Jour 605

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Il semble y avoir une interversion de saison sur la couverture de cet album…

Qu’est-ce qui se passe dans Martine à la plage ? Rien de joyeux qui finisse bien. On est loin des soixante albums de Gilbert Delahaye publiés chez Casterman, de 1954 à 2014.
La Martine de Simon Boulerice a quinze ans. Elle tombe amoureuse de son voisin, un optométriste, père d’une fillette de huit ans. Sa femme s’appelle Manon. Pour multiplier les occasions de rencontrer son nouveau voisin, Martine s’esquinte la vue en lisant des étiquettes de produits à deux centimètres de son nez. Elle réussit à faire baisser sa vue considérablement et se félicite de porter des fonds de bouteille qui lui donnent un air intellectuel.
Deux amies la visitent sous forme de fantômes et lui parlent à travers le jeu Ouija qu’elle interroge régulièrement. Les amies sont Jayne Mansfield, une actrice mariée trois fois, décédée d’un accident de voiture à 34 ans, et Karen Carpenter, la chanteuse du duo The Carpenters, morte, elle, d’anorexie à 32 ans.
– Amies fantômes, leur demande-t-elle à travers Ouija, vais-je réussir à séduire l’optométriste ?
La réponse bien sûr est positive.
Comme l’histoire se déroule pendant l’été, et que l’été est la saison des vacances, la famille de l’optométriste s’absente deux semaines pour des vacances aux États-Unis. Au retour de l’aventure états-uniennes, la famille se disloque car l’optométriste aurait rencontré une femme américaine pour laquelle il quitte femme, famille, maison, profession. Mince alors ! Apprenant que son voisin change de vie, Martine ne peut que constater que ses amies Jayne et Karen avaient raison. Si l’optométriste balance tout, ce ne peut être que pour elle. Quand elle apprend que son béguin est parti en pleine nuit rejoindre sa nouvelle fiancée, Martine décide de se rendre le rejoindre à Old Orchard, où ont eu lieu les vacances catastrophiques de la feue petite famille. En démarrant la voiture de son père pour entamer son long périple, voilà que Martine écrase la petite fille de huit ans, sa voisine, qui jouait dans la cour et qu’elle n’a pas vue. Sans attendre ni une ni deux, sans se casser la tête et sans hésiter, Martine dépose la fillette dans le coffre de la voiture, et part à la conquête de sa nouvelle vie. Voilà.
Quand Emmanuelle était petite, je lui ai offert quelques albums de la série Caroline, la jolie fillette aux lulus blondes et à la salopette rouge. Moins sage que Martine. Si j’avais l’âme d’une collectionneuse, ce seraient les 44 albums de la série Caroline que j’aimerais réunir. Je devrais m’y mettre et les lire tous car lorsque j’étais enfant je ne profitais pas de la vie et lire les aventures de Caroline serait une manière de rattraper le temps perdu.

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Jour 606

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Haut de poncho de couleur unie à motifs ton sur ton. Gris, bien entendu, je ne m’en sors pas.

