Jour 385

EnversDécor

Avant d’affronter l’envers du décor, je vais défaire la partie hétéronormative gondolante –on se croirait à Venise.

Mes histoires de réopération me plongent dans le passé. C’est ma spécialité, tout le monde le sait, macérer dans les eaux délicieuses de mes bons et de mes moins bons coups d’autrefois. Dans cette optique, j’ai retrouvé les coordonnées de la dame qui avait passé la coronarographie en même temps que moi, en 2013, et qui a séjourné à l’hôpital en même temps également, ayant reçu son opération au lendemain de la mienne. La vie étant ce qu’elle est, c’est-à-dire propice à éloigner les gens tellement on manque de temps, ça faisait cinq ans que je l’avais laissée sans nouvelles. Or, elle m’a reconnue tout de suite au téléphone, me disant même qu’à chaque fois qu’elle se rendait voir son amie qui habite non loin de la station de métro Villa-Maria, elle pensait à moi. Son cœur va très bien, elle se porte à merveille. Elle n’avait pas reçu une opération à cœur ouvert, la chanceuse, les cardiologues avaient pu lui régler son cas par la veine fémorale. Je lui ai demandé si elle accepterait de passer me visiter au CHUM et elle m’a dit que ça lui ferait grand plaisir. Cela fait, une fois réglés ces détails et ces civilités, nous avons parlé de tout et de rien, comme quoi la vie continue. Elle continue tant et si bien que ce matin je n’ai pas arrêté de bouger. J’ai tenté de « me débarrasser » des petites choses qui créent un poids sur mes épaules à chaque fois que m’effleure la pensée qu’elles ne sont pas encore faites. Je m’en suis débarrassé tout en les effectuant de mon mieux, je dois dire. Par exemple, j’ai sélectionné les plus belles photos de ma série de vaches pour les installer dans un cadre IKEA à cinq compartiments de format 5"X7". Exceptionnellement, je ne me suis pas cassé la tête pour décider où irait le cadre, une portion de mur abîmé était toute désignée pour me faciliter la tâche. J’ai bougé et fait ces choses qui me pesaient en n’arrêtant pas de replacer mes lunettes qui, depuis hier en fin de journée, m’arrachent le derrière de l’oreille gauche. Il se trouve qu’en rentrant d’avoir jardiné et joué dans les roches, j’étais tellement envahie par les mouches noires, sur et sous mes vêtements, que je me suis déshabillée presque en hurlant d’inconfort, toute seule dans la maison. Les chaussures, le pantalon, le chandail, le t-shirt se sont fait lancer de toutes mes forces et dans la puissance de mon exaspération mes lunettes sont tombées sur les tuiles de céramique et ne s’en sont pas sorties indemnes. Il faudrait donc que je me rende un peu d’avance à Joliette, tout à l’heure, pour faire ajuster mes lunettes avant d’aller nourrir papa, mais je sais que ça ne me tentera pas de quitter mon nouveau lieu de vie, la véranda. Cela dit, après l’exaspération, la douche et l’application de la lotion calamine, j’ai tricoté dans ladite fabuleuse véranda entourée de maringouins qui tournaillaient dans le rai lumineux de ma lampe. Au secours !

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Jour 386

TropLarge

Il est beaucoup trop large d’un côté. Ça plisse. Et je n’aime pas les couleurs rose fille et bleu garçon. C’est hétéronormatif, dirait Emmanuelle. Si je devais lui donner un nom, ce serait Largo.

