Jour 441

natureMorteHiver

Échantillons de pièces précieuses au lac Miroir.

Je vais partir ce matin pour Montréal où je passerai trois jours.
Tadam ! Me voilà arrivée !
Autrement dit, j’ai écrit ma première phrase ce matin à la maison, puis je me suis rendu compte que je ne me sentais pas d’attaque pour me lancer dans le dernier texte de ma huitième année d’écriture, alors j’ai fermé ma machine, je l’ai mise dans mes bagages, et en sautant quelques étapes –habillement, crème solaire et tout le tralala– je suis partie en voiture, direction la grande ville. J’ai fait quelques arrêts en cours de trajet. D’abord pour acheter de l’essence, à Notre-Dame-de-Lourdes. Ensuite pour faire encadrer ma chaussure-mocassin au magasin Cadrimage à Joliette. J’ai choisi le cadre le moins cher.
– Il est d’une drôle de couleur, vous ne trouvez pas ?, ai-je demandé à l’encadreur, un monsieur d’un certain âge qui m’appelle par mon prénom parce que je suis devenue avec les années une excellente cliente.
– Il est de couleur prune, m’a-t-il répondu. C’est parfait pour rappeler la couleur de vos petites masses, ici, et là…
Ce fut suffisant pour me convaincre de ne pas investir davantage.
Je suis aussi arrêtée à la station de filtration prendre de l’eau « du parc », comme on dit à Joliette, à savoir de l’eau qui goûte semble-t-il le fluor et qui sent les « oeufs pourris », que personne n’aime sauf les Joliettains. Mon mari, par exemple, originaire de l’Abitibi, n’aime pas cette eau. Et Emmanuelle, montréalaise, non plus. J’en ai rempli deux bouteilles de verre, achetées au IGA de St-Charles-Borromée. Les bouteilles, de la marque Acqua Panna, proviennent de l’Italie, la Toscane plus précisément.
Je ne voulais pas conduire ma voiture avec mes bottes aux pieds, alors j’ai mis mes richelieu, mais par prudence j’ai apporté mes bottes dans un sac, et j’ai mis une bouteille toscane dans chaque botte. Je me suis trouvé astucieuse. De là, direction Montréal.
Comme nous avons passé le week-end dans la splendeur immaculée de la neige et dans le calme total du bois au lac Miroir, je me sentais paresseuse ce matin, car c’est toujours un peu fatigant ces va-et-vient. Et comme mon déplacement à Montréal est causé par le besoin de faire du ménage et de menus travaux, et comme Bibi n’était pas disponible pour m’accompagner et surtout m’aider, il a fallu que je me secoue les plumes pour me mettre en mouvement. Au moment où j’écris ces lignes, la pâte de plâtre est en train de sécher. Il devait bien y avoir une trentaine de trous de clous sur le mur que je repeins. Je vais sabler ces plaques de plâtre après avoir écrit mon texte, et me lancer dans la peinture avant le retour de chouchou pour qu’elle ait l’impression, me voyant juchée sur l’escabeau quand elle va arriver, que j’ai beaucoup travaillé.
Demain, je voudrais nettoyer l’escalier intérieur, le bel escalier de chêne que j’ai fait faire il y a quelques années.
Jeudi, je vais épousseter et passer l’aspirateur.
Vendredi, nous repartons au chalet. De retour dimanche. Lundi, nous partons Bibi et moi faire des arts plastiques chez une amie à Laval. Mardi et mercredi seront réservés au repos et excluront les déplacements en voiture. Jeudi nous participons, une gang, à une cabane à sucre. Vendredi rien. Samedi 6 avril j’aurai soixante ans.

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Jour 442

sensodyne

Je ne sais pas si Maxim Vengerov perçoit son tube de pâte dentifrice comme un objet de réconfort quand il anticipe une difficulté.

