Jour 360

CarréEmma

Carré tricoté par Emma, négligemment déposé sur la chaise pour un effet de pseudo drapé artistique.

L’état des choses en ce samedi 27 juillet.
Je suis à l’intérieur du chalet et je n’ai pas tellement envie d’en sortir au plein soleil. Je désire me constituer une collection de petites roches pour les plates-bandes de la maison, de la grosseur d’une balle de tennis. Ce n’est pas aujourd’hui que je vais m’y mettre, ou alors je pourrais en ramasser ce soir le long du chemin, il y en a des tas, mais il y aura aussi des bibittes…
J’ai apporté mon ordinateur, contrairement à ce que j’ai affirmé dans un texte précédent, à l’effet que je ne l’apportais plus au chalet. Comme il fait chaud, que je me confine à l’intérieur et que j’ai apporté mon ordinateur, il ne me reste qu’une chose à faire : écrire.
Des poivrons rouges sont en train de se faire dorer la couenne dans la poêle. Ils auraient pu accompagner le doré que mon mari et son frère ont pêché hier soir –trois poissons, six filets– mais nous n’avons pu résister à l’attrait du doré fraîchement pêché. D’où il ressort que nous l’avons dégusté hier soir tard, tout nu dans l’assiette, et que nous mangerons peut-être les poivrons, tout seuls aussi, tout à l’heure.
Un petit imprévu a eu lieu dans ma vie si tranquille quand il fait trop chaud. Je vais essayer de simplifier au maximum parce que je sais que le sujet n’est pas très intéressant. Je pensais avoir à tricoter un grand carré de 19 pouces pour couvrir un des deux côtés du coussin que nous allons offrir collectivement à notre ami pour son anniversaire à la fin août. Or, le carré tricoté par Emma –j’ai omis de mentionner que ma fille m’a aidée à venir à bout de ce projet, et pas seulement ma cousine–, initialement conçu pour couvrir 16", s’étire aisément jusqu’à 19". Cela signifie que seul un autre carré de 19" est encore à produire pour concrétiser ce cadeau. Il n’est pas tant à produire qu’en production, d’ailleurs. Une amie a le projet entre les mains ce week-end et devrait le faire avancer d’une bonne vingtaine de rangs. Tout reste à faire cependant pour le dernier coussin de seize pouces carrés de ma collection, mais rien ne presse. Tout reste à faire aussi pour la participation de l’autre amie qui dit tricoter en biais. Tout reste à faire enfin pour la participation des hommes à ce même projet… Bof !
Je me suis replongée dans la lecture de la biographie de Léo. Il apparaît gros et fort mal habillé sur une photo de 1972, tout serré dans une chemise dont on se demande comment ça se fait que les boutons ne cèdent pas sous la pression. Pourquoi écrire ces lignes qui dénigrent mon héros ?
Mon bobo de morsures d’araignée ne disparaît pas vite sur l’abdomen. J’ai un autre rendez-vous préopératoire le 2 août au CHUM. Si les morsures sont encore là, et étant donné que j’ai rendez-vous au secteur de la seule médecine générale, je vais peut-être avoir envie de le montrer pour évaluation.
Après la publication de ce texte, étant donné qu’une petite brise se lève, je vais me rendre chez la voisine pour lui faire un coucou, surmontant en cela ma non-envie d’affronter la chaleur.

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Jour 361

dards-501

Jeu de dards, aussi appelé jeu de fléchettes.