Ça y est, j’ai fureté un peu mieux dans le quartier domiciliaire –au volant de ma voiture– et j’ai trouvé à quel endroit il se construit une nouvelle maison qui nécessite un important remblaiement de terre. L’an dernier, une maison a été construite juste à côté de chez nous, qui a nécessité la livraison de 200 chargements de terre ! Ça fait tout un boucan à chaque passage du gros camion. Je préfère mille fois les décibels à la baisse de mon voisin jeune homme qui me parle tout en roulant à petite vitesse sur sa bicyclette.
Quand je suis seule comme c’est le cas depuis deux jours, mon mari étant en déplacement, j’en profite pour me mettre à jour dans mes expériences diverses. Ainsi, j’ai vérifié ce matin comment se portent mes plantations de noyaux de dattes et de mangue, cachées dans mon garde-robe et couvertes d’une serviette épaisse pour rester au chaud. Les dattes n’ont rien donné, et la mangue a peut-être des chances de produire un arbuste quelconque, il est sorti de terre une tige rose tendre de trois centimètres. Hier j’ai planté des patates dans un gros pot. Trois patates, six moitiés.
J’ai enfin fini le premier carré tricoté de ma série de seize (mais ma cousine m’aide). Il est trop large d’un côté. Il va falloir que je trouve une manière de dissimuler les plis lors de l’assemblage avec l’autre panneau.
J’ai reçu un appel du CHUM. Je dois me présenter à une réunion préopératoire à la fin du mois de juin. Je sais de quoi il en retourne puisque j’ai vécu une telle réunion il y a six ans. C’était à l’Hôtel-Dieu, nous étions une quinzaine de personnes autour d’une grande table dans une salle frigorifiée parce que l’air climatisé y était incontrôlable. L’infirmière qui donnait l’atelier –ce qu’il faut savoir sur l’avant et l’après d’une opération majeure– avait tellement froid qu’un des participants lui avait prêté son veston qu’elle avait déposé sur ses épaules. Plus tard, j’ai découvert que cette femme avait des convictions religieuses. Son aire de travail –où elle nous piquait le doigt pour tester la vitesse de coagulation– était entourée d’icônes de vierges et de saintes.
Il y avait quand même un certain charme à ces déplacements mensuels à l’Hôtel-Dieu. Nous nous mettions en rang pour nous laver les mains, puis nous attendions notre tour debout dans le corridor, et nous étions piqués anonymement. Le résultat du test, un chiffre idéalement situé entre 2.5 et 3.5, était ensuite inscrit dans une case de notre « carnet de Coumadin ». Maintenant, c’est plus campagnard comme méthode : j’arrive dans le bureau exigu de l’infirmière, elle me dit « Bonjour Mme Longpré », me fait asseoir en face d’elle, range ses papiers, sort l’engin testeur et ne me demande pas si je me suis lavé les mains. Il n’y a plus de gestion de carnet. Si le test n’est pas bon, la pharmacienne me dit de revenir dans une semaine, et s’il est bon dans un mois.

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Jour 387

coeursSaignants

La saison des cœurs saignants bat son plein. Les plants ont vécu quelques années à Montréal, devant le duplex, avant de venir s’installer ici.