C’est ça qui arrive, quand je perds de la constance dans mes écritures. Quand j’écris à gauche et à droite. Transporte l’ordinateur au chalet sans même l’ouvrir au chalet, rapporte l’ordinateur à la maison pour ne l’ouvrir que vite fait –consulter le solde de mon compte de banque !– avant de revenir au chalet… Transporte l’ordinateur, même, en Abitibi, pour le laisser dans le camion… Je perds ce que j’appelle l’essence du texte. Je perds le fil conducteur de la recherche. C’est comme un tissu à motifs qui perdrait ses motifs, et donc sa texture. Ça n’a que bien peu d’intérêt. Quand  j’écris sporadiquement, quand mon exercice n’est pas soutenu, je finis par rassembler des chroniques de mon illustre vie. Des chroniques décousues, j’ai fait un petit peu de ceci à tel endroit, et un peu de cela à tel autre moment et endroit, sans respecter l’ordre chronologique des événements. J’y vais comme ça vient. Je n’invente pas grand-chose, je tape ce que je me récite dans ma tête en pensant aux événements qui ont traversé ma journée. Certes, j’essaie à chaque fois de capter une micro-sensation survenue lors d’une petite chose de rien du tout, une micro-sensation cachée derrière un détail très très banal. Il me semble que plus j’écris, plus je vise petit, voire minuscule.
Hier en fin d’après-midi, donc, quand je me suis trouvée seule au chalet, j’ai sorti mon ordinateur et écrit le texte qui détaille, une fois de plus, mes fantaisies vestimentaires. Puis j’ai découvert que mes textes ne sont plus automatiquement téléversés de mon blogue, plateforme WordPress, à Facebook, alors j’ai passé une bonne demi-heure à me casser la tête pour essayer de comprendre comment ça se fait. Je n’ai pas trouvé la cause de ce non téléversement, alors je m’en suis sortie avec les moyens du bord en copiant/collant mon texte « à la mitaine ». Ensuite, j’ai lavé la vaisselle. Ensuite, je suis allée m’installer au lit pour lire. J’ai apporté une dizaine de livres que j’ai déposés à côté de moi, et j’ai pris celui qui me faisait signe. Il s’agit d’un livre que j’ai emprunté à chouchou, un livre écrit par une jeunesse, Simon Boulerice, que ma fille a lu du temps du cégep pour son cours de français, livre qui s’intitule Martine à la plage. La religieuse de Diderot me faisait signe aussi, mais je lui ai demandé de patienter encore un peu. Cette jeunesse qu’est Simon s’avère multidisciplinaire et surdouée, Wikipédia le présentant comme étant un comédien, un dramaturge, un metteur en scène, un poète et un romancier. Il n’est pas dessinateur, du moins il n’a pas fait les dessins qui accompagnent le texte, c’est Luc Paradis qui s’en est chargé. J’ai choisi ce livre de la pile de dix, il faut le dire, parce qu’il n’est pas épais et que j’ai eu l’impression que, s’il m’intéressait, j’allais le lire d’un coup. C’est ce qui est arrivé. Y arrivant, je me suis laissé porter par l’invention pas à peu près, dans une langue actuelle de type « …on s’en câlisse, …elle n’était pas smatte, …elle dormait sur la switch ».

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Jour 607

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Lac Miroir, lunettes de star et couvre-chef de bébé, le 2 août 2018.