Ma vie en quelques chiffres.
Nous avons accumulé six coussins tricotés, sur huit à produire. J’écris au « nous » puisque ma cousine a été très active en ce domaine. J’ai entamé parallèlement un projet de tricot « de groupe », c’est-à-dire que nous serons cinq personnes à tricoter chacune notre tour une même housse de coussin que nous allons offrir en cadeau à notre ami voisin pour son anniversaire. Sur les cinq personnes, trois sont femmes et deux sont hommes.
– Il est hors de question que je tricote, m’a répondu mon mari. Oublie ça.
– Si on me met des aiguilles entre les mains, je les utilise comme des dards et je rate la cible, a répondu l’autre.
– Je ne sais que tricoter « à l’endroit », a répondu une des femmes.
– Je commence un tricot et il va tout de biais, a répondu l’autre.
Et la troisième femme, c’est moi.
– Je pourrais faire une tresse avec de fines lanières de cuir, s’est ravisé mon mari, et tu trouveras la manière de l’intégrer au tricot.
On verra bien ce que ça va donner, l’anniversaire de l’ami est à la fin août.
Il y a quinze plantes dans la véranda où j’écris ces lignes en ce moment. Toutes heureuses d’y être, avec tant de lumière qui les caresse. Je me demande où est-ce que je vais les répartir à l’intérieur de la maison à l’automne.
Nous partons, chouchou et moi, dans quarante jours pour Strasbourg.
– Tu sais que s’il t’arrive quelque chose au cœur, m’a dit un ami, Denauzier et toi pourriez vous retrouver ruinés par les frais d’hospitalisation.
– Vous pouvez partir sans problème, Mme Longpré, a répondu le cardiologue, il ne vous arrivera rien.
– Tu sais que nous pourrions nous ruiner si je dois être hospitalisée là-bas, ai-je voulu vérifier auprès de mon mari.
– Oui, a-t-il répondu. Bof, a-t-il ajouté (en empruntant, comme je l’ai déjà écrit, mes onomatopées). On vendra la maison.
– Ce qu’on obtiendrait d’argent ne serait pas du tout suffisant, ai-je répliqué.
– Pars, chérie, et on verra.
– Parfait.
Dans la vie, parfois, il faut prendre des risques.
Il y a treize plates-bandes réparties ici et là sur l’immense terrain. Toutes à vocation esthétique et aucune consacrée à l’alimentation. La preuve qu’on ne peut rien contrôler, c’est qu’à peine je termine d’en nettoyer une, qu’une autre, envahie par de longues herbes, me fait signe de venir lui refaire une beauté. J’essaie de m’en occuper de mon mieux dans le peu de temps dont je dispose puisque nous passons régulièrement trois, voire quatre jours par semaine au chalet. Hier, je m’en suis occupée de mon mieux, répondant aux besoins de trois d’entre elles. Du coup, aujourd’hui, mon corps me demande de ne pas répéter l’expérience.
– Vas-y mollo, m’ordonne-t-il.
D’où il ressort que ce n’est pas moi qui parle à mon corps, mais ce dernier qui me parle à moi.
Je vais aller consulter le pharmacien à propos de mes morsures d’araignée. Ça fait dix ou onze jours qu’elles me décorent le ventre et elles me piquent toujours autant.
Mon cher ami Léo est toujours en position stationnaire, chapitre huit.
Dans la foulée de tous ces chiffres, il me reste 360 textes à écrire.

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Jour 362

araignee_reunion

Autre cas de figure, trouvé sur Internet. « On m’a toujours dit qu’il ne fallait jamais tuer une araignée le matin parce que le chagrin resterait, mais que je pouvais et devais le faire le soir pour que l’espoir demeure. »

