Jour 585

Parfois, et je dirais de plus en plus souvent en vieillissant, je me fais penser à papa. Patiente comme ça se peut pas. Trop minutieuse. Idéalistement persévérante. Ainsi, avant que je ne décide de tondre mon schefflora, j’ai passé une bonne heure à en nettoyer les feuilles, à l’endroit, à l’envers, à la naissance de la tige le long de la branche, envisageant de le nettoyer ainsi au grand complet jusqu’à ce qu’il soit débarrassé à 100% de ses bibittes. Cela aurait nécessité des heures de frottage, et sitôt une feuille nettoyée, l’autre à côté se serait infectée.
– Je ne suis quand même pas pour me lancer dans ce projet colossal ?, me suis-je demandé, tout en ne cessant pas de gratter délicatement à l’endroit des larves collantes.
– Ça ne peut pas être plus colossal que mon blogue, me suis-je répondu.
– Et je suis à la retraite, j’ai le temps, ai-je ajouté.
– C’est parce que je me confronte à des projets plus grands que nature que je n’ai pas une seconde à moi, ai-je renchéri.
– L’important, c’est de savoir si j’ai envie de décoller ces larves une à une, ai-je doctement formulé.
– C’est un peu comme lorsque j’avais débarrassé le cuir chevelu d’Emma de la colonie de poux qui s’y était développée. J’avoue que j’avais aimé ça, m’occuper d’elle pendant quatre heures de file, dans la cuisine du chalet de la Pointe-aux-Anglais, pendant qu’elle avait lu un roman d’un coup…
– Mais ici ce n’est pas pareil, me suis-je ravisée, ce n’est pas de ma fille dont il s’agit, mais d’une plante.
– Une sur quarante-sept, ai-je d’ailleurs précisé.
– Elle m’a quand même été donnée par ma cousine…, me suis-je dit en faisant ressortir mon côté sentimental.
– C’est vrai, mais plusieurs de mes plantes m’ont été données par des amis, des tantes, des collègues…, s’il fallait que je les bichonne toutes autant, je deviendrais folle !
– Qui a parlé de les bichonner toutes ?, me suis-je offusquée.
À cette étape d’une réflexion qui commençait à me donner mal à la tête, une feuille s’est détachée de la branche, une feuille que je venais de nettoyer avec la plus grande délicatesse.
Silence, dans ma tête.
Je me suis levée –parce que j’étais assise sur un banc– pour observer de plus près le travail qui m’attendait. J’ai soulevé une branche pour y découvrir un voile de larves. J’ai soulevé d’autres branches qui ne donnaient aucun signe de maladie. J’ai gratté vite fait une larve sur une feuille du dessus, j’ai testé s’il était aussi facile de gratter sur une feuille du dessous, près de la terre. J’ai constaté que ça ne l’était pas parce qu’il fallait que je me contorsionne et que j’ajuste mon regard en faisant converger mes yeux vers le même point minuscule…
– J’ai pas fini, ai-je avoué.
– On coupe ?, ai-je proposé.
– On coupe, bâtard !, ai-je acquiescé en allant chercher une petite cisaille.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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