J’ai tendance à me réfugier dans de petites choses de rien du tout quand je ne vais pas bien. Avant de quitter la maison pour me rendre chez tantine, je me suis adonnée à mon nouveau rituel crémeux, mais avant, je me suis brossé les dents. C’est cohérent. Je me brosse les dents, je me rince la bouche avec de l’eau, je me crème, je mets du rouge à lèvre, je pars. Ce matin-là, le tube de Sensodyne était sur le point de rendre l’âme. J’ai eu de la difficulté à en extraire la quantité requise d’un petit pois et à la déposer sur les poils de ma brosse ronde –c’est une brosse à dents électrique. J’ai eu besoin de mes deux mains pour extraire le petit pois, m’obligeant à une gymnastique manuelle pour, à la fois appuyer sur le tube, et à la fois maintenir en place la brosse à dents sur le comptoir. Étant donné, en effet, que le manche de la brosse n’est pas mince et plat, mais gros et arrondi, il tourne de lui-même sur le côté quand je le dépose sur le comptoir. Ça veut dire que la brosse tourne aussi sur le côté, droit ou gauche peu importe, il suffit de retenir que cela me complique la vie pour déposer le petit pois sur les poils.
Parce que je ne me sentais pas bien, que la somme des petits gestes que j’allais devoir poser tout au long de la journée m’apparaissait grosse comme une montagne d’autant que j’avais mal partout, j’ai eu subitement très très hâte, me voyant me battre avec le tube, d’être de retour à la maison pour m’occuper de le vider de sa peut-être dernière quantité et ensuite le jeter. J’avais besoin de m’inventer cette forme d’anticipation de plaisir pour m’aider à traverser ma journée. Je me voyais déplier le tube, car il était plié et retenu dans ses pliures par un pince-notes, constater qu’il était vide et le jeter. Incroyable mais vrai, ce geste de détachement, qui représente un produit de moins dans mon large éventail, me faisait du bien. Pourtant, et paradoxalement, j’adore ma collection. Sans rien y connaître mais juste comme ça, intuitivement, je me dis qu’il y a une tendance schizophrène dans le fonctionnement de mon univers mental. Mais on peut retenir aussi que ça ne me prend pas grand-chose pour me réconforter.
Bien entendu, quand j’arrive le soir, après avoir passé ma journée sans trop d’épuisement, finalement, je me fiche pas mal du Sensodyne. Ma première pensée va à mon mari, que je viens embrasser, puis à mes médicaments, que je m’empresse d’avaler de peur de les oublier. Souvent, mon mari étant déjà installé sur le canapé, c’est le lieu de campement permanent de son quartier général, je m’assieds à ses côtés et je relaxe. Je lui raconte mes minuscules péripéties, il me raconte les siennes –qui ont plus de corps que les miennes. En fin de soirée, arrivé le moment de me brosser les dents, je constate que mon tube de dentifrice tire à sa fin, je n’ai aucune envie de me battre avec. Je le lance dans la poubelle et j’utilise sans état d’âme l’autre tube qui attend son tour, un dentifrice au fenouil de la marque Desert Essence, made in the U.S.A.

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Jour 443

Chaussure

Acrylique, crayons gel, vernis à ongles, papier 24"X18" sur fond de tapis gris foncé !

Hier je n’étais pas en forme. J’ai fait ce que j’avais à faire, mon double bénévolat, auprès de tantine en après-midi et de papa au souper, en me bottant le derrière pour avancer. Tantine était pas mal en forme, cela m’a fait plaisir. Plus elle est en forme et plus j’ai tendance à la taquiner. Ce fut un bel après-midi. Dans la chambre de papa, ce fut agréable aussi, ou disons facile, parce que j’étais assise et que je n’avais pas besoin de bouger !
J’avais vaguement mal à la tête, pas d’appétit, des douleurs diffuses un peu partout dans le corps comme lorsqu’on couve une grippe. C’est comme ça que je me sens quand je suis soit fatiguée, soit incommodée par une mini contrariété de santé non diagnostiquée.
Si ces inconforts se mettent à aller croissant, au fur et à mesure de mon vieillissement, parce qu’on dirait que c’est un peu ça qui se produit, je serai de plus en plus à même de comprendre un ami de Thrissa qui disait, à 93 ans : My body is killing me.
Il m’est arrivé souvent au fil des années d’aller travailler dans cet état comateux. Je me rappelle qu’une fois ainsi dérinchée (ou déwrenchée m’informe Wiki), il avait fallu que j’honore un dîner professionnel avec un collègue. Nous étions allés dans un restaurant asiatique où il avait ses habitudes. Parler, quand je suis dans cet état, requiert des efforts. Or, avec ce collègue bavard, je n’avais pas même eu d’espace pour placer trois mots, alors le dîner s’était avéré moins exigeant que je l’avais craint. Ce même collègue, des années plus tard, est venu me faire signe pour que je change de poste et me rende travailler dans son équipe. Il avait suffi d’une entrevue gagnée d’avance auprès de la conseillère des RH pour boucler l’affaire. C’est probablement mon grand sens de l’écoute –au restaurant asiatique– qui l’avait convaincu de me recruter !

gilet-long-femme-bio-hiver

Ça ressemble un peu à la veste que je portais, qui était brune toutefois, et d’égale longueur à l’avant comme à l’arrière.