« Araignée du soir, espoir; araignée du matin, chagrin. » Une autre formule existe que je ne connaissais pas : « Araignée du soir, espoir, araignée du midi, souci, araignée du matin, chagrin. »
Je pense aux araignées parce qu’il y en a une qui m’a mordu à l’abdomen. Quatre rougeurs sont apparues sous le nombril, chacune rehaussée d’un semblant de cloche d’eau qui résiste cependant sous la pression des doigts. Ça fait encore un peu mal, alors que la morsure s’est produite il y a plus d’une semaine au lac Miroir.
Si je fais la rencontre d’une araignée du soir, qu’elle s’aventure sur mon bras et que je la repousse pour ne pas me faire mordre, la perspective de l’espoir se maintient-elle dans la mesure où j’en aurai repoussé le signe ?
Si je croise une araignée du matin, et que je l’écrase pour ne pas vivre le chagrin qui lui est associé –et ne pas me faire mordre–, vais-je vivre néanmoins le chagrin pour avoir écrasé son représentant ? Est-ce que le chagrin sera moins lourd si je repousse l’araignée au lieu de l’écraser ? Et si je lui parle affectueusement, est-ce que le chagrin me sera épargné ?
Dans la même veine, ai-je envie de parler à mon corps ? Il n’y a qu’une seule manière de lui parler, avec amour, compréhension et détermination. Admettons que je lui dise :
– Soit, je repasse sur le billard, mais ne me fais pas le coup d’une troisième fois !
Lui aurai-je parlé correctement, moi qui déteste donner des ordres ?
Parfois je parle à mes plantes. Je peux dire par exemple :
– Toi, ma jolie, tu sembles à ton aise ici. Continue de profiter.
Ou alors :
– Ma pauvre amie, tu manques de vigueur, je te transporte ailleurs.
Mais qu’il s’agisse des adages, des plantes ou de mon corps, j’aime mieux fonctionner comme je le fais sans même m’en rendre compte, c’est-à-dire en me laissant porter. De toute façon, on ne peut pas tout contrôler. La preuve qu’on ne peut pas tout contrôler, c’est que je jardine comme une folle pour constater, un premier jour, que les berbéris ont été ravagés par les scarabées du rosier. Puis, un deuxième jour, ce sont les géraniums. Puis, les feuilles de la vigne. Au final, le temps que la saison du scarabée soit terminée, je dirais que le tiers des plantes y ont goûté.
Je me laisse porter en faisant de mon mieux, en essayant de donner mon maximum. En ayant la foi, peut-être. La foi en quoi ? Puis-je avoir la foi en moi, alors que je déplore à longueur de textes ne pas avoir confiance en moi ? La foi en la vie ? La foi en une puissance supérieure ? L’idée d’une puissance supérieure me fait peur, parce qu’il me semble ne m’y être jamais adressée. Advenant que je m’y adresse un jour, et pour avoir tant tardé, serai-je seulement entendue ?

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Jour 363

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Je copie colle la définition de Wiki parce que les mots sont trop compliqués : « Taraxacum est un genre de plantes dicotylédones anémochores appartenant à la vaste famille des Asteraceae. C’est le genre des «pissenlits» véritables. » Cela pour en venir à ceci : les taraxacum sont difficiles à retirer de la terre en titi.

J’ai réalisé ce matin, en arrachant les mauvaises herbes dans une de nos plates-bandes, que le geste que je posais avait une certaine similitude avec ma chirurgie à venir. On ne m’arrachera pas le pannus, mais on va l’enlever en le grattant, très minutieusement j’imagine. Or, quand j’arrache les mauvaises herbes, je gratte aussi la terre, je retire, parfois minutieusement pour ne pas la briser, la racine d’une mauvaise herbe dont je suis très contente de me débarrasser, etc. Il s’agit dans les deux cas, pour faire une histoire courte, d’un sain nettoyage.
Nous n’avons pas de coupe-bordure à la maison, ou alors, si nous en avons un, il ne doit pas bien fonctionner parce que mon mari ne l’utilise jamais. Je lui ai déjà demandé de me montrer comment le démarrer, pour que je l’utilise moi-même, mais cette demande, pour une raison ou pour une autre, est demeurée sans suite. Ça fait beaucoup de bruit de toute façon, ça sent l’essence, c’est peut-être lourd… Alors pour me faciliter la vie, j’arrache.
– Est-ce que je suis en pleine métaphore ?, me suis-je demandé. Est-ce que je me plais à arracher comme je le fais pour donner un exemple à mon corps que c’est ce qui l’attend et que ce sera bon pour lui ?
– Je t’aime, m’a dit une amie récemment. Je veux profiter de ta présence dans ma vie encore longtemps. Tu dois dire à ton corps que ça suffit, la sur-cicatrisation, les adhérences, le malus.
– Le pannus, avais-je rectifié.
D’un côté, je veux bien parler à mon corps, m’en faire un allié, d’ailleurs il me semble que c’est ce que j’essaie d’établir. D’un autre côté, je crains les effets pervers de l’auto-programmation. Je pense à Audrey Best, par exemple, qui est morte d’un cancer du sein à cinquante ans. Parlait-elle à son corps ? Lui a-t-elle parlé dès lors qu’on l’a informée qu’elle avait le cancer, de manière à freiner la propagation des cellules dangereuses ? Lui parlait-elle déjà, avant l’annonce de cette mauvaise nouvelle ? S’est-elle mise, à l’inverse, à lui parler trop tard ? Portait-elle dans son corps, depuis l’enfance, voire la naissance, des traumatismes qui auront eu raison de sa longévité ? Si elle parlait à son corps, elle aura alors échoué dans son auto-programmation. Si elle ne lui parlait pas, elle aura eu tort de ne pas essayer, car il semblerait que chez certaines personnes ça peut donner de très bons résultats. Dans un cas comme dans l’autre, elle aura été perdante. C’est ça que je trouve pervers. Parlait-elle à son corps, autre cas de figure, mais pas de la bonne façon ? Ou s’y est-elle mise trop tard, alors que le mal était fait ?
J’avoue ne pas trop savoir où j’en suis. Et je me demande en fait si je veux le savoir.
– Tu pourrais te diriger vers des traitements d’acupuncture, m’a dit une autre amie, en précisant à l’acupuncteur que tu t’en viens chercher dans ce traitement un alignement des chakras pour libérer ton corps de ses toxines. Sans toxines, ton énergie est décuplée et tes chances de rétablissement rapide drôlement facilitées…

