Jour 371

bali_mala_armband_2

The ‘Bali mala bracelet’ is made of Rudraksha mala beads and a bronze bead with a traditional Balinese sign.

Nous étions dans le bureau du cardiologue ce matin. Quelques observations : on dirait qu’il se fait pousser la barbe. Il portait moins de bracelets de billes de bois que la première fois. Pas de complet veston cravate non plus, mais des jeans, en partie couverts par son sarrau. J’ai parlé de ces bracelets billes de bois à mon amie de Québec qui a visité presque tous les endroits du monde. Elle m’a dit que les bracelets provenaient probablement de Bali où, semble-t-il, tout le monde en porte.
Le cardiologue voulait vérifier que j’étais toujours prête à me faire opérer. J’ai répondu que je l’étais. J’ai ajouté que j’avais peur de devoir l’être une troisième fois, il m’a dit que ce n’était pas exclu, mais que si cela se produisait, j’appartiendrais au 1% de cas complexes en matière de pannus.
– Normalement, a-t-il dit, j’en enlève plus que pas assez, je gratte bien comme il faut, et il ne devrait pas y avoir de problème.
Je lui ai dit que j’étais prête, que j’avais peur d’une troisième fois, et que j’avais peur de vivre les mêmes hallucinations que lors de la première opération en 2013. Nous n’avons pas abordé la question des hallucinations qui ne sont pas de son ressort mais plutôt de celui de l’anesthésiste. L’anesthésiste, je vais le rencontrer le jour même de l’opération et je pourrai alors lui parler de mon expérience précédente.
L’opération dans son ensemble ne se déroule pas comme il y a six ans à l’Hôtel-Dieu, alors que j’étais arrivée la veille, qu’on m’avait bien droguée pour la nuit, et que je m’étais réveillée, hallucinant, aux soins intensifs plusieurs heures plus tard le lendemain. Parce que j’étais arrivée la veille, j’avais eu l’occasion d’aller piquer une petite jasette le soir avec une patiente qui se faisait opérer en même temps que moi, dont la chambre était située à l’autre extrémité du corridor où j’avais la mienne. J’ai écrit à propos de cette patiente récemment, en ce sens que je lui ai téléphoné pour lui demander de venir me visiter et elle m’a dit qu’elle se ferait un plaisir de venir.
Cette fois, je vais recevoir un appel me confirmant ma date d’opération une semaine à l’avance. Je vais me présenter au CHUM très tôt le matin même de l’intervention, et me rendre à la salle d’opération bien éveillée. Entre mon arrivée au CHUM très tôt le matin et mon arrivée dans la salle d’opération –en jaquette et poussée sur une civière, j’imagine–, je devrais pouvoir échanger quelques mots avec l’anesthésiste. Quand toute l’affaire se termine, quelque trois quatre heures plus tard, je suis surveillée aux soins intensifs un petit bout de temps. Si tout est normal, je monte ensuite dans une chambre pour un séjour de quelque cinq six jours, j’écris que je vais monter car je sais que les chambres réservées à la cardiologie sont situées au huitième étage.
Très tôt ce matin j’ai aussi passé les tests de la préadmission. Entre l’épisode préadmission et la rencontre avec le cardiologue, nous avons eu le temps, mon mari et moi, d’aller déjeuner à la cafétéria. Nous avons opté pour un yaourt à la vanille couvert de granola et de quelques fruits. C’était un choix santé. Je ne sais pas pourquoi, j’adore les cafétérias. Si je suis assez en forme lors de ma convalescence de quelques jours à l’hôtel CHUM, j’essaierai d’y aller pour me distraire.

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Jour 372

Perdrigal

Le château de Perdrigal que les Ferré ont habité pendant cinq ans.