Ça y est, tout le monde est parti. Me voilà seule au chalet, dans le bois. Pas si seule en fait car les voisins sont là, j’entends leurs voix dehors pendant que j’écris ces lignes. Je suis installée à la table de la cuisine, face à la grande fenêtre qui donne sur le lac. Quelques rides se meuvent à sa surface, mais aucune feuille des arbres n’est agitée par le vent. Une voisine est passée devant notre chalet tout à l’heure, en kayak. Elle va venir me chercher demain pour une petite randonnée, probablement dans la baie pour observer les grenouilles et les nénuphars.
Nous étions cinq jusqu’à tout à l’heure dans notre chalet. Mon mari bien sûr, son fils, la femme de son fils, leur fillette de deux ans et demi. Et moi. Mon premier geste, une fois seule, a été de brancher mon ordinateur pour publier un texte. Mon ordinateur est branché, mes doigts tapent sur le clavier, mais aucun thème ne se manifeste. Je vais donc commencer par décrire ma tenue, c’est un sujet inépuisable.
Je porte le chapeau de notre petite-fille. Elle ne voulait pas le mettre pendant notre tour de ponton, or le soleil dardait ses rayons pas mal fort. Comme j’ai un instinct infaillible à l’égard des enfants, je me suis dit qu’il suffirait que je me le mette sur la tête pour qu’elle ait envie de le récupérer et de le porter. Bien entendu, il n’en fut rien. La bordure à volant rose devrait normalement me protéger la nuque. Elle arrive tout juste à encadrer mes lunettes. On aperçoit, discret dans le jaune de mes cheveux, le jaune de mes anneaux aux oreilles. Et on ne peut pas ne pas voir le jaune de mes cheveux en balai. Sous le menton, la sangle du chapeau. Pour vêtement, un haut sans manches qui m’a été donné par ma belle-sœur il y a maintenant un bon bout de temps. Plus de dix ans c’est sûr. Mon ex-belle-sœur, d’ailleurs.
Je me disais justement, lors de notre promenade en ponton, que je n’avais plus de plaisir à acheter des vêtements. Ils se ressemblent tous, ils sont rarement exclusifs à moins d’y mettre le prix, et même quand ils sont exclusifs et qu’on y met le prix ils ne me plaisent pas pour autant. Je me faisais cette réflexion parce que j’étais, sur le ponton, en train de penser au mariage de ma belle-fille, à savoir la fille de Denauzier, début septembre. Après avoir envisagé la confection d’une robe à partir d’un patron, et entamé les premières démarches pour trouver un tissu approprié, j’ai laissé tomber ce projet, trop compliqué. Je vais donc, je pense, me rabattre sur une robe noire en tissu extensible, longue aux chevilles, dont il a déjà été question dans ces chroniques. Il s’agit d’une robe qui m’a été donnée par Bibi, qui se l’était fait donner par une amie. Je m’étais fixé le défi de la porter à chacun de mes anniversaires, jusqu’à ce que je n’entre plus dedans. Mes lecteurs ne se souviennent probablement pas de cette excentricité. J’entre encore dedans, en masse, mais, pour une raison et pour une autre, je n’ai pas respecté mon défi. La robe m’attend, pliée dans un tiroir que je n’ouvre jamais. Si elle plaît à Denauzier, si Denauzier pense que je peux porter du long sans faire ombrage à la mariée, si elle n’est pas déformée à force de n’avoir pas été portée, je vais me contenter d’acheter une paire de chaussures, et puis voilà. Je vais aussi me faire teindre les cheveux plus foncé, disons noisette. Et porter le sautoir que j’ai acheté de la potière le jour de mon anniversaire, en avril dernier.

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Jour 608

En bonnes vénézuéliennes qu’elles sont, les amies que j’ai rencontrées au restaurant LOV sont très animées, très énergiques, très volubiles. Cultivées aussi, elles sont, parlant toutes trois langues. Ça y va par là autour de la table, la conversation démarre en français parce que je suis un frein au déploiement des deux autres langues, mais immanquablement l’espagnol prend le dessus, et quand il est question d’aspects professionnels, l’espagnol cède la place à l’anglais. J’essaie de suivre et n’y arrive disons qu’à 40%.
Dans ce qui m’a semblé être une microseconde de temps mort, j’ai voulu annoncer à mes amies que je ne portais plus mon Fitbit, elles qui en portent toutes. J’aurais aimé leur expliquer pourquoi, et décrire aussi comment je me sens depuis que je ne le porte plus. Mais la microseconde de temps mort s’étant avérée un leurre, la conversation a repris de plus belle, de telle sorte que personne n’était disponible pour recevoir mon annonce. Aux grands maux les grands moyens, j’ai étiré le bras en direction de ma voisine de droite, jusqu’à ce que ma main se trouve très près de son menton. Elle a eu un mouvement de recul, comme lorsqu’on montre quelque chose de trop près à une personne presbyte. Interrompant forcément sa conversation, elle a dirigé son regard vers mon bras, puis ma montre, et s’est exclamée qu’elle était vraiment belle. Bien entendu, elle ne pouvait pas deviner que je lui montrais, par mon geste d’une subtilité totale, que je ne portais plus mon Fitbit. Elle a pensé que je voulais qu’elle admire ma montre, comme s’il s’agissait d’un cadeau ou d’un achat tout récents. Ce qu’elle a fait, avec je crois une réelle sincérité.
– Oh ! Lynda ! Cette montre est magnifique !, s’est-elle exclamée.
– Imagine-toi, lui ai-je dit, portant en moi mon obsession permanente du temps qui passe, conjuguée à mon incompréhension quant à l’inéluctable échéance fatale qui nous attend tous, qu’elle a quarante ans.
– Si jamais elle se brise, ai-je ajouté, le bijoutier m’a avertie qu’il n’a pas les pièces pour la réparer, elles ne sont plus disponibles sur le marché. Mais ce n’est pas ma montre que je voulais te montrer, je voulais attirer ton attention à l’effet que je ne porte plus
Et sur cette phrase incomplète, l’effervescence de la conversation qui va dans tous les sens a repris le dessus !
Hier j’ai enlevé ma Pulsar pour prendre ma douche et quand je l’ai remise à mon poignet elle n’indiquait pas la bonne heure. Mon cœur n’a fait qu’un tour. Je l’ai remise à la bonne heure et depuis je la consulte souvent, appréhendant à chaque fois qu’elle soit brisée. Je suis ainsi faite que si je constatais que ma montre est brisée, je serais plus ébranlée que lorsque j’ai appris tout à l’heure, en parlant avec ma voisine, qu’il semble y avoir des infiltrations d’eau au mur de briques du duplex, côté nord.