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Jour 364

BiscuitsChinois

Résultats des messages dans nos biscuits chinois, au restaurant hier. Bibi et tantine ont eu le même. Bibi a trouvé que son message était très adapté, tantine a trouvé que le sien était bien plate. Une autre tantine a eu un message sémantiquement similaire basé sur les mots vie et bonheur. Et j’ai eu les jours ensoleillés qui seraient devant moi, or il me semble que je suis en plein dedans…

J’ai été raisonnable. Je ne suis pas allée dehors ce matin, par cette chaleur accablante, en plein soleil, étendre du paillis autour du délicat tronc d’un saule que j’ai planté il y a deux semaines sur le terrain. L’avoir fait, je pense que je me serais sentie faible et peut-être malade.
En fait, je dois préciser que je me suis mis une casquette sur la tête, que j’ai enfilé mes gants de jardinage, et que j’ai entamé le grattage de la terre, autour du tronc, avant que d’y étendre le paillis. Mais, peut-être miraculeusement, le téléphone a sonné, mon mari a répondu, c’était pour moi, alors je suis entrée. J’ai parlé au téléphone et, alors que je n’avais qu’une idée en tête, retourner au paillis, j’ai senti que les quelques minutes passées en plein soleil avaient été suffisantes et qu’il valait mieux ne pas exagérer.
Je suis donc restée à l’intérieur et j’ai frotté toutes les surfaces sur lesquelles reposait une bonne couche de poussière. Ainsi, grâce à ce temps de canicule, la maison est plus propre.
C’est très calme, d’ailleurs, à l’extérieur. C’est toujours pas mal calme, mais là ça l’est encore plus. Probablement que les voisins s’offrent un roupillon en attendant que le mercure redescende –un peu. Moi, je m’offre une plage d’écriture, sous les pales du ventilateur dans mon bureau.
Emmanuelle et une amie arrivent ce soir pour un exceptionnel week-end familial. Exceptionnel en ce sens que ma fille n’a jamais le temps de venir nous visiter. C’est la raison pour laquelle, bien entendu, je me suis mise à épousseter.
J’en reviens au cardiologue. Là aussi, j’ai été raisonnable. Je ne lui ai pas dit que la date de mon retour de Strasbourg, le 18 septembre, était la date de naissance de ma mère, ou encore la date du mariage de mon amie Thrissa. Pas dit non plus que je me suis mariée, il y a quatre ans, le jour du décès de maman, le 21 mai de l’année précédente. Pas davantage ajouté que maman s’est mariée, elle, le jour même de son anniversaire de 19 ans. Autrement dit, s’être mariée un jour avant, soit le 17 septembre, elle se serait mariée à 18 ans.
Dans ce contexte de grande chaleur qui s’assortit plutôt mal à mes problèmes de cœur, mes projets pour l’après-midi tournent donc au ralenti. Je vais aller acheter de la nourriture pour les invités car outre chouchou et son amie nous recevons samedi le clan Longpré. Je vais en même temps profiter du spécial « deux pour un » sur les annuelles chez le pépiniériste. Je vais en profiter pour lui dire que son piège n’a eu aucun succès et que seuls un papillon de nuit et une fourmi y sont restés coincés –mais que j’ai libérés.
Pour ce qui est du téléphone que j’ai reçu, il provenait de la dame qui faisait autrefois l’entretien de notre maison à Montréal. Elle rrrrroule ses « r » très agréablement car elle est argentine de son pays d’origine, mais italienne de sang. Je l’adore. Elle a commencé la conversation en me disant qu’elle n’avait jamais eu d’ami.
– Je ne frrrrrréquente personne, seulement mes clients. Mais je pense à eux constamment. Quand je me mets à penser très fort à quelqu’un en particulier, c’est soit parce qu’il s’est présenté un malheur, ou un grand bonheur, ou un problème de santé. Alors je vous appelle ce matin, a-t-elle conclu, parce que depuis des semaines je ne pense qu’à vous.
Chère Irma. Je lui ai d’abord dit que je l’aimais, et ensuite dit que j’allais probablement à l’automne me faire opérer…

