Jour 570

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Spartan, Honeycrisp, Freedom, Liberty, Lobo, MacIntosh, Cortland…

Nous sommes allés cet après-midi cueillir des pommes et des poires à l’abbaye cistercienne de Rougemont. Une idée des Pattes. Tantine a dormi chez moi pour qu’on parte ensemble tôt ce matin. Nous avions rendez-vous chez Bibi. Il y a bien eu quelques incidents dans l’organisation de l’événement. Le plus gros incident a été l’oubli de la glacière, dans laquelle j’avais déposé une belle salade de haricots et de tomates, du fromage, des petits gâteaux Marianne. La glacière a passé la journée sur le comptoir de la cuisine mais miraculeusement, à mon arrivée ce soir, elle était encore fraîche, alors je l’ai rangée dans le frigo et je la mangerai demain.
Le trajet est assez long, presque deux heures, alors nous avons parlé de tout et de rien dans la voiture. Aux environs du nouveau pont Champlain en construction, nous étions en pleine discussion à propos des élections, de telle sorte que c’est seulement sur le chemin du retour, au même endroit, que nous avons réalisé à quel point il s’agit d’un méga projet.
– Pour qui vas-tu voter, les pattes ?, ai-je demandé.
– Pour Véronique Hivon, a-t-il répondu.
– Moi aussi, a dit Bibi. Et toi ?
– Bonne question. J’ai regardé le combat des chefs une dizaine de minutes. Tout le monde avait quelque chose de positif, ai-je commencé. Manon Massé était mieux coiffée que d’habitude et elle portait un pendentif, cela m’a plu. J’ai interprété qu’elle fait des efforts pour se rapprocher des électeurs, pour se montrer sous un jour plus séduisant afin qu’il soit plus naturel de créer un contact avec elle. Legault m’a plu aussi parce qu’il dégage une grande passion pour la politique, je trouve. Avec sa voix qui se perche dans les aigus. Il se voit peut-être aux commandes du Québec le 1er octobre et cela lui donne une énergie qui me plaît, il n’est pas arrogant, je trouve.
– Seigneur ! Est-ce qu’on a vu le même combat ?, s’est étonnée Bibi.
Je me suis interrompue ne sachant pas si les passagers voulaient que je continue à décliner mes sornettes.
– Et Lisée ?, m’a demandé les pattes.
– Il me semble qu’il était le mieux préparé, le plus articulé, le plus convaincant dans ses interventions, le plus facile à suivre, il allait au bout de ses idées, mais le parti passe son temps à se déchirer, ça ne m’intéresse pas ces chicanes incessantes, ces batailles de coqs.
– Vas-tu quand même voter pour le PQ ?, m’a demandé Bibi.
– Je ne sais pas… toutes ces promesses qu’ils émettent tous, ça n’a pas de sens.
– Et Couillard ?, m’a demandé les pattes.
– Il va gagner, c’est clair, ai-je répondu.
Un silence a suivi cette affirmation coup de poing.
– Vous ne trouvez pas que Manon était jolie ?, ai-je voulu vérifier.
Silence à nouveau.

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Jour 571

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Puma.

