nous étions cinq jusqu’à tout à l’heure dans notre chalet. Mon mari bien sûr, son fils, la femme de son fils, leur fillette de deux ans et demi. Et moi. Mon premier geste, une fois seule, a été de brancher mon ordinateur pour publier un texte. Mon ordinateur est branché, mes doigts tapent sur le clavier, mais aucun thème ne se manifeste. Je vais donc commencer par décrire ma tenue, c’est un sujet inépuisable.
Je porte le chapeau de notre petite-fille. Elle ne voulait pas le mettre pendant notre tour de ponton, or le soleil dardait ses rayons pas mal fort. Comme j’ai un instinct infaillible à l’égard des enfants, je me suis dit qu’il suffirait que je me le mette sur la tête pour qu’elle ait envie de le récupérer et de le porter. Bien entendu, il n’en fut rien. La bordure à volant rose devrait normalement me protéger la nuque. Elle arrive tout juste à encadrer mes lunettes. On aperçoit, discret dans le jaune de mes cheveux, le jaune de mes anneaux aux oreilles. Et on ne peut pas ne pas voir le jaune de mes cheveux en balai. Sous le menton, la sangle du chapeau. Pour vêtement, un haut sans manches qui m’a été donné par ma belle-sœur il y a maintenant un bon bout de temps. Plus de dix ans c’est sûr. Mon ex-belle-sœur, d’ailleurs.
Je me disais justement, lors de notre promenade en ponton, que je n’avais plus de plaisir à acheter des vêtements. Ils se ressemblent tous, ils sont rarement exclusifs à moins d’y mettre le prix, et même quand ils sont exclusifs et qu’on y met le prix ils ne me plaisent pas pour autant. Je me faisais cette réflexion parce que j’étais, sur le ponton, en train de penser au mariage de ma belle-fille, à savoir la fille de Denauzier, début septembre. Après avoir envisagé la confection d’une robe à partir d’un patron, et entamé les premières démarches pour trouver un tissu approprié, j’ai laissé tomber ce projet, trop compliqué. Je vais donc, je pense, me rabattre sur une robe noire en tissu extensible, longue aux chevilles, dont il a déjà été question dans ces chroniques. Il s’agit d’une robe qui m’a été donnée par Bibi, qui se l’était fait donner par une amie. Je m’étais fixé le défi de la porter à chacun de mes anniversaires, jusqu’à ce que je n’entre plus dedans. Mes lecteurs ne se souviennent probablement pas de cette excentricité. J’entre encore dedans, en masse, mais, pour une raison et pour une autre, je n’ai pas respecté mon défi. La robe m’attend, pliée dans un tiroir que je n’ouvre jamais. Si elle plaît à Denauzier, si Denauzier pense que je peux porter du long sans faire ombrage à la mariée, si elle n’est pas déformée à force de n’avoir pas été portée, je vais me contenter d’acheter une paire de chaussures, et puis voilà. Je vais aussi me faire teindre les cheveux plus foncé, disons noisette. Et porter le sautoir que j’ai acheté de la potière le jour de mon anniversaire, en avril dernier.

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Jour 608

En bonnes vénézuéliennes qu’elles sont, les amies que j’ai rencontrées au restaurant LOV sont très animées, très énergiques, très volubiles. Cultivées aussi, elles sont, parlant toutes trois langues. Ça y va par là autour de la table, la conversation démarre en français parce que je suis un frein au déploiement des deux autres langues, mais immanquablement l’espagnol prend le dessus, et quand il est question d’aspects professionnels, l’espagnol cède la place à l’anglais. J’essaie de suivre et n’y arrive disons qu’à 40%.
Dans ce qui m’a semblé être une microseconde de temps mort, j’ai voulu annoncer à mes amies que je ne portais plus mon Fitbit, elles qui en portent toutes. J’aurais aimé leur expliquer pourquoi, et décrire aussi comment je me sens depuis que je ne le porte plus. Mais la microseconde de temps mort s’étant avérée un leurre, la conversation a repris de plus belle, de telle sorte que personne n’était disponible pour recevoir mon annonce. Aux grands maux les grands moyens, j’ai étiré le bras en direction de ma voisine de droite, jusqu’à ce que ma main se trouve très près de son menton. Elle a eu un mouvement de recul, comme lorsqu’on montre quelque chose de trop près à une personne presbyte. Interrompant forcément sa conversation, elle a dirigé son regard vers mon bras, puis ma montre, et s’est exclamée qu’elle était vraiment belle. Bien entendu, elle ne pouvait pas deviner que je lui montrais, par mon geste d’une subtilité totale, que je ne portais plus mon Fitbit. Elle a pensé que je voulais qu’elle admire ma montre, comme s’il s’agissait d’un cadeau ou d’un achat tout récents. Ce qu’elle a fait, avec je crois une réelle sincérité.
– Oh ! Lynda ! Cette montre est magnifique !, s’est-elle exclamée.
– Imagine-toi, lui ai-je dit, portant en moi mon obsession permanente du temps qui passe, conjuguée à mon incompréhension quant à l’inéluctable échéance fatale qui nous attend tous, qu’elle a quarante ans.
– Si jamais elle se brise, ai-je ajouté, le bijoutier m’a avertie qu’il n’a pas les pièces pour la réparer, elles ne sont plus disponibles sur le marché. Mais ce n’est pas ma montre que je voulais te montrer, je voulais attirer ton attention à l’effet que je ne porte plus
Et sur cette phrase incomplète, l’effervescence de la conversation qui va dans tous les sens a repris le dessus !
Hier j’ai enlevé ma Pulsar pour prendre ma douche et quand je l’ai remise à mon poignet elle n’indiquait pas la bonne heure. Mon cœur n’a fait qu’un tour. Je l’ai remise à la bonne heure et depuis je la consulte souvent, appréhendant à chaque fois qu’elle soit brisée. Je suis ainsi faite que si je constatais que ma montre est brisée, je serais plus ébranlée que lorsque j’ai appris tout à l’heure, en parlant avec ma voisine, qu’il semble y avoir des infiltrations d’eau au mur de briques du duplex, côté nord.

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