J’ai les avant-bras mangés par les bibittes. Pourtant je portais une chemise à manches longues pendant que je jardinais, mais je ne me suis pas rendu compte, ou alors trop tard, que les poignets n’étaient pas boutonnés. Je portais de la crème solaire et un chapeau, pour limiter la propagation des bobos précancéreux qui m’ont fait vivre l’expérience de l’azote liquide sur une pommette de mon joli visage. Cette fois-ci, sous le paillis qui entoure mes plants, j’ai mis des épaisseurs de papier. Comme nous n’avons pas de journaux à la maison, j’ai utilisé la pile d’anciens National Geographic qui attend qu’on s’occupe d’elle depuis maintenant quatre ans que je vis ici. En arrachant les pages par petites piles, je voyais passer des photos de toutes sortes d’ethnies et je me suis demandé si, déjà à l’époque, il était question de changements climatiques dans les reportages. Les revues couvrent la décennie des années 80.
Alors que je travaillais fort, un peu craintive que la pluie arrive avant que j’aie fini, un jeune garçon, mignon comme tout, encore un peu blond –il sera châtain à l’âge adulte comme son père– est venu me demander, tout en roulant sur sa bicyclette, si j’avais des ruches. J’ai tout de suite compris qu’il faisait référence à mon couvre-chef antimoustique.
– Avez-vous des ruches ?, a-t-il demandé.
– Non, je porte un filet pour me protéger des mouches noires, il y en a beaucoup à ce temps-ci de l’année.
– Moi je n’en ai pas, a-t-il répliqué.
– C’est parce que tu es en mouvement sur ta bicyclette que tu n’en as pas.
– Vous êtes en mouvement aussi, a-t-il remarqué, vous n’arrêtez pas de bouger.
– Oui, mais je ne bouge pas vite. Toi, en bicyclette, tu vas plus vite.
– Je ne vais pas si vite que ça.
C’est vrai qu’il ne faisait que tracer un cercle en pédalant lentement pour se maintenir en équilibre et me parler.
Silence entre le jeune homme et moi, puis :
– Vous n’êtes pas apicultrice, alors, a-t-il voulu vérifier.
– Non, je ne connais rien aux abeilles.
– Mais vous êtes agricultrice.
J’avais l’impression qu’il se pratiquait à utiliser des mots qu’il venait de découvrir. Je n’ai pas voulu le contredire et j’ai répondu que j’étais une sorte d’agricultrice. D’ailleurs, nous nous parlions dans les effluves du fumier que notre voisin, éleveur de bétail, venait d’épandre.
Le soir, dans notre fantastique véranda nouvellement construite, j’ai tricoté. Au son de la circulation, je l’ai déjà mentionné, et aussi des grenouilles et du bruissement du vent. Puis, je ne peux pas le garantir, je pense avoir tricoté une ligne ou deux au son d’une meute de coyotes.
Notre lieu de vie est très vert mais néanmoins en constants développements. Depuis quelque temps, un gros camion passe des dizaines de fois par jour devant la maison, d’abord vide, puis la boîte pleine de grosses roches. Il se construit une autre résidence quelque part… En allant acheter des sacs de terre hier chez le pépiniériste, qui doit commencer à trouver que je suis une bonne cliente, j’ai tenté vainement de trouver à quel endroit se situe la nouvelle construction. Le pépiniériste n’avait plus de sacs de terre, cela dit, je vais peut-être retourner cet après-midi.

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Jour 388

CarréTricoté

En blanc, le coussin sans housse, acheté tel quel. En couleurs, mon carré qui ne couvre pas encore tout à fait la surface du coussin.