C’est facile de critiquer, cela étant. Je sais que je suis privilégiée de pouvoir me faire opérer sans avoir à payer ma chirurgie. Je n’irais pas jusqu’à écrire cependant que je suis privilégiée d’avoir à me faire opérer ! Combien ça peut coûter ? Cent mille dollars ? Ce qui est bien, aussi, en référence aux nouvelles décourageantes que diffuse la télévision, à l’effet que les gens ont le temps de mourir avant d’être opérés, c’est que lorsque notre tour arrive, parce que j’imagine quand même que mon tour va arriver, on se dit YES ! C’est enfin rendu à moi !
Pendant ce temps, ça va de plus en plus mal entre Madeleine et Léo. Je suis sur le point de commencer le chapitre huit. Je ne comprends pas qu’un couple en arrive à une telle dérive. Dans un couple on est deux. Il devrait y en avoir un pour tirer l’autre du bon bord, quand l’autre se déporte lui-même vers le mauvais bord ? Est-il nécessaire de s’enfoncer au plus creux pour réaliser que rien ne va plus ? Est-il nécessaire de se faire si mal ? Est-ce qu’il faut se faire si mal pour être certain de ne pas changer d’avis, une fois qu’une décision sera prise ? Ou alors, est-ce que la maladie fait en sorte qu’on n’a plus de prise sur sa vie et que, malgré l’autre qui essaie peut-être de nous sauver, on se laisse glisser… ?
– Je repars à zéro, aurait écrit Léo à Madeleine, une fois versée la goutte de trop dans la vaste vasque.
– Je te laisse tout.
Je ne suis pas rendue assez loin dans le livre pour savoir comment se traduira concrètement ce « Je te laisse tout », mais je sais pour l’avoir lu récemment sur Internet que le divorce Ferré/Rabereau n’est pas encore conclu, cinquante-et-un ans plus tard.
Les deux sont très attachés aux animaux, on l’a vu, ils avaient trois saint-bernard dans leur appartement parisien. Avec l’arrivée de Pépée, qui est venue remplacer les trois chiens décédés l’un après l’autre dans un intervalle de six mois, les Ferré ont ressenti le besoin d’habiter plus grand. Ils ont acheté un château délabré auquel ils ont donné le nom de Perdrigal. Une fois rendus là, ils ont fait de ce château une arche de Noé, y faisant vivre une dizaine de chiens, une quarantaine de chats, des moutons, un cochon, un poney, des vaches… Et ils se sont mis au service de ces animaux au point de ne plus avoir de vie. Peut-être Madeleine s’est-elle mise davantage au service des animaux que Léo, qui continuait de composer et de chanter en tournée. Elle écrit dans ses mémoires qu’elle a des engelures, des varices, qu’elle a maigri, que son moral est au plus bas… Le couple considérait que Pépée était leur fille, créant en cela un malaise auprès d’Annie, la fille de Madeleine, que Ferré a connue lorsqu’elle avait cinq ans. Créant aussi un malaise auprès d’un musicien à propos duquel je me promets de faire des recherches, celui qui a arrangé plusieurs chansons de Ferré, il se nomme Jean-Michel Defaye. Comme Michel Legrand, il a étudié avec Nadia Boulanger, d’ailleurs les deux musiciens ont dû se côtoyer.

