
Alternance de lignes gris pâle et gris foncé.
Quelques détails d’une insignifiance déconcertante. Une résidente du CHSLD porte une Pulsar très semblable à la mienne. Une résidente qui doit avoir 105 ans. Sa Pulsar est de même taille et de même forme, mais le cadran derrière les aiguilles est tout noir, alors que le mien est une alternance de lignes gris pâle et gris foncé. J’essaierai de prendre la montre de la résidente en photo, pour comparer.
J’étais hier en compagnie de papa, je lui annonçais que dans moins d’un mois il aura 88 ans bien sonnés.
– Le 28 septembre 2018, papa, tu auras 88 ans. Ça fait beaucoup de 8.
– Pour ta gouverne, m’a-t-il répondu, je n’ai encore que 87 ans.
– Exact, ai-je répondu, amusée par l’utilisation, encore et toujours, d’une des nombreuses expressions qu’il a dans son sac.
Surprise, en outre, qu’il soit capable de me dire son âge.
Ligulaires. Elles poussent au soleil, à la mi-ombre, à l’ombre. Je suis retournée voir le pépiniériste.
– Encore moi, lui ai-je dit en arrivant.
– Que puis-je faire aujourd’hui ?
– Je ne viens pas acheter, je viens m’informer.
– J’écoute.
– Tu m’as vendu des ligulaires pour ma zone d’ombre le long du garage, ai-je commencé, mais j’ai remarqué en sortant d’ici qu’il y a une grosse masse de ligulaires en plein soleil, alors je m’inquiète pour celles que j’ai plantées à l’ombre avec mon mari.
– Tu t’inquiètes pour rien, m’a-t-il répondu, la ligulaire est heureuse partout. Regarde.
Il a feuilleté un catalogue, a trouvé la page des ligulaires, et j’ai pu vérifier qu’effectivement, et de même certains hostas, elle est heureuse partout.
– Tu t’es fait couper les cheveux ?, a-t-il enchaîné sans transition, de sorte que j’ai tardé avant de répondre. Ça te va bien, a-t-il précisé.
– Ça fait un peu Fifi Brindacier, j’avoue.
– Ça te donne un style, a-t-il rétorqué. Ce ne serait peut-être pas idéal pour aller à un bal, mais j’imagine que tu ne t’en vas pas à un bal !, s’est-il exclamé, fier de sa tirade.
– Un bal, non, mais justement, dimanche, nous assistons à un mariage…
– Oh !, a-t-il exprimé.
Pour ne pas connaître la signification de ce Oh !, j’ai enchaîné à l’effet qu’on annonçait du beau temps dimanche.

Les ligulaires sont au menu d’aujourd’hui, pour poursuivre avec les plantes, mon nouveau terreau thématique. Malgré la chaleur suffocante, je suis allée en acheter dix pots cet après-midi à la pépinière du village. Je profite des soldes de fin de saison. Notre pépiniériste a toutefois la réputation de vendre cher, alors lorsqu’il dit qu’il me fait un prix d’ami, j’imagine que je paie le même prix qu’ailleurs. Mais je continue d’y aller parce qu’il m’enseigne plein de choses, parce que j’aime acheter local, et parce qu’il est situé à cinq minutes en voiture en roulant lentement.

J’ai refait le calcul ce matin en me levant et en parcourant toutes les pièces. Il y a quarante-sept plantes dans la maison. Elles ne sont pas aseptisées, harmonieusement placées et bien nettoyées comme sur la photo ci-dessus. Elles résident au contraire dans toutes sortes de pots tachés, dont plusieurs portent encore leur étiquette de prix et de code barres car ces maudites étiquettes ne sont pas faciles à décoller.