Cette fois-là du dîner au restaurant au cours duquel je n’avais rien avalé, je portais une veste dont je cherche le nom, en arrière-plan dans ma tête, depuis que j’ai commencé ce texte. Il s’agit d’une veste de laine couvrante jusqu’à la mi-cuisse, sans attache d’aucune sorte, exit bouton et boutonnière, qu’on porte habituellement ouverte et tombante sur sa tenue. La veste n’a pas de col en tant que tel, mais elle est dotée d’un étroit panneau de la même laine replié sur le devant. Voir la photo ci-contre, en fin de compte ! Chez Simons on l’appelle la veste cardigan minimaliste, et ailleurs le long gilet pour femme… Je pensais qu’on pouvait aussi parler de veste chasuble, mais je suis dans les patates.
Je portais cette veste à ma manière, soit directement sur la peau, les panneaux croisés l’un sur l’autre et maintenus en place au moyen d’une large ceinture élastique à grosse boucle à l’avant. Mais, aussi, et c’est ce dont je me souviens le plus, je portais cette veste sur des collants opaques de couleur fuchsia… D’où il ressort que mon collègue universitaire ne se laissait pas déstabiliser par les tenues baroques de ses futures recrues !
Je pensais décrire dans ce texte l’état de bien-être qui s’est installé dans ma personne lorsque je me suis lancée dans le zen coloriage de mes petites masses, jusqu’à presque minuit, qui entourent la chaussure ci-dessus. Ce sera pour une autre fois.
J’adore le vif et joyeux résultat.

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Jour 444

AfriqueAustrale

Au Mozambique. Photo provenant du site Slate Afrique le 19 mars 2019.

La prochaine fois que je me rends à Montréal, je m’achète une carte plastifiée du continent de l’Afrique au magasin des Quatre points cardinaux, angle Ontario et St-Hubert. Ça fait des années que j’y pense. Lors de mon récent séjour, d’ailleurs, j’y ai encore pensé, mais je me suis empêchée de le faire parce que j’ai beaucoup dépensé en mangeant presque tous mes repas dans les restaurants. Pour ma soixantaine, c’est décidé, je m’offre ce luxe qui me coûtera autour de 30$.
Je vais devoir épingler la carte, qui fait près d’un mètre carré, sur un des murs de mon bureau. Curieusement, ce dernier est l’endroit de la maison où il y a le moins de choses aux murs –toiles, photos, tableaux–, parce que mon frère les Pattes les a repeints. Ils sont tellement beaux que je ne désire pas les percer de trous de punaises ou de clous, et encore moins les tacher avec de la gommette bleue. J’évolue dans un bureau aux murs vierges et aux allures de forêt vierge à cause des vingt-sept plantes qui s’y trouvent !
Une forêt vierge, à bien y penser, ça ne doit plus exister sur la planète.
Si j’avais la carte en ma possession, je pourrais la consulter pour savoir où a eu lieu le cyclone Idai qui a ravagé le centre du Mozambique et l’est du Zimbabwe. Je lis sur Slate Afrique que la deuxième ville en importance du Mozambique, Beira, a été détruite à 90%. Des gens se sont réfugiés dans les hauteurs des arbres, où ils doivent se méfier des animaux, des serpents, des insectes. Des corps flottent sur les eaux qui couvrent une surface d’un rayon de 100 km. Terres et villages sont inondés; routes, ponts, hôpitaux, écoles, réseaux de communications sont détruits. Lu dans un article de La Presse : « …les tôles en s’envolant ont décapité des gens. » Les barrages risquent en outre de céder, ou s’ils ne cèdent pas, c’est que les vannes auront été ouvertes pour éviter qu’ils cèdent, inondant ainsi encore plus les terres submergées.
La misère noire –pendant que je m’extasie devant mes tubes de crème ! Une manifestation supplémentaire des changements climatiques –pendant qu’on continue de discourir quant à savoir s’ils existent bel et bien !
Cette tragédie me fait penser à ma voisine de train, lors de mon séjour à Toronto l’automne dernier. Je pense que je venais de voir le film de Hubert Reeves, La terre vue du cœur. J’avais la tête encore pleine d’images associées au thème de l’extinction de l’espèce humaine. Probablement que c’est moi qui avais introduit ce sujet dans notre conversation. Selon ma voisine, une catholique pratiquante, pour solutionner le problème du surpeuplement planétaire, le problème encore de l’exploitation excessive des ressources, pour créer un bon nettoyage, pour rebâtir sur des bases nouvelles, elle évoquait la possibilité d’une « grosse épidémie ».
Une grosse épidémie dans les récits bibliques, ou un gros cyclone de nos jours, c’est pas mal pareil. Mais les bienfaits se font toujours attendre.