J’écrivais dans un texte récent –576– que je n’ai rien à raconter jamais, que je fais du surplace depuis bientôt huit ans autour de thèmes insignifiants. Que j’aime écrire, mais que je ne sais pas quoi écrire, et pour quelqu’un qui pense aimer écrire, c’est quand même surprenant que je n’aie pas su développer la capacité de créer une histoire, de mener un récit qui sache captiver les lecteurs. Etc. Je continue de penser que tout ça est vrai, sauf que.
Sauf qu’une annonce pourrait être faite ici qui me sort de mes plantes, de mes vêtements, de mes visites à mon père et à tantine, de ma routine tranquille : un communiqué spécial a été émis à la Manawan à l’effet qu’un cougar rôde à proximité du village, il a été vu dans le secteur boisé derrière la rue Irinatikw.
C’est quand même plus excitant que mes cochenilles farineuses !
Un cougar aux États-Unis, c’est un puma dans l’est du Canada, semble-t-il. Donc, un puma rôde dans le bois pas très loin d’où nous avons notre chalet.
Non seulement cela mais aussi : les empreintes géantes que nous avons vues, Denauzier et moi, dans le sentier de la sablière où nous marchons, pourraient-elles être celles d’un puma ?
Et encore ceci qui s’est déroulé le week-end dernier :
– Nous avons vu un cougar, nous a dit un ami.
Nous étions réunis à la table, six personnes au souper. La conversation allait dans tous les sens entre les convives, mais au mot « cougar » toutes les voix se sont tues.
– Impossible a répondu l’un. C’était un loup.
– J’en suis convaincu, a confirmé le premier. Nous l’avons vu de dos entrer dans le bois avec sa longue queue. Je suis encore capable de distinguer une queue de cougar d’une queue de loup !, a-t-il ajouté.
– J’imagine mal le cougar nous sauter dessus, ai-je dit, alors que je n’y connais rien. Dès qu’ils voient les humains, les animaux s’enfuient, c’est bien connu !
– Un cougar, chérie, a répliqué mon mari, c’est de la taille d’une grosse lionne. Avec le gros ours noir que nous avons aperçu au kilomètre 67, l’autre soir, ça commence à faire du monde à messe !
– Vous avez aperçu un ours ?, ont alors demandé les amis.
– Oui !, un gros ours, ai-je répondu. Il était dans le plein milieu de la route. Quand le camion s’en est approché, il a tourné la tête pour nous regarder avant de s’enfuir.
Il y a aussi les dindes sauvages effrontées qui se promènent sur notre terrain et qui viennent manger les raisins de la vigne sur la galerie avant, en faisant tomber mes plantes.
Et un nid de guêpes à proximité de notre chambre, à l’étage. Je ne peux pas ouvrir la porte du balcon sans qu’il y en ait une ou deux qui se faufilent à l’intérieur. Mon mari les poursuit avec la tapette à mouches !
Et un animal qui se promène depuis quelque temps entre les murs de la maison. Mon mari pense que ce pourrait être un écureuil, mais ça faisait tellement de bruit, la nuit dernière, qu’il s’est mis à penser que c’était un raton laveur !

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Jour 572

Les gens semblaient à l’aise mais je ne l’étais pas. J’avais peur qu’une mauvaise surprise, que personne d’autre que moi n’aurait vu arriver, ne vienne nous détruire. Je me sentais comme à la veille de la fin du monde, je l’observais qui se mettait en place, perplexe que personne ne s’en inquiète.
C’est un rêve qui se décline sur un thème autour duquel s’est construite ma vie : « tout le monde, sauf moi ». Pour cette raison, certes j’étais perplexe, mais pas tant que ça.
Nous étions dans une grande auberge. Les gens arrivaient à toute heure du jour et de la nuit. Une famille arrivait justement, en fin de soirée, des parents dans la cinquantaine et deux enfants dans la jeune dizaine. Sans nous saluer mais sans avoir l’air de nous ignorer non plus, ils se dirigeaient immédiatement au sous-sol. C’est grâce à eux, qui ouvraient une porte pour s’y rendre, que je découvrais qu’il y en avait un. Cela me rassurait, il y avait donc de la place en bas, et peut-être aussi des gens, que j’espérais gentils.
Je me trouvais à cet endroit au sein du clan familial de Denauzier. Les tout-petits notamment étaient avec nous. Comme mon rêve s’étalait sur une journée entière, je les voyais éveillés et en mouvement, endormis à la sieste, à nouveau éveillés qui jouaient, puis dans une pièce sombre, une espèce de dortoir pour la nuit. Je me rendais compte, en faisant le tour du dortoir, qu’un des enfants dormait déjà pendant que les trois autres s’amusaient en criant. Je leur disais de faire attention à celui qui dormait, de ne pas faire de bruit, autrement dit. À ma grande surprise, ils m’écoutaient et se taisaient sur-le-champ.
Rejoignant ensuite les adultes à un autre étage, je leur faisais part du plaisir que j’avais eu de voir les enfants m’obéir si facilement. C’était une manière d’exprimer quelque chose de positif qui allait peut-être me changer les idées. C’était aussi une manière de faire plaisir aux parents en leur exprimant que leurs enfants étaient obéissants, bien éduqués. Mais les mots sortaient drôlement de ma bouche et on comprenait mal où je voulais en venir, de telle sorte que personne ne réagissait. Voyant que je m’apprêtais à conclure un petit laïus auquel personne ne réagirait, j’essayais de le terminer au plus vite.
Il faisait sombre dans cette auberge, dehors c’était la nuit noire… j’allais et venais dans un univers que je décodais mal…
Je ne réussis pas à mettre le doigt sur le sentiment très désagréable qui m’a habitée pendant ce rêve et qui a continué de m’habiter toute la journée d’hier.