Récapitulation, rétrospective, retour dans un passé récent. Nous sommes jeudi dernier et je m’amuse chez ma cousine, nous jouons au Chromino à quatre autour de la table, son mari, tantine, cousine et moi. Pendant que nous jouons, tantine et moi digérons le repas chinois du midi pris au restaurant Yucca Riviera, à Rawdon. Je téléphone à mon mari pour connaître ses projets. Il me dit qu’il est prêt à partir pour le chalet, que tout est déjà « paqueté » dans le camion. Branle bas de combat : je quitte rapidement, vais conduire tantine chez elle, arrive à la maison, ramasse l’essentiel pour mon séjour au lac Miroir –médicaments et tricot– et nous voilà sur la route, nous arrivons comme la nuit tombe, autour de 21:00.
Dans la journée de vendredi, bien sûr j’ai tricoté, et j’ai aussi préparé une pièce de porc avec des restants –soc de porc, pruneaux, fromage de chèvre, ail, herbes– en huit minutes, disons, juste pour dire qu’on ne perdrait pas la viande qui commençait à avoir de l’âge. Je mets au four (à gaz), consciente qu’il va faire encore plus chaud dans le chalet. Mon mari pendant ce temps est parti courir la galipote en bateau. Il s’arrête aux quais ici et là et c’est ainsi qu’arrêté au quai de nos voisins il les a invités à souper.
– Chérie, on va recevoir les voisins ce soir.
– Ah bon ? J’espère que le repas sera mangeable, j’ai préparé ça vite fait, ai-je répondu en levant à peine les yeux de mon tricot pour ne pas me tromper.
À ma grande surprise, ma voisine m’a demandé ma recette de porc et de vinaigrette à l’avocat.
Samedi j’ai tricoté. Dans le chalet le matin, sur le ponton pendant notre première promenade de la saison en après-midi, chez les mêmes voisins qui nous ont invités pour souper en retour du balancier. Leur vin était exquis, la bavette excellente, la salade rafraîchissante, les haricots cuits juste à point, je me suis régalée. Quand je me régale ainsi, je suis la dernière à finir mon assiette et probablement celle qui mange le plus car je vide les plats, notamment le grand saladier. J’aurais bu encore un peu de vin exquis, mais nous étions coincés par le temps, il fallait déjà refaire la route vers la maison, mon mari ayant un déplacement à faire aux États-Unis dès le dimanche matin. C’était autrement dit un voyage express pour l’installation de la pompe à eau. Au moment où j’écris ces lignes, la pompe à eau est opérationnelle, mais il y a un léger « leak », une fuite qui fait en sorte que la pompe démarre aux deux minutes ! Probablement qu’à notre prochain voyage express, priorité sera donnée au « leak ».
Dimanche matin, donc, une fois le mari parti, je me suis lancée dans mille projets qui attendaient tous après moi. Le plus urgent était de mettre en terre les vivaces qui enduraient leur sort à l’ombre dans des sacs de plastique. Elles nous ont été données par un ami. J’ai y passé presque toute la journée, bien que les Pattes soit venu dîner avec moi dans notre belle véranda. Nous avons mangé une pizza congelée Delissio. Ensuite, il m’a aidée à sortir les roches de la boîte du camion, car j’ai omis de mentionner qu’une des raisons de notre déplacement au chalet, hormis le plaisir d’y être, et d’installer la pompe, était de rapporter des roches pour les plates-bandes à la maison. Nous les avons transportées en plein soleil, mon frère et moi. En soirée, toujours dans la véranda, n’ayant pas terminé la mise en terre des vivaces mais je suis bien avancée, au son de la circulation car c’est fou comme il y a du bruit provenant de la route 337, j’ai tricoté.
Et aujourd’hui lundi, bien qu’ayant tricoté jusqu’à minuit, je n’ai toujours pas terminé mon premier carré de 16" X 16" destiné à couvrir mes coussins de même format. Cela étant, je vais le finir aujourd’hui, d’ailleurs je m’y mets à l’instant.

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Jour 389

La dame au Tim Hortons m’a demandé si je voulais faire un don de deux dollars pour les enfants.
– Euh… ça dépend lesquels…, ai-je balbutié.
Il faut dire que la question n’était pas très clairement formulée.
– C’est pour les camps d’été, pour les enfants de familles défavorisées, a répondu la dame.
Comme j’étais en train de rire de ma réponse, je n’ai que partiellement entendu son explication. Mon mari, qui est au courant de tout, savait que le 5 juin est jour de collecte de fonds pour lesdits camps, depuis des années. Toujours est-il que j’ai donné le deux dollars en question et qu’en retour la dame m’a donné un bracelet qui ne se porte pas, ou alors il doit être porté par un enfant car il est très étroit et ne s’ajuste pas.
Nous étions sur la route en direction de Montréal où nous sommes allés réparer une sécheuse chez les locataires. J’aime bien faire la route en sirotant un café. Le nous, ici, est bien sûr excessif, c’est mon mari qui s’est occupé de tout. Moi j’étais responsable d’aller à la quincaillerie acheter des morceaux dont je ne saurais même pas dire le nom. Je me suis contentée de montrer la pièce usagée au quincaillier, qui m’a donné l’équivalent en neuf. Pour une des pièces il s’est présenté un problème de format, je suis donc retournée en chercher une plus grande. C’était amusant, marcher sur la rue Monkland. Ça l’était moins pour mon mari qui devait se contorsionner, étendu sur le carrelage, pour installer les pièces derrière la cuvette dans une des salles de bain. Car il n’y avait pas qu’un problème de sécheuse. Il y avait aussi un problème de chasse d’eau et un problème de ventilation.
Lors de mon premier déplacement sur la rue commerçante, je me suis aventurée jusqu’à la pâtisserie de Nancy où j’ai acheté des madeleines exquises. Je suis fière de moi car je n’ai pas mangé le sac au complet, mais seulement la moitié, donc trois madeleines sur six. J’ai réservé les autres pour Denauzier. Lors du deuxième déplacement, j’ai rencontré une ancienne voisine. Sa voiture était mal garée, et pour ma part mon mari attendait après la pièce, alors on a brossé en très très général le portrait de nos vies et conclu que nous allions bien toutes les deux. Enfin, à ma troisième visite sur la rue Monkland, sachant que mon mari n’attendait plus après moi, je me suis permis de marcher plus lentement et de replonger dans le passé. Je reconnaissais des gens pour les avoir croisés des dizaines de fois autrefois, sans savoir qui ils sont, et je constatais qu’ils avaient maintenant les cheveux blancs, ou un indice de masse corporelle plus élevé. Je voyais aussi des mamans avancer avec leur poussette –et l’enfant dedans–, me rappelant presque distraitement que j’étais aussi passée par là, il y a plus de vingt ans. J’ai vécu mon retour dans le passé avec détachement. Je me suis permis de traîner quelques secondes devant les plantes du fleuriste, et de longer la vitrine de Zone en marchant très lentement. Puis je suis revenue à cette maison que je n’habite plus rejoindre mon mari.