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Jour 365

Boeuf

Je ne sais pas si la photo est réussie, pour un oeil de photographe, mais je l’aime, c’est le principal.

J’y pense tout d’un coup. Le texte précédent était celui d’une année bissextile. Où en suis-je, ce soir, en entamant ce texte d’une année régulière ? J’en suis que mon mari est absent et que je suis seule dans la maison immense. J’en profite pour écrire ce texte. Ce sera difficile de trouver le temps d’écrire, dans les prochaines semaines, car nous allons garder notre petite-fille de trois ans et demi.
Ma cousine, en femme redoutablement efficace, a tricoté de quoi recouvrir quatre coussins. C’est très coloré, maintenant, dans la véranda. Ce le sera encore plus quand nous aurons terminé les huit coussins. Pour ma part, je n’ai tricoté que de quoi en couvrir un. Comment ça se fait que je suis si lente ? Le problème, si les gens assis sur les chaises de la véranda ne désirent pas s’appuyer le dos sur un coussin –d’autant qu’ils sont épais car bien rembourrés–, c’est qu’on ne saura pas où les déposer ! Probablement par terre. Ils vont alors se salir. Encore une fois, Bof.
Je me demande pourquoi les bœufs meuglent autant depuis quelques jours. J’adore ça, les entendre meugler, de même qu’entendre chanter les coqs. Les meuglements proviennent d’une extrémité du rang, et les chants des coqs de l’autre.
Je suis allée photographier les bœufs tout à l’heure. Sur une cinquantaine de photos, prises avec mon Nikon et non mon téléphone, une dizaine me semblent réussies. Quand je suis arrivée là où elles étaient en train de brouter, les bêtes s’en donnaient à cœur joie. Ça mastiquait par-là ! Au premier déclenchement sonore de mon appareil, cependant, elles se sont toutes enfuies ! Or, juste un peu plus loin, un couple et leur fils, tous trois en bicyclette, s’étaient arrêtés pour donner de l’herbe aux animaux là où la hauteur de la clôture le permet. Ce fut mon tour de m’en donner à cœur joie. Clic clic clic.
– La prochaine fois, je saurai comment les attirer, ai-je dit à la femme.
Incroyable mais vrai, je n’y avais pas pensé. Et pour cause. Ça fait trois étés que je les photographie lorsque leur lieu de pâturage se trouve dans la partie du champ qui jouxte notre rang. Ici aussi, Bof.
Mon piège à scarabées des rosiers ne contenait ce matin aucun spécimen. Mon mari pense que je me suis fait avoir par le pépiniériste, moi je pense que la saison est peut-être déjà terminée, auquel cas je vais ranger mon piège, et surtout remballer la phéromone pour la conserver jusqu’à l’été prochain.
Ma lecture de Léo n’a guère avancé, j’en suis toujours à la position stationnaire du chapitre huit. Parce qu’il me manque, que je m’ennuie de lui, j’ai ouvert mon livre au hasard. Je suis tombée sur une page dans laquelle Léo affirme que les héros, les idoles, ça n’existe pas. Seuls, dit-il, existent les hommes. Moi qui ai affirmé à Bibi qu’il était mon héros, il va falloir, peut-être, que je me ravise.
Bibi, justement, était des nôtres cet après-midi, au repas que nous avons partagé sur une terrasse à Rawdon, en l’honneur des 83 ans de tantine. Elle a dit que la soixantaine lui apparaissait comme l’âge idéal. Je me suis demandé ce que j’en pensais et je ne suis pas arrivée à une réponse précise.
– L’âge idéal en raison de la manière dont on se sent intérieurement, a-t-elle ajouté.
Moi qui suis ultra consciente du temps qui passe et de l’implacable fin qui nous guette tous, je ne suis pas certaine d’aimer ne disposer que de deux petites dizaines avant l’octogénat…

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Jour 366

Strasbourg

Incroyable. Cette aquarelle est installée sur un mur de la salle à manger, chez tantine. Depuis des lustres. J’ai remarqué la semaine dernière seulement qu’elle représentait la ville de Strasbourg, Place du Marché aux Cochons-de-lait. Ça va nous faire une place à essayer de trouver. 