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Jour 609

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Quatre motifs, quatre serviettes.

Quand j’en suis venue à la conclusion que j’achetais les serviettes à main avec motif, je n’ai pas lésiné, j’ai acheté une serviette de chaque motif : coq, hydrangées, tasses de café, olives. Par orgueil, je n’ai pas demandé à Bibi quel motif était le plus intéressant, elle se serait moquée de moi. Elle m’aurait répondu les olives, peut-être, et j’aurais préféré les hydrangées, je n’aurais pas été plus avancée. Elle m’aurait suggéré les hydrangées, encore, et je me serais demandé s’il n’était pas préférable d’y aller pour le coq.
Après ma longue marche d’hier sur la rue Sherbrooke, je suis arrivée trempée à la maison, malgré que je me sois protégée avec un parapluie. J’ai enlevé mes vêtements et je me suis douchée immédiatement. Bien sûr, je ne me suis pas essuyé le corps avec les serviettes à main, bien trop petites. Mais sitôt sortie de la salle de bain, j’ai constaté des dégâts aux fenêtres qui étaient restées ouvertes. Quatre fenêtres, quatre serviettes pour quatre motifs, pas de jalouses, toutes les serviettes ont été utilisées.
Puis, en soirée, Emma et moi nous sommes mesurées au Rummy, c’est elle qui a gagné, la p’tite trousse. Nous avons joué autour de la table de la cuisine, une table ronde qui a été décapée par Bibi quand elle avait dix-huit ans, il y a de cela quarante-quatre ans. Les chaises sont des chaises de réfectoire qui appartenaient aux Clercs de St-Viateur, je pense qu’elles ont été récupérées par un de mes frères. Elles sont très vieilles et tenaient par la peur avant que quelqu’un en relie les barreaux avec du fil de métal. Bien que plus solides maintenant, elles n’en sont pas pour autant plus confortables. Et surtout, elles absorbent l’humidité quand on s’y assoit, de telle sorte qu’on s’en décolle difficilement si la peau est en contact avec la surface. On a donc eu le réflexe, ma fille et moi, de déposer une serviette sur le siège avant de s’y asseoir, Emma le coq, et moi les tasses de café.

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Jour 610

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Comme je suis cocotte, je n’ai pas regardé si la sculpture portait un titre.

Je suis revenue du restaurant à pied, en empruntant la rue Sherbrooke. Je ne porte plus mon Fitbit mais j’essaie quand même de me tenir en forme. Je suis entrée dans quelques boutiques pour me rafraîchir à l’air climatisé le long de mon parcours. Quelques boutiques est exagéré. Je suis entrée au Holt Renfrew et nulle part ailleurs, en marchant en plein milieu de l’espace qui sépare les comptoirs de parfum. Ni trop d’un bord, ni trop de l’autre, de manière à n’être approchée par aucun vendeur. Ma technique a été gagnante. À la hauteur de l’université McGill, donc avant le Holt Renfrew, je suis tombée sur cette sculpture de bronze. Je n’ai pas remarqué, au moment de la prise de photo, qu’il est écrit McGill sur le t-shirt de l’étudiant. J’ai remarqué cependant, au premier regard, sans hésitation aucune, que le visage sculpté ressemble drôlement à celui de Claude Ryan. Claude Ryan a-t-il étudié à l’université McGill ? Est-ce que les ordinateurs existaient quand il était jeune ? Buvait-il du café ? Son éducation lui dictait-elle de s’asseoir sur le dossier des bancs publics ? Savait-il taper sur un clavier en utilisant ses dix doigts ? Se posait-il autant de questions que je m’en pose ? Trouvait-il les réponses ? Lui est-il arrivé d’acheter des serviettes à main ? Préférait-il la pizza ou le spaghetti à la sauce napolitaine ?