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Jour 390

platebande

Un aperçu de la rocaille.

Finalement, la journée d’hier n’a pas été perdue. Après avoir écrit mon texte, je suis retournée dehors, et aussitôt il s’est mis à me pleuvoir dessus.
– Advienne que pourra, me suis-je dit, je jardine pareil.
Et j’ai jardiné. Denauzier, peu de temps après, est venu me rejoindre pour tondre le gazon. Il a utilisé pour ce faire une machine que les Pattes nous a donnée récemment. Commence la tonte, une roue avant se défait de la machine. Voilà mon mari qui répare la roue. Reprise de la tonte, c’est au tour de la deuxième roue avant.
– Les affaires de ton frère ne sont pas tellement plus à l’ordre que les miennes !, s’est exclamé mon mari sans se décourager.
Au final, et sous un ciel variable, mon mari et moi avons travaillé jusqu’à 18:30 sans interruption, sinon l’arrêt nécessaire pour aller me chercher un filet tellement il y avait de mouches noires qui me tournaient autour.
– Wow !, s’est exclamé mon mari, ta rocaille est magnifique.
– Tu penses ?, ai-je répondu, pas certaine d’avoir bien travaillé, en ce sens que je ne sais jamais de quoi les plantes ont besoin.
Je passe mes heures de travail et de bichonnage à me demander si j’utilise la bonne manière de les bichonner.
En soirée, et tel que prévu, sans bouger et sans rien entamer qui aurait pu mal finir, nous avons écouté la suite du film Biutiful. J’ai trouvé sur Internet une critique qui n’encense guère le film. Ça se peut que l’auteur de cet article dise vrai, il n’en demeure pas moins que j’ai été portée jusqu’à la fin par les efforts incessants d’un Uxbal épuisé, dans sa lutte contre la montre pour mettre en place une manière de sécurité dont pourront bénéficier ses deux enfants à son décès. La scène qui se déroule dans la salle de bains, Uxbal avouant sa maladie à sa fille Ana, m’a déchiré le cœur. Il lui dit de bien le regarder pour se rappeler toujours de son visage, et sur ces paroles ils s’enlacent avec passion, longuement. En somme, Uxbal n’arrive pas à mettre en place une manière de sécurité pour sa fille de dix ans et son fils de six. La mère est bipolaire et ne peut et ne veut s’occuper des enfants. Ce sera une femme sénégalaise, mère d’un nourrisson de deux mois, qui sera l’ange descendu du ciel pour s’occuper d’eux. Je ne rends pas service au film en le résumant ainsi, sans saveur et sans couleur, alors je m’arrête là.
Aujourd’hui était jour de visite dentaire à St-Félix. Les nouvelles sont excellentes, cette partie de mon corps se porte très bien. Fiou ! L’hygiéniste m’a donné des cadeaux, une brosse à dents, un tube de pâte dentifrice et de la soie dentaire.
– J’adore les cadeaux !, me suis-je exclamée comme si je venais de recevoir un beau bijou.
C’est à se demander si je n’ai pas reçu une forme de cadeau, d’ailleurs, par erreur, en ce que la facture était particulièrement peu élevée.