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Jour 445

nuxeJe vais entrer dans la soixantaine avec une frange et les cheveux teints en blond cendré. Depuis que j’utilise le shampooing « bleu » que m’a vendu ma coiffeuse, mes cheveux restent blond cendré au fil des lavages. Ils ne tirent plus sur le jaune. Oscarine, sexagénaire également, est plus pragmatique. Elle a cessé récemment de se teindre les cheveux. Dans quelques mois ils seront tout gris. Ma tante de 86 ans, celle qui a sur le nez des bobos comme ceux que j’ai fait brûler, les teint encore, de couleur noisette. Elle les porte courts et cela lui va très bien. La mère de Denauzier a les cheveux au naturel, très blancs, cela lui va à merveille. Elle semble ainsi plus jeune, je trouve, que sur les photos où elle apparaît les cheveux teints et permanentés.
La frange me donne un air taquin, pour aller avec l’enthousiasme enfantin qui m’habite depuis toujours, quoique s’étant tenu tapi dans ma personne pendant les périodes de ma vie qui furent difficiles.
Pour qu’elle ne pousse pas jusqu’à toucher mes cils, cela me rendrait folle, je la fais couper à chaque mois, ou alors aux cinq semaines, maximum.
– Pourquoi vas-tu chez la coiffeuse ?, s’est étonné mon mari alors que je m’apprêtais à me rendre la voir.
– Cette fois-ci c’est pour une coupe seulement, le mois prochain ce sera la teinture. Et ainsi de suite.
– À tous les mois ?
– À tous les mois.
Je le comprends d’être surpris, car c’est relativement nouveau que je prenne le temps de soigner mon apparence capillaire. Peut-être qu’en ma qualité de néophyte, j’exagère un peu quant à la fréquence :
– Tes cheveux sont superbes !, s’est exclamée ma coiffeuse quand elle m’a vu arriver. As-tu devancé ton rendez-vous ?
Elle les a coupés pareil, bien entendu, et les a ensuite lissés au fer plat.
Quand j’arrive à la maison, n’aimant pas l’effet fer plat, je me dirige vers mon flacon d’huile Nuxe « prodigieuse avec particules d’or ». Ces dernières rendent difficile l’écoulement de l’huile, le goulot semble trop étroit, alors je secoue le flacon de façon vigoureuse pour en faire sortir les gouttes qui s’accumulent dans le creux de ma main. J’en répands ensuite partout sur ma tignasse, en insistant aux extrémités des cheveux et à la frange. Je ne les replace surtout pas, ni les brosse. J’obtiens un effet « sauvage », comme le dit ma coiffeuse.
Mon flacon d’huile prodigieuse est déposé en permanence sur l’espace étroit qui sépare l’évier du mur de la salle de bain, là où est situé le comptoir. Cet espace est large de deux pouces. Depuis peu, j’y range ma collection de produits. Ça veut dire que derrière les robinets de l’évier, en fin de compte, s’alignent mes nouvelles crèmes solaires, mes deux flacons de soin pour le visage qui proviennent de ma belle-fille, un tube de crème teintée que m’a donné Oscarine, un tube de fond de teint que je devrais peut-être me résoudre à jeter parce qu’il est vieux comme la lune, etc. J’entre dans la salle de bain et d’un seul coup d’œil je reconnais les adjuvants nécessaires à l’entretien de ma beauté. Je souris au miroir qui nous accueille quand on entre dans la pièce, tant est puérile ma relation avec mes crèmes et mes onguents.
Cet après-midi, j’ai rencontré un ami en faisant une promenade dans les environs.
– Qu’est-ce que tu as sur le visage ?, m’a-t-il demandé. Tu es anormalement blanche.
– C’est de la crème solaire, ai-je répondu.
Je m’apprêtais à lui expliquer avec probablement force détails que je maîtrisais mal l’utilisation de mes nouveaux joujoux, mais j’ai été interrompue par sa remarque :
– Avec tous les produits chimiques que contiennent les crèmes, je ne peux pas croire que les gens s’en mettent sur la peau ! Elles sont bien plus nocives que le soleil.
– Je dois avouer que c’est agréable à utiliser, ai-je répondu en assumant mes investissements –chaque tube coûte quand même assez cher–, et mes enfantillages.