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Jour 573

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Criquet

Je ne suis pas prête à accueillir l’automne. Je vais devoir l’accueillir si je ne veux pas souffrir de mélancolie, mais disons que ça me tente moins que les autres années de quitter l’été. Plusieurs questions se bousculent dans ma tête à ce propos. Ai-je vécu un été à ce point merveilleux, sur le plan des événements qui s’y sont produits, qu’il me semble impossible d’en accepter la fin ? Est-ce que je conserve une saveur exquise de ces événements parce qu’ils se sont déroulés dans un climat caniculaire, un climat que j’aime, même si je sais qu’il est synonyme de dérèglement planétaire menaçant ? En fait, je n’aime pas la chaleur et l’humidité de la canicule tant que ça, mais j’aime la manière dont on vit quand il fait très chaud. J’aime que les ventilateurs tournent jour et nuit dans la maison, les ventilateurs au plafond. Que les fenêtres soient ouvertes et nous donnent l’impression, la nuit, de dormir dehors. J’aime mes vêtements d’été, même si je n’en ai pas porté les deux tiers car je porte toujours la même affaire. J’aime le chant des grillons, des criquets, des cigales, des sauterelles –en supposant que les sauterelles chantent ?
À ce sujet, il est frappant de constater qu’on n’entend absolument rien, la nuit, à la Manawan, alors que les insectes et les reinettes, pour ne nommer qu’elles, s’en donnent à cœur joie dans Lanaudière.
Quels auraient été ces événements merveilleux qui auraient enchanté mon été ? Y en a-t-il eu, ou est-ce affaire d’état d’être et d’esprit ?
Je dirais qu’ont été merveilleux tous les moments d’apparences ordinaire et moins ordinaire qui ont traversé mon été. Merveilleuses, surtout, les rencontres avec les amis, les voisins, ma fille, ma famille, ma belle-famille, avec des étrangers aussi, ceux qu’on croise et avec lesquels on pique une petite jasette. Il n’y a rien de surprenant et rien de nouveau dans ce que je viens d’écrire, en ce sens que quand on vieillit chaque seconde compte, chaque seconde en elle-même est un cadeau. C’est bien sûr déjà vrai quand on est jeune, mais ça l’est encore plus quand on vieillit. En outre, quand j’étais jeune, je n’étais pas vraiment outillée pour penser, ne serait-ce que penser, qu’il faut profiter de la vie.
Je vais changer de sujet car on dirait que je dresse un bilan pré-funéraire au crépuscule de ma vie.
Ce matin, j’ai fait comme mon voisin, celui qui m’a donné hier le laurier contaminé. Je suis allée m’asseoir dehors sur un petit banc, sur la galerie, à l’abri de la pluie, et j’ai poursuivi mon activité de dépouillage de larves. J’aime beaucoup l’odeur de mon savon noir à l’huile d’olive, mais on dirait qu’il attire les guêpes, il y en a même une qui est venue se poser sur le verre gauche de mes lunettes.