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Jour 611

1251897-paderno-world-cuisine-quatre-lames.pngJe suis allée ce midi manger au restaurant LOV –Local, Organique, Végétarien–, à la station de métro Square-Victoria, avec des amies. J’y ai mangé des courgettes passées au machin spiraliseur, machin que j’ai acheté l’hiver dernier pour imiter les spaghettis alors que notre diète lowcarb nous en éloignait.
– Que mangez-vous, les filles ?, ai-je demandé.
Nous étions cinq femmes. Elles m’ont chacune décliné ce qu’elles s’apprêtaient à commander. Choisir semble constituer, pour elles, une action banale, alors qu’il n’en est rien pour moi. Je suis de plus en plus incapable de choisir. À tel point que j’ai dû demander à la serveuse ce qu’elle me suggérait de commander. Plutôt que de me nommer un plat plus populaire qu’un autre, ou un plat particulièrement réussi par le chef en ce jour d’aujourd’hui, elle m’a expliqué ce que contenait chaque assiette et comment c’était présenté. J’ai fini par nommer le plat de spaghettis de courgettes avant qu’elle termine la description du menu.
C’était délicieux.
Hier soir, au restaurant italien de mon quartier, avec Emma et Bibi, même histoire. Impossible de choisir.
– Il y a vingt-six sortes de pizza !, me suis-je exclamée.
– Tu trouves que ce n’est pas assez ?, s’est étonnée Emma.
– Non, c’est beaucoup trop ! Comment faire pour choisir ?
– C’est très simple. Tu donnes un chiffre au serveur, compris entre un et vingt-six !, m’a répondu Bibi.
– Je vais prendre la dernière, numéro vingt-six, ai-je fini par décider après de nombreuses tergiversations intérieures.
Quand le serveur est arrivé pour prendre la commande, j’ai changé d’avis à la dernière minute, je lui ai demandé des cheveux d’ange à la sauce napolitaine.
C’était délicieux.
L’exercice de décision le plus difficile s’est produit au Dollarama, dans la même journée, c’est-à-dire hier. J’étais avec Bibi. J’ai palpé tous les modèles de serviettes à mains avant de pouvoir en sélectionner un.
– Lequel tu prendrais ?, ai-je demandé à mon aînée.
– Bof, tu sais, à ce prix-là, les serviettes se valent toutes. Ne prends pas les trop épaisses, ça essuie mal.
Bibi s’est éloignée pour aller fouiner un peu plus loin dans l’allée, et constatant au bout d’un moment que je ne l’avais pas rejointe, elle est revenue sur ses pas. Elle m’a trouvée dans la plus profonde perplexité, le visage hyper sérieux. Elle s’est éclatée de rire.
– Allez !, prends n’importe lesquelles, m’a-t-elle encouragée.
– OK, j’y vais pour celles-ci, ai-je répondu, sélectionnant attentivement une famille de serviettes minces couvertes d’un motif imprimé. Le premier modèle qui me soit tombé dans l’œil lorsque nous nous sommes trouvées devant la section des serviettes, en fin de compte. Avoir choisi ce modèle sans hésiter, j’aurais sauvé plusieurs minutes de douloureuse réflexion.
– Regarde comme elles sont belles !, ai-je dit à Bibi comme si je venais d’acheter un article de grand intérêt et de qualité supérieure. Comme si je venais de réussir un exploit.

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