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Jour 446

3ans4mois

L’enfance comme un bouclier contre l’adversité.

Je pourrais profiter des quelques textes qu’il me reste à écrire avant d’atteindre le Jour 440, qui sonnera la fin de ma huitième année d’écriture et le début de la neuvième, pour faire le point sur ma vie, à la veille de mon entrée, le 6 avril prochain, dans la soixantaine.
D’entrée de jeu, j’annonce que je connais mieux qu’avant le phénomène des cochenilles farineuses ! Les maudites ! C’est la première pensée qui me vient parce que je suis entourée de plantes dans mon bureau. Quand j’en ai vu apparaître cet hiver sur les feuilles de mon poinsettia et sur mon dragonnier, j’ai coupé les branches du poinsettia, rien de moins. Pour ce qui est du dragonnier, je l’ai mis en quarantaine dans l’espace restreint de la douche du rez-de-chaussée.
Cela a beaucoup intrigué la petite, qu’il y ait une plante dans la douche ! À chacune de nos visites dans la salle de bain, où je devais l’accompagner pour installer le siège d’appoint sur le siège de la cuvette, elle me demandait si c’était parce qu’il y avait des bibittes que la plante était ainsi placée derrière la porte vitrée. Je répondais que oui, la plante était malade parce qu’il y avait des bibittes sur les feuilles. Parfois je variais un peu ma réponse, pour la familiariser avec de nouveaux mots : la plante a reçu un traitement, j’ai désinfecté les feuilles et la tige, j’ai vaporisé les œufs d’insectes avec un produit, je lui montrais alors la bouteille à vaporiser qui contenait le produit, etc. Les œufs d’insectes, j’avoue que c’est difficile à imaginer, d’autant qu’elle ne dit pas des œufs, quand elle veut en manger, mais des cocos ! Bof. L’important, ai-je déjà lu, du temps qu’Emma était jeune, est d’exposer l’enfant à un éventail de nouveautés, quitte à ce que cela s’avère un peu complexe au début. C’est ce qui fait que lorsque Emma était petite, peut-être deux ans, je lui disais de bien tenir le drap par l’extrémité, lorsqu’elle m’aidait à faire le lit.
À ma connaissance je ne suis pas malade. Et ce matin j’ai fait des exercices sur mon tapis de yoga. Il suffirait d’un peu de volonté et j’en ferais régulièrement.
Cette dernière phrase témoigne à elle seule du grand progrès qui s’est mis en place, mine de rien, dans mon schème de pensée : je n’ai plus tendance à penser que les événements arrivent comme par magie –à ceux qui les méritent–, je suis davantage consciente qu’il faut agir pour les susciter.
Je n’aurai pas écrit grand-chose d’intéressant ces huit dernières années sur mon blogue, je ne sais toujours pas à quoi m’aura servi cette pratique régulière d’écriture, sinon à me maintenir la tête hors de l’eau lors d’épisodes difficiles ou, au mieux, à me permettre de me sentir vivante. Peut-être, encore l’orgueil, mon blogue m’aura-t-il servi à me distinguer des autres, à entretenir, comme une réminiscence, une flamme très très vacillante, toute petite, qui témoigne que je suis titulaire, difficile à croire mais vrai, d’un diplôme d’études de troisième cycle en littérature française.
Sur le plan de mes peintures, je me sens quand même moins néophyte qu’il y a treize ans, lorsque j’ai commencé mon certificat en arts plastiques à l’UQÀM en 2006.
Dans son ensemble, et comme l’exprime très justement le paragraphe qui a trait à mon blogue, je continue de me juger sévèrement, de me trouver assez peu de talent en toute chose. Un élément cependant s’avère présent dans ma personne auquel je suis plus attachée qu’autrefois, parce que j’ai pris conscience, au fil du temps, à quel point il est précieux : il s’agit de mon indéfectible enthousiasme enfantin. L’enfance comme un bouclier contre l’adversité.