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Jour 391

rocaille

Voici à quoi ressemble ma rocaille une fois traitée selon la technique du paillis double.

La journée a mal commencé. Tôt ce matin j‘ai téléphoné à la Croix-Bleue, ma compagnie d’assurances. La jeune Gabrielle, qui m’a répondu en disant « Bonjour, je m’appelle Gabrielle, comment puis-je vous aider ? », n’a pas réussi à m’aider, justement. Elle ne semblait pas maîtriser l’acheminement des appels internes pour me diriger vers la personne qui aurait pu répondre à mes questions. Au bout d’un moment, deux fois plutôt qu’une, j’ai raccroché.
Ensuite, je suis allée faire les courses alimentaires, et aussi acheter des sacs de terre et de paillis. Ma voiture en est remplie au moment où j’écris ces lignes. J’ai cependant commencé mes courses en me rendant à la pharmacie pour y faire développer des photos à partir d’une machine. Ce n’est pas deux fois plutôt qu’une, mais bien trois fois qu’il m’a fallu pour y arriver.
Avant de préparer le dîner, ayant à ma disposition une petite heure, j’ai voulu planter du lierre et des succulentes en manière de couvre-sol, à l’arrière de la maison, pour empêcher la terre de glisser lorsqu’elle est sèche, dans la mesure où il s’agit d’une surface nue et pentue. Je n’attends pas grand-chose de mon essai, les plantes ayant été installées, les pauvres, dans une terre glaiseuse et rocailleuse, sans engrais, sans humus, sans rien. Autant dire que je cours après le trouble, ou l’échec.
Parlant d’échec. L’heure du dîner étant arrivée, et mon estomac me l’exprimant, je suis entrée –mouillée car il s’était mis à pleuvoir– pour me lancer dans la préparation d’asperges enroulées dans des tranches de jambon et nappées d’une béchamel au fromage. Les asperges enroulées ont collé au fond de la poêle, et la béchamel, d’une texture aussi épaisse que celle du plâtre dilué dans très peu d’eau, a nécessité l’ajout de beaucoup de lait avant de se laisser amadouer.
– Ç’aurait pu être encore moins bon, ai-je dit à mon mari après avoir avalé ma première bouchée.
La question qui se pose alors, étant donné qu’il n’est que 14:00, est la suivante : que pourrais-je faire cet après-midi qui ne tendra pas vers le fiasco ? Je pourrais découvrir les pots que j’ai cachés dans mon garde-robe, sous une serviette épaisse, pour voir si mes projets de germination donnent des résultats : j’ai planté des noyaux de dattes, d’avocat, d’ananas et de mangue. Je vais retourner dehors étendre du paillis ça et là, désherber et préparer une nouvelle plate-bande. Je vais téléphoner à mon frère pour m’excuser de lui avoir presque coupé la ligne au nez, lorsqu’il m’a téléphoné et que j’entamais la préparation de la béchamel au plâtre. Je vais détricoter ce que j’ai tricoté hier car mon expérience de log cabin a donné naissance à une banderole trop molle et pas belle. Je vais respirer par le nez. Je vais penser à ma soirée : en soirée, nous devrions poursuivre l’écoute du film Biutiful avec Javier Bardem qui a gagné, dans le rôle d’Uxbal, le personnage principal, le prix d’interprétation masculine à Cannes, en 2010. Je ne peux pas croire qu’une fois assise, n’entamant rien, écoutant le film, ça n’ira pas bien. 

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