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Jour 373

L’été ne se prête pas à l’écriture en ce qui me concerne, cette année. Je suis beaucoup en déplacement, sur une patte, sur l’autre.
– Difficile de croire que tu as besoin d’une chirurgie cardiaque, m’ont dit mes amis de Québec, car je me suis rendue à Québec deux jours visiter mes amis.
– Je n’ai pas de symptôme pour l’instant, ai-je répondu. Mais je vais peut-être avoir le temps d’en développer, si j’en crois cette histoire qui circule dans les médias à l’effet que cinq ou six personnes sont mortes pour n’avoir pas reçu à temps une opération au cœur qu’elles attendaient de manière urgente, semble-t-il.
– Ah ! Les médias, a soupiré mon amie.
– Bof !, ai-je renchéri.
Ce Bof ! était lourd de sens mais je ne me suis pas lancée dans son explication auprès de mon amie qui n’est pas tellement patiente, qui le sait, qui le dit.
Quand j’ai rencontré le chirurgien, j’ai eu l’impression, et de même mon mari, qu’il était presque urgent que je sois opérée. Il nous a dit de lui téléphoner personnellement si nous n’avions toujours pas de nouvelles, dans le courant de la semaine, de l’hôpital qui devait nous transmettre des dates de rendez-vous pour des examens. Nulle nouvelle de l’hôpital ne nous est parvenue, bien entendu, alors j’ai téléphoné au chirurgien, j’ai parlé à sa messagerie vocale. Il m’a envoyé un texto pour m’informer, quelques heures plus tard, que je pouvais l’appeler, mais le temps que je reçoive son texto j’étais rendue dans le bois où je n’avais plus la possibilité de le contacter.
Les dates des rendez-vous nous ont été données un mois plus tard, en fait, et de manière chaotique. Une femme a téléphoné pour me donner une date, elle a retéléphoné pour changer la date. Puis, une autre femme a téléphoné pour vérifier si nous avions reçu une date. Entre ces trois appels, j’ai eu le temps de contacter ma coiffeuse pour annuler mon rendez-vous, qui tombait le même jour que le premier rendez-vous CHUM, qui, lui, a été déplacé, mais pas le mien chez la coiffeuse, etc.
Donc, lenteur de la grosse machine CHUM, et coordination difficile entre ses joueurs. Puis, cette histoire de gens qui sont morts pour n’avoir pas été opérés à temps. Ce genre de nouvelle m’excède, alors pour ne pas me laisser abattre je me dis Bof !, il faut mourir un jour. Il faut dire aussi que le discours de mon chirurgien était un peu contradictoire. Il m’autorise à me rendre en France début septembre aider chouchou à se trouver un appartement, et il me demande du même souffle de le contacter si je n’ai pas de développements à l’intérieur de quelques jours seulement pour mes examens préparatoires.
À ce jour, j’ai subi la fluoroscopie, et il semble que ça s’arrête là, à moins que lors de notre rencontre demain matin le 9 juillet, le chirurgien ne m’informe qu’il me faut passer aussi une imagerie, puis une deuxième échographie trans
œsophagienne, et peut-être même une coronarographie, autant d’examens qui ont été évoqués par le radiologiste qui m’a fait passer la scopie.
– Mon rôle, m’a-t-il dit, est de conseiller votre médecin quant aux autres examens qui pourraient l’aider à bien cerner votre problème. Mais il est possible aussi que la scopie lui donne toute l’information dont il a besoin.
– À mon avis, m’a dit mon mari, tu vas être opérée vers la fin de l’automne, je dirais un peu avant Noël.
– Donc en hiver, ai-je précisé. Qui se termine en mars…, ai-je ajouté.

 

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Jour 374

troisCoussins

Trois chaises, trois coussins.