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Jour 447

rédermic

Se décline en plusieurs versions : pour les yeux, pour le visage; teintée ou pas teintée; avec ou sans rétinol; avec protection solaire.

Si le TNM fut instructif, les autres événements de mon séjour à Montréal furent avant tout liés au plaisir de retrouver mes amies –et d’être instruite des nouveautés qui sont survenues dans leur vie. C’est une autre forme d’instruction qui élève peut-être moins mon esprit qu’une pièce de théâtre, mais qui nourrit mon cœur. Je ne sais pas si elle fait de même avec ses autres amies, mais Oscarine, en ce qui me concerne, est la seule copine avec laquelle je me plais à autant parler crèmes et maquillages. Il faut dire que nous avons toutes les deux souffert –c’est un bien grand mot– d’acné étant jeunes. Je n’étais plus si jeune, d’ailleurs, quand j’ai suivi le traitement à l’Accutane pour régler mon problème de bourgeonnement une fois pour toutes, j’avais 32 ans. Il faut dire aussi que je n’ai jamais vu Oscarine pas maquillée. Elle a été plus assidue que moi sur le plan de la protection, d’où il ressort que sa peau est moins tachée que la mienne et que ses mains sont parfaitement blanches, comme celles de mon esthéticienne, ou de chouchou, parce qu’elle n’a que 22 ans.
C’est un luxe de pouvoir parler, l’esprit tranquille, de ces futilités, quand l’environnement autour de nous se détraque de plus en plus. Si le mouvement du monde devait se dérégler et m’affecter dans mon quotidien, parce que jusqu’à maintenant je ne suis pas affectée, est-ce que j’aurais l’esprit assez tranquille pour continuer de parler des bienfaits de la crème Redermic avec mon amie ? Ou alors, est-ce que je ne vivrais pas comme un besoin viscéral le placotage autour des crèmes, pour oublier les rudesses que me fait subir la planète ? Ou encore, advenant une impossible circulation des « produits de beauté », parce que les transports aérien et routier seraient dorénavant réservés aux seuls biens de première nécessité, pour éviter d’atteindre un niveau mortel de pollution de l’air, admettons, est-ce que parler de La Roche-Posay ne constituerait pas un baume qui me plongerait dans le passé, quand il était encore possible de se procurer des crèmes en se rendant tout simplement à la pharmacie et en choisissant un flacon sur la tablette, parmi des centaines d’autres ? Bonnes questions.
Toujours avec Oscarine, je me suis acheté une jupe dans une friperie. Je l’ai essayée par-dessus mon pantalon, m’évitant ainsi de me rendre dans la mini cabine d’essayage. Puis j’ai pris la peine de l’essayer dans ladite mini cabine. Il m’a semblé qu’elle me faisait parfaitement, ni trop grande ni trop serrée. Arrivée à la maison, je l’ai réessayée pour constater qu’elle avait un bon pouce de trop, à la taille. Je me suis alors rendue chez la couturière du village, que je commence à connaître au point de parler avec elle de nos petits bobos quand il n’y a personne d’autre dans le commerce. Nous avons cette fois-ci parlé de mon épisode récent de kératose actinique. Il m’a semblé que nous en parlions comme s’il s’agissait d’un problème majeur –pendant que la Syrie et le Yémen et les inondations et les sécheresses et les mares de boue…
– Tout ça est d’une gravité excessive !, ai-je conclu comme on entendait la porte s’ouvrir et une cliente arriver.
Mon un peu amie couturière a compris mon sous-entendu.
– Nous avons une bien belle vie !, a-t-elle répondu. Je t’appelle quand ta jupe est prête !
Est-ce une question d’orgueil ? Est-ce que je ressens le besoin de montrer à mes interlocuteurs que je porte un regard critique sur nos conversations banales, pour suggérer que je suis aussi capable de converser plus intellectuellement ? Excellente question.

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