Jour 604

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Salopette rouge.

Les histoires devraient toutes se terminer comme cela s’est terminé dans mon rêve la nuit dernière.
Je partageais un espace de travail avec cinq femmes. Grand, aéré, éclairé, moderne. Une collègue me faisait comprendre que j’aurais à faire du ménage, de temps en temps, chacune notre tour. Elle me suggérait d’utiliser un balai à laver, de type Swiffer. Pour ne pas alourdir et enlaidir davantage, avec toutes sortes de choses pas nécessairement belles, le décor qui était le nôtre, je lui demandais s’il n’était pas préférable que j’utilise son balai, déjà visible, au manche rouge, qui traînait dans un coin. Elle me répondait que si elle était moi, elle en achèterait un. Je me rendais donc, docile, c’est ma marque de commerce, en acheter un. Quand je revenais au bureau, ma collègue, elle aussi habillée en rouge, me montrait qu’elle avait trouvé un endroit où ranger son Swiffer, un endroit où ça ne paraissait pas, en hauteur, derrière un pan de mur.
– Tu peux ranger le tien avec le mien, me disait-elle. Le crochet est assez gros pour en recevoir deux.
Je découvrais que ma collègue avait été sensible à ma préoccupation esthétique, si on peut dire, en prenant la peine de cacher le balai. Agréablement surprise, et me disant mentalement que c’est toujours en coopérant qu’on y arrive, donnant donnant, chacun sa part, je tendais la bouche pour l’embrasser. C’était ma manière de la remercier. Elle répondait à mon mouvement en m’embrassant, sur la bouche. J’avoue que je n’en demandais pas tant.
Tendre l’autre joue, est-il écrit dans la Bible…
Certains éléments de mon rêve sont directement empruntés à ma journée d’hier : la couleur rouge du balai et de la tenue de ma collègue sont des références directes au rouge de la salopette de Caroline, par exemple. Le Swiffer en est un autre, en ce sens que je pense beaucoup à mon frère Swiff ces derniers temps. J’ai vu hier ma voisine passer le balai dans son chalet, elle l’a passé en me disant que c’était la troisième fois de la journée parce que des travaux sont en cours dans sa cuisine. Etc.
Au-delà de ces recoupements, de ces emprunts à ma vie éveillée dans mes rêves, je ne m’y connais pas assez pour avancer des interprétations.
Mais une chose est sûre, quand on dit oui plutôt que de dire non, quand on laisse l’orgueil de côté en ne voulant pas gagner à tout prix, ça se passe tout le temps mieux. C’est ce qui fait qu’en 2018, quand je lis les grands titres des journaux, où il n’est question, il me semble, que d’enfantillages à vouloir être le plus fort, je me demande, avec la plus grande perplexité, comment ça se fait que l’humain n’apprend pas des expériences du passé.
J’ajoute ceci : c’est probablement parce que ma vie est beaucoup plus égale qu’autrefois que mes textes sont si sages, si calmes, si peu traversés par une tension –qui est pourtant nécessaire si on veut tenir en alerte l’intérêt du lecteur…
Il pleut, je ne sais pas si nous irons observer les nénuphars et les grosses roches de la baie, ma voisine et moi.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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