Je ne crois pas avoir annoncé à mes lecteurs que je séjournerai deux semaines à Strasbourg au début de septembre. Emmanuelle m’a demandé de l’y accompagner. Elle s’en va vivre quelque treize mois là-bas, le temps d’une année d’études en robotique médicale. Quand elle m’a demandé, sans me le demander, de partir avec elle, j’ai presque pleuré.
– On pourrait partir le 26 août, m’a-t-elle un jour annoncé.
– J’irais avec toi ?, m’étais-je exclamée, à la fois surprise et ravie de découvrir que
ma fille avait encore besoin de moi.
Pourtant, ma réponse à sa demande a été contraire au sentiment dans mon cœur. J’ai exprimé à ma fille que si j’avais été capable de partir seule à Aix-en-Provence, sans adresse où coucher le premier soir ni les suivants, sans vraiment d’argent pour me loger dans les hôtels –d’où il ressort que je me suis retrouvée dans une auberge de jeunesse–, elle était capable en masse d’assumer seule, elle aussi, cette aventure.
– Si je peux le faire, tout le monde le peut !
Telle est ma conclusion passe-partout, ma phrase fétiche.
– Je ne pars pas étudier en France pour me prouver que je peux me débrouiller à mon arrivée, m’a répondu ma fille sage et mature. Je pars en France pour entamer une année d’études qui sera exigeante. Je ne veux pas me retrouver dans une position instable à quelques jours de mon arrivée.
Pas bête.
Pourquoi arrivera-t-elle à Strasbourg si à la dernière minute pour se chercher un logement ?, se demanderont certains. Parce qu’elle travaille, dans son domaine d’ingénierie, jusqu’à la fin du mois d’août.
– Je dois m’absenter deux semaines au début de septembre, ai-je déclaré tout de go au cardiologue quand il a été question de m’opérer.
– Dès que vous connaîtrez vos dates de départ et de retour, vous me les transmettrez, a-t-il dit.
C’est ce qui fait que la semaine dernière je lui ai téléphoné, composant pour cela le numéro de son cellulaire personnel. C’est la nouvelle manière, semble-t-il, de contacter nos spécialistes. Pas d’intermédiaire, de secrétaire, de bureau central. C’est pour cette raison, probablement, que lorsque nous voyons déambuler notre homme, dans les corridors du CHUM –parce que deux fois nous y sommes allés et deux fois nous l’avons croisé, sans qu’il nous reconnaisse–, il parle au téléphone, en marchant ! Je me suis assise sur la causeuse dans la véranda, j’ai composé le numéro. Un coup, deux coups, trois…
– Parfait, ai-je pensé, il est en train d’opérer, je vais pouvoir laisser mon message sans avoir à lui parler.
Telle est ma confiance en moi, ma manière —colonisée– de penser.
Je m’apprêtais à entamer ma litanie sur sa messagerie vocale lorsque, le coquin, il a répondu. J’ai essayé de pédaler de mon mieux. Pour commencer, je me suis présentée. Tout en me présentant –le temps de deux mots prononcés–, mille questions se bousculaient déjà au portillon. Dois-je mentionner que je l’ai rencontré deux fois en compagnie de mon mari ? Lui préciser la date de notre dernière rencontre ? Préciser aussi dans quelle ville je m’en vais ou m’en tenir au seul vocable général de la France ? Lui rappeler, tant qu’à aller dans le détail, pour quelle raison –le pannus— il doit m’opérer ?
– Vous voulez me transmettre les dates de votre absence en France, si je me rappelle bien, a-t-il commencé.
– Exact. Du 3 au 18 septembre.
Somme toute, j’ai assez bien réussi mon mini défi, d’autant que je n’ai pas ajouté que le 18 septembre était la date de naissance de ma mère, décédée.

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