Jour 573

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Criquet

Je ne suis pas prête à accueillir l’automne. Je vais devoir l’accueillir si je ne veux pas souffrir de mélancolie, mais disons que ça me tente moins que les autres années de quitter l’été. Plusieurs questions se bousculent dans ma tête à ce propos. Ai-je vécu un été à ce point merveilleux, sur le plan des événements qui s’y sont produits, qu’il me semble impossible d’en accepter la fin ? Est-ce que je conserve une saveur exquise de ces événements parce qu’ils se sont déroulés dans un climat caniculaire, un climat que j’aime, même si je sais qu’il est synonyme de dérèglement planétaire menaçant ? En fait, je n’aime pas la chaleur et l’humidité de la canicule tant que ça, mais j’aime la manière dont on vit quand il fait très chaud. J’aime que les ventilateurs tournent jour et nuit dans la maison, les ventilateurs au plafond. Que les fenêtres soient ouvertes et nous donnent l’impression, la nuit, de dormir dehors. J’aime mes vêtements d’été, même si je n’en ai pas porté les deux tiers car je porte toujours la même affaire. J’aime le chant des grillons, des criquets, des cigales, des sauterelles –en supposant que les sauterelles chantent ?
À ce sujet, il est frappant de constater qu’on n’entend absolument rien, la nuit, à la Manawan, alors que les insectes et les reinettes, pour ne nommer qu’elles, s’en donnent à cœur joie dans Lanaudière.
Quels auraient été ces événements merveilleux qui auraient enchanté mon été ? Y en a-t-il eu, ou est-ce affaire d’état d’être et d’esprit ?
Je dirais qu’ont été merveilleux tous les moments d’apparences ordinaire et moins ordinaire qui ont traversé mon été. Merveilleuses, surtout, les rencontres avec les amis, les voisins, ma fille, ma famille, ma belle-famille, avec des étrangers aussi, ceux qu’on croise et avec lesquels on pique une petite jasette. Il n’y a rien de surprenant et rien de nouveau dans ce que je viens d’écrire, en ce sens que quand on vieillit chaque seconde compte, chaque seconde en elle-même est un cadeau. C’est bien sûr déjà vrai quand on est jeune, mais ça l’est encore plus quand on vieillit. En outre, quand j’étais jeune, je n’étais pas vraiment outillée pour penser, ne serait-ce que penser, qu’il faut profiter de la vie.
Je vais changer de sujet car on dirait que je dresse un bilan pré-funéraire au crépuscule de ma vie.
Ce matin, j’ai fait comme mon voisin, celui qui m’a donné hier le laurier contaminé. Je suis allée m’asseoir dehors sur un petit banc, sur la galerie, à l’abri de la pluie, et j’ai poursuivi mon activité de dépouillage de larves. J’aime beaucoup l’odeur de mon savon noir à l’huile d’olive, mais on dirait qu’il attire les guêpes, il y en a même une qui est venue se poser sur le verre gauche de mes lunettes.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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