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Jour 574

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Communément appelé laurier sauce, il est le seul comestible de toutes les variétés de laurier. Celui qui m’a été donné aujourd’hui est quand même en moins bon état.

Coup de théâtre : les coccinelles sont arrivées, qui envahissent nos maisons à l’approche du froid, mais qui ne sont pas encore dans nos maisons parce qu’il fait encore assez chaud dehors. Les coccinelles sont arrivées et que font-elles ? Elles mangent les cochenilles farineuses ! Ah bien bâtard ! Je vais les laisser en manger en masse, mais je vais aussi, quand même, procéder au traitement choc, celui pour lequel j’ai acheté du savon liquide noir. En fait, à l’heure où j’écris ces lignes, j’ai déjà vaporisé le traitement sur toutes les plantes que je possède. J’ai fait ça dehors, sur la galerie avant. Et je vais le faire les trois prochains jours.
Ce matin, mon voisin m’appelle. Il me propose de me donner la moitié de son laurier.
– Ça va te faire économiser, a-t-il dit, tu n’auras plus besoin d’acheter des feuilles de laurier au IGA ! Tu en coupes une feuille ou deux quand tu fais tes rôtis, et la saveur est décuplée par rapport aux feuilles achetées.
– D’accord, ai-je répondu, je suis preneuse.
J’aurais dû répondre non, puisque j’ai déjà trop de plantes, mais j’aime mon voisin et l’idée d’aller chez lui couper la plante et rempoter chacun la nôtre me plaisait. J’y suis allée à deux heures cet après-midi, la bedaine encore pleine de tomates cerises que ma sœur m’a données et qui ont constitué notre dîner. J’ai monté à pied la côte qui mène chez lui en essayant de ne pas ralentir. Je suis arrivée pas trop essoufflée finalement. Il était déjà dehors, en train de sortir le laurier de son pot. Je me suis assise à proximité du pot pour regrouper les branches de mes deux mains afin que l’opération soit plus facile pour mon ami voisin. Ainsi accroupie, qu’ai-je aperçu, le nez dans les branches ? Des cochenilles en quantité industrielle !
J’ai lu un article à propos des cochenilles. Il suffit qu’on en laisse une sur une plante pour qu’elle soit à l’origine d’une infestation complète dans une maison. Alors l’histoire du savon liquide noir, mélangé à de l’alcool et à de l’huile dans un litre d’eau, c’est peut-être efficace, mais, comme l’aurait dit mon père, il faut savoir en prendre et en laisser. Enfin… les prendre et ne pas en laisser. Je vais d’abord traiter mes plantes avant de les rentrer, et une fois rentrées je vais les surveiller. C’est ce que je peux faire de mieux.
Je dois avouer que j’aime ça, gratter la feuille pour en retirer les larves agglutinées. Mon voisin aime moins ça.
– Je vais les enlever progressivement en prenant mon café le matin, a-t-il décidé au bout d’un moment.
– Je vais en enlever encore, une fois rendue à la maison, me suis-je dit pour ma part, et c’est ce que j’ai fait.