Pour le plaisir, je suis allée acheter deux autres gros boutons, comme ceux qui apparaissent sur la photo ci-contre, cousus sur le coussin rose. J’avoue qu’il faut agrandir la photo pour bien voir les boutons ! J’adore ce coussin, tricoté par cousine. Et de même mon mari.
Une fois les pieds dans la boutique Singer, qui vend des machines à coudre mais aussi tout ce qu’il faut pour tricoter, j’ai bien sûr fouillé dans le grand panier où s’entassent des pelotes de laine, de la vraie laine, en solde. J’en ai acheté plusieurs, ayant souffert, lors de mes dernières séances de tricot, d’un choix trop restreint quant aux couleurs vives.
Dans mon grand sac noir normalement destiné à transporter mes courses alimentaires, j’ai déposé mon sac de laine achetée hier, pour montrer aujourd’hui mes nouveaux trésors à cousine. C’est ma journée tantine, en effet, et depuis quelque temps nous nous réunissons en trio avec cousine, voire en trois mousquetaires –qui étaient au nombre de quatre– si on inclut son mari, en ce sens que nous allons chez elle, chez eux. Du coup, je vais aussi montrer à cousine mon plus récent carré que je compte ensuite défaire parce que les couleurs vives en sont absentes.
Avant de me rendre chez tantine, j’ai mille choses à faire et je vais tenter d’en faire deux : planter des pétunias dans un grand bac à fleurs avant que la chaleur ne soit trop intense, et, dans un autre registre, préparer une trempette, peut-être même couper les légumes, car nous recevons ce soir. Ça revient à dire que ma séance d’écriture s’arrête ici pour aujourd’hui.
Juste un mot cependant sur Léo. Il doit beaucoup à sa femme, Madeleine, qui lui a montré à accueillir les spectateurs en se tenant debout derrière un micro, alors qu’il avait jusque-là privilégié la position assise derrière son piano. Elle lui a montré à bouger, à surmonter sa très grande timidité. J’imagine qu’à un moment donné sa participation dans la création de son mari s’est mise à l’envahir et, la guenon Pépée se mettant de la partie, les choses se sont terriblement morpionnées.
Pépée est arrivée dans la vie du couple à la suite du décès, sur une période de six mois, de leurs trois saint-bernard. Léo, quand il chantait à Paris, était accueilli, après ses prestations, par ses trois chiens qui lui léchaient les mains en coulisses, je pense même qu’il les laissait venir sur scène.

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Jour 375

Difficile d’écrire mes textes lorsque je suis au chalet. Il faut que je branche mon portable à un fil électrique, qui se rend jusqu’à une multiprise, qui fournit de l’énergie moyennant l’utilisation d’une génératrice qui fait du bruit, et moyennant aussi l’utilisation d’un ondulateur –assez bruyant– qui transforme le courant de 12 volts en 110 volts, si j’ai bien compris. En outre, le réseau est pas mal lent. Du coup, je n’apporte plus mon ordinateur.
Difficile aussi de lire la biographie de Léo, d’autant que nous avons reçu des amis et profité du temps beau et moins beau en nous laissant glisser sur l’eau, assis confortablement sur le ponton.
J’ai marché avec la femme du couple, assez longuement, sans crainte aucune des ours puisque nous parlions sans arrêt. J’étais habillée comme un oignon : pantalon long, chaussettes par-dessus les jambes du pantalon couvrantes jusqu’à mi-mollets, chemise à manches longues attachée jusqu’au cou, chapeau, filet sur le chapeau, foulard autour du cou pour maintenir en place le filet, et même des gants. Bien entendu, des mouches noires ont réussi malgré tout à se glisser sous le filet, me frôlant le visage, mais j’ai pu quand même profiter de la promenade sans qu’elle ressemble à une épreuve pour mon système nerveux. J’ai eu très chaud, c’est vrai, alors que mon amie, qui marchait simplement vêtue de pantalons courts et d’un haut léger, n’a pas sué. Elle avait opté pour le « vivre ensemble », en ce sens que s’il y a des bibittes, elle choisit de vivre avec, en s’appliquant simplement de l’huile essentielle d’eucalyptus sur les bras et les jambes.
Plus tard en journée nous nous sommes retrouvées cinq personnes autour du chalet, parlant d’un problème de structure qu’il faudra bien régler un jour. C’était infernal le bourdonnement des moustiques innombrables, mais j’essayais de faire comme les autres et de discuter du problème comme si nulle mouche à chevreuil, nul brûlot, nul maringouin, nulle mouche noire ne nous attaquait. Au bout d’un moment, j’ai remarqué qu’une grosse guêpe se promenait sur la chevelure de l’homme qui pourrait éventuellement être le réparateur de notre fondation fragile.
– Vous avez une guêpe sur les cheveux, lui ai-je dit, sans faire le geste de l’éloigner.
– Oh ! Ce n’est pas grave, a-t-il répondu en continuant son explication, en ne faisant rien pour la déloger.
D’où il ressort que j’ai bien du chemin à faire avant de pouvoir me considérer acclimatée aux bibittes.
Cependant, une fois nos amis partis, je me suis permis quelques rangs de tricot, dans le bourdonnement des maringouins qui bien entendu s’étaient glissés dans le chalet à la moindre ouverture de la porte. Parce que j’avais besoin de mes deux mains et de toute ma concentration, j’ai décidé de les laisser me piquer pendant que je tricotais. Un dard s’enfonçait sur un mollet, un autre sur le dessus du pied, quelques-uns sur les cuisses, pendant que, immobile de ces parties du corps, je tricotais comme si de rien n’était. Cela s’est bien passé et j’ai senti que je venais de franchir un pas dans mon acclimatation. Pendant que j’écris ces lignes, de retour à la maison et caressée par le vent dans notre belle véranda, un brûlot est en train de me piquer l’avant-bras gauche. Bientôt, si je persévère, je vais être capable, sans regarder, de savoir quelle sorte d’insecte est en train de me piquer. Je sais déjà faire la différence entre une mouche noire, un maringouin et un brûlot, mais je dois avouer que je n’ai pas hâte de tester la mouche à chevreuil et le taon à cheval…

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Jour 376

Je tricote en pensant à Ferré. Je suis allée acheter des vivaces en écoutant Ferré dans ma voiture. Je finis mes journées, au lit, en lisant sa vie.
– Il ne m’inspire pas tant que ça, me dit Bibi, il ne devait pas être facile à vivre.
– C’est mon héros, ai-je simplement répondu.
À cause de lui, j’ai délaissé mon héroïne, la belle Simone. Et pas tellement avancé la correspondance de toute une vie entre Mitterrand et Anne Pingeot.
Je découvre que Mitterrand ne mesurait qu’un mètre 73, Ferré un mètre 71, mais le gagnant en petite taille est Sartre avec un mètre 53, Seigneur ! C’est p’tit en titi !
J’ai écrit, dans mon extrême naïveté, à son fils Mathieu, qui a son anniversaire le jour de notre St-Jean, si je me rappelle bien. Je lui ai transmis mes vœux, nous sommes amis sur Facebook, et je lui ai demandé si son père était gaucher ou droitier, s’il parlait couramment l’italien et s’il avait les yeux bruns ou pers. Bien entendu, le fils ne m’a pas répondu.
Hier soir j’ai lu un long passage à propos d’un autre de ses projets qui n’a pas bien fonctionné, une sorte d’oratorio philosophique difficile à suivre qui s’intitule La nuit. Là où je suis rendue dans le livre, il n’a pas encore été question de la chanson « Cette blessure », je pense que c’est ma préférée. Pas encore question non plus de l’arrivée de la guenon Pépée, et bien entendu Léo ne se doute pas le moins du monde qu’il aura un jour trois enfants, dont mon ami Mathieu, de Marie-Christine Diaz.
Ce matin, avant qu’il fasse trop chaud, je suis allée gratter un bout de terrain, le long de notre cabanon dans lequel on range le bois de chauffage. J’ai gratté tant et si bien que je me suis fait mal à la main droite, pourtant je portais des gants. Pour ménager ma main droite, j’ai aussi gratté de la main gauche, mais elle est nettement moins forte. Il faut dire qu’à cet endroit, le terrain est rempli de petites roches qui rendent le grattage pas mal coriace. Malgré tout, j’ai aéré la terre et j’en ai extrait les mauvaises herbes, en vue d’y faire pousser du gazon. J’ai acheté dix sacs de terre à cette fin. C’est-à-dire qu’une fois que le terrain actuel aura été minimalement nettoyé, je vais le couvrir de terre à jardin, et ensuite je vais lancer la semence à gazon, dans un sens, puis dans l’autre, et ensuite je vais arroser afin que les graines ne s’envolent pas au premier souffle du vent. Nous avons fait un travail équivalent d’ensemencement de gazon à peu près à pareille date, il y a un an, et nous avons obtenu de beaux résultats, mon mari et moi.
En avoir le courage et surtout la force, je continuerais de peiner sur mon lopin de terre ce soir, mais je pense que je vais plutôt m’installer sur le canapé, dans la véranda, pour tricoter en bougeant le moins possible, d’autant que le tonnerre commence à gronder.

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Jour 377

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Appelons-les des mobiles, semblables à celui que j’ai installé à l’entrée de la maison. Ils protègent ici le garage de notre ami.

Comment s’appelle cet objet ci-contre de forme cylindrique ? Par sa forme, cet objet est de la même famille que le « manche à air » présent sur une piste d’atterrissage pour indiquer le sens du vent, mais il doit bien avoir un autre nom quand son imprimé reproduit les armoiries d’un pays ? Ici, l’Irlande à droite, et l’Écosse à gauche, si je me rappelle bien. Toujours est-il que ces deux drapeaux qui n’en sont pas ayant une parenté formelle avec mon mobile à rubans m’ont incitée à sortir mon appareil photo. C’était hier en fin d’après-midi. Avant de faire la route jusque chez la fille de Denauzier, qui nous attendait pour souper, nous sommes allés voir notre ami. J’ai pris des photos, donc, de cet objet sans nom, puis de mon mari, puis de notre ami. Ensuite, j’ai voulu reprendre mon verre de Bloody Cesar « Virgin »« Virgin » car j’allais conduire ma voiture–, mais le coquin m’a glissé des doigts et s’est fracassé sur le sol de béton du garage, répandant son liquide. Ça, c’est bien moi.
Cet ami m’a fait le plus beau des cadeaux : sachant que je me suis lancée dans ce projet de housses tricotées pour coussins, il m’a donné… un vieux coussin orphelin de sa housse.
– Où est la housse ?, ai-je demandé à l’ami.
– Finie, fendue, plus de housse, a répondu l’ami.
Donc, de huit coussins, nous voilà rendues à neuf. J’écris au pluriel puisque ma cousine m’aide à aboutir, et m’aide tant et si bien que si je ne me dépêche pas davantage, elle aura eu le temps de tricoter sept coussins et moi seulement deux !
En fin de semaine au chalet, bien sûr, j’ai tricoté. J’ai tricoté sur le ponton lors de longues promenades, deux jours de suite, et chez les amis toute une soirée, tant et si bien, encore une fois, que l’amie a décrété qu’elle allait sortir une doudou et me laisser dormir sur son canapé.
Je tricote, je tricote, mais je n’avance pas. Pourquoi ? Parce que je choisis des fils trop fins qui ne couvrent pas beaucoup de surface, parce que mes fils s’emmêlent, parce que je tricote trop serré et qu’il devient difficile de glisser la pointe de l’aiguille sous la maille, parce que, m’étant trompée en plein milieu d’un rang, je le détricote pour le recommencer, parce que je choisis des aiguilles trop petites qui ne couvrent pas beaucoup de surface non plus, etc. Autant de raisons qui témoignent de mon manque de planification, de ma piètre maîtrise technique, raisons qui constituent par ailleurs les revers de mon besoin inné, voire vital, de toujours inventer. On peut inventer moyennant une certaine préparation, un minimum de planification, pourtant. Je me demande comment ça se fait que ce ne soit pas mon cas. La même chose se produit quand vient le temps de cuisiner. J’ouvre les portes du garde-manger, je me dis « Voyons voir », je constate la présence de tel et tel ingrédients, j’en fais la base de ma recette du jour. Je suis faite comme ça. J’invente, sans réfléchir, sans planifier. C’est pour ça que mon père déplorait ma manière de procéder, il répétait souvent que j’étais de signe astrologique bélier, ascendant bélier. Bof. Je suis, comme le veut l’expression, ici fort à propos, « tricotée » comme ça !

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