Jour 370

yaourt-au-granola-et-kiwi

Des mûres en coulis remplaçaient le kiwi, dans le yaourt mangé au CHUM.

Dans la semaine qui a suivi ma première rencontre avec le cardiologue, j’étais constamment en attente d’un appel m’annonçant la date de mon premier examen –qui fut le seul que j’aurai eu à passer mais je ne le savais pas encore. On m’avait parlé de deux, voire trois examens. C’est la cardiologue de l’hôpital de Joliette qui a acheminé mon dossier médical au CHUM, par télécopie. Or, le numéro de téléphone qui figure à mon dossier est celui de la maison, et non celui de mon cellulaire. Ça revient à dire que dès que je m’absentais cinq minutes, je me dépêchais de venir vérifier si l’appareil de la maison clignotait à mon retour, m’indiquant que quelqu’un avait laissé un message. Un jour, j’arrive d’avoir fait une course et voilà que je découvre que le téléphone clignotait !
– Ça ne peut être que le CHUM !, ai-je pensé.
Je me suis empressée de peser sur le bouton du téléphone pour entendre le message. C’était mon beau-frère qui demandait à son frère, donc mon mari, où est-ce qu’il devrait acheter sa prochaine cartouche d’encre pour son imprimante ! J’en ai presque voulu au beau-frère de m’avoir fait croire à un appel du grand Montréal !
Mon mari m’accompagnait hier et nous avons parlé à trois, dans le petit bureau, des gens qui sont morts pour n’avoir pas été opérés, en lien avec les nouvelles dans les médias.
– J’y suis un peu pour quelque chose, a répondu mon cardiologue. Avec un collègue, on a voulu que l’information commence à circuler. Aux États-Unis, j’opérais cinq cents fois par année, ici c’est seulement quatre-vingts. Si deux patients sont prévus la même journée, il suffit que la première opération dépasse le temps prévu pour que la deuxième soit reportée, de manière à ne pas avoir à payer du temps supplémentaire au personnel. Avec tous ces reports, j’ai cinq cents patients sur ma liste en ce moment.
– Dans ces conditions, me suis-je empressée de lui demander, comment pouvez-vous penser que je vais être opérée cet automne ? Je viens tout juste de m’ajouter à votre liste et, à ma connaissance, je ne suis pas mourante !
– Votre cas n’est pas urgent, a-t-il répondu, mais je veux vous opérer sans trop tarder quand même. Ne vous inquiétez pas, je vais m’arranger.
Je ne peux pas dire, en fait, que ça m’inquiète, cette perspective de deuxième opération, mais disons que ça me fait mesurer, avec une certaine gravité, la différence entre être vivant et ne plus l’être. Je m’explique. Nous sommes au CHUM, nous mangeons notre yaourt aux fruits, mon mari et moi, à la cafétéria. Des gens vont et viennent autour de nous, certains ont opté pour des choix moins santé, par conséquent les odeurs de bacon et de pain grillé nous caressent les narines. Ces gens parlent de tout et de rien, dans un bruit de fond que vient enterrer le vacarme des travaux qui se poursuivent à l’extérieur.
– Admettons que je meure sur la table d’opération, ai-je pensé, tout en avalant avec délice le yaourt vanillé, je n’aurai plus accès à ce fourmillement de vie. Vais-je alors avoir accès à quelque chose ? Comment ce quelque chose pourrait-il être plus riche et me satisfaire autant que ce fourmillement de vie ?

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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