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Jour 575

savLiqNoirJe vais bientôt rentrer mes plantes car les températures avoisinent 0°C la nuit. Je vais leur faire vivre un traitement choc avant de les rentrer, compte tenu de la cochenille farineuse qui les a contaminées presque toutes. Dans un litre d’eau, ai-je lu sur Internet, on mélange une cuillerée à café d’huile, une d’alcool, une de savon liquide noir. On vaporise les plantes quatre jours de suite.
– Avez-vous du savon liquide noir ?, ai-je demandé au pépiniériste, celui qui m’a dit que mes cheveux ressemblaient à ceux de Fifi Brindacier.
Je pensais que le pépiniériste était susceptible de vendre ce produit dans la section des insecticides bio, non nuisibles pour la planète et pour les humains qui vivent dessus.
– Tu vas trouver ça à la Coop, à Joliette, m’a-t-il répondu sans hésiter.
– Avez-vous du savon liquide noir ?, ai-je demandé au vendeur à la Coop, à Joliette.
– Tu vas trouver ça au magasin Sany, le spécialiste des produits nettoyants, à côté du restaurant Cora, m’a répondu le vendeur.
– Donc je continue jusqu’à la rue St-Charles et je suis rendue ?, ai-je voulu m’assurer.
– En plein ça, a-t-il répondu.
– Avez-vous du savon liquide noir, ai-je demandé au vendeur du magasin Sany, en ayant la conviction qu’il n’en avait pas et effectivement il n’en avait pas.
– Je te dirais d’essayer à l’Arc en Vrac, sur Manseau, m’a répondu le vendeur.
J’entre à l’Arc en Vrac, c’est un magasin où j’aime fouiner, à cause de l’odeur propre aux magasins d’alimentation naturelle, une odeur d’encens mélangée à des odeurs d’huiles essentielles. J’ai fini par demander à la vendeuse, cette fois c’était une femme derrière le comptoir, si elle avait ledit savon.
– Nous venons d’en recevoir !, s’est-elle exclamée, il suffit de le trouver dans les boîtes qui viennent d’être livrées.
Le savon se trouvait dans la première boîte ouverte par la vendeuse. Il se vend quand même assez cher, autour de 25$, mais comme il est très concentré, il peut durer longtemps.

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Jour 576

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Compte à rebours

C’est toujours avec enthousiasme que je me rends à mon bureau, lorsque nous sommes à la maison –car en ce moment nous sommes au chalet pour le week-end. Je m’assois devant mon ordinateur, je prends ma souris –car j’utilise encore une souris– et je clique sur l’application WordPress pour écrire un texte que je verserai sur mon blogue. À travers ça, je vérifie si j’ai reçu des courriels et je lis vite fait les gros titres du journal Le Monde.
Ces derniers temps cependant, une fois cela fait, m’être assise, avoir pris la souris et cliqué sur l’icône W, je suis freinée dans mon élan par le constat que je n’ai rien à écrire.
– Ah oui, me dis-je une fois assise, il faut maintenant que je trouve quelque chose à écrire. Mince !
Cela gâche tout car je sais que je n’ai rien à raconter. J’ai beau me créer des thèmes pour des séries de trente textes, sur les vêtements puis sur les bijoux, j’ai beau décrire mes démarches lorsque je peins une toile, décrire d’autres sortes de projets artistiques –que je n’ai jamais réalisés–, j’ai beau raconter mes rêves à l’occasion, il n’en demeure pas moins que, fondamentalement, je n’ai rien à écrire. Ce constat est plus prégnant au fur et à mesure que mon compte à rebours se rapproche de l’échéance finale, le texte du Jour 1. Bien des textes nous en séparent encore, cela dit.
J’aurai bientôt soixante ans, je n’ai rien à raconter, moi qui croyais le contraire jusqu’à tout récemment. Qu’est-ce qui fait que je comprends enfin, que je comprends seulement maintenant, que je n’ai rien à raconter ? Qu’est-ce qui explique que j’aie pu penser avoir quelque chose à raconter ? Et si mon blogue n’avait été, ces sept dernières années, qu’une bouée de sauvetage, comme peut être bouée de sauvetage, quand on est au plus mal, la prochaine séance chez le psychologue, séance elle aussi soumise au phénomène du compte à rebours : encore trois jours, ouf maintenant deux, YES ce sera demain, etc. Est-ce que j’avais besoin de me prendre pour une écrivaine pour m’adonner à l’écriture de mes riens du tout ? Est-ce qu’il était nécessaire que je me perçoive comme étant intéressante pour donner naissance à mes lignes insignifiantes ?
J’aurai bientôt soixante ans et je suis encore habitée par le besoin je dirais viscéral de me sentir unique, différente, semblable à nulle autre. En même temps, chaque individu est unique. La question devient donc la suivante : est-ce que chaque individu porte en lui le besoin de se sentir unique à ce point-là, à ce point-là qui